HISTORIQUE ET DESCRIPTION DES PROCÉDÉS ANCIENS
Guérir radicalement les hernies, modifier les tissus au point de rendre toute récidive impossible, est un problème que se sont posé les chirurgiens de tous les temps. Pour atteindre ce but, toutes sortes de procédés ont été employés, les uns doux, les autres violents ; un grand nombre appartiennent à la méthode sanglante, et une chose frappe dès l’abord : c’est que les moyens mis en œuvre ont été d’autant plus énergiques qu’on se rapproche davantage des origines de la chirurgie.
La raison en est facile à donner : c’est le propre, cil etlet, d’une science dans l’enfance, de recourir aux moyens les plus simples, quoique les plus dangereux; étant donnée une hernie, le problème ne pouvait, pour les chirurgien, s de l’antiquité, que se poser de la façon suivante : réduire 1 intestin ou l’épiploon, oblitérer, supprimer la poche herniaire ; ainsi fut fait; et cette pratique s’est conservée
presque inaltérée jusqu’au xvmc siècle, époque où la découverte des bandages élastiques permit la contention facile des hernies.
Pendant une longue série de siècles, la hernie a été considérée non seulement comme une infirmité, mais encore comme une affection indécente, honteuse. Tite- Live raconte que Marcus Servilius, montrant un jour au peuple la marque des blessures reçues, par devant, au service de la patrie, découvrit par mégarde une hernie inguinale; des rires moqueurs l’accueillirent; et cependant la hernie avait été contractée en combattant jour et nuit à cheval, à la tête des cohortes romaines, et jamais la République n’avait eu à souffrir de cette infirmité d’un de ses plus vaillants citoyens.
On ne saurait donc blâmer les anciens de n’avoir reculé devant aucun moyen pour se débarrasser d’une affection qui, quels que fussent leurs titres, les dégradait aux yeux de leurs concitoyens. De plus, cette infirmité était souvent mortelle ; la hernie étranglée, en effet, fut abandonnée à elle-même jusqu’au jour où Franco, le premier, au xvic siècle, préconisa le débridement; do sorte que jusqu’au xvic siècle, et même depuis, nous assistons à ce spectacle bien fait pour étonner quiconque n’aurait pas suivi en cette matière l’évolution des idées, que les hernies étranglées sont toujours respectées; que les hernies même légères, même réductibles, sont attaquées par les moyens les plus sanglants de la chirurgie, par le fer et par le feu ; et cela, pour les trois motifs que nous venons de passer en revue.
Il fallait donc, coûte que coûte, guérir radicalement cette affection infamante, presque toujours mortelle
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dans sa complication la plus fréquente ; mais un jour, le préjugé s’affaiblit, la chirurgie s’attaqua à l’étranglement herniaire, et, dès la fin du xvuc siècle, le bandage élastique, dont l’idée était déjà fort ancienne, ainsi que nous le verrons plus tard, eut droit de cité. Dès ce moment, les procédés sanglants de cure radicale firent place à la cure radicale par les moyens de contention, et les méthodes violentes, combattues par les plus grands chirurgiens du xviii0 siècle, n’eurent que des représentants isolés ; à l’opérateur succéda le bandagiste.
Mais, de nouveau, vers la fin de la première moitié du xix° siècle, malgré les perfectionnements apportés aux bandages, les procédés chirurgicaux furent en honneur ; sous l’impulsion de Gerdy, l’invagination avec tous les procédés qui en dérivent, parut un moment l’emporter : la mode fut à la cure radicale; toutefois, le triomphe fut éphémère ; le silence, avec la mort de Gerdy, se fit en France sur l’invagination, et le bandage reprit tous ses droits.
Dans cës dernières années, cependant, grâce aux immenses progrès de la chirurgie antiseptique, on est revenu aux méthodes sanglantes, et, à peu de chose près, ce sont souvent les procédés anciens adaptés à la chirurgie moderne, dont nous aurons à retracer l'histoire; tant est vraie cette remarque de Littré : « II n’est pas de développement le plus avancé de la médecine contemporaine qui ne se trouve en embryon dans la médecine antérieure. »
C’est une proposition presque banale que l’histoire des sciences est intimement liée à l’histoire universelle : elle est surtout applicable à l’histoire de la chirurgie, et
CUltE RADICALE DES HERNIES.
nombreuses ont été les vicissitudes de cette science ; des Grecs d’Asie elle passe aux Grecs d’Europe, et retourne de nouveau aux Asiatiques; mais rapidement les Arabes s’en emparent, et peu à peu, à leur tour, laissent tomber entre les mains des Latins le sceptre de la chirurgie. Une science ainsi ballottée d’époque en époque entre des peuples de mœurs et de langage aussi différents, ne pouvait rester intacte ; plus d’une idée s’est perdue, plus d'un chef-d’œuvre s’est égaré; quelques-uns ont été retrouvés, mais fort tard ; de là des lacunes, des obscurités que nous rencontrons à chaque pas sur notre route.
Nous aurions pu, comme la plupart de ceux qui ont écrit sur la cure des hernies, faire séparément l’histoire de chaque procédé; il nous eut été facile, par ce
moyen, de masquer les lacunes qui se trouvent fatalement dans l’exposé d’une science aussi ancienne que la chirurgie, et la chose eût été plus commode ; mais à cette méthode factice, nous avons préféré l’ordre naturel, qui est ici l’ordre même de l’histoire, et nous avons essayé de faire assister le lecteur à la marche et à l’évolution des idées.
Nous nous sommes astreint à lire les principaux auteurs de tous les temps qui ont écrit sur les hernies, pour nous bien imprégner de leurs idées ; par là, nous avons pu redresser plus d’une erreur historique et montrer aussi que les modernes se seraient évité certaines découvertes sur la cure radicale des hernies, s’ils avaient mieux connu les anciens. 11 est un certain nombre do vieux auteurs que nous n’avons pu nous procurer, et (pie nous avons cités néanmoins; mais lorsque nous avons parlé d’après d’autres, nous avons eu grand soin
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de bien choisir nos autorités, et c’est presque exclusivement à Malgaigne, dont l’Introduction historique aux œuvres d’Ambroise Paré doit faire l’admiration de tous les érudits et de tous les chirurgiens, que nous nous sommes adressé.
On pourrait partager l’histoire de la cure radicale des hernies en deux grandes périodes : l’une, très longue, presque exclusivement opératoire, finit au xvme siècle avec la vulgarisation du bandage élastique ; l’autre, surtout consacrée à perfectionner les moyens de contention, commence au xvm° siècle ; mais la distinction entre ces deux périodes n’est pas aussi tranchée que nous paraissons le dire ; nombre d’anciens chirurgiens, malgré l'imperfection de la mécanique, avaient foi dans le bandage, et Celse, le premier auteur dont nous avons à parler, en est aussi la première preuve. .
Celse, Ier siècle. — C’est à Celse que commence l’histoire de la cure radicale des hernies. C’est dans cet auteur, écrivain merveilleux et encyclopédiste de génie, dont le nom représente toute une époque chirurgicale, que nous trouvons les premiers procédés opératoires dirigés contre les hernies; c’est là également que se trouvent formulés, touchant les indications de l’intervention chirurgicale, bon nombre de sages préceptes, qu’on a eu pendant trop longtemps le tort d’oublier ou de méconnaître, et que ne désavouerait pas la chirurgie contemporaine*
Celse, en effet, contrairement à ce qu’ont écrit plusieurs auteurs, est loin d’être fervent partisan de l’intervention chirurgicale, et les cas dans lesquels il récuse le .bistouri sont aussi nombreux que ceux dans lesquels il en conseille l’usage.
Certainement il déconseillait l'opération dans le cas d’étranglement herniaire, préférant les bains, la diète, les émollients, la saignée, mais il n’opérait pas davantage nombre de hernies réductibles, et, très souvent, il préférait le bandage aux méthodes sanglantes : c’est ainsi qu’il n’opérait ni les tout jeunes enfants atteints de hernie scrotale, ni les hernies inguinales volumineuses, ni les hernies ombilicales chez les nouveau-nés, ni les hommes dans la force de l’âge, ni les vieillards; qu’il réservait l’intervention pour les enfants de 6 à 14 ans, et encore fallait-il que la hernie fût petite, que le jeune malade 11e fût « ni cacochyme, ni dartreux, ni galeux » ; en un mot, que la hernie fût inguinale ou ombilicale, Celse ne conseillait l’intervention chirurgicale que lorsque le sujet était jeune mais résistant, la hernie petite, non douloureuse et nullement étranglée. Son opinion capitale est que, le plus possible, il faut éviter l’opération.
