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OBSERVATION II

HERNIE INGUINALE ÉNORME DESCENDANT PRÈS DU GENOU. — RÉSECTION D'UN TRÈS GRAND SAC CUTANÉ PUIS D'UN SAC SÉREUX, CINQ LIGATURES AU COLLET DU SAC, AUTOPLASTIE PAR UN LAMBEAU PLUSIEURS FOIS REPLIÉ. — TRENTE ET UN POINTS DE SUTURE SUPERFICIELLE SUR LA PLAIE. — GUÉRISON OBSERVÉE CINQ ANS PLUS TARD. — CONSERVA- TION PARFAITE DES RÉSULTATS.

La nommée Maria Bertin, femme Lorion, trente ans, domestique, adressée par le D'Dambax.

Entrée le 27 juin 1881, salle Richard Wallace, 11. Opération 9 juillet 1881, sortie le 1° août.

Santé générale bonne, six enfants à terme. Après la naissance de son premier enfant, il y a treize ans, elle a éprouvé un sentiment de gêne, de pesanteur et quelques tiraillements dans la région inguinale droite.

Trois ans après, on y constatait la présence d’une saillie réductible et indolore. Le volume de la tumeur a augmenté lentement jusqu’à il y a un an pour arriver au volume d’une orange. La malade a porté un bandage. Le volume de la tumeur est devenu énorme, puis il a été impossible de la contenir.

Quand la malade est debout, elle présente à la racine de la cuisse droite une énorme tumeur qui, de la partie supérieure de la grande lèvre, descend jusque vers le milieu de la cuisse ; et après un peu de marche presque jusqu’au genou. Quand elle se couche, la tumeur diminue beaucoup et se réduit aisément. Tous les doigts de la main pénètrent dans l’anneau, et l’on conçoit qu'aucun bandage ne puisse la maintenir. La tumeur est d’ordinaire très sonore, contenant surtout des anses intestinales.

Quand on maintient tous les doigts de la main dans l’anneau, on peut s’opposer à peu près à la sortie de la hernie sous l’influence des efforts.

La patiente, cuisinière, à laquelle tout travail devient impossible, demande avec instance une opération.

Le 5 juillet 1881, pendant la chloroformisation, M. Championnière circonscrit la tumeur par deux grandes incisions semielliptiques, qui permettent d’abord la dissection des parois du sac.

La hernie est alors réduite, et la dissection du collet du sac est poursuivie jusque dans l'abdomen ; quand ce collet a été détaché le plus possible de la paroi abdominale et de l’anneau, ce collet du sac est fermé par cinq ligatures de catgut, enchevêtrées, comme dans la figure 6 de la page 44 ; puis le sac et les enveloppes cutanées sont réséqués. Sur là peau, en dehors de la plaie, est avivé un lambeau assez large pour boucher la baie de la paroi abdominale au niveau du collet du sac. La partie cutanée est complètement avivée, puis ce lambeau est retourné trois fois sur lui-même de façon à remplir comme un bouchon toute la partie béante de l’anneau. Il est fixé en place par deux ou trois points de suture au catgut abandonnés dans la profondeur des tissus. La plaie est suturée d’un bout à l’autre; et à la partie supérieure, les lèvres de la plaie sont suturées par-dessus ce lambeau inséré au niveau de l’orifice.

Trente et un points de suture réunissent cette longue plaie. Aux deux bouts, un gros tube à drainage.

6 juillet. — Bon état général. Écoulement de liquide très abondant, pansement renouvelé ; drains raccourcis. Enlèvement de huit points de suture. On sonde la malade, pour qu’elle n’urine pas dans son pansement.

Le 7. — Pansement renouvelé, douze points de suture enlevés; drains très raccourcis.

Le9.— Pansement. Enlèvement des derniers points; un peu de recroquevillement des lèvres vers le milieu de la plaie; les drains sont enlevés.

Le 11. — Pansement.

Le 14. — Pansement avec ouate salicylée et onguent borique.

Le 17.—Pansement. La cicatrice, jusque-là saillante, s’aplatit.

Le 23. — Pansement. Vingt-cinq jours de séjour après l’opération.

Le 4* août, la malade sort munie d’un bandage Rainal dont la pelotte triangulaire fort large couvre toute la cicatrice de la paroi abdominale. Ce bandage est d’abord mal supporté, car le lambeau de peau renversé contre la baie de la paroi abdominale fait

une saillie et la pression de la pelotte à sa surface estun peuirritante et douloureuse. Mais plus tard cette saillie s’affaisse, la cicatrice devient très homogène, et en quelques semaines la malade est très habituée à ce bandage.

Au moment du départ, les résultats sont satisfaisants, la cicatrice dans le canal ou plutôt l’orifice herniaire ‘est épaisse, volumineuse ; on ne sent aucune impulsion. L’induration constituée par cette cicatrice remonte dans le ventre beaucoup plus haut que celle observée sur l’opéré précédent; on la suit en quelque sorte dans le ventre.

Cette femme a été revue une première fois au commencement de 1882. Elle était dans l’état le plus satisfaisant, il n’y avait pas apparence de retour de la hernie; le bouchon oblitérait bien l’orifice.

La malade a été encore revue deux ans plus tard, puis en 1885. À cette époque, le résultat opératoire s’était bien maintenu. Le canal était oblitéré par une cicatrice et un bouchon dur. A la longue, la saillie du bouchon autoplastique avait diminué, puis il était devenu tout à fait insensible. La patiente se livrait sans aucune gêne aux travaux les plus pénibles que nécessitaient un état de profonde misère. Un bandage lui fut remis, celui qu’elle portait auparavant était devenu complètement insuffisant, et malgré cela aucun accident n’était survenu.

Cette malade est revenue pour la dernière fois, le 18 mai 1886, cinq ans moins deux mois après l’opération. Au point de vue fonctionnel aucun état ne peut être plus satisfaisant. Cette femme va en journée ; durant les premières années elle s’est placée surtout comme lavandière. Aujourd'hui elle a trouvé à faire de la couture dans la lingerie, ce qui est un peu moins fatigant. Elle n’a jamais cessé de travailler, élève deux enfants et fait en outre de ses occupations de lingère tous les travaux les plus durs du ménage. Elle continue à porter son bandage qu’elle regarnit de temps en temps.

Localement on constate une cicatrice ramassée sur elle-même, étendue du bas de la grande lèvre droite, jusqu’un peu au-dessous de l’épineiliaque, antérieure et supérieure. Cette cicatrice semble plonger dans le canal inguinal, ou pour mieux dire elle se continue avec des tractus durs et résistants qui pénètrent la paroi

abdominale. Aucun chemin en haut n’est fait par les viscères dans cette paroi qui est partout résistante. On ne sent pas d’impulsion. Il est impossible aujourd hui de se représenter quelle difformité grave a été guérie radicalement. Étant donnée la puissance de la cicatrice on pourrait peut-être supprimer le bandage ; mais la patiente ne se soucie pas de courir les chances d’un pareil essai, elle a du reste tellement l'habitude de son bandage qu’elle n’en est pas gênée. Ce dernier dure depuis deux ans, et tenu très proprement n’est pas altéré.

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