LA CURE RADICALE DES HERNIES
Cependant, quelle est la situation du hernieux qui porte un bandage ? Très variable sans doute.
Il y a des hernies qui sortent peu, chez des individus faisant des efforts médiocres. Pour eux, le bandage est une ceinture qu'ils mettent le matin au lever, qu'ils quittent en prenant la position horizontale le soir. En définitive, ce n'est là qu'une pièce de toilette qu'ils peuvent à la rigueur dissimuler, qui les protège et leur rappelle que certains excès musculaires leur sont interdits.
Mais ces heureux sont de beaucoup les plus rares. Peut-être ne forment-ils pas le quart des portebandages. Parmi les autres, beaucoup souffrent plus ou moins constamment ; le bandage maintient mal la hernie. — 11 a besoin d'être très puissant ? alors il est douloureux. — Est-il moins serré? il devient inutile et peut être dangereux, car la hernie sort. Tel, avec un bandage même bien fait, ne peut s'asseoir sur un siège un peu bas, ne peut aller à la selle sans que sa hernie s'échappe. Souvent la pression de la main doit s'ajouter à celle du bandage pour tout effort. Tel autre souffre constamment ; des ulcérations se forment sur la peau, des accumulations épidermiques sentent mauvais et irritent.
Et cetlc misère, ce supplice du bandage insuffisant dure toute la vie.
Que dire donc des hernies qui ne se réduisent jamais complètement, avec lesquelles l'individu n'a
jamais le pouvoir de faire un effort vigoureux, et se trouve toujours sous le coup d'accidents d'étranglement ?
Croit-on que tous ces incidents soient indolores? Ne sait-on pas que ce passage et repassage de la masse intestinale dans le sac herniaire est habituellement accompagné de coliques plus ou moins violentes ? La vie d'un hernieux en puissance d'un sac herniaire béant est constamment douloureuse.
Je ne parle qu'en dernier lieu des complications graves que comporte toute hernie dont le collet péritonéal est constitué, accidents dont le plus grand nombre est conjuré par les réductions heureuses, mais qui laissent toujours suspendu au-dessus de votre tête un danger plus ou moins formidable, selon les circonstances et le lieu où sera survenu l'étranglement.
Le hernieux dans ces conditions est un malheureux d'une espèce particulière. Il lui est défendu, sous peine de mort, de faire un effort violent, de prendre un gros rhume loin d'un centre où il pourra rencontrer un chirurgien,. et encore ne serait-il pas mauvais qu'il pût savoir quel chirurgien l'opérera.
Enfin, la difformité qu'il porte constitue aux yeux du monde une tare qu'on n'avoue qu'avec peine ou qu'on passe une partie de sa vie à dissimuler dans les circonstances les plus intimes.
Ce tableau n'est pas poussé au noir : il n'y a pas