La même réserve que Celse montre dans l’exposé des indications et contre-indications, il la montre dans le choix des procédés. On n’y trouve rien de ces méthodes excessives, qui furent en honneur jusqu’au xvmc siècle : tous ses procédés sont raisonnables, et plusieurs se .sont, avec juste raison, conservés jusqu’à nos jours.
- S’agissait-il d’une hernie inguinale, il incisait le scrotum jusqu’au testicule, prenait bien soin de ne point offenser le testicule et réséquait le sac. — « Voilà la méthode m qu’il est presque toujours à propos de suivre, lorsque m le malade est fort, jeune, et que le mal est léger. » S’il avait affaire à des hommes robustes, et que la hernie fût plus considérable, il procédait de la même façon; il faisait la même incision, excisait également le sac, mais, avec
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un soin jaloux, ménageait le testicule ; c’est surtout en pareil cas qu'il prenait ses précautions contre la récidive. « Lorsqu’on a coupé tout ce qu’il fallait et remis le « testicule en place, on emporte une petite bride de l’inci- « sion faite à l’aine afin que l’ouverture soit plus grande, « et qu’il croisse plus de chair pour former une cicatrice
plus forte. »
Celse comptait évidemment sur les propriétés physiologiques du tissu modulaire pour provoquer la cure radicale. Si la hernie était une épiplocèle, les uns desséchaient l'épiploon « avec des cathérétiques », les autres le détruisaient par des caustiques, d’autres enfin liaient par moitié le pédicule épiploïque et réséquaient l’épiploon ; tels étaient les procédés employés du temps de Celse contre la hernie inguinale (1).
Les procédés qu’il indique pour la cure do la hernie ombilicale (et nous savons déjà dans quels cas il récuse toute intervention), se font remarquer par un grand caractère de précision ; c’est un fait à noter dans l’histoire des hernies que de tout temps, soit avant Celse, soit après lui, et jusqu’à nos jours, on se soit attaqué à elle avec une véritable prédilection, sans doute parce que la hernie ombilicale est dans une région plus accessible et mieux connue par l’opérateur.
Il n’existait pas, avant Celse, moins de trois procédés de cure des hernies ombilicales. Dans un premier, la réduction étant faite, deux ligatures sont placées autour du pédicule de la tumeur; dans un second, le centre du
(1) Ni Celse ni les auteurs qui l’ont suivi, jusqu’au commencement du ’X viiig siècle, ne parlent de la hernie crurale ; ils la confondaient probablement avec le bubonocèle.
pédicule est traversé par deux fils qui l’étreignent chacun de leur côté; enfin, dans un troisième, la tumeur est ouverte à sa partie supérieure, l’intestin est mis à nu, et on n’arrive à la ligature que lorsqu’on s’est bien assuré que tout l’intestin a été réduit.
Celse conseille le procédé suivant : le malade, s’étant efforcé de donner à la hernie le maximum d’amplitude, relient sa respiration ; on trace à la hase de la tumeur un trait circulaire avec de l’encre, et l’intestin est réduit; puis, tirant le plus possible sur la poche flottante, le chirurgien applique une forte ligature au niveau du Irait circulaire ; la tumeur, qui doit fatalement se sphacéler, est traitée par le cautère actuel ou les caustiques jusqu’à ce qu’elle tombe.
Il est difficile de faire une opération plus radicale, puisqu’on supprime et le sac herniaire et les téguments qui l’environnent, et que le voisinage de la ligature détermine autour de l’anneau un travail inflammatoire qui doit en faciliter l’oblitération. Mais n’empiétons pas, dans cet historique, sur le domaine de la physiologie pathologique, et bornons-nous à faire remarquer que nous retrouverons, presque sans aucune modification, le procédé de Celse, reproduit par les chirurgiens de tous les temps, le xtx° siècle y compris.
Toutes les hernies dont nous venons de parler sont entourées par le péritoine ; mais Celse distingue deux variétés de hernies non traumatiques : les hernies par glissement ou par distension du péritoine ctles hernies par rupture du péritoine (1). Les procédés que nous venons de
(1) Comme à chaque instant nous retrouvons ces mots : hernie par rupture, hernie par glissement ou distension du péritoine, il est bon que
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décrire s’appliquent aux hernies par glissement ou par distension de la séreuse ; pour ces hernies, Celse n'est pas partisan bien ardent do l’intervention chirurgicale ; son sentiment n’est pas le même sur la hernie par rupture du péritoine ; et, décrivant une hernie de la région de l’aine, qu’on voit très souvent chez les femmes grosses et qu’il affirme être une hernie par rupture, il s’exprime ainsi :
Les sentiments sont très partagés au sujet de la cure de cette hernie. Quelques-uns percent la tumeur à la base avec une aiguille et y font une ligature avec deux fils, comme dans l’opération du slaphylome et de la hernie du nombril, afin de faire tomber la partie du sac qui est au-dessous de la ligature. D’autres font, dans le milieu de la tumeur, une incision en forme de feuille de myrte et réunissent ensuite les deux bords de la plaie avec une suture. Mais le plus sûr est de faire coucher le malade sur le dos et de porter ensuite la main sur la tumeur pour découvrir l’endroit où elle résiste moins :
c’est sûrement là que doit se trouver la rupture du péritoine
Lorsqu'on a ainsi découvert l’endroit où répond la rupture du péritoine, il faut y faire une incision qui pénètre jusque dans la cavité du bas-ventre et emporter le milieu de la tumeur, afin que l’incision faite au péritoine soit récente, parce que les points de suture ne peuvent tenir sur les bords d’une plaie qui est ancienne; s’il arrivait qu’après l’incision faite il restât quelque chose des anciens bords de la rupture du péritoine, il faudrait, avec le bistouri en enlever tout le long une bandelette fort mince et qui ne fit que l’effleurer. On se conduit pour le reste comme dans la hernie du nombril.
Nous croyons avoir donné, dans les pages qui précèdent,
nous disions, uue fois pour toutes, ce que les anciens chirurgiens entendaient par ces mots. Dans leur esprit, ils ne correspondaient pas à un fait anatomique constaté : hernie par rupture du péritoine voulait simplement dire hernie à développement brusque, instantané ; hernie par distension ou allongement du péritoine voulait dire hernie à développement, graduel, car les anciens ne concevaient pas qu'une hernie put se développer brusquement si le péritoine n'était préalablement rompu. C'est là une remarque importante que le lecteur ne devra pas perdre de vue, s’il veut bien comprendre la suite de cet historique.
une idée suffisante des idées de Celse sur la cure radicale des hernies ; nous y voyons, tantôt en germe et tantôt parfaitement décrits, un certain nombre de procédés, dont plusieurs se retrouvent encore dans la chirurgie ; comme plusieurs de nos chirurgiens actuels il emportait le sac, probablement après ligature du collet; comme plusieurs encore, il faisait tomber la poche herniaire, dans le cas de hernie ombilicale; il liait le pédicule, ou bien le comprimait entre deux clavettes de bois (d’après l’édition Targa) ; il paraissait pratiquer Tavivement et la suture de l’orifice herniaire dans ce qu’il appelait les hernies par rupture du péritoine; il liait, détruisait ou réséquait l’épiploon, mais à l’encontre de ses successeurs, il n’intervenait que rarement, et, détail important, se gardait bien de toucher au testicule.
Oribase, IV0 siècle. — Entre Celse et Oribase se trouve un intervalle de plusieurs siècles; il semble, à ne lire que l’histoire des hernies, qu’Oribase ait ignoré Celse, car, s’il distingue, comme Celse, les hernies par rupture du péritoine et des hernies par allongement du péritoine, il passe sous silence la presque totalité des procédés que Celse a décrits. Il est vrai que nous n’avons que des fragments de la chirurgie d’Oribase, et qu’il serait peut-être téméraire de conclure de ce que nous avons de lui, à ce qu’il ignorait.
Oribase ne parle des hernies étranglées ni pour conseiller l’opération, ni pour la déconseiller; il ne fait allusion qu’aux hernies réductibles et aux hernies irréductibles par adhérences : il ne parle pas des bandages et ne semble connaître qu’un moyen de guérir les hernies, et ce moyen qu’il applique à toutes, c’est l’instrument
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tranchant; mais les procédés qu’il décrit révèlent une certaine ingéniosité et plusieurs sont ce qu’on appelle aujourd’hui des procédés nouveaux.
