ET FORESTIÈRE
I. — La station marine et forestière d'Arcachon. — La ville d^hiver. — Sa description. — Thouiet, Dubarreau, E. Reclus. — Sa topographie.
— Son hygiène.
II. — Gare d'air. — A) Principe climathérapique fondamental. — Aération continue. — Praticable partout en air pur. — Favorisée par certaines conditions climatiques. — Formule de Marfan. — B) Care libre.
— Malades soumis. — Malades hésitants. — Rôle du médecin : sa conviction, sa ténacité, sa précision, sa surveillance, sa sollicitude. — Cure diurne, sa technique. — Les pavillons-abris. — Les hamacs. — La cure nocturne, sa technique. — La cure de plage et la cure de forêt. — Double erreur relative à la cure de plage. — Erreur de fait.
— L'Océan et le Bassin. — Erreur d'interprétation. — Effets excitants liés au surmenage.
m. — Gare de repos. — Ses indications. — Le surmenage chez les tuberculeux. — Sa fréquence. — Son action fébrigène. — Courbes fébriles par dépense musculaire passive ou active. — Comparaison de la fatigue sur la plage et en forêt. — Résultats identiques. — Exercices et pesées.
IV. — Cure libre et cure fermée. — Méthode allemande immuable ou non? — Son adaptation au climat. — Surveillance rigoureuse possible en cure libre. — Malades auto-observateurs. — Exemples cliniques.
Sur cette bande littorale si remarquablement douée, il n'existe qu'une seule station hivernale, la plus septentrionale des stations françaises : la ville d'hiver d'Arcachon.
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Perdue, au milieu des cent mille hectares de la forêt littorale, la ville d'hiver forme un grand parc aristocratique, aux allées élégantes et sinueuses, allongées aux flancs de la dune, capricieusement ondulées pour fournir moins d'accès aux courants d'air. « La ville d'hiver est un labyrinthe, le triomphe de la ligne courbe. Chaque avenue est bordée de clôtures en barreaux de bois ou par des grilles de fer, derrière lesquelles sont des haies vives entourant des villas, qui se succèdent abritées sous les pins et toutes différentes d'architecture, ce qui finit par empêcher de les distinguer les unes des autres. Villas en pierre, en briques, en bois, villas à balcons, villas à toits en pignons, en auvents, rayant les façades d'une grosse bande d'ombre, villas à tourelles, villas à perrons, villas à jardins ratisses, peignés, soignés, & gazons toujours arrosés, toujours frais tondus, à massifs de fleurs près desquels le passant aperçoit, trop souvent, quelques personnes assises autour d'un grand fauteuil où, entre des oreillers, repose une tête amaigrie, au visage alangui ; villas de malades riches qui viennent demander aux effluves chaudes et balsamiques des pins un renouveau de force et de vie ; palais rustiques de la ville d'hiver devant lesquels on est ému parce que le luxe ne réussit pas à cacher les angoisses qui y régnent et les larmes qui doivent y couler » (Thoulet).
L'aspect de la ville d'hiver est en effet unique. Cette station ne ressemble & aucune autre, n'a d'analogue nulle part. Ici, point de maisons serrées les unes contre les autres, agglomérées en longues rues ; point de mur pour arrêter les regards, le soleil ou le libre accès de l'air! Les constructions surtout ont un cachet de réelle originalité. « On avait à lutter ici, contre ime mise en scène ingrate. 11 fallait rompre, à tout prix, le vert sombre du pin, égayer de lumière, de couleurs, de tons, ces échappées
immenses de troncs d'arbres. On y a jeté l'arc-en-ciel, et chaque villa rayonne avec sa robe diaprée de pierres blanches, de briques rouges, de joints bigarrés et d'ardoises bleues » (Dubarreau). Tous les genres, tous les styles se croisent, depuis le simple chalet suisse jusqu'aux coupoles étincelantes. Partout, l'artiste s'est plu à fouiller les ciselures, à prodiguer les ornements, à enrichir les dessins, avarier les coloris.
« Le pin lui-même a perdu sa monotonie, le volubilis grimpe autour de l'arbre , l'enlace de ses feuilles triangulées, le cache sous ses grappes d'or, et le vieux géant se laisse faire : il sourit à cette jeunesse et s'épanouit & cette fraîcheur» (Dubarreau).
