CURE RADICALE DE HERNIE NON ÉTRANGLÉE
Le nommé Frédéric Fickle, âgé de vingt-six ans, garçon d’écurie entré le 3 mai 1886, salle Lisfrane, n° 11, hôpital Tenon, service de M. Championnière.
Cet homme se présente à nous pour une large plaie contuse de la région externe de la cuisse gauche, plaie produite par une morsure de cheval.
Quelques jours après son entrée il fait observer qu’il porte dans l’aine droite une tumeur peu volumineuse pour laquelle il demande qu’on lui fasse un bandage qu’il puisse endurer et qui le guérisse. Ce n’est que depuis deux ans que Fickle a remarqué la présence de cetie grosseur qui augmente de volume par
moment, en même temps qu’elle devient douloureuse. Jamais elle n'a occasionné d'autre accident : mais aucun bandage ne peut être supporté.
À la partie supérieure des bourses du côté droit, on constate la présence d’une tumeur d’un volume équivalent à celui d’un œuf de poule, mollasse et ne pouvant être réduite dans l'abdomen. Le doigt pénètre dans l’anneau inguinal, et pendant les efforts de toux, il se fait une impulsion très nette.
En présence de ces symptômes, on porte Le diagnostic d’entéroépiplocèle avec irréductibilité d’une masse épiploïque.
Dans ces conditions, l'application d’un bandage est difficile, douloureuse, inefficace. M. Championnière propose au patient de profiter du temps où sa blessure va l’immobiliser au lit, pour subir une cure radicale que l’irréductibilité indique. Fickle sera désormais à l’abri des accidents, on mettra un bandage qui sera facilement supporté, et il est bien probable, la hernie étant peu volumineuse et la paroi abdominale solide, que dans lavenir il pourra bien arriver à supprimer le bandage. L’opération de cure radicale proposée au malade est pratiquée Le 27 mai.
M. Championnière fait une incision parallèle au canal inguinal, sur son trajet et jusqu’à la racine des bourses. Il arrive sur le sac sans grande difficulté, mais l’adhérence de ce sac aux parties molles voisines est extraordinaire. Au milieu de ces parties fusionnées ensemble et en avant, se trouve le canal déférent qui est isolé très laborieusement.
L’épiploon contenu dans le sac est tiré en bas, puis lié avec deux ligatures en chaîne ; une anse intestinale a été réduite tout au début de l'opération. Une partie de la dissection du sac doit être terminée avec les ciseaux jusque dans le canal. La séreuse est assez isolée pour que des tractions méthodiques l’abaissent : ce temps est encore laborieux. Une double ligature en chaine au catgut est placée, puis la section est faite au-dessous et le pédicule lié accomplit son mouvement de retrait dans la cavité abdominale.
L’adhérence du sac au tissu cellulaire est telle que la partie inférieure, dont la destruction importe peu, est laissée en place, et que la cavité ainsi formée sera drainée. Deux points de suture perdus sur les parties molles profondes, sutures de la peau aux
erins de Florence. Un gros tube est placé à la partie inférieure de l'incision.
L'opération a duré deux heures. Le chloroforme, de très mauvaise qualité, a été la cause de vomissements qui se sont pie duits dans la journée. Le soir 37°,7.
Le 28 mai au matin 37°,9. L’ beton a été assez abondant pour traverser le pansement : on le change ; le tube est remplacé par un autre de calibre plus petit. Soir 36°,9.
Le 29. — 37°,3, 37°,2
Le 30. — 37,3, 31°,2.
Le 31. — Deuxième pansement, pas la moindre suppuration. Le tube est enlevé, on ne laisse que deux points de suture. 37°,9, 370,2
1% juin. — 36°,7, 370,1
2 juin. — 37°,2, 91°,4.
3 juin. — 37,1, 36°,8.
4 juin. — 37°, 36,7.
o juin. — Troisième pansement. Les deux fils qui restaient sont enlevés. 37°, 37.
6 juin. — 36°,8, 36,8.
1 juin. — 31°, 36,8.
8 juin. — 36°,6, 37°.
9 juin. — 36°,7, 370,2.
10 juin. — 37°,8, 37°,2.
11 juin. — 36°,8, 37°,2.
12 juin. — Quatrième pansement. Lint et vaseline boriquée; il ne reste plus qu’une toute petite plaie insignifiante. 36°,8, 37°.
13 juin. — 36°,6, 37°,2.
14 juin. — 36°,8, 37°.
15 juin. — 36°,6, 36°,8.
16 juin. — 36°,8, 37°.
17 juin. — 36°,8, 37°,2.
18 juin. — 37°, 36°,9.
19 juin. — 37°, 37°,2 20 juin. — 36° 9, 3e 3.
21 juin. — 31, 2. 36e. 8.
22 juin. — 87e, ge,
Le 27 juin, départ du malade porteur d’un add spécial.
Durant toute cette période, l’état général a toujours été excellent. Le jour du départ, on constate, dans toute l’étendue du trajet inguinal, une masse dure, dessinant exactement ce trajet.
Pendant ce mois consacré à la cure radicale, la morsure de cheval est guérie. Encore, au moment du départ, y avait-il une petite plaie ; de telle sorte que la cure radicale a demandé moins de temps et d'immobilisation que l’accident indépendant pour lequel le malade était entré.
Ce cas est très remarquable par les difficultés éprouvées d’une façon tout à fait imprévue. La hernie étant petite et peu ancienne, on ne devait pas les attendre ; cependant elles étaient telles que M. Championnière estime qu’un opérateur peu habitué aurait couru grand risque au moins de blesser le canal déférent, et pense que s’il avait rencontré au début de ses opérations de semblables difficultés, il aurait probablement fait une opération très imparfaite.
Malgré les difficultés d’une opération qui a duré près de deux heures, les suites ont été des plus simples.
Quant au résultat final, il est absolument identique aux précédents, et le maintien de la cure doit se faire dans les conditions les plus favorables.