La peau ayant été incisée, Oribase isole le péritoine avec beaucoup de soins ; mais il sai L que la recherche du péritoine n’est pas sans présenter parfois de grandes difficultés, que des erreurs sont souvent commises, et il en fixe les règles avec une certaine minutie. Le sac mis à nu, il l’incise prudemment de peur des adhérences ; s'il n’en existe pas, il réduit l’intestin et finit l’opération : 1° en tordant le pédicule du sac ; 2° en en réséquant une partie plus ou moins grande , qu’il a préalablement déterminée avec beaucoup de soin.
S'il existe des adhérences entro l’intestin et le sac, Oribase cherche à les détruire avec le doigt, et, s’il no peut y parvenir, il découpe les parties adhérentes et les laisse sur l’intestin, puis le réduit avec ses pièces (car ce sont de véritables pièces, dont l’intestin est recouvert), tord fortement le sac, de même que pour les hernies réductibles, et en résèque la plus grande partie. Quant au testicule, il le ménage avec le plus grand soin. Pas plus que Ctdse, donc, Oribase ne croyait qu’il fût nécessaire de pratiquer la castration pourarriver à la cure radicale des hernies.
Oribase omet de nous dire s’il obtenait par son procédé la cure radicale, mais il a soin de nous apprendre que la mortalité était grande ; il avait beau faire le pansement avec le plus grand soin, laver soigneusement la plaie et la tunique vaginale, placer des tentes dans la plaie, faire à l’extrémité inférieure du scrotum une contre-ouverture, les résultats étaient loin d’être bons; parmi
les opérés, les uns mouraient d’hémorrhag'ic,les aulresde péritonite généralisée, les autres de septicémie due le plus souvent à la décomposition des caillots accumulés dans le scrotum ; ceux qui no mouraient pas avaient tous de la fièvre, mais il est vrai que, pour Oribase, la fièvre, traduisant l'effort de la nature, était indispensable à la guérison.
En lisant Cclse et Oribase, on pourrait, avec quelque illusion, se croire dans la période moderne, mais nous ne tarderons pas à voir les procédés barbares prendre trop souvent la place de procédés raisonnables.
Entre Oribase et les Arabistes, nous ne trouvons que deux noms qui nous intéressent, au point de vue spécial où nous nous plaçons : Aëtius et Paul d’Égine.
Aëtius , V° siècle; Paul d’Égine, VIIe siècle. — Aëtius a copié Oribase : comme lui, il recommande l’intervention chirurgicale et ne mérite pas de nous arrêter plus longtemps ; Paul d’Égine, au contraire, a élevé à la chirurgie un monument qui suffirait à immortaliser l’école d’Alexandrie. Comme Oribase, Paul d’Eginc ne parle pas de bandage, ce qui semblerait prouver qu’il ignorait Celse, dont il était séparé, du reste, par un intervalle d’au moins six siècles; comme Oribase, il attaque d’emblée les hernies, quelles qu’elles soient, omphalocèles, hubonocèles, entérocèles, par les procédés chirurgicaux qu’il se borne à varier suivant les régions.
Comme Celse et comme Oribase, comme les Arabes et comme les Arabistes, comme les chirurgiens de la Renaissance, comme tous les chirurgiens en un mot jusqu’au xvme siècle, Dionis y compris, Paul d’Égine partage les hernies en deux grandes variétés, aux-
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quelles il attache la même importance : hernies par rupture du péritoine; hernies par allongement ou distenlion du péritoine (dénominations qui, nous le savons déjà, correspondent aux hernies à apparition brusque et aux hernies à développement graduel).
Les hernies ombilicales , il les opère par un procédé qui se rapproche sensiblement du procédé de Celse : ce sont les mêmes précautions, le même trait circulaire autour du pédicule , mais il s’en éloigne en ce sens qu’il fait une incision suivant ce trait circulaire, et qu’après avoir placé dans le sillon une ficelle, une corde à boyau, il incise la tumeur afin d’en vérifier le contenu ; s’il trouve de l’intestin, il relâche le nœud et le réduit; si c’est de l’épiploon, il le résèque après ligature des vaisseaux. Cette constatation terminée, il traverse, au moyen de deux aiguilles qui s’entre-croisent en X et qui sont chacune munies d'un fil simple, le pédicule de la tumeur et noue fortement les deux extrémités de chaque fil sur le côté correspondant du pédicule.
Lorsqu'il s’agit d’une hernie inguinale, Paul d’Éginc agit différemment, suivant que la tumeur est une eutérocèle (c’est-à-dire tombe dans les bourses), ou bien un bubonocèle : dans le premier cas, il pratique la castration; dans le second cas, au contraire, il respecte le testicule.
A. Entérocèle. — Si la hernie est tombée dans les bourses, Paul d’Eginc fait, après réduction, sur le scrotum, une incision transversale juste suffisante pour que le testicule puisse passer; arrivé sur la glande, il la confie à un aide qui tiro sur elle : « Ensuite prenant une grande « aiguille munie d’un fil double tressé à dix brins, nous « la passerons par le milieu de l’extrémité du péritoine,
« qui se trouve près de l’incision ; puis, ayant coupé l’anse, « nous ferons quatre chefs que nous entrelacerons de « chaque côté en forme de X, en serrant fortement le « péritoine; et entortillant de nouveau les fils, nous ser- « rcrons vigoureusement de manière qu’aucun des vais- « seaux nutritifs ne puisse désormais fournir des ali- « ments. Et pour qu’ensuite il ne survienne pas d’inflam- « mation, nous placerons une deuxième ligature plus en « dehors, à moins de deux doigts de distance delà prête mière. Ces ligatures étant faites, nous laissons une porte tion du péritoine de la grandeur d’un doigt, et nous le et coupons lui-même entièrement tout autour, en enlevant et en même temps aussi le testicule. » L’opération terminée, Paul d’Egine pratiquait une contre-ouverture au scrotum.
Ces quelques lignes se passent de commentaires; elles précisent à merveille le procédé suivi par l’illustre chirurgien grec, et nous montrent avec quel soin il faisait la ligature du cordon avant de pratiquer la castration.
Nous aurons à rechercher plus tard pourquoi, avec Paul d’Egine et après lui, la castration a paru indispensable pour obtenir la cure radicale de la hernie inguinale. Constatons pour l’instant que, dans la cure de la hernie scrotale, Paul d’Egine était manifestement inférieur à Oribase, qui ne croyait pas impossible de supprimer le sac sans supprimer le testicule. Mais la conduite de Paul d’Égine était tout à fait différente, lorsqu’il se trouvait en présence d’un bubonocèle.
B. Bubonocèle. — Ici plus de castration; dans la hernie ombilicale, Paul d’Egine supprimait le sac et la peau qui lui adhère; dans la hernie scrotale, il supprimait et le sac
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et le testicule; ici, il conserve le testicule et oblitère le sac au moyeu de points de suture qui le traversent de part en part. Voici comment Paul d’Égine procède :
On fait sur le bubonocèle une incision transversale longue de trois doigts et, couche par couche, on arrive sur le péritoine. Le chirurgien, armé d’une sonde, en applique «le noyau» sur le péritoine et, au moyen delà sonde, refoule l’intestin; puis, laissant le noyau de la sonde en place, il réunit par des sutures les deux bourrelets péritonéaux qui bombent de l’un et de l’autre côté de la sonde, et retire l'instrument. A ce moment l’oblitération est terminée. Le refoulement de l’intestin dans l’abdomen au moyen de la sonde pourrait faire supposer qu’il s’y joignait une invagination légère du sac; mais il serait peut-être risqué de dire que. Paul d’Égine pratiquait la cure radicale des hernies par invagination du sac.
Arabes. — Arabistes. — Du Xe au XVIe siècle. — Avec Paul d’Égine finit, ou à peu près, la médecine grecque. De la prise et du sac d’Alexandrie, qui eurent probablement lieu de son vivant, commence la suprématie des Arabes et, pour une longue période, la chirurgie passe entre leurs mains. Leurs chirurgiens s’appellent Avicenne (dont les « Canons » furent, jusqu’à la réforme scientifique et religieuse du xvic siècle, le Credo de la chirurgie), Albucasis, Haliabbas, pour ne citer que les noms les plus retentissants. Ils fondent école sur école, envahissent l’Europe, et, en Espagne même, se dressent les fameuses Universités arabes de Tolède et de Cordoue.
