VENTS
Le vent est l'élément météorologique le plus susceptible de troubler l'action préservatrice d'un climat. C'est l'élément le plus redouté. Partout et toujours, tant à Gobersdorf, Falkenstein, qu'à Davos ou Leysin, on trouve chez les fondateurs des sanatoria, le souci prédominant de la protection contre les vents. C'est que le vent est doublement dangereux. D'abord et surtout par, le refroidissement qu'il occasionne, quelle que soit sa direction. (( Tout le monde sait, qu'à degré égal du thermomètre, la sensation physiologique de température varie beaucoup, suivant que l'atmosphère est calme ou qu'il y a du vent. Sous son influence la sensation de chaleur est amoindrie et la sensation de froid exagérée » (Fonssagrives).
En outre, dans les pays arénacés, il est également dangereux par les poussières qu'il soulève.
Nous avons vu que les vents dominants de l'Atlantique, loin de troubler la stabilité climatique, contribuaient pour une large part à l'établir. Il n'en reste pas moins certain, que les stations atlantiques non abritées des vents du Nord et d'Est, rares il est vrai, mais froids et secs, perdent leurs effets de préservation. Pas davantage ne sauraient-elles, sans de sérieux inconvénients, être directement ouvertes aux brises marines, parfois impétueuses. On juge, parla, de la nécessité pour elles, d'être efficacement abritées.
La climatologie médicale, étant encore fort pauvre de documents sur l'anémologie des stations, il en résulte que
les conclusions a priori ou par analogie, s'emparent de l'esprit des médecins, et sont la source d'erreurs tenaces. De là des assertions telles que celle-ci : le vent ravage la côte landaise.
Mieux pourtant qu'à l'égard des autres éléments météorologiques, certaines dispositions de topographie locale peuvent soustraire un lieu déterminé à la formule anémologique de toute une contrée. Tels les vents, qui tourbillonnant au fond du golfe de Gascogne, restent sans action sur certains points du littoral. La station climathérapique, blottie dans la forêt d'Arcachon, adossée à l'Atlantique, en est un exemple saisissant. Une forte brise qui agite les bords de la mer, est peu ou pas perceptible en forêt. Vienton à quitter la plage où le vent souffle avec force^ pour entrer en forêt, et l'on constate immédiatement un calme presque ou même absolu de Tair, contraste qui étonne et surprend.
La topographie locale explique cette anomalie, heureuse, mais indispensable à toute station océanienne. Entre la ville d'hiver et la mer, se dressent, parallèles à la ville, les dunes qui bordent le littoral, les plus hautes d'Europe, leur altitude atteignant jusqu'à cent mètres, et dont la masse totale peut être évaluée à 20 ou 30 milliards de mètres cubes. Elles constituent un véritable écran protecteur, comme il est aisé de s'en convaincre par l'étude des profils de la planche suivante (page 114), dressée d'après l'ingénieur Chambrelent.
Malgré leur altitude, leur épaisseur, leur continuité, ces amoncellements, véritables remparts sablonneux, seraient impuissants à cette protection, si leurs flancs et leur cime n'étaient recouverts d'un épais rideau d'arbres élevés, rameux, toujours verts. Il faut savoir en effet, que le vent suit une marche différente selon que dans sa course il se heurte à une colline nue ou boisée. Dans le premier cas,
Laluque. — Phtisie pulmonaire. 8*
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CLIMATOPHYSIOLOGIE.
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le courant d'air heurtant le flauc dénudé de la colline, monte vers le sommet, qu'il contourne en l'encapuchonnant, pour descendre le long du flanc opposé, et de là s'étaler dans la vallée après avoir balayé les deux versants et le sommet de la colline : vent plongeant. Par contre, que
Preuves expérimenlala dt» différentes trajtctoiru du vent d'après A. Picni.
Trajecti
la dune soit boisée, et la trajectoire du vent sera totalement modifiée. Arrivé au sommet, le courant aérien, au lieu de le contourner, trouve devant lui l'obstacle créé par la forêt, écran sur lequel le vent se relève, directement rejeté vers les couches supérieures de l'atmosphère, laissant dans le calme le plus complet le côté opposé de la dune : vent ascendant.
