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EFFICACITÉ DE LA CURE RADICALE

Il est de mode d’opposer une fin de non-recevoir à toute tentative faite pour la cure des hernies en disant que ce sont de leur essence des maladies incurables ; et, depuis des années, les chirurgiens ont fait valoir cel argument triomphant plutôt que d’avouer que l'insuffisance ou les dangers de leurs procédés les détournaient de ces sortes d'opérations. Cependant la curabilité de la hernie dans de certaines conditions est un fait démontré. Chez des sujets jeunes, 1l y a des faits incontestables de guérison même par les bandages. À plus forte raison devra-t-on admettre cette curabilité par une opération.

On peut même aller chercher des arguments très favorables à cette thèse dans des cas de kélotomie faite jusqu’en ces dernières années.

L'opération de la hernie étranglée, même dans les plus mauvaises conditions, donnait des résultats bien intéressants à examiner. Un très grand nombre d’opérés mourant, les occasions de les constater n'étaient pas très communes.

Cependant on en rencontre encore de temps en temps; quelle est leur situation ?

Malgré les conditions de la kélotomie détestables pour la cure radicale, les plus heureux sont restés guéris; on en voit même qui ne portent pas de bandages. Mais ceux-là sont les plus rares. Chez le très grand nombre, la hernie a récidivé ; mais alors, encore beaucoup vous disent qu’ils en sont moins gênés que par le passé. La hernie se réduit facilement, elle se maintient bien réduite ; aucun accident d'ordinaire après l'opération. Les malades insistent souvent sur ce point.

Si nous passons aux opérés de hernie étranglée ayant été entre les mains de chirurgiens désireux d’obtenir la cure radicale, le tableau est plus favorable encore. Depuis 1875, j'ai constamment cherché à déterminer la cure radicale de ces opérés par la suture de l'anneau avec ou sans extirpation du sac. J'ai revu quelques-uns de ces opérés; je puis citer, par exemple, une femme atteinte de hernie crurale étranglée que j'ai opérée à Lariboisière et que j'ai revue trois ans après. J'avais extirpé le sac. Elle n’avait pas trace de récidive et ne portait pas de bandage.

J'ai revu tout récemment un homme opéré à Lariboisière, qui avait un grand sac inguinal droit datant de la première enfance. L'opération date de neuf années, le sac fut partiellement extirpé. La récidive s’est faite depuis; le patient porte un bandage qui maintient fort bien sa hernie, il n’a jamais eu d'accidents désagréables de ce côté et trouve sa situation beaucoup préférable à celle qu’il avait avant son opération.

J'en ai rencontré d’autres cas et si je cite ces deux là

seulement, c'est qu’ils représentent très bien ces deux types opposés, dont le dernier a encore bénéficié de l'opération malgré la récidive.

J’attribue la fréquence relative de la cure radicale, même chez mes plus anciens opérés, à ce que j'ai de tout temps eu grand soin de scarifier le collet du sac en faisant des débridements multiples. Ceci joint à la suture de l’anneau constitue une condition favorable pour laccollement définitif des surfaces.

Si J'ajoutais à cette indication d’opérés anciens celle d'opérés plus récents, j'arriverais sur un autre terrain, car ces derniers opérés ont été traités systématiquement pour la cure radicale de leur hernie par des opérations complètes et quelquefois un peu complexes, et j'y reviendrai plus loin. Mais je puis dire déjà que chez ces derniers la cure persistante est la règle. |

En somme les faits autorisent à penser que dans le cas de hernie une opération peut apporter des modifications telles que cette hernie guérisse absolument ou que le patient soit placé dans des conditions beaucoup plus confortables. Ce qui lui reste de son infirmité est rendu très supportable, la contention est. facile, l'effort musculaire est possible. Sa situation est meilleure que celle des hernieux dont nous parlions au début et chez lesquels la généralité des médecins admet qu’il est facile de pallier la difformité.

Rien que cette constatation autoriserait la tentative de la cure radicale pour obtenir ces résultats dans les hernies non étranglées.