Partis de Tolède et de Cordoue, un certain nombre de médecins, juifs pour la plupart, se répandent dans le sud
de l’Jtrtlic cl fondent l’École do Salerne, qu’un illaslre savant, Constantin (do Carthage), enrichit au xi° siècle de tous les trésors de la science arabe et des œuvres d’Hippocralc et de Galien. Avec lui commence la période dite des Arabislos, et l’Ecole do Salerne, la première et la plus célèbre des écoles italiennes, devient la grande héritière de la médecine arabe. 11 en sort, au xiuc siècle, des chirurgiens tels que Roger de Parme, Roland et les Quatre Maîtres; mais, au xiic siècle déjà, s’élève contre Salerne, à l’autre extrémité de l’Italie, la fameuse École de Pologne, sa rivale ; elle féconde, de son côté, les traditions de la médecine arabe. Ses chirurgiens sont : Gérard de Crémone, Hugues de Lucques, Prunus, l’évêque Théodoric, son copiste, et Guillaume de Salicet, le plus grand.
Cependant, au xm° siècle, des dissensions déchirent l’Italie. Beaucoup sont obligés de s’exiler, et Lanfrnnc (de Milan), élève de Guillaume de Salicet, se rend à Paris, où ne lardent pas à le rejoindre Hugues de Lucques et Roger de Parme; du jour de son exil, l’Ecole de Paris hérite des Écoles de Salerne et de Bologne, qui avaient succédé elles-mêmes aux universités arabes ; mais, du vivant même de Lanfranc, l’École chirurgicale de Paris se mit à déchoir.
Déjà en Italie, du temps de Roger et de Roland, la chirurgie tombait entre les mains des empiriques : « La majeure partie de ceux qui exercent cet art, dit Brunus en gémissant, sont des idiots, des rustiques et des imbéciles; et, ce qui est plus horrible encore, des femmes viles et présomptueuses ne craignent pas d’en faire abus. » Jri même chose se passe à Paris : les chirurgiens sont presque tous des clercs, et ils s’habituent à regarder les
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opérations comme trop au-dessous d’eux ; ils repoussent comme dégradante toute fonction manuelle; non seulemen t ils laissent à d’autres les sangsues, et dédaignent scarifications, saignées et ventouses, mais Lanfranc lui-même n’opère ni l’ouverture du ventre dans l’ascite, ni les hernies, ni la pierre; c’est là tout au plus besogne de laïques.
Les chirurgiens préparèrent donc le règne des empiriques, de ces charlatans, de ces opérateurs ambulants, de ces coureurs, comme on disait injurieusement, « inciseurs de pierre, herniers, abbateurs de cataractes, reboutcurs, arracheurs de dents, triacleurs, drameurs », hommes et femmes, qui, jusqu’au xvm® siècle, le rasoir à la main, ensanglantèrent les villes et les campagnes, proposant la cure radicale de toutes les hernies, castrant tous les hernieux, à tel point qu’à des époques différentes les pouvoirs publics s’émurent, et que les peines les plus sévères furent édictées contre ces mutilateurs avides.
La castration fut pendant si longtemps l’opération à la mode, malgré les édits des empereurs (1) et les décrets des rois, qu’au xv® siècle un chirurgien de Montpellier, Balescon de Tarante, préconisait la castration contre la lèpre, moyen très efficace, dit-il; et que Pierre de iNorsia castrait pour une simple hydrocèle. La castration était, tant entre les mains des empiriques qu’entre les mains des vrais chirurgiens, le procédé tellement reconnu le plus sur de cure radicale des hernies, qu’en plein xvm' siècle le mot kélotomie était,
(1) L'empereur Constantin avait fait une loi par laquelle ceux qui s’aviseraient de pratiquerla castration pendant l’opération de la hernie seraient condamnés au bannissement. Cette loi devait être exécutée sous peine de mort, et celui qui souffrirait la castration dans sa maison, sur un de ses esclaves, aurait ses biens confisqués.
littéralement parlant, le synonyme du mot castration.
Le dernier chirurgien de l’Ecole de Paris au xivc siècle fut Henri de Mondeviilc. Chassée de Paris, où on ne lui faisait môme plus l’aumône d’une chaire, la chirurgie se réfugia à Montpellier, et cette dernière école, admirablement placée, non loin des papes, qui résidaient à Avignon, tout à côté des fameuses Ecoles italiennes de Bologne et de Salerne, au voisinage de l’Espagne où s’était développée la chirurgie arabe, prit tout de suite un immense développement ; là, les clercs ne trouvaient pas la chirurgie indigne de leurs mains ; Montpellier recueillit les glorieuses traditions de l’Ecole de Paris, et Guy de Chauliac, le plus grand chirurgien duxive siècle, fut l’un des siens.
Guy de Chauliac représente la chirurgie duxiv0 siècle ; en lui s’incarne la science arabe et arabiste ; il représente à lui seul toute une époque, et, à ce titre, il mérite de fixer notre attention. Non seulement, en effet, il nous donne sur la cure radicale des hernies ses propres idées et celles de son siècle, mais c’est par lui que nous connaissons les procédés en honneur chez les Arabes, et ceux que préconisèrent les Ecoles italiennes de Salerne et de Bologne.
Guy de Chauliac (J), XIVe siècle. — Guy de Chauliac connaissait deux grandes variétés de hernies, les hernies ombilicales (éminence zirbale et intestinale du nombril), et les hernies inguinales qu’il appelait « rompures didymales » (2). Il partageait les hernies en hernies par rup-
(1) Son vrai nom est Guido de Cauliaco. Ambroise Paré l’appelle Guidon de Cauliac, et Franco, Guidon tout court.
(2) Il ne faut pas confondre « rompure didymale » avec rupture du péritoine; ces deux expressions, qui littéralement sont très voisines, sont cependant très différentes l’une de l’autre. Pendant très longtemps et jusqu’au
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ture du péritoine et hernies par distension du péritoine.
Les Arabes avaient la manie opératoire; les Arabistes de Bologne et de Salerne la leur avaient fidèlement empruntée. Ils opéraient ou semblent avoir opéré d’emblée toutes les hernies ; mais la contagion de l’exemple n’a pas gagné Guy de Chauliac; si les interventions sanglantes, si la castration elle-même ne lui répugnent pas dans la cure radicale des hernies, il est aussi grand partisan des bandages, des emplâtres, des topiques : il n’opère que dans des cas déterminés, et lorsqu’il opère, c’est toujours après avoir essayé des médicaments , des brayers et du régime.
Il nous paraît même plus réservé et plus prudent que beaucoup d’anciens chirurgiens qui essayaient bien du bandage, du repos et des moyens de contention, mais qui intervenaient, dès qu’ils avaient constaté l’insuccès de cette méthode. — Guy de Chauliac n’opérait que les gens bien portants et pas très vieux; il se servait des seuls médicaments pour les autres, et préférait « les laisser vivre avec leur docilement ».
Ge n’est pas qu’il ait grande confiance dans les médicaments; les derniers mots que nous venons de citer de
lui, suffiraient à le laisser prévoir; il ne croit guère à leur utilité que chez les enfants, et la met fortement en doute chez les gens âgés; aussi « s’esbahit-il fort » de Lanfranc qui dit « avoir guéri avec médicaments un sexagénaire et un autre, quadragénaire, de la rompure grande et com-
xviiio siècle, le mot rompure ou rupture a été synonyme de hernie, et à 1 heure qu'il est, dans la chirurgie anglaise, hernie se dit rupture. De sorte que rompure didymale veut dire hernie didymale ou par le didyme. Du reste, voici les divers synonymes du mot hernie dans la chirurgie ancienne : rompure, greveure, crépature, hergne, hargne, rupture.
plette », mais, d’au Ire part, il ne se dissimule pas les dangers d’une intervention chirurgicale ; elle est difficile, selon lui, à cause des convulsions, du flux de sang, des lésions de l’intestin par le corrosif et de la castration.
En résumé, ne pas opérer les gens mal portants, ne pas opérer davantage les gens trop âgés, recourir tout d’abord, pour les sujets jeunes, aux brayers en permanence avec emplâtres, aux médicaments, au régime, ne recourir qu’ensuite à l’opération sanglante, s’il y a lieu, telle est en quelques mots la doctrine de Guy de Chauliac.
Guy de Chauliac ne donne pas la description de ses bandages; étaient-ce de simples brayers de toile, étaient-ce au contraire des bandages métalliques? Nous croyons que Guy de Chauliac connaissait les pelotes et les bandages métalliques, et voici nos raisons : Parlant de Constantin qui, au xie siècle, transporta à Salerne les traditions et les découvertes de la chirurgie arabe, Malgaigne dit ces mois : « J’y ai trouvé la première mention d’une pelote métallique pour la contention des hernies. » — Déjà au xe siècle, Avicenne se servait de pelotes planes et de lames de fer pour la contention des hernies; Lanfranc, au xnie siècle, plaçait la pelote sur un écusson métallique; enfin, dans les quinze dernières années du xiiic siècle et au commencement du xiv°, à Montpellier même, Gordon se servait d’un brayer à cercle métallique pour les hernies. Est-il permis de supposer que Guy de Chauliac ignorât et Avicenne et Constantin et Lanfranc et Gordon qu'il a probablement connu à Montpellier, et qui, en tout cas, ne l’y a précédé que de quelques années seulement?