« Arcachon ressemble d'une manière étonnante, à ces villes américaines qui s'installent en pleine forêt vierge, et projettent leurs rues dans la solitude, sans se préoccuper des obstacles. En se promenant sur le bord de la petite mer intérieure des Landes, ceux qui connaissent la Louisiane pourraient se croire transportés à Madisonville, à la Passe-Christiane, à la Pascagoula. Ce sont les mêmes constructions éparses et entourées d'arbustes, les mêmes collines couvertes de pins, le même bassin aux longues plages basses. De tous les côtés on voit s'élever de nouvelles constructions, des chalets suisses, des manoirs gothiques, des pavillons mauresques et jusqu'à des pagodes hindoues et des temples chinois. La ville grandissante transforme graduellement la forêt en un parc de plaisance, au moyen des allées sinueuses qu'elle projette au loin dans toutes les directions. » (E. Reclus.)
Pour bien comprendre la topographie de la ville d'hiver, il faut se remémorer la configuration et la direction des amoncellements sablonneux qui, déroulés parallèlement à l'Océan, courent du Nord au Sud, avec leur double versant si différent : le versant Ouest ou maritime en pente douce,
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le versant Est ou continental toujours abrupt. Ils constituent la ligne principale, la grande artère des dunes. Mais d'autres amoncellements, d'une altitude moindre, de 30 à 40 mètres, se déroulent sinueusement de l'Ouest à l'Est, s'implantant à la chaîne principale par leur extrémité occidentale. Leur versant maritime tourné au Nord regarde le bassin, tandis que leur versant continental, étalé en
plein Midi, regarde la forêt. Ces amoncellements peuvent être considérés comme les branches collatérales de la grande artère.
C'est là, adossée aux versants Est, de la chaîne principale. Sud, de [a chaîne secondaire, àteur intersection, dans leurs vallonnements, que s'élève et s'abrite la station hivernale d'Arcachon. Si, des villas qui la peuplent, quelques-unes sont construites sur la crête des dunes , profitant ainsi plus directement de l'atmosphère marine, la plupart se dressent sur les flancs de la dune, cachées dans leurs gorges.
chaudement abritées, en pleine atmosphère forestière. L'étude climathérapique, développée dans les lignes suivantes au point de vue technique, dans les chapitres ultérieurs au point de vue clinique, repose sur les observations et les faits enregistrés quotidiennement depuis quinze ans, dans cette station littorale du Sud-Ouest (1).
CURE d'air. — SA TECHNIQUE,
Un axiome climathérapique aujourd'hui formel, c'est qu'aucun climat n'engendre la phtisie pulmonaire, et qu'aucun climat ne la guérit. Il faut renoncer à l'idée du climat médicament spécifique, à laquelle s'attachent
(1) Outre les conditions ciimatologiques et topographiques, une station de santé doit répondre à des conditions d'hygiène de la plus haute importance. Je ne crois pas devoir ouvrir ici un chapitre spécial à ce sujet ; il suffira de renvoyer le lecteur à mes publications qui y sont relatives : Recherches sur la virulence des poussières dans les chambres de tuberculeux après désinfection, communiqué à TAcadémie de médecine par le professeur Landouzy (in Bulletin de V Académie de médecine, 23 juillet 1895) ; La Prophylaxie expérimentale de la contagion dans la phtisie pulmonaire (in Revue de la tuberculose, décembre 1895, et discussion au Congrès des Sociétés savantes, Journal officiel, 10 avril 1896). Vlmpaludisme (in Topogra^ phie et Climatologie médicales d'Arcachon, Paris, Masson, 1886) ; Valeur hygiénique de Veau potable d'Arcachon (Assoc. franc, av. se. Congrès de Bordeaux, 1895).
U va sans dire, que nous imposons à nos malades Tusage rigoureux du crachoir portatif, soit du modèle de Detweiler, soit du modèle de L.-H. Petit. La désinfection en est pratiquée par Tébullition dans leau, et non par le simple lavage à l'eau chaude ou à Taide d'une solution antiseptique quelconque, méthodes incertaines.
Qu'on me permette ici de témoigner la surprise que j'éprouve presque chaque jour, en voyant arriver des malades, dont les maitres actuels de la médecine ont dirigé la santé, et qui ne connaissent d'autre récipient à leurs expectorations que le mouchoir, la cheminée ou la rue !
