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OBSERVATION IX

HERNIE INGUINALE DROITE, CONGÉNITALE, VOLUMINEUSE. — ACCIDENTS D'ENGOUEMENT. — CURE RADICALE. — GUÉRISON. — OPÉRATION RÉ- CENTE (Observation par M. Legry, interne du service).

Émile Richier, cordonnier, vingt-quatre ans, entré le 44 avril 1886, salle Nélaton n° 10.

Le nommé Richier a remarqué, il y a douze ans, qu’il avait une hernie ; il porte un bandage depuis lors. Le 14 avril, à deux heures de l’après-midi, il éprouva une douleur vive et subite dans l’aine droite et la partie correspondante de l’abdomen. En même temps apparaît la tumeur herniaire, qui augmente rapidement de volume jusqu’à trois heures.

Le malade est transporté à l’hôpital à sept heures du soir. Il a eu jusqu'alors deux vomissements alimentaires et bilieux. Il n’a pas eu de selles; il n’a rendu aucun gaz par l’anus. On constate l'existence, dans le scrotum et la région inguinale droite, d’une : tumeur considérable, ayant le volume d’une grosse tête de fœtus, tumeur rénitente, irréductible et mate en certains points.

Le taxis a été tenté en ville pendant une demi-heure. Une nouvelle tentative de taxis faite le soir, à hôpital, avec le chloroforme, reste encore sans résultat.

Le lendemain matin, on apprend que la douleur, qui avait diminué à la suite de la chloroformisation, a reparu très vive dès minuit. Il n’y a eu dans la nuit qu'un seul vomissement. Toujours pas de selles. Sur les gaz il n’est pas très affirmatif. Toutefois la tumeur est volumineuse, très tendue, douloureuse.

Il est probable que, avec le repos et la glace, les accidents pourraient être conjurés. M. Championnière admet que ce n’est pas là un cas d’étranglement mais pense qu’il est plus sage de ne pas chercher des attermoiements et de profiter de la circonstance pour faire immédiatement une cure radicale que le patient désire beaucoup. Il pratique immédiatement l’opération.

L'opération est faite ce jour-là 44 avril le matin, vingt heures après le début des accidents.

Opération. — Incision cutanée sur la tumeur même, parallèle au canal inguinal, et répondant par son extrémité supérieure au canal. On arrive très rapidement sur le sac qui est incisé sur la sonde camhelée. On reconnaît alors que la hernie est congénitale, car le testicule est à nu à la partie inférieure du sac constitué par la vaginale. Dans ce sac est contenu un paquet volumineux d’anses intestinales présentant une coloration très rouge. L’étranglement est peu marqué, car le collet est facilement dilaté avec les doigts, et la réduction est facile après la section d’une bride fibreuse située au-dessous du collet. Une nortion peu considérable d’épiploon est réséquée, après avoir été liée avec deux fils de catgut.

Le sac est coupé circulairement au-dessus du testicule et à une certaine distance de lui. Puis on dissèque la face externe de ce sac des parties voisines, et cela aussi haut que possible. Le sac ainsi libéré est fortement attiré au dehors, et son collet est lié à l’aide de deux fils de caigut entrecroisés. Puis il est coupé audessous de la ligature. La partie du collet située au-dessus remonte dans le ventre après avoir disparu dans le trajet inguinal. Quatre points de suture profonds sont alors jetés sur les parties molles. Les téguments sont suturés avec du crin de Florence. On place un gros tube qui plonge jusque dans la partie de la vaginale qui n’a pas été excisée et qui recouvre le testicule.

Pansement avec gaze iodoformée, poudre, sachets, éponge. Compresses pliées en huit et placées sur l’arcade crurale de façon à exercer de la compression sur le canal inguinal.

On a donné 80 grammes de chloroforme. L’opération a duré une heure.

17 avril. — Premier pansement. Un peu de sérosité seulement à la surface de la plaie. On retire quelques fils à suture. On change le tube et on en met un plus petit. Même pansement que le jour de l’opération.

20 avril. — Deuxième pansement. Même état de la plaie. Même pansement. On met encore un tube plus petit.

93 avril. — Troisième pansement. On coupe le reste des fils; le tube est supprimé. Même pansement.

27 avril. — Quatrième pansement. La moitié supérieure de la plaie est un peu désunie : il y a un tout superficiel écartement léger entre les lèvres de la plaie.

Pansement avec vaseline boriquée et sachets.

30 avril. — Cinquième pansement. On constate un sphacèle superficiel de la portion désunie: La couche sphacéiée, d’ailleurs extrêmement mince, est excisée. Même pansement : mais une compression un peu moins forte est exercée sur le canal inguinal.

2 mai. — Sixième pansement. Bon aspect de la plaie qui désormais se répare régulièrement et sans autre incident.

Dès la fin de mai, il est facile de constater chez cet opéré les mèmes phénomènes que chez les précédents, la présence d’une masse cicatricielle remplaçant le trajet de la hernie, et assurant le maintien de la cure radicale. Il n’y a aucune témérité à affirmer que les conditions sont les mêmes que pour les opérés précédents ; la guérison est assurée dans ce cas comme dans la plupart des autres, aucun accident n’a traversé la cure.

Le patient est sorti le 5 juin muni d’un bandage Rainal et même est venu se montrer depuis.

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