‹ Cure marine de la phtisie pulmonaireChapitre 51 sur 101 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

Une erreur tant médicale que populaire, et fort accréditée, veut que la puissance préservatrice d'un climat soit en raison directe de l'élévation du thermomètre. Que de malades calculent uniquement, d'après la hauteur thermométrique, l'abri salutaire qu'ils trouveront dans une station ! Et les stations entre elles, quels excès de zèle n'ont-elles pas déployés pour démontrer que leur moyenne thermique dépasse d'un degré, d'un demi-degré même, la température de la station rivale !

Tout cela est puéril et faux. Le point capital, dans ce rôle de la préservation, n'appartient ni aux climats chauds, ni aux climats froids ; il est l'apanage exclusif de la stabilité thermique^ que cette stabilité soit fonction d'un climat chaud ou d'un climat froid. Ni l'action isolée du froid, ni l'action isolée de la chaleur, n'engendrent les affections des voies respiratoires. Les maladies communément dites a /)7gore, telles qu'angines, laryngites, bronchites, pneumonies, etc. , sont, en tant qu'étiologie, improprement désignées, car le froid ne lesproduitpas, il n'en est pas la cause efficiente. C'est par son défaut de fixité, par son inconstance, qu'un climat se fait la grande cause occasionnelle de ces affections: les brusques alternatives de chaud ou de froid, les grandes

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et rapides oscillations nycthémérales, voilà le danger.

Nous savons aujourd'hui, que la phtisie est de tous les climats, que le froid ne Tengendre pas, que la chaleur n'en préserve pas. L'influence de la température, en tant que degré de température, est nulle dans la genèse de la tuberculose pulmonaire, tout comme dans la genèse des aflections simples aiguës. Les changements subits de la température ne sauraient davantage engendrer cette maladie ; mais, en créant de toutes pièces les conditions ambiantes qui facilitent les inflammations de la muqueuse respiratoire, ils rendent fertilisable le terrain sur lequel la graine peut tomber; et, si déjà le terrain est ensemencé, ils favorisent l'aggravation et l'évolution rapide de l'affection.

Aussi, ce qu'il importe le plus, soit aux candidats à la tuberculose, soit à l'homme en puissance active du bacille de Koch, c'est de fuir les vicissitudes thermologiques brusques. Pour ces malades, à quelques nuances près, la température basse ou élevée importe peu. Ils peuvent guérir dans les pays chauds, ils peuvent guérir dans les pays froids, à la condition d'y trouver V égalité de la température.

Cela est si vrai, que Fonssagrives a pu dire : « La formule de la recherche d'un climat pour les phtisiques se résume àpeuprès dans ce seul mot: stabilité thermique. »

Nous nous sommes trop attaché, dans le précédent chapitre, à mettre en évidence cette stabilité thermique du climat marin atlantique, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir afin de démontrer combien ce climat présente, en tant que température, ce caractère de stabilité dont découle l'un des effets les plus puissants de la préservation.

ÉTAT HYGROMÉTRIQUE

En ce qui concerne l'action préservatrice inhérente à Tétat hygrométrique, il y a lieu d'établir la même distinction que pour la température, et de montrer Tinfluence du régime de l'humidité, autrement prépondérante que l'influence du degré de cet état hygrométrique. « Dans les conseils à donner aux malades, dit Gavarret, il ne faut pas considérer seulement la température des climats, il faut tenir aussi un très grand compte du degré et surtout de la variabilité de son humidité. Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, dans les climats continentaux et dans les climats de montagne, Thumidité est aussi variable que la température ; les climats marins, au contraire, jouissent de la même constance dans leur état hygrométrique, que dans leur état thermique. »

L'influence du degré d'humidité est, en etîet, tout aussi peu importante, pour expliquer la fréquence des affections des voies respiratoires, de la phtisie en particulier, que celle du degré de la température. L'opinion, très répandue et très enracinée, que l'humidité est par elle-même l'une des principales causes de la maladie, estabsolument fausse. Les Hébrides, bien que constamment balayées par les brises humides du Gulf-Stream, jouissent d'une immunité remarquable. Soumises aux mêmes conditions météorologiques d'humidité, les Shetland, les îles Féroë, l'Islande, en sont également exemptes. Pourquoi cette immunité, au moins relative, en faveur de ces contrées, et cela en dépit de conditions météorologiques qui, à première vue, semblent défectueuses? Cela tient plus spécialement à leur stabilité hygrométrique.

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La stabilité hygrométrique du climat atlantique place donc le malade dans les meilleures conditions de préservation contre les inconvénients possibles de l'humidité.

A cette question de Thumiditéde l'air, se greffe cette autre question, qui en est comme le corollaire : humidité du sol. On n'a pas tenu suffisamment compte de cette influence d'un sol humide sur le développement de la phtisie pulmonaire, et surtout on a confondu l'humidité de l'air et Fhumidité du sol, qui, bien qu'étroitemenl liées, constituent cependant deux facteurs très différents. Aussi faut-il tenir compte de l'opinion de Bowditch et Buchanam, à savoir que le fait d'habiter un sol humide prédispose manifestement à la tuberculose pulmonaire. Lebert attache une réelle importance à cette influence, et Damaschino rappelle qu'en Angleterre le chiffre des phtisiques a diminué dans les villes dont le sol, primitivement humide, a été amendé par de puissants drainages.