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encore trop de malades. Mais si le climat n'engendre pas le tubercule, il n'est pas douteux que certains climats facilitent sa germination, en lui préparant le terrain. D'ailleurs, il est consolant de penser que certains autres aident à la défense de l'organisme contre les ravages du bacille de Koch et de ses associés !
Les éléments de cette défense ne se trouvent pas dans l'arsenal thérapeutique. Plus cet arsenal s'enrichit (?), moins nous lui demandons, convaincus par l'expérience, comme et après tant d'autres, que les agents hygiéniques doivent primer tout, dans cette difficile et lamentable lutte contre la tuberculose pulmonaire. C'est avant tout, par-dessus tout, et le plus tôt possible, à la cure hygiénique par l'air qu'il faut demander nos moyens d'action. Peu importe d'ailleurs que cet air soit celui de la montagne, de la plaine ou de la mer, à la double condition toutefois, qu'administré d'une façon continue, il soit pur.
Les résultats fournis, dans la cure de la phtisie, par la mer et par la montagne sont, nous le verrons, de tous points comparables et équivalents ; l'une et l'autre possédant à un très haut degré ce caractère primordial: la pureté de l'air.
Comment expliquer les faits, démontrant qu'un malade, dans de bonnes conditions de santé générale et avec des lésions circonscrites, retire un aussi grand bénéfice de la mer que de la montagne, et réciproquement?
Comment expliquer la prophylaxie de la tuberculose pulmonaire aussi puissante à la mer qu'à la montagne ? Ces résultats obtenus dans des régions si dissemblables, quant à la température, à la pression barométrique, à l'état hygrométrique, ne sont-ils pas la conséquence forcée du seul caractère commun à ces régions : la pureté de l'air?
Si la cure d'air pur est praticable partout, il n'en est
pas moins vrai que certaines conditions climatiques permettent mieux que d'autres, et avec plus de chances de succès, sa mise en pratique. Marfan Ta excellemment dit : <( La cure d'air est beaucoup plus facile & réaliser dans les régions où la température ne présente que de faibles oscillations, où le soleil pénètre largement, où l'air est pur et sans brouillard et où le sol est sec ; c'est dftns les localités remplissant ces conditions que l'on doit construire les sanatoriaou que l'on doit diriger les phtisiques qui veulent faire librement leur cure. »
Toutes conditions climatiques réalisées par la partie méridionale du littoral atlantique, et en particulier par la ville d'hiver d'Arcachon ; nous l'avons longuement démontré.
Comment donc mettre & profit les conditions climatiques et topographiques de cette station ? C'est ce que nous allons examiner.
Dès que le tuberculeux arrive, nous le soumettons à la cure d'air, d'abord le jour, puis bientôt la nuit.
Est-ce chose facile ?
Les malades libres ou leurs familles, se divisent en deux catégories bien distinctes. Dans la première se rangent ceux, encore assez nombreux, possédant quelques notions d'hygiène, que leur médecin a déjà fixés sur la valeur et l'importance de cette cure. Quelques instructions précises, une surveillance active des premiers jours leur suffisent. Acceptant la méthode sans difficulté, ils s'y soumettent avec docilité, la pratiquent avec ponctualité.
La seconde catégorie, hélas ! la plus nombreuse, comprend ceux pour qui toute l'hygiène consiste à se calfeutrer hermétiquement, à ne jamais ou que rarement changer de linge de corps par crainte du rhume, à vivre dans une atmosphère de 20°C. Tel malade, n'accepte qu'en tremblant de découvrir sa poitrine, aux fins de l'auscultation. Tel
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autre, bouche hermétiquement par de larges bandes de papier collé, toutes les fissures des portes, des fenêtres ; supprime tout renouvellement d'air, au point que les cheminées ne tirant pas, le feu ne brûlant pas, il s'enfuit dès le lendemain, maudissant tout : médecin, climat, maison!
Avec ces malades, notre rôle est difficile. Il Test d'autant plus que tout devient pour eux prétextée discussion, à résistance ; que le post hoc^ propter hoc reste leur argument. Et cependant il faut aller vite pour ne pas trop longtemps laisser perdre à ces timorés le bénéfice de leur déplacement.
