DRAINAGE
Le drainage mérite une description à part. Il n’est pas indispensable, et l’on conçoit qu’en certains cas il puisse être négligé; mais dans la majorité des cas il doit être fait, et certaines précautions le concernant sont capitales pour le succès.
Le drainage dans une cure radicale doit empêcher l’accumulation de la sérosité, par conséquent la tension au niveau des points de suture profonds. Le drain ne doit donc pas être placé au-dessous d'eux. A plus forte raison ne doit-il pas, comme on l’a proposé, être placé plus haut encore et s’introduire jusque dans l’ahdomen. Ce serait à une faute grossière de nature à compromettre tout le succès de l’opération. Ce drain devra du reste être retiré le plus rapidement possible.
On pourrait, disais-je tout à l'heure, léviter complètenent dans certains cas. Cela dépend beaucoup de la nature et de la situation des parties touchées. Avec la hernie ombilicale par exemple, on se trouve dans des conditions
tout à fait analogues à celles de la fermeture de la paroi LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, Hernies. 5
abdominale après l’ovariotomie ; il pourrait donc y avoir nécessité de ne pas drainer, et dans les cas où J'ai profité de la plaie d’ovariotomie pour faire la cure de la hernie ombilicale, je n'ai pas drainé.
Mais cette réserve faite, il ne faut pas oublier quil y a avantage à constituer de larges surfaces d’accolement pour avoir une cicatrice solide, et dans ces cas le drainage présente de réels avantages.
J'ai fait le drainage tantôt avec des tubes de caoutchouc
Fig. 10. — Tubes en caoutchouc durci de dimensions variées.
rouge ou noir, privé de soufre, tantôt avec les tubes solides de caoutchouc durci que j'ai fait construire par M. Collin (fig. 10). Dans une région où les parties s’aplatissent, où les tubes se bouchent, ils peuvent présenter de gros favantages et il est bien difficile de dire à l’avance lequel on préférera. Il faut les avoir tous à sa disposition.
Le drain doit entraîner la sérosité dans une direction telle qu'elle ait peu de chance de s’empoisonner, et pour ce faire il faut éviter la direction du pli génito-crural, le voisinage de la vulve. Il est donc de règle, contrairement à toutes les idées reçues, de faire le drainage vers la partie supérieure de la plaie. Tous les chirurgiens sont encore à cette conception du drainage nécessaire vers la partie la plus déclive de la plaie. Si une plaie est bien aseptique, cette nécessité n'existe plus, la sérosité très fluide qui constitue seule l'écoulement chemine parfaitement bien suivant une voie un peu plus difficile, et lorsqu'il y a une nécessité première qui pousse à se détourner d’une partie déclive dangereuse pour l'infection, il faut accepter ce renversement du canal de drainage.
Cest absolument le cas de la cure radicale. Le drainage est nécessaire les deux ou trois premiers jours, parce que le traumatisme a été assez considérable; par suite Pafflux de sérosité est important. Mais 1l est de peu de durée. Au bout de deux ou trois jours cet écoulement est tari. Si la poche était très vaste, il peut suffire de couper le tube ou de le remplacer par un beaucoup plus petit. Mais il peut y avoir très grand avantage à le supprimer définitivement. La persistance du canal dans lequel est inséré le tube à drainage est un obstacle à la cicatrisation rapide de la peau, et la suppression très prompte du drainage joue un erand rôle dans la cicatrisation définitive et prompte de la plaie.