" C'est un fait bien connu que le calme de l'atmosphère
H6 CLIMATOPHYSIOLOGIE.
dans la forêt, alors qu'en dehors de ses limites souffle parfois un vent violent. Les forêts jouissent donc d'une grande valeur comme moyen de protection contre le vent. Leur présence, au voisinage immédiat de tous les sanatoria que nous avons visités, permet au malade de trouver toujours un air calme pendant ses promenades. Les directeurs des sanatoria connaissent bien ce fait, et par les jours de plus grand vent, pendant Thiver, alors que le thermomètre marque une dizaine de degrés au-dessous de zéro, on entend Detweiler recommander à ses malades ambulants, non point de ne pas sortir, mais d'avoir soin de ne se promener que dans la forêt qui, d'ailleurs, à Falkenstein, se confond avec le parc. Les indications du thermomètre n'ont, à ce point de vue, à peu près aucune valeur. Les malades de Davos font en effet la cure à l'air libre par — 20% quand ils sont abrités, et il est déjà très difficile de se tenir dehors par un vent violent quand le thermomètre marque — 5° » (Beaulavon).
L'heureuse influence des forêts n'est donc pas niable, au moins en tant qu'élément de préservation. Mais la nature de la forêt n'est pas indifférente à cette action protectrice, et les forêts de pins sont encore plus efficaces.
« Le flanc de la montagne, à l'endroit où est bâti l'hôtel (Leysin), est couvert de grands sapins séculaires; or, les sapins ont leur feuillage toujours vert, et leurs rameaux, descendant jusque sur le sol, constituent un des meilleurs abris contre le vent en toute saison. »
. Nous aurons à revenir plus loin, et à un point de vue plus général, sur le rôle climathérapique des forêts de pins.
Cette action protectrice des forêts de pins, si remarquable dans les climats rigoureux d'altitude, ne l'est pas moins sur le littoral atlantique. Mais l'effet de préservalion qui en résulte, ne s'étend qu'à la partie méridionale de ce littoral, la seule pourvue d'une forêt (Voir p. 117).
LES BrFKTS DE PRESERVATION.
Et quelle forêt 1 11 ne s'agit point d'un simple bouquet d'arbres 1 Les 991 70 hectares qui bordent le littoral, de la
bouche de la Gironde à celle de l'Adour, sur un développement de plus de 2 degrés de latitude, forment une
118 CLIMATOPHYSIOLOGIE.
immense forêt de pins, de beaucoup la plus vaste de France, sa superficie mesurant près de trois fois celle de la forêt d'Orléans (1). Dans cette forêt littorale se dressent des pins gigantesques, sans rivaux en France (E. Reclus), dont plusieurs atteignent de 4 à 6 mètres de circonférence, et qui, « selon que leurs troncs sont distants ou serrés, laissent passer avec éclat, ou filtrer obscurément Thorizon. Ces grands pins sont ébranchés ; de longues blessures d'un blanc jaune, taillées dans leur chair, en expriment la résine : et malgré ces plaies coulantes d'où sort incessamment sa vie, cet arbre héroïque met cent ans et plus à mourir » (0. Reclus).
Quoi d'étonnant à la splendeur de cette forêt ? Le pin maritime n'est pas indifférent à la nature du sol. 11 ne pousse vigoureusement qu'en terrain siliceux profond, perméable, sec. Cette adaptation particulière explique pourquoi le pin maritime s'est emparé exclusivement de nos dunes.
Quant aux poussières, si préjudiciables aux phtisiques, et qui seraient à redouter dans un pays à sol arénacé, elles n'existent pas dans les forêts maritimes du littoral, grâce à la végétation qui couvre les dunes, grâce surtout au tapis épais et fixe que forment les aiguilles de pins et les débris des autres plantes en s'accumulant et se tassant sur le sable.
De même donc, que seule la partie méridionale du littoral atlantique remédie, par un sol et un sous-sol per-
(1) Voici la superficie exacte des principales forèls de France :
Foi^t lit. de Gascogne. . 99170 hect.
— d^Orléans 34185 —
- Fontainebleau... 16817 —
— (U)mpi(>gne 14374 —
— AuEat 14116 —
- Chaux 13964-
.^ UoU 12983 -
" Lyon* 10507 -
Forêt de Monnal 9104 hect.
— Châtillon 8730 —
— Chantilly 7800 —
— Dratonne 6758 —
— C^'-Chartreuse. . . 6591 —
— Cavy 6570 —
— Hagé 6533 —
LES EFFETS DE PRÉSERVATION. Ii9
méables, aux inconvénients possibles d'un état hygrométrique élevé, de même, seule remédie-t-elle efficacement à l'action, parfois violente, des brises marines, par la présence de ces hautes dunes recouvertes de forêts de pins maritimes.