Pour vaincre cette défiance, pour faire adopter la doctrine de l'aération continue, véritable paradoxe aux yeux de ces malades, une conviction sincère doit s'unir à une réelle ténacité, ne désarmant jamais. Il faut savoir revenir sans cesse à la charge, accorder parfois quelques concessions, reprises avec bénéfice le jour suivant, gagner en un mot la confiance des malades. Neuf fois sur dix, c'est chose réalisable.
A cet effet, après leur avoir exposé clairement la raison d'être et la nécessité de la cure d'air, après leur avoir démontré qu'on ne s'enrhume pas en respirant l'air extérieur froid, chaud, sec ou humide, mais qu'on s'enrhume par la peau, par les extrémités, en perdant du calorique cédé au milieu ambiant ; qu'on évite cette déperdition de chaleur par l'enveloppement soigneux de tout le corps, le port de chaussures appropriées, le maintien de boules d'eau chaude aux pieds ; il faut de plus, et surtout, les entourer d'une sollicitude constante, tant dans leur intérêt que dans celui du médecin, auquel le moindre incident, le moindre insuccès, fussent-ils dans l'évolution normale de la maladie, seront imputés.
Manifester cette sollicitude, c'est régler les moindres détails de l'installation du malade, en le dirigeant dans le
CONDITIOiNS TECHNIQUES DE LA GUHE MARINE ET FORESTIÈRE. 173
choix du quartier, de la villa qu'il doit habiter ; c'est lui montrer dans chaque appartement, chambre ou salon, l'endroit exact où placer la chaise longue ; la fenêtre ou la porte à ouvrir, dans quelles proportions, selon le beau ou le mauvais temps, selon la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon ; la disposition à donner au paravent, protecteur d'un courant d'air éventuel, etc.
Tout cela réglé avec précision et minutie, accompagné d'un programme ponctuant l'hygiène de la peau, du vêtement, de l'alimentation, encourage les malades, les conquiert, en fait vite des dociles et des aides intelligents. Si bien que — à l'encontre des idées ayant cours aujourd'hui — la cure d'air se pratique strictement ailleurs que dans les établissements fermés, comme nous le verrons plus loin. Il suffit pour cela d'un échange réciproque entre le malade et le médecin. Au premier d'accorder sa confiance, au second de donner son dévouement.
Lorsque ralliés, ces malades pratiquent la cure d'air, pendant la période diurne pour commencer, et que, selon la loi commune, au cours de cette aération diurne, leur toux a diminué d'intensité et de fréquence, le soir ou la nuit, dès qu'ils se calfeutrent, et qu'à l'air pur renouvelé, ils substituent l'air confiné, bientôt ruminé, la toux réapparaît. Toux qui semble d'autant plus pénible que pendant quelques heures elle s'était fait oublier! Dès lors le siège du malade est fait, et nous entendons cette phrase stéréotypée, toujours la même, toujours dite sur le même ton où se mêlent la terreur et le reproche : « Docteur, toute la journée, selon votre insistance, j'ai laissé la fenêtre ouverte, aussi le soir ai-je plus toussé ; je me suis enrhumé. » La réponse est facile, mais doit surtout être précise. Ce qui pour nous la rend facile et précise, c'est qu'elle est basée sur l'observation, la répétition des mêmes phénomènes. Dire au malade qu'il interprète les faits à
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rebours, qu'il ne s'est nullement enrhumé, comme il ressort de Tauscultation pratiquée à l'instant ; qu'il a toussé dans la soirée, après un répit de quelques heures, parce qu'il a cessé de vivre en air pur, parce qu'il a fermé la fenêtre ; qu'en la laissant ouverte plus longtemps, il serait resté plus longtemps sans tousser : c'est lui dire la vérité. Cette vérité n'en constitue pas moins pour lui un étonnement. Mais la conviction du médecin le pénètre, il recommence l'expérience, et constate en effet, qu'en pleine aération la toux s'amoindrit, pour reprendre dès que l'aération cesse. Alors il est convaincu, conquis, et tout marche sans à-coups.
Voici comment pendant l'hiver, j'institue les premiers essais de la cure d'air:
Chaque matin au réveil (heure variée selon le cas), dès la friction, sèche ou humide, pratiquée sur tout le corps, dès le premier déjeuner pris, le malade allongé, immobile dans son lit, un peu plus couvert que la nuit, on ouvre largement la fenêtre de sa chambre, en interposant devant le lit un paravent haut et large, protégeant le malade aussi bien de l'action directe de l'air, que de l'action directe du soleil.