Mais quoi qu'on en ait dit, même après des opérations

anciennes de cure radicale proprement dite, il y a eu des cas de guérison bien nets. De notre temps encore, parmi les opérateurs de l'étranger, chez lesquels l'opération a été plus en faveur que chez nous, on a cité bien des faits incontestables de succès.

Mais surtout, nous présentons des faits au lecteur. Nos opérés paraissent parfaitement guéris. Sur dix opérations, deux seulement sont récentes, et les conditions très favorables de la paroi permettent d'affirmer que le succès persistera pour ces dernières. Les opérés ont été revus après plusieurs années, cinq ans pour deux d’entre eux, sur lesquelsla récidive était le plus à craindre. Le plus mauvais cas des deux, une hernie immense avec paroi déficiente, est celui d’une femme que la misère livre aux travaux les plus durs. Après un intervalle de temps aussi considérable, la paroi est aussi solide qu'au premier jour. Il n’y a aucune tendance à la récidive. Il est impossible d'observer un résultat plus parfait. Dans l’autre cas, un jeune homme qui a très mal porté son bandage et l’a même délaissé autrefois est dans les mêmes conditions qu'au début; l’opération n’a peut-être pas été aussi parfaite chez lui que je l’ai faite depuis, mais il n’a rien perdu malgré cela.

Dans les autres cas, revus au bout de six, huit mois, un an, les résultats persistent. Ce qui permet d'affirmer la valeur de ces résultats, c’est que tous présentent les mêmes conditions : une paroi fermée; une cicatrice puissante et dure au-devant de cette paroi, l'impulsion se faisant audessus juste au niveau où s'arrête la cicatrice. Et plus on s'éloigne de l’époque de l’opération, plus on sent que cette

cicatrice est puissante. J’insiste à dessein sur cette observation.

Pour nos opérations, un seul cas de récidive pour une petite hernie crurale irréductible ; et ce cas même vient à l'appui des opinions que je professe, car l'opération que je préconise fut impossible. Chez une femme, il fut impossible d’extirper le sac. L’intestin fut rentré avec des débris du sac et la suture faite au-devant. Le résultat opératoire dura six mois et la hernie se reproduisit sous l’influence de la toux et d’une grossesse commençante. Tout cela était naturel et prévu, justement parce que la destruction de la surface péritonéale ne pouvait être conduite comme je le recommande.

En somme la lecture de ces observations montre dans un nombre respectable de faits que l’on obtient la réintégration des viscères et leur maintien absolu dans la cavité abdominale.

Même les cas les moins anciens le prouvent plus qu’on ne le croit généralement. Dans les échecs de la cure radicale, la récidive est assez rapide. Il suffit de lire la description des faits publiés, et l’on verra que pour beaucoup des meilleurs opérateurs, au bout de trois mois, la tendance à la récidive est déjà marquée.

Or je n’ai, sauf le dernier cas, aucune observation qui n'ait été suivie au moins six mois.

Mais il y a mieux : dans chacune des observations J'ai trouvé qu’à mesure que le temps passait, la situation allait s’améliorant. La hernie était sans doute bien maintenue dès le premier jour; mais par la suite la cicatrice devenait

de plus en plus résistante. Le cordon fibreux sur lequel LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, Hernies. 2

j'insiste dans toutes les parties de ce mémoire devient de plus en plus solide, plus résistant, et la cohésion des parties au voisinage de l'anneau est de plus en plus parfaite.

J'ai souvent montré à l'hôpital les opérés et tous ces faits ne laissaient de doute pour personne, tous les caractères objectifs de la hernie étaient bien disparus. Si on interrogeait les patients sur la fonction, les réponses étaient unanimes. Avant l’opération, malaises constants ou douleurs vives, impossibilité d’un travail de force. Le n° VII (Lacaze) nous disait que depuis quatorze ans jusqu’à l'opération il n’avait pas été un jour sans souffrir.

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