Quel que fût le bandage employé par Guy de Chauliac,
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il recommandait qu’on l’appliquât en permanence, qu’on gardât le repos tout le temps de son application, et qu’on suivît un régime spécial. De plus, c’était là pour lui un point important, il combinait les brayers avec les topiques, et la pelote reposait toujours sur un emplâtre astringent; le blanc d’œuf en était le véhicule habituel; les matières actives, la noix de galle, l’alun, l’antimoine, l'écorce de grenade, l’ambre jaune, la céruse, etc.
Dans quelques cas. et de préférence pour les hernies inguinales, la composition de l’emplâtre était assez singulière : outre de la litharge et de la térébenthine, on y trouvait des vers de terre, des peaux d’anguille fraîchement écorchées, du sang humain, de la peau de bélier cuite avec de l’eau de pluie et du vinaigre; on y ajoutait un peu de noix de cyprès et de noix muscade.
Il est en outre un moyen fort singulier de cure radicale des hernies révélé en grand secret à Guy de Chauliac par certain personnage qui, selon Malgaigne, le tenait probablement de Gentilis. C’est le fameux traitement sympathique : le malade prenait, à l’intérieur, de la poudre d’aimant, et on saupoudrait de limaille de fer la surface de la hernie ; en vertu de l’action attractive que l’aimant exerce sur la limaille de fer, la hernie rentrait et le malade était guéri. Ce n’était pas autrement difficile, mais rien ne nous prouve que Guy de Chauliac ait attribué à ce procédé plus d’importance qu’il n’en mérite.
Avicenne, Albucasis, Haliabbas opéraient la hernie ombilicale, zirbale (épiploïque) ou intestinale, et leur opération ne différait pas sensiblement de celle décrite par Celse. — Ils donnaient à la tumeur son maximum de capacité, traçaient un cercle d’encre à la base, rédui-
saicnt l’intestin et la « coeffe » (1) et faisaient une incision circulaire suivant le tracé d'encre : et, « après, avec un fort crochet, fiché au milieu du cercle marqué, on tranche tout le « mirach », qu’on lie d’un filet fort ». — Tel était le ;procédé classique; d’autres traversaient le pédicule par des points de suture, d’autres avec deux aiguilles placées en croix, et plaçaient une ligature au-dessous des aiguilles «en quatre parts». Autant de procédés qui ne sont que des variantes presque insignifiantes de la mémo méthode. Mais à ces procédés, quelque vogue qu’ils aient eue, Guy de Chauliae préférait les emplâtres astringents et le bandage.
Les Arabes et les Arabistes avaient réservé la sévérité et l'énergie de leurs moyens pour la rompure didymale (2) (hernie inguinale); ils ne reculaient ni devant le fer, ni devant le feu, ni devant les caustiques et le testicule luimême trouvait rarement grâce devant eux. — Les procédés suivis par les Arabes, Avicenne, Albucasis, Ilaliabbas. et les Arabistes, Roger et ses sectateurs, Roland Brun, Théodoric, Guillaume de Salicet, Lanfranc, étaient multiples, mais presque tous cruels.
A. — Dans un premier procédé, on isolait le didyme et on attirait le testicule au dehors. On plaçait sur le didyme, le plus haut possible, une ligature faite d’un fil très solide comprenant quatre ou cinq doubles, et dont
(1) Coeffe, zii'bus, omentum, sont synonymes d’épiploon.
(2) Le mot didyme est longuement expliqué par Franco; dans son traité très- ample des hernies. Pour les anciens, le canal péritonéo-vaginal était considéré comme ne s’oblitérant point : le cordon avait donc, entre autres enveloppes, le péritoine, et la hernie se faisait forcément dans le cordon, au même titre que nos hernies congénitales; le mot didyme signifiait: enveloppes du cordon, enveloppe séreuse y comprise, [et la rompure était didymale. '
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chaque bout était énergiquement tiré par un homme vigoureux ; on enroulait même l’extrémité d’un fil autour d’un petit bâton, afin que l’acte de constriction fût plus facile et plus énergique ; et on laissait le testicule se flétrir au dehors. Au bout de trois ou quatre jours, on sectionnait cordon et péritoine (didyme) au-dessous do la ligature.
B. — Ou bien ils se servaient du cautère actuel. Ils amenaient le testicule au niveau du pénil, en traçaient Je pourtour avec de l’encre et le laissaient retomber; munis d’un cautère actuel, ils cautérisaient jusqu’au pubis suivant le diamètre transversal de l’incision elliptique faite à l’encre, arrivaient ainsi jusqu’à l’os, sectionnant tout ce qui se trouvait sur leur passage, le cordon par conséquent.
C . — Le procédé de l’évêque Théodoric était le même, à cette différence près que le cautère actuel était remplacé par le cautère potentiel.
D. — Mais Roger de Parme invente un procédé spécial qui vise à la section progressive du didyme par la ligature sans l’intermédiaire du fer ou du feu. Au niveau du didyme on traverse lapeau au moyen d’une aiguille armée d’une « chordette » qui passe le plus profondément possible sous le didyme, et ressort le plus près possible do l’orifice d'entrée ; on noue les deux chefs sur un petit bâton de la grosseur du doigt, plat en dessous, que l’on entoure d’un linge afin qu’il ne blesse pas le tégument, et on serre de jour en jour: l’opération est terminée lorsque le fil a tout coupé jusqu'au bois, cordon, péritoine et peau.
H est facile de voir que, dans ces quatre procédés, le tes-
ticulc est sacrifié ; mais, d’après Guy de Chauliac, ils sont parfaits et assurent la cure radicale de la hernie ; ils sont complets et sans fallace , dit-il; car Guy de Chauliac n’est pas aussi ennemi qu’il le paraît au premier abord d’une sage castration; la castration ne lui parait pas un grand malheur, lorsqu’elle est unilatérale ; il se console en pensant qu’un testicule en vaut deux; du reste, ajoute-t-il, « outre ce, de deux maux il faut choisir le moindre ». Aussi, a-t-il adopté un procédé à peu près semblable â celui de Théodoric; il préfère le cautère potentiel au cautère actuel, en raison de la terreur que ce dernier inspire au malade.
« Il faut surtout aviser, dit-il, que l’on soit maître du corrosif, car il vaut mieux multiplier les fois que la quantité, » et il a adopté l’arsenic; lentement, couche par couche, au moyen d’une pâte arsenicale, qu’il renforce de temps en temps au moyen de poudre d’arsenic, il arrive sur le « didyme » qui apparaît blanc. Après la chute de l’escarre cutanée, il l’attaque prudemment à son Lour par la pâte arsenicale, puis l’incise et place dans son intérieur du coton emprisonnant delà poudre d’arsenic; parla sont détruits le sac herniaire et le cordon. Les malades étaient condamnés au repos et portaient, après la cicatrisation, un bandage pendant trente jours.
Le procédé de Théodoric fut adopté par maître Jean les Crevez à Bologne, maître André à Montpellier, Pierre d’Orlhac en Avignon. Maître Pierre, qui a opéré trente hernieux par-devant Guy de Chauliac, les condamnait à la marche « afin de leur faire oublier la fascherie du corrosif ». Puis, ayant entendu parler de la cure de Louis de Brissac de Vienne (en Dauphiné), par Guy de Chaulia
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il se mit, pour aller plus vite, à alterner le for rouge avec l’arsenic.
Lanfranc, toutefois, avait imaginé un procédé différent. Le voici d’après Franco : « Il faut copper la chair de mirach et pénil comme a esté dit ci-dessus jusques au didyme, et puis avec tenailles ou autre instrument prendro et eslever le didyme, et le lier pour le dcsvoyer d’un côté et d’autre; afin de mieux cautériser dessous iceluy sur l’os du pénil, où est le mirach et péritoine. La cautérisation achevée , laisser les choses ainsi, en procurant la guérison comme -ci-dessus. »
Lanfranc donc cautérisait l’os du pénil, afin de créer une cicatrice adhérente à l’os; mais le didyme qu'il liait, le liait-il définitivement? En d’autres termes supprimait-il le cordon et le testicule? c’est ce que ni le texte de Guy de Chauliac ni celui de Franco ne nous permettent de décider; cependant nous pensons que cette ligature était lâche, provisoire, et simplement destinée à faciliter la manœuvre de cautérisation de l’os, car Guy de Chauliac qui ne voit qu’un moyen de supprimer le saches niaire, la castration, trouve ce procédé « incomplet, et avec fallace ». Il en est de même d’un autre procédé, qui se trouve pour la première fois sous notre plume, nous voulons parler du point doré.