Après un laps de temps, à déterminer pour chaque malade et pour chaque forme, fermer la fenêtre, allumer une vigoureuse flambée de bois sec, puis, lorsque la température de la pièce atteint lâ'^C, procéder à la toilette du malade, toilette rapide, mais minutieuse et complète.
La toilette achevée, recommencer la cure d'air jusqu'à 5 ou 6 heures du soir, soit, dans la chambre môme, soit et mieux, dans un autre appartement, ou dehors, selon l'état de l'atmosphère, selon d'autres conditions incidentes.
Dès que le malade quitte la chambre, celle-ci doit rester largement ouverte toute la journée, ventilée si possible par un large courant d'air, pour n'être refermée
qu'une demi-heure environ avant le retour du malade, après qu'un nouveau feu aura relevé la température, comme au lever.
Telle est la technique des premiers jours en hiver, modifiable au printemps ou à l'automne, en avançant à des heures plus matinales le début de la cure d'air, et en reculant aux heures les plus tardives la claustration du malade.
La mise en pratique de la cure d'air trouve de nombreuses ressources dans la ville d'hiver d'Arcachon. Le malade peut s'installer soit dans un appartement directement ouvert sur la terrasse de la villa, soit sur la terrasse ellemême, soit sur le balcon de sa chambre. Mais toujours sera soigneusement remplie : la double précaution d'éviter, tant les courants d'air, que l'action immédiate et directe du soleil. Paravent ou cabine en osier suffit pour remplir la première indication ; les abris en toile ou de simples parasols remplissent la seconde.
Le malade qui peut marcher, trouve au « Pavillon-abri des Dunes », toutes les conditions matérielles requises : chaise longue, bouillottes d'eau chaude en hiver, abri contre les intempéries, protection contre les rayons directs du soleil, exposition en plein Midi, en pleine forêt.
Outre ce pavillon-abri public, il existe, dans les jardins de plusieurs villas, d'autres pavillons de cure, pavillons privés soigneusement aménagés.
Enfin, au printemps, ou par les belles journées d'hiver, calmes et douces, je fais utiliser les arbres de la forêt, en y suspendant des hamacs où le malade s'étend pour passer de longues heures, sous le seul abri des branchages des pins. Ces hamacs, d'un modèle spécial, n'ayant pas, tout plié avec leurs cordes, plus du volume d'une serviette d'avocat, ne pesant avec leur gaine de cuir fin que 600 grammes, sont portés par les malades, qui eux-mêmes les fixent autour du tronc des arbres.
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Mais sans tarder, la cure doit se poursuivre la nuit. Là encore, faut-il préciser la technique. D'abord, Pair sera renouvelé par une pièce voisine, puis, après quelques jours, par la fenêtre de la chambre, les paravents jouant toujours le rôle de protection nécessaire. 11 n'est pas un détail, si minime soit-il, qui ne doive être expliqué au malade, dont il ne faille lui donner la raison, depuis la suppression des rideaux, ces nids à poussières, jusqu'au mode d'emploi du petit crochet destiné à maintenir l'écartement des deux battants de la fenêtre, écartement variable selon la saison et l'accoutumance. 11 n'est pas jusqu'aux volets, àpersiennes ou à découpures ornementales, qui ne puissent être utilisés, les premières nuits, afin d'aguerrir le malade physiquement et moralement.
La technique, de la cure d'air dans la ville d'hiver d'Arcachon, comporte l'examen d'un point particulier. Les phtisiques peuvent-ils approcher du bord de la mer? Peuvent-ils aller sur la plage? Médecins et malades, pour la plupart, pensent qu'il faut fuir la mer.
Telle n'est point ma manière de voir, ni celle de A. Festal et de F. Lagrange : « Toutes les conditions, dit ce dernier, qui peuvent établir un contact plus intime entre le poumon et l'air modifié par la mer, devront être autant que possible recherchées. Ainsi, la promenade ou le stationnement des malades sur la grève font partie des pratiques de la cure marine. Si l'étal de la plage le permet, le malade aura même intérêt à passer une certaine partie de la journée sur la mer, dans une embarcation aménagée à cet eflet, soit qu'on lui procure, chaque jour, une promenade en bateau, soit qu'on l'installe, pendant plusieurs heures chaque jour, sur une embarcation amarrée à une centaine de mètres du bord. »
Non seulement je ne redoute pas le stationnement sur les bords du bassin, bien plus, je tiens cette pratique pour
précieuse. Festal « l'utilise assez fréquemment dans certaines formes et à certaines étapes de la tuberculose pulmonaire ». Par les belles journées d'hiver, a fortiori de printemps et d'automne, le malade doit aller passer quelques heures soit sur la lisière de la forêt en vue de la mer, soit sur cette partie de la plage même, qui orientée en plein Ouest, baignée de soleil toute l'après-midi, reste encore abritée des vents du large, grâce aux dunes boisées de la presqu'île du cap Ferret. Par les temps calmes seulement, cette particularité de la cure devra être pratiquée; le malade ayant soin, les jours de vent, de se tenir à l'abri, dans la forêt. Cure marine et cure forestière, se trouvent ainsi alternativement pratiquées. Cette double gamme climathérapique est plus particulièrement favorable aux malades que l'action sédative prolongée de la forêt peut alanguir. La cure marine produit des effets toniques plus actifs, très appréciables surtout lorsque l'appétit semble fléchir. Cette dernière indication est à mes yeux formelle. Pour l'avoir remplie, nombre de mes malades s'en sont bien trouvés.
Pourquoi donc, médecins et malades redoutent-ils la cure de la plage? Pourquoi donc, voyons-nous encore des malades arriver, auxquels leur médecin a recommandé expressément de s'abriter en forêt, de fuir la plage ? Cette proscription a pour origine une double erreur : erreur de fait, erreur d'interprétation.
L'erreur de fait, vient d'abord de la coutume que l'on a de considérer la mer comme essentiellement excitante. J'ai démontré que tous les éléments du climat atlantique concourent à la formule physiologique : climat sédatif et tonique. Seul lèvent pourrait par sa continuité ou sa violence produire des effets excitants, quoique encore atténués par son degré hygrométrique. Il n'est pas à redouter ici. Mais en dehors de ses éléments météorologiques, le climat atlan-
Lalibqui. — Phtisie pulmonaire. 12
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tique présente certaines conditions capables de produire l'excitation physiologique, ce sont : le grand, air riche en oxygène et en ozone, la grande et vive lumière, l'ondulation incessante des vagues, leur bruit d'une monotonie énervante. Or, et voilà où réside encore l'erreur de fait, le bassin n'est pas l'Océan. Sur sa plage, ni ondulations, ni vagues, ni lumière éblouissante. Sur un sable fin et doré, tassé au pied qui le foule, la mer claire, argentée, calme et polie, s'étale en languissantes nappes, sans murmure, sans bruit, grandement silencieuse, par un contraste saisissant avec ce qu'elle est à quelques lieues au large. Du ciel, d'un bleu velouté et doux, tombe une clarté plus douce encore, donnant à l'atmosphère une transparence, une légèreté infinies.
Si par exception, et plus particulièrement chez les femmes, on constate quelques signes d'excitation, il s'agit toujours de névropathes, chez lesquels le souvenir de pénibles séjours, sur les grandes plages excitantes, détermine de l'auto-suggestion. Bien qu'encore, le fait est connu^ la majeure partie des neurasthéniques trouvent ici, même par la cure de bain de mer, apaisement, calme et repos.
Passons à l'erreur d'interprétation. Certes, je ne nie point que parfois, certains phtisiques améliorés par un séjour prolongé en forêt, éprouvent après un ou plusieurs stationnements sur les bords du bassin, fatigue, malaise, troubles du sommeil. Mais la cure marine, dont il est aisé de graduer ici les effets, en est-elle responsable? Je ne le pense pas. A mon avis, les malades qui en sont l'objet, les ressentent non en conséquence de leur sortie sur la plage, mais en conséquence de la fatigue physique liée à une sortie trop hâtive ou trop longue. Ces malades sont des surmenés, qui ont rompu ou auxquels on a fait rompre, trop tôt ou pour une durée trop longue, la cure de repos, que le repos soit absolu ou relatif. La même sortie loin de
CONDITIONS TSCHNIQUES DE LA. CUBB MAtllNE ET PORESTlfiRE. ^9
la plage, eût amené le même résultat. C'est ce que nous verrons bientôt.