CHLORURE DE SODIUM
L'air marin contient-il du chlorure de sodium ? Cette interrogation peut-être semblera-t-elle étrange, tant est répandue l'idée que la présence de ce sel caractérise latmosphère marine.
Telle n'est pas l'opinion de Le Roy de Méricourt: « Peuton, dit-il, assigner à l'air du littoral des caractères propres, constants, qui puissent le distinguer deïairdes montat/ïies^ de l'air de la campagne ? Est-ce, comme on a depuis quelque temps une singulière tendance à le laisser supposer, une entité assimilable jusqu'à un certain point à une eau minérale, ayant des propriétés physiologiques et thérapeutiques ? Nous ne pouvons l'admettre. L'analyse chimique la plus minutieuse ne parvient qu'à faire reconnaître sa pureté relativement à la composition des atmosphères confinées des centres de populations. Le chimiste le plus habile ne pourra distinguer, si des étiquettes n'en indiquent la provenance, les échantillons d'air pris sur une élévation située à l'intérieur d'un continent, de ceux recueillis sur le bord de la mer ou à trente lieues du large. »
Déjà au commencement du siècle, Assegond avait soutenu la même doctrine. « Quelques auteurs, dit-il, ont attribué à la présence du sel marin (hydrochlorate de soude) cette action générale et, en quelque sorte, spécifique que l'air de la mer et des côtes exerce sur les divers
appareils de réconomie : Mead a le premier émis cette opinion, qui a été adoptée sans examen par tous les médecins anglais qui ont écrit après lui. Rien ne prouve réellement l'existence de ce sel dans l'air maritime; le savant M.Morogues (1) s'exprime à ce sujet de manière à lever tous les doutes : selon lui « une vapeur aqueuse, légère, insipide et dégagée de sel, est la seule qui s'élève des eaux de l'Océan » .
Sachant que l'eau de mer contient de 30 à 40 pour 1000 du chlorure de sodium, on en a inféré que l'énorme évaporation, dont la surface de l'Océan est la source, entraînait avec elle une certaine quantité de ce sel. Delà vient l'erreur. L'expérience infirme en effet cette manière de voir, car les principes que la mer tient en suspension ne sont pas susceptibles de s'évaporer. L'eau de mer qui s'évapore sans agitation^ g^gn^ ^^ densité, proportionnellement au volume qu'elle perd. Elle retient donc toutes les matières fixes et par conséquent le sel marin. C'est tout simplement de la vapeur d'eau pure qui s'évapore. (Casse.) Des recherches que j'ai poursuivies dans ce sens ont eu les mêmes résultats. Dans des conditions de calme atmosphérique, sur la plage même, j'ai vainement fait barboter, pendant des journées entières, des mètres cubes d'air, dans une solution titrée de nitrate d'argent, sans que la limpidité en fût troublée en rien. De même, de l'eau de mer soumise à une large surface d'évaporation, augmentait de densité au fur et à mesure que sa partie liquide diminuait. En outre, la densité de cette eau reprenait exactement son même degré qu'au début de l'expérience, si on remplaçait la quantité d'eau évaporée par une égale quantité d'eau distillée. Démonstration bien évidente, que l'eau en expérience ne perd rien de sa teneur en sels.
(1) Mémoires de TAradémie des Sciences.