De même a-t-on noté que, sur les terrains sablonneux, c'est-à-dire très perméables, secs par conséquent, la maladie est moins fréquente. En 1 889, Finkelnburg (Wiesbaden) conclut dans ce sens. Étudiant l'influence du sol sur la propagation de la tuberculose en Allemagne, il signale la très faible mortalité par phtisie pulmonaire sur le littoral, ainsi que dans les montagnes où l'écoulement des eaux est facile. Mes observations personnelles, faites sur les dunes littorales du Sud-Ouest, aux assises uniquement formées de sable pur déposé par la mer, concordent avec celles des auteurs précités.

Ce que nous savons de l'état hygrométrique du climat atlantique doit faire redouter l'humidité du sol. Sur la bande littorale l'air est humide, les chutes d'eau abondantes : un correctif est nécessaire. Car, si à cette humidité de l'air, s'ajoute l'humidité du sol, l'humidité totale sera telle, au point de vue climathérapique, que toutes les

heureuses conditions du littoral resteront inutilisables.

Le correctif nécessaire, réside moins dans la constitution géologique de la contrée que dans sa manière d'être par rapport aux eaux météoriques. Le sol est-il, ou n'est-il pas perméable ? Tout est là, car on sait que « la nature du sol même suffit à modifier l'état hygrométrique. C'est ainsi qu'avec un sol sablonneux, un terrain incliné, l'air est beaucoup plus sec » (Lauth).

Lorsqu'on jette les yeux sur la carte géologique du littoral océanien (page HO), on voit sa constitution géologique comprendre deux parties principales bien distinctes : l'une englobant tout le territoire de Brest jusqu'auprès de la Rochelle, l'autre s'étendant de l'embouchure de la Gironde à Bayonne.

La première de ces zones, qui comprend dans sa majeure partie le vaste promontoire breton, est composée de granités (rocheséruptives anciennes), de schistes cristallins (terrain primitif), formant un sol rocheux, imperméable.

La seconde zone, la plus méridionale, englobe deux districts bien distincts: l'un étalé en éventail, formé de ces sables qui terminent les terrains tertiaires proprement dits de l'Aquitaine, caractérisés par un sol sablonneux et un sous-sol de grès ferrugineux : l'alios. Quant à l'autre district, il se présente sous forme d'une longue bande, assez étroite, se déroulant de la bouche de la Gironde à l'estuaire de l'Adour, limitée d'un côté par la mer, de l'autre par le terrain tertiaire des Landes. Cette bande formée d'alluvions (terrains quaternaires), c'est la région des dunes.

La région des dunes est uniquement constituée par du sable; et il faut entendre par ce mot sable, l'ensemble des grains indélayables dans l'eau, lors du lavage d'une terre. Ces sables ont une composition tout à fait identique à celle des terrains pliocènes de l'intérieur. Les grains sont

GLlHATOPHYSIOLOGrE.

essentiellement composés de quartz fin, blanc, gris ou gris jaunâtre, si exempts de] mélanges, qu'à peine remarque-

t-on quelques traces de fer oxydulé e( de rares fragments de coquilles.

LES EFFETS DE PRÉSERVATION. Ul

Sur cette étroite bande, sol et sous-sol sont identiques ; fait exceptionnel, car de semblables terrains ne sont que des accidents limités. « Ce n'est que sur les basses plages maritimes qu'il est donné d'observer ces vastes amas de sable pur, déposés par les eaux actuelles. Poussés sans relâche par le mouvement des vagues, au delà de la portée du flot de la marée, ils se dessèchent et, sous l'impulsion des vents, s'accumulent en monticules. La région des dunes françaises de Gascogne est le type de ces formations maritimes » (Mahé).

Mais ce qu'il importe de savoir, c'est que les terres sablonneuses (sol et sous-sol) soni extrêmement peiméables ^ filtrent comme à travers un crible et boivent avidement l'eau de précipitation. D'où, nulle stagnation des eaux sur le sol ou dans le sous-sol. Grâce à cette perméabilité, l'humidité du sol est nulle. Ce fait est caractéristique de la région des dunes. Après une abondante pluie, il suffit de quelques instants d'arrêt dans la chute des eaux ou du plus petit rayon de soleil pour que le sol soit sec et que les malades puissent sortir sans inconvénients.

Pour expliquer la rapidité de cet assèchement, il faut faire intervenir, outre la perméabilité du sol, son pouvoir absorbant pour l'humidité, pouvoir qui varie suivant la nature du sol. « D'après EUiott, la tourbe absorbe plus de deux fois son propre poids d'eau, l'argile sèche en absorbe un poids égal, le terreau sec, la moitié de son poids, le sable sec, un peu plus d'un tiers. Ainsi s'explique pourquoi le sable sèche le plus vite et la tourbe le plus lentement » (Hayem) .

En somme, et c'est là une conclusion climatologique de la plus haute importance, seule la partie méridionale du littoral atlantique offre une constitution géologique telle, que les inconvénients d'un haut état hygrométrique n'y sauraient exister, et que les effets de préservation liés à

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cet état hygrométrique s'y affirment dans toute leur intensité, comme dans toute leur netteté.

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