Le point doré a été imaginé par maître Bérand Méthis (1) que Franco appelle Bernard Méthis et que les auteurs du xvn° et du xvni0 siècle appellent dédaigneusement un certain Bérault ou Berrault. — A quelle époque vivait h. Méthis? Quelle était sa nationalité? A quelle école
(1) Dans le traité de Gnv de Chauliac, il est, suivant les éditions, appelé Bàyraud, ou Bérand Métis.
appartenait-il? C’est ce que nous ignorons. Il est très probable qu’il vivait au xmc siècle, en tout cas avant Guy de Chauliac.
Maître B. Méthis opérait ainsi : la peau incisée transversalement, il arrivait sur le didyme qu’il isolait et soulevait pour réduire la hernie. Il passait ensuite au-dessous du didyme un fil d’or du calibre d’une grosse épingle, enserrait le didyme assez étroitement pour que la voie péritonéale fût oblitérée, mais pas assez pour que les vaisseaux spermatiques et le canal déférent fussent imperméabilisés, suturait la plaie et abandonnait le fil d’or; par ce moyen, aux yeux de B. Méthis, la récidive de la hernie était impossible et les fonctions du testicule étaient conservées.
Certainement Guy de Chauliac devait trouver ce procédé « fallacieux et mal assuré », et B. Méthis s’était fait illusion en croyant à l’efficacité de cette méthode que devaient perfectionner Franco et A. Paré; mais on n’en doit pas moins lui être reconnaissant d’avoir cherché à réagir contre les châtreurs de son époque.
En même temps que florissaient les Ecoles de Paris et de Montpellier, l’Angleterre était exploitée par deux charlatans, Jean de Gaddesden et Ardern, qui avaient appris la médecine à Montpellier et la chirurgie à Paris. De ces deux chirurgiens anglais du xivc siècle, un seul nous intéresse, Jean de Gaddesden, parce qu’il parle d’un brayerà cercle métallique pour les hernies; encore ce brayer n’est-il autre que le braver de Gordon, qu’il a décrit sans citer son inventeur.
La gloire de l’École chirurgicale de Montpellier fut aussi éphémère que l’avait été celle de l’École de Paris.
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Les papes ayant quitté Avignon, la tolérance disparut avec eux. A Montpellier comme à Paris, quelques années auparavant, on eut honte de faire de la chirurgie, on laissa cette besogne toute laïque aux inciseurs, reboutcurs « hernicrs », et la chirurgie fut mise en interdit. Le dernier chirurgien de Montpellier fut Balescon do Tarante, grand ami de la castration, et la chirurgie, suivant les Papes, se réfugia de nouveau en Italie. Là, à côté de TEcole de Bologne, grandirent les Ecoles de Pavie et de Padoue, qui supplantèrent toutes les Ecoles rivales, se saisirent de la chirurgie, et remplirent à elles seules tout le xve siècle, tandis que la chirurgie française, jadis si prospère, en était réduite à la vieille confrérie de-Saint-Come.
Dans ce xvc siècle, nous n’avons à retenir que quatre noms de chirurgiens italiens : Arculanus, Barthélemy de Montegnana, Mathieu de Gradi et Marcus Gatenaria. Ce qui caractérise, à notre point de vue, cette époque chirurgicale, c’est l’attention accordée aux bandages et l'oubli dans lequel sont laissées les opérations sanglantes. Les bandages sont rudimentaires, mais on espère d’eux la cure radicale, et nous trouvons, encore une fois, nettement indiqués les bandages métalliques.
Arculanus combattes hernies partrois sorlesde brayers, et nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer les lignes suivantes (1) :
Quelques-uns sont faits de linge ou de futaine dans la forme ordinaire; mais ils ne conviennent point, parce que si on les serre fortement, ils produisent de la douleur et des excoriations, et si on les
(1) Cette citation est faite d’après Malgaigne.
serre peu, ils laissent échapper la hernie. Ils seraient assez commodes dans le cas où le sujet consentirait il garder longtemps le lit, en demeurant couché sur le dos; on panserait alors les excoriations avec l’onguent de céruse bien cuit. Mais quand le malade ne peuL ou ne veut point se condamner à un repos complet, il faut lui appliquer un broyer de fer ou de bois garni de futaine ou de quelque chose du même genre. Ceux-ci, en effet, conviennent bien mieux et exercent une compression bien plus égale; ils ne se relâchent point comme ceux de toile ou de futaine, et permettent de marcher et de monter à cheval sans inconvénient. Ils sont surtout excellents quand nous ne poursuivons que la cure palliative et non la cure radicale. U est difficile, en effet, d’obtenir une bonne consolidation chez un homme sans cesse en mouvement, bien que j’aie vu une cure radicale provoquée par ce moyen chez un homme qui vaquait tous les jours à ses occupations. Mais, d’ordinaire, la guérison complète a besoin d’un repos au lit pendant quarante jours.
Arculanus rejette la cure radicale par les caustiques ; il préconise les bandages, mais n’exige pas d’eux, — qu’ils soient en futaine, en fer ou en bois, — plus qu’ils ne peuvent tenir ; si perfectionnés qu’ils puissent être, si le malade ne garde pas le repos, ils servent à la cure palliative, mais fort rarement à la cure radicale.
La doctrine de Marcus Gatenaria (de Pavie) diffère peu de la précédente : lui aussi a grande confiance dans les bandages, et il connaît un artisan de Saint-Jean-dans-le- Bourg qui fabrique des bandages métalliques (1). 11 sait que le bandage peut, si on le combine avec des topiques, guérir radicalement les hernies chez les enfants, tant est puissante « la vertu restaurai ive » dans la jeunesse ; il sait aussi combien est grande l’efficacité du repos, car il
(d) Marcus Gatenaria, De Curis Ægritudinum. Lyon, K>32. « Est unus ferrarius in Sancto Joanne in Burgo qui facit bragerios ferreos, et sunt optimi et multum juvantes. »
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cite, d’après Avenzoar, l’histoire d’un jeune homme qui, ayant gardé le décubitus dorsal pendant deux mois, fut radicalement guéri do sa hernie ; cependant il ne rejette pas les opérations sanglantes, qu’il connaît à merveille et qu’il expose; mais il estime qu’il faut les aider par les bandages.
Plus réfractaire est Barthélemy de Montegnana (de Padoue). A l’opération sanglante il préfère le bandage : toutefois un simple écusson de bois qui embrasse le scrotum, ou la pelote plate d’Avicenne, maintenue par un bandage à « espaulière », lui paraissent préférables aux bandages les plus savants. « Je laisse de côté, dit-il, cette imagination de lombaires ou de ceintures qui se font de cercles de fer, avec un appendice sur l'aine. Ce sont là de pures fantaisies d’imagination qui apportent moins de fruit que de ridicule. » Il est vrai, fait observer Malgaigne, qu’il a un excellent « apothèque » qu’il prépare à Padoue. — Quant à Mathieu de Gradi, il conseille les pelotes plates d’Avicenne et les bandages armés de lames de fer.
Pendant que les chirurgiens universitaires du xv° siècle délaissaient les opérations sanglantes poulie bandage, commençait, avec Pierre de Norsia, la fameuse dynastie des Norsini , opérateurs ambulants, herniaires et lithotomistes qui, pendant au moins deux siècles, mirent toute l’Italie à contribution ; les traditions de l’école arabiste trouvèrent en eux de vigoureux défenseurs, et le fer, le feu, les caustiques furent leurs moyens favoris ; aucun testicule ne trouvait grâce, et il existait au xvic siècle un certain Horace de Norsia, cité par Fabrice d’Acquapendente, qui, bon an
mal an, ne châtrait pas moins (le 200 individus; mais, à cette époque même, la diffusion plus grande du bandage métallique lui porta un coup terrible, car, de 200 par année, les castrations tombèrent à 20 (1). 11 est bon d’ajouter qu’il avait reconnu lui-même l’efficacité des bandages et des caustiques astringents.
x\vcc Antoine Benivieni, qui, lui aussi, se servait des bandages métalliques, finit l’Ecole italienne du xve siècle et la chirurgie arabiste.
Au xvi<; siècle, un grand besoin d’indépendance se fait partout sentir; c’est l’époque d’une grande réforme religieuse et de la Renaissance artistique; la chirurgie secoue le joug des Arabistes; Gelse, égaré depuis le xc siècle, a été retrouvé vers le milieu du siècle dernier par Thomas de Sarzanne, et l’on revient à Hippocrate et à Galien. A l’aurore de cette Renaissance scientifique se rencontrent les grands noms de Franco et d’Ambroise Paré pour la France, de Fabrice d’Acquapendente (2) pour l'Italie.
Ce qui caractérise ces trois grands chirurgiens, c’est le soin qu’ils ont mis à user de tous les moyens qui pouvaient empêcher l’intervention chirurgicale, mais ce qui assure la gloire impérissable de Franco, c’est d’avoir été le premier à pratiquer et à préconiser l’opération contre
(1) Il n’y avait pas que des dynasties de iithotomistes et de herniaires. Opérer la pierre elles hernies constituait l'industrie de certaines régions; c’est ainsi que tous les habitants de Norcia (petite ville d'Ombrie sur les frontières du royaume de Naples) étaient par droit de naissance Iithotomistes, herniaires ou châtreurs.
(2) Les historiographes s’obstinent à faire naitre Fabrice d’Acquapendente en 1537; or nous avons entre les mains une traduction française de ses œuvres qui date de 1343; cette simple opposition de dates nous parait suffire.
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l’étranglement herniaire. Avant d’en venir à l’opération sanglante, ils utilisent toutes les ressources que leur offre l’art de leur époque; ils savent tout le parti qu’on peut tirer des bandages cl du repos ; ils ont observé des cas de cure radicale par le simple bandage. Ils ont à leur disposition un certain nombre d’emplâtres, tel l’emplâtre contra rupturam dans lequel, outre le tannin, l’alun et l’antimoine, entrent la peau d’anguille fraîchement écorchée, la peau de bélier cuite avec du vinaigre, le sanghumain, l’herbe herniaire, etc.; ils appliquent sur la hernie des pelotes de papier trempé dans l’eau ; il est bien entendu qu’ils pratiquent la saignée à outrance ; ils sont très attentifs au régime, recommandent la nourriture animale et prescrivent au malade « de s’abstenir de rire » ; s’il s’agit d’un enfant, « la nourrice se garde de boire eau crue, mais la fera bouillir ; aussi ne doit manger salades, ne fruits cruds, et pourra boire du vin bien trempé » ; leur médication interne est aussi variée que singulière; sans parler de la pierre d’aimant et de la limaille de fer, ils ont à leur disposition les limaçons rouges qu’ils font calciner au four (1), etc., et qu’ils .donnent, dans la bouillie ou dans le potage, aux petits hernieux; mais c'est assez railler, car nous aurions tout au moins mauvaise grâce de reprocher à ces grands hommes les naïvetés de leur siècle.
Les bandages, le repos, les topiques, telles étaient leurs armes initiales; elles leur réussissaient fréquemment
(I) « Il faut prendre des limaçons rouges et les faire calciner en un pot de terre mis au four, et en faire pouldre, de laquelle il donne comme dessus avec la bouillie, et aux plus grandelets le faire prendre avec leur po tage. » (A. Paré.)
CÜllE RADICALE DES HERNIES.
chez les enfants, et, suivant Ambroise Paré, par un mécanisme très simple : «Tandis que la hernie était contenue, le sac diminuait de volume; les intestins, au contraire, croissaient et engraissaient, ce qui les empêchait de tomber dans les bourses. » Une hernie même ne pouvaitelle pas guérir spontanément chez un enfant? « Et par cos remèdes, proteste, que plusieurs enfants ont été guaris et ay gardé les chastreux de leur amputer les coudions, desquels ils sont fort friants, pour le lucre qu'ils en reçoivent, et abusent ainsi les pères et mères, en leur faisant accroire que jamais leurs enfants ne peuvent guarir, depuis que le boyau est tombé en la bourse, qui est une chose fausse et mensongère, principalement lorsque le péritoine est relasché et non rompu. » Et plus loin : « Ces choses nous montrent qu’il ne faut se haster d’oster les coudions aux pauvres garçons. »
Ces moyens de douceur, A. Paré les employait chez les enfants et chez les adultes; Fabrice d’Acquapendente en usait contre les hernies par dilatation du péritoine (1) et aussi contre les épiplocèles qui peuvent, ditil, selon toute apparence, guérir sans opération; Franco ne traitait guère les enfants que « par voie de médecine », et recourait d’emblée à l’opération chez les gens âgés; mais ces trois chirurgiens, lorsqu’ils étaient obligés d’intervenir le bistouri à la main, choisissaient, parmi les divers procédés, ceux qui leur permettaient d’épargner le testicule, et c’est à Franco et à A. Paré que doit être attribué, en France, le mérite de celte innovation.
(1) D’une façon générale et à toutes les époques, c'est aux -hernies dites par rupture que s’adressent les procédés violents ; les hernies par dilatation du péritoine sont ordinairement traitées par les moyens de douceur.
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Le procédé employé par A. Paré contre « la tumeur et relaxation du nombril », est à peu de choso près, le procédé de Celse ; l’intestin étant réduit, il traverse la tumeur avec une aiguille, passe et repasse plusieurs fois à travers le pédicule, qu’il enserre en totalité dans une dernière ligature bien serrée. 11 a soin de faire des incisions à la base du pédicule, afin, dit-il, « que la peau se réagglutine mieux ». Mais c’est surtout à propos des hernies inguinales que Franco et A. Paré ont montré leurs tendances.
Ils avaient cependant recouru quelquefois à la castration dans la cure radicale des hernies; Franco 11e trouvait pas « impertinente » la façon d’opérer de Paul d'Egine, et la castration lui souriait assez lorsqu’elle ne devait porter que sur une testicule; son manuel opératoire 11e différait pas sensiblement de celui de Paul d’Egine ; il énucléait le testicule, isolait le didyme, le tirait fortement àlui, le saisissait le plus haut possible entre les deux mors d’un clamp modérément serré, le suturait au-dessus du clamp au moyen d’une suture en 8 de chiffre, sectionnait le didyme « qui de soy-même se retirait dans le ventre » et remettait le testicule en place.
Le plus souvent le testicule se sphacélait; et dans l’esprit de Franco, pour qui le cordon était compris dans le sac herniaire, la section du didyme (voir à la note 2 de la page 22 ce que Franco entendait par didyme) devait entraîner, outre la seclion du sac herniaire, la section du cordon, parlant le sphacèle du testicule; aussi dit-il, quelque part, qu’il fut grandement émerveillé de ce que, dans un cas, le testicule demeura intact. Cela veut simplement dire que, malgré lui et à son insu. Franco avait respecté
ai
Je cordon, el il n’est pas besoin d’être grand clerc en anatomie pour en deviner la raison.
Cependant Franco n’eut pas à se louer de ce procédé ; il constata nombre de récidives, et il rappelle l'histoire d’un jeune homme qui, deux fois opéré du même côté, fut opéré par lui pour la troisième fois : « Il faut donq, dit Franco, faire ces choses avec modestie et crainte de Dieu. »
De son côté, Ambroise Paré recommande comme « autre manière de curation plus seure et plus aisée » le procédé de Lanfranc, qu’il attribue à « maître Théodoric et au bonhomme Guidon de Cauliac » ; ce procédé, dont on se gardera bien d’user lorsque le testicule sera arrêté dans l’aine ou qu’on aura affaire à des enfants « qui n’ont encore discrétion à se retenir sans remuer et à se retenir nets », consiste à cautériser la peau jusqu’à l’os pubis. Mais Fabrice doute fort que, par ce procédé, on puisse ménager les vaisseaux spermatiques.
Nous l’avons déjà dit, l’ambition de Fabrice d’Acquapendenle, de Franco et d’Ambroise Paré était d’arriver à guérir la hernie sans ôter le testicule. Fabrice pensait y arriver en créant à la peau une simple perte de substance. Voici son procédé, le procédé des « vrays chirurgiens » : Le malade étant debout et retenant son souffle, le chirurgien s’enquiert de la « grandeur de la rompure, laquelle il marquera en rond avec d’ancre vers l’endroit où la partie paraîtra enfle et tuméfiée)). Puis, le patient étant solidement attaché sur un banc, il prend avec la main gauche la peau marquée, la fait saillir autant que possible et avec la peau excise los
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« membranes jusques à la vaginale, qu’elle soit rompue ou dilatée^ laquelle aussi il coudra par après avec la peau et les susdites membranes ». 11 aura bien soin de ne pas blesser les vaisseaux spermatiques. Ainsi donc Fabrice non seulement excisait la peau, mais encore il la suturait avec le périloiue.
Franco et Ambroise Paré perfectionnèrent le point doré, de B. Méthis; mais le nombre des modifications qu’ils adoptèrent successivement, témoigne des difficultés qu’ils durent rencontrer (1).
Un des premiers procédés imaginés par Franco est le suivant : maintenir le testicule à sa place et inciser le
(1) Oblitérer le sac herniaire sans oblitérer les vaisseaux du cordon alors qu’ils supposaient le cordon contenu dans la cavité du sac, ne pouvait qui leur paraître épineux. Mais si leur conception du sac herniaire ef du cordon dans ses rapports ordinaires avec le péritoine était fausse, en fait leurs hésitations étai'ent bien justifiées; il suffit de se rappeler combien, dans les hernies même non congénitales, le sac herniaire est parfois adhérent aux éléments du cordon, pour excuser les anciens chirurgiens d’avoir placé le cordon dans le didyme (autant vaut, dans l’espèce, dire le sac herniaire), et pour s’expliquer combien il devait leur paraître difficile de suturer l’un sans intéresser l’autre.
La même erreur anatomique, nous explique pourquoi la castration leur paraissait utile dans la cure radicale des hernies, car Franco disait, parlant de la castration : « C’est plustôt fait, moins douloureux et plus certain dans le résultat. » Comme ils croyaient devoir supprimer le sac herniaire, ils ne s’expliquaient pas comment ils pourraient supprimer ce sac, sans supprimer du même coup le cordon et le testicule qui y sont contenus; de là la castration, et ainsi font encore aujourd’hui les vétérinaires chez les chevaux hernieux, le cheval ayant, comme chacun sait, un canal vagino-péritonéal persistant. Mais la raison déterminante de la castration était surtout, à leur insu, pour les anciens, une question de fait. La suppression du sac, en effet, supposait son isolement, et l'adhérence parfois très intime du sac et du cordon rendant la dissection laborieuse et difficile, la castration était un moyen de tout simplifier qui ne devait pas leur déplaire; et cependant ils n’avaient guère à se féliciter de la castration au point de vue de la cure radicale; plus d’un vieil auteur a signalé des récidives, et, pour prendre un exemple dans la pathologie comparée, il s’en faut que les chevaux hongres soient à l’abri des hernies. (Communication orale de M. le professeur Goubaux, d’Alfort.)
scrotum à sa partie supérieure, isoler le didyme, mais « ne pas le décharner trop lourdement » de peur de rom-
Vio. 1. — Tenaille de Franco. Figure empruntéeau Traité des hernies do Franco.
prc quelque vaisseau spermatique, ot « mettre autant que possible les vaisseaux spermatiques à un côté du didyme ». Cela fait placer le didyme entre les mors de la
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tenaille 1), qu’on tiendra un peu ferme. On divise alors, dans son esprit, la largeur du didyme en quatre parties égales, et, armé d’une aiguille chargée de fil fort à trois ou quatre doubles, on suture au-dessus des tenailles de la façon suivante : on passe l’aiguille entre la première et la deuxième partie et on la fait ressortir entre la troisième et la quatrième, puis on lie : de telle sorte que les deux parties médianes sont comprises dans la suture, et que, les éléments du cordon se trouvant sur l’un des côtés, la cavité du didyme, est réduite des trois quarts. « Ayant fait ce, faut copper assez près du filet la plus grande partie du didyme à savoir celle qui est comprise entre les deux points d’éguille, que l’on a faits, qui est tout ce que le fil tient enclos. » On cautérise, soit avec le cautère actuel, soit avec l’huile bouillante, la partie du didyme immédiatement placée au-dessous du fil.
Il est quelques variantes à ce procédé : on peut placer les vaisseaux spermatiques au centre du didyme et faire la suture à leur droite et à leur gauche ; ou bien, les vaisseaux étant à l’un des côtés, comprendre dans la suturo le troisième et le quatrième quart, au lieu du deuxième et du troisième; dans tous les cas, la production péritonéale, « le procès péritonéal » est rétréci « sans lésion des vaisseaux spermatiques », et c’est là lo but qu’il fallait atteindre. Mais ce but, Franco pense l’atteindre par un autre moyen : il ouvre le didyme aussi haut que possible, dilate l’ouverture et par là introduit le cautère actuel ; « il cautérise tout à l’entour, mais pas trop, do peur de détruire les vaisseaux spermatiques», et par ce moyen « n’y fault nulle couture et après l’eschare tombée se consolide la plaie ».
On sait en quoi consistait le point doré de B. Méthis : inciser transversalement la peau au niveau de l’orifice inguinal, passer un fil d’or sous le collet du sac et sous le cordon, et faire une ligature modérément serrée, mais si la ligature était trop serrée, les vaisseaux étaient oblitérés et le testicule en pâtissait; si elle ne l’était pas
Fig. 2. — Point doré de Franco (1).
assez, le testicule continuait à vivre, mais la hernie se reproduisait comme devant.
Dans le point doré tel que Franco le comprend, on place autant que possible les vaisseaux spermatiques sur l’un ou sur l’autre côté du didyme, et on saisit le didyme entre les coins de la tenaille à mors doux, que l’on serre modérément ; par la pensée, on partage la largeur du didyme en quatre parties égales ; armé d’un fil d’or de ducat, de la longueur de plus d’un doigt, et du calibre d’une grosse épingle [fig. 2), le chirurgien «passe le fil par
(1) Cette figure n’a d’autre prétention que d’être schématique; nous l’avons imaginée d’après la description de Franco; comme la description de Franco, elle consacre une erreur anatomique, puisque, contrairement à la règle, elle nous montre le cordon dans l’intérieur du sac. Elle est simplement destinée à faciliter l’intelligence de la description.
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« la première partie et commencement de la seconde, en « repassant par la fin de la troisième et commencement « de la quatrième, se donnant garde de percer ou piquer « les vaisseaux spermatiques. Cela fait, le faut pas- « ser derechef par la fin de la première partie. Et « outre ce, il le faut passer quelquefois par dessus lo « premier fil, comme si des deux on voulait faire un « anneau tors. Puis, le faut repasser par la fin de la « troisième partie, comme a été dit parle pertuis même, « et le passer par dessus l’autre fil, en le torsant telle- « ment qu’on comprend avec le fil la moitié du didyme, « assavoir ce qui est au milieu. »
Mais ce pelotonnement des éléments du cordon que recherchait Franco et que nous avons figuré, ne devait pas être facile à réaliser; ce qui le prouve, c’est la multiplicité des précautions qu’il prend pour ne pas blesser les vaisseaux spermatiques; ce qui le prouve surtout, c’est que dans un dernier procédé qui est une variante du précédent, il paraît renoncer à ce pelotonnement; car il dit qu’on peut comprendre dans la ligature la presque totalité du didyme, à la condition de serrer modérément le fil, afin que les vaisseaux spermatiques puissent faire leur action ou office « de génération » ; et s’il ne comprend pas la totalité du didyme au lieu de la presque totalité, c’est afin que le fil, bien fixé, 11e dérape pas.
Quoi qu’il en soit, une fois le fil passé, « on le croche ensemble, comme font ceux qui font les chênettes », on en lime et replie les bouts et l’opération est terminée. En finissant ces descriptions, Franco s’élève de toutes scs forces contre ces charlatans, ces effrontés, qui faisant le point doré, se servent non de fil d’or, mais de fils
de chanvre, de lin ou de soie, lient le didyme tout entier, le lient le plus étroitement possible, tirent sur les fils, n'ont ni cesse ni relâche que les vaisseaux spermatiques ne soient sectionnés, et passent le fil sans avoir préalablement incisé la peau.
De même, Ambroise Paré n’avait pas moins de trois manières de faire le point doré. Le premier procédé,
celui que nous avons reproduit dans la figure 3, paraît lui être personnel. Pour le pratiquer, Ambroise Paré a soin d’isoler le « processus » (à savoir le sac herniaire) au moyen d’une sonde cannelée et isole de la même façon les vaisseaux spermatiques et « le muscle suspensoir » du testicule fl), qu’il sépare du sac herniaire.
(1) Comme la figure que nous avons consacrée au point doré de Franco, cette figure que nous avons conçue d’après la description d’A. Paré est purement schématique.
(2) Quoique la conception anatomique du canal péritonéo-vaginal, soit la même pour A. Paré que pour Franco, A. Paré isole le processus, c’est-à-dire le sac herniaire, et le sépare des vaisseaux spermatiques et du « muscle suspensoir » du testicule. Il nous paraissait utile de bien faire remarquer cette particularité qui a échappