‹ Cure radicale des hernies, avec une étude statistique de deuxcent soixantequinze opérations [electronic resource]Chapitre 2 sur 94 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

RUEFF & C*e, ÉDITEURS

100, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, îOÔ

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No.

INTRODUCTION

Ce traité de la cure radicale des hernies n'est pas seulement la deuxième édition de l'ouvrage, beaucoup plus modeste, que j'ai publié en 1886. A part un exposé de principes et quelques généralités sur les hernies, c'est un ouvrage nouveau pour l'auteur et nouveau, si je puis dire, dans la littérature médicale.

Celle-ci comprend un grand nombre de publications éparscs, d'articles de journaux, de leçons, d'études statistiques et quelques brochures pleines d'intérêt, exposant avec détails certains procédés de cure radicale.

Il n'existe pas, que je sache, de monographie de grande importance destinée d'abord à faire connaître une véritable méthode de cure radicale applicable aux hernies de toutes les régions et destinée, de plus, à grouper tous

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les faits dont la pratique de cette chirurgie nouvelle vient donner une notion certaine.

On pourrait s'étonner de l'étendue considérable de cette monographie. Mais on comprendra bien vite toute l'importance qu'elle doit avoir en réfléchissant à plusieurs points.

D'abord, extrême fréquence des hernies.

Que l'on prenne les chiffres de 1 sur 13 individus ou de 1 sur 20, ou ceux, plus modérés, de 1 sur 35 et de 1 sur 50, qui sont beaucoup au-dessous de la vérité, la hernie est d'une extrême fréquence.

L'opération qui peut remédier à la grande généralité des cas de cette difformité doit pouvoir être fort commune et rencontrer des incidents et des accidents extraordinairement variés.

Cette opération, qui guérit la difformité, est une occasion d'ouvrir, d'étudier la hernie vivante, normale, inconnue jusqu'à présent, et nous fait découvrir un grand nombre de faits nouveaux que l'anatomie pathologique ou la symptomatologie n'avaient pu permettre de constater.

Enfin, ce n'est pas ici l'œuvre d'un jour, c'est le fruit de onze années de travail, pendant lesquelles j'ai fait deux cent soixantequinze fois la cure radicale de la hernie sans étranglement, pendant lesquelles j'ai patiem-

ifr/pRESENTED BY \> c^VERNEST HART Esq^

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ment établi, puis perfectionné la méthode que j'expose.

Ce n'est pas, en effet, un procédé déjà connu de cure radicale que j'ai adopté : c'est une méthode personnelle que j'ai instituée. Je n'ignore pas que chacun de ses éléments a été plus ou moins utilisé par les nombreux chirurgiens qui ont recherché la cure radicale. Mais, selon moi, leur groupement, leur succession, la perfection mathématique de certains détails et un bon nombre de pratiques nouvelles dans la conduite de l'opération constituent la méthode qui est mienne.

Pour se leurrer de cette pensée que l'on peut concevoir et exécuter de toutes pièces une œuvre scientifique et chirurgicale quelconque sans avoir eu de prédécesseurs, il faudrait bien peu connaître l'histoire de la chirurgie, il faudrait méconnaître absolument l'esprit d'observation et la puissance de conception de nos grands devanciers.

Mais il y a une raison pour admettre la large part de notre invention. Nous avons la bonne fortune de vivre à une époque où la chirurgie s'est régénérée, où toute une science nouvelle est née, où les moyens rêvés, entrevus par nos Maîtres, peuvent être pour nous une réalité. La chirurgie est devenue une science sinon certaine, du moins régulière, avec des prévisions précises, permettant une hardiesse

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justifiée par la sécurité. Il en résulte que nos opérations ne conservent qu'une parenté assez lointaine avec les opérations du même ordre que les opérateurs les plus hardis avaient projetées ou exécutées.

Quand on aura lu ce livre, on comprendra comment, tandis que bien des opérateurs ont conçu et exécuté la cure radicale par la destruction du sac de la séreuse des hernies, l'opération complexe que j'ai proposée et exécutée, avec la destruction de la séreuse du sac comme condition fondamentale, donne une méthode différente et complète, susceptible d'applications à toutes les hernies et répondant à tous les desiderata de la cure de chaque hernie.

Voici, rapidement indiquées, les époques de mes principales publications sur ce sujet :

Au congrès d'Amsterdam, en 1879, j'ai pris part à la discussion sur la cure radicale en citant les cas de hernie étranglée pour lesquels j'avais fait avec succès l'extirpation du sac, et j'ai fait en 1881 ma première opération pour la hernie sans étranglement. J'ai fait connaître à la Société de Chirurgie mes premières opérations, et, lorsque M. Segond eut pour sujet de thèse de concours : ce La cure radicale de la hernie, » il ne trouva dans la chirurgie française que cinq cas de cure radicale, telle que les conçoit la chirurgie

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moderne : mes quatre premières observations, toutes heureuses, et un cas de mort appartenant à Gillette (1883).

Au premier congrès français de chirurgie, j'ai communiqué mes observations de cure radicale avec les réflexions que m'inspirait cette première expérience (1885).

En 1886, j'ai publié mon traité de la cure radicale des hernies, avec ma première série de dix opérations en dehors de l'étranglement.

Bientôt parurent, dans la Semaine Médicale, une leçon clinique sur ce sujet, avec une série de 48 cas (août 1887).

Au troisième congrès de chirurgie, août 1888, je donnai une série de 81 cas et affirmai l'inutilité du bandage.

En décembre 1888, je publiai une nouvelle étude sur la cure radicale, avec une série de (120 opérations) Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques.

Je cite encore mes communications à la Société de Chirurgie sur la cure radicale de la hernie inguinale de la femme sans étranglement (1891).

A l'Académie, sur 255 cas de cure radicale de hernie sans étranglement (1891).

Au congrès de Marseille, sur la cure radicale de la hernie chez la femme (1891).

Je passe sous silence, avec les nombreux

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articles de mon Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, toutes les discussions de la Société de Chirurgie, qui se sont bien des fois reproduites.

Je pourrais, je crois, joindre à cette énumération la propagande par le fait et l'assistance à toutes mes opérations, depuis onze ans, non seulement de mes élèves, mais de plusieurs de mes collègues et de nombreux chirurgiens français et étrangers qui ont bien voulu visiter mon service.

La science marche si vite de notre temps qu'il est difficile de se rendre compte aujourd'hui de la somme d'efforts qui m'ont été nécessaires pour faire accepter la cure radicale de la hernie, maintenant bien à sa place dans notre chirurgie.

La lutte a revêtu toutes les formes ; les meilleures observations ont été contestées ; les statistiques ont été torturées pour démontrer que la cure radicale était meurtrière et que, d'ailleurs, la hernie est une difformité sans inconvénient.

Les plus modérés se sont contentés de longues discussions sur la nomenclature pour diminuer l'opération en remplaçant le mot de cure radicale, qui a survécu du reste. Elle mérite pourtant ce nom, l'opération qui réalise la suppression de difformité la

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plus complète qu'une opération chirurgicale puisse rechercher.

On aurait peine à croire à l'ardeur et à la violence de cette polémique qui date d'hier et dont nos adversaires les plus décidés se soucieraient bien peu. de se retrouver en face des opinions qu'ils ont solennellement exprimées.

Les comptes rendus, du reste très atténués, de la Société de Chirurgie n'ont pas gardé la trace de l'exclamation d'un de nos collègues les plus éminents, s'écriant qu'en présence de l'empressement que je mettais à ouvrir les hernies, on devrait me faire passer en cour d'assises.

Si je rappelle ce souvenir personnel, c'est qu'aujourd'hui que la cure radicale est admise comme légitime, un bon nombre d'auteurs sont tout disposés à oublier que, pendant des années, je l'ai préconisée et enseignée, soutenu seulement par quelques amis.

Cependant, la période de lutte terminée, je n'ai pas déserté l'œuvre, puisque, avec mes 275 opérations en dehors de l'étranglement, je puis présenter un ensemble d'opérations tel qu'aucun chirurgien français n'en a de semblable et que bien peu de chirurgiens étrangers en peuvent donner d'approchant.

Non seulement j'ai fait accepter en France la cure radicale de la hernie sans étrangle-

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ment, mais l'opération y est actuellement pratiquée très généralement, d'après les principes que j'ai exposés. Je ne veux pas dire par laque ce soit précisément mon opération qui est pratiquée, ma méthode qui est suivie. Gela ne serait vrai que d'un fort petit nombre de chirurgiens.

Beaucoup de chirurgiens contemporains considèrent la cure radicale comme une opération bénigne, facile, à la portée de tous.

Dans ces conditions, on pratique, non sans danger, une opération sans valeur, de nature à compromettre la véritable cure radicale et à justifier l'opinion de ceux qui estiment encore que l'intervention ne donne pas de résultats solides.

Je considère, au contraire, que, pour être efficace, l'opération de la cure radicale doit être une opération difficile, grave, qui deviendrait meurtrière dans des conditions déterminées et qui ne restera une opération bénigne et efficace qu'entre les mains des chirurgiens qui l'étudieront à fond et s'y adonneront d'une façon spéciale, comme on le fait pour la chirurgie abdominale et pour certaines opérations spéciales.

C'est une opération bien autrement difficile que l'extraction de la cataracte. Cependant, personne ne doute de la nécessité d'un opérateur exercé pour celle-ci.

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Si j'ai toujours suivi les principes généraux que j'avais, dès le début, considérés comme des principes fondamentaux de la cure radicale, est-ce à dire que je n'ai, dans ces onze années, rien modifié, rien perfectionné dans ma méthode? Je ferai remarquer que, dans ces années passées, tandis que la cure radicale s'installait en France, elle faisait aussi singulièrement de progrès dans le monde entier; et, si un grand nombre de chirurgiens étrangers m'ont fait l'honneur d'adopter ma méthode, c'était évidemment qu'ils estimaient qu'elle ne restait pas au-dessous de ces progrès.

La publication de ce traité est destinée précisément à fixer ces progrès, dont j'ai publiquement fait connaître tous les détails. Son but est de faire connaître ce que m'a appris l'expérience de mes nombreuses opérations. J'ai tenu à n'y jamais parler que de ce que j'ai vu, de ce que j'ai fait, de ce que j'ai constaté.

Ce livre est avant tout une œuvre personnelle, avec les qualités et les défauts d'une œuvre personnelle. Je crois qu'en notre temps les chirurgiens qui ont une grande expérience sur un point déterminé rendraient toujours service en mettant à jour le fruit de leur expérience propre.

On me reprochera, sans doute, de n'avoir

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pas tenu compte de l'œuvre des autres, ce qui serait faux, car je n'ai jamais manqué d'étudier ce qui pouvait constituer un progrès. Je parle des contemporains, l'intérêt historique étant fort médiocre dans 1 a pratique de cette chirurgie.

Je ferai remarquer que, parmi les méthodes actuellement en présence, la mienne est une des plus anciennes, avec une pratique des plus étendues. Aussi, sans méconnaître la grande valeur de certaines autres opérations, j'estime que je puis donner une démonstration évidente de la supériorité de la mienne, et c'est la raison péremptoire qui m'a empêché d'adopter d'autres méthodes dont mon expérience m'autorise à faire la critique.

En somme, le mode de destruction de la séreuse, le mode de dissection et de constitution des surfaces cruentées, le rapprochement de ces parties, le pansement et la compression, l'éviscération épiploïque ou l'ablation de la totalité de l'épiploon accessible, ont toujours formé le fond de ma méthode. Dès le début, des sutures perdues sur la paroi ont constitué un mode précieux de défense, indiqué dans mes premières observations. Mais j'ai, peu à peu, beaucoup perfectionné ces sutures et insisté sur leur valeur spéciale.

A ce sujet, je rappellerai qu'on m'a adressé

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deux critiques aussi peu valables Tune que l'autre. On m'a reproché de ne fermer par aucune suture le canal inguinal. Cependant, je l'ai toujours fait et je l'ai fait d'autant plus que, systématiquement, j'ai fendu ce canal inguinal.

La seule suture que j'ai critiquée et que je n'ai jamais voulu faire est la suture délicate isolée des piliers, qui n'a aucune portée sérieuse et qui, cependant, a été beaucoup préconisée ; de larges sutures avec de gros fils, comprenant la plus grande part possible des surfaces cruentées, ont toujours été recommandées par moi.

On m'a dit que mon opération était incomplète parce que je faisais porter un bandage. J'en avais essayé comme tout le monde lors de mes toutes premières opérations et j'y avais bien vite renoncé. Dès ma publication de 1888, je faisais connaître une ceinture sans ressort que j'employais depuis longtemps, dont la pelote ne porte pas sur la cicatrice et qui est destinée à soutenir l'effort du ventre dans les premiers temps de consolidation de cette cicatrice.

Il faut bien peu connaître la question du bandage après la cure radicale pour transformer cette ceinture temporairement appliquée en un bandage.

Je n'ai pas écrit ce livre pour faire toute l'histoire des hernies. J'ai admis comme

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connues toutes les notions des livres classiques et je n'ai décrit que les faits peu connus ou nouveaux qui intéressent directement l'opérateur. J'ai surtout voulu donner à tout ce qui concerne l'opération et la direction des soins les plus complets développements, même au prix de quelques répétitions inévitables.

C'est ce mode de description que j'ai voulu caractériser par le titre de Chirurgie opératoire. J'oppose ce mot mal fait au mot aussi mal fait de médecine opératoire, qui désigne la chirurgie telle qu'elle est expérimentée sur le cadavre. Je veux décrire ainsi l'opération sur le vivant, comme je l'ai déjà fait et compte le faire pour celles des opérations que je connais le mieux.

Comme l'opération que je recommande est assez complexe, je me suis attaché à faire des descriptions aussi claires que possible.

Un des procédés de démonstration de ma technique a été l'emploi de figures schématiques très simples.

Cela plaît moins à l'œil que de belles figures représentant les régions traversées. J'ai procédé ainsi, parce que, jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à ce qu'on ait photographié le champ opératoire au cours de l'opération, on ne pourra donner que des figures schématiques à propos de l'opération. Dans ces conditions,

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la figure la plus simple sera la plus démonstrative, parce qu'elle n'a aucune prétention à représenter la région. Toutes celles que j'ai données ont été dessinées, sous ma direction, par le docteur Henri Boudaille.

Ce livre est accompagné de la statistique complète de mes opérations de cure radicale de hernie sans étranglement. J'ai exclu de cette statistique tous mes cas de cure radicale pour hernie étranglée, qui auraient grossi ma statistique bien au delà de 300 cas. Mais j'ai montré ailleurs que c'est une mauvaise manière de procéder que de confondre ces cas.

Quelque long que fût cet exposé, j'ai pensé devoir le publier comme Spencer Wells nous en a le premier donné l'exemple pour ses ovariotomics. C'est le seul moyen de donner une idée nette et complète de sa pratique.

On remarquera que j'ai supprimé de ces tableaux tout prénom, toute initiale et tout nom de médecin. Je l'ai fait sur la remarque de plusieurs intéressés qui, malgré la discrétion de mes publications antérieures, ont pensé que les initiales et le nom du médecin surtout pouvaient faire connaître au public le nom du malade qui désire ne pas être connu.

Cette remarque m'a paru juste et j'ai fait cette suppression à regret, car j'étais heureux de reconnaître la confiance d'un grand nombre de confrères, qui, dès mes premières opé-

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rations, m'avaient adressé des sujets à opérer.

Je crois qu'on ne saurait mettre trop de discrétion dans ces sortes de publications.

Dans ces tableaux, on trouvera un court résumé pour chaque cas. Pour certains chiffres énoncés au cours du livre, on ne trouve pas une concordance exacte, parce que, pendant le temps nécessaire à la publication, mes chiffres ont sensiblement augmenté. Je les ai arrêtés à 275.

Tous ces tableaux ont été dressés sur des fiches que je rédige moi-même pour chaque opération. On remarquera facilement que, plus les opérations sont récentes, mieux elles sont décrites. Malgré cela, dès les premières on peut retrouver les indications les plus intéressantes.

J'ai résumé l'état des sujets revus, dont un tableau indique le nombre et les dates. Ce tableau comprend seulement les cas sur lesquels j'ai eu une indication précise. Ceux, assez nombreux, sur lesquels je ne pouvais fournir de date ont été laissés de côté.

Quoique le chiffre 112 des revus puisse paraître faible, j'ai pris beaucoup de peine pour les retrouver en dehors des sujets n'appartenant pas à la clientèle hospitalière. Pour ceux-ci, les renseignements ont été bien plus faciles à prendre et je les ai tous retrouvés en cure persistante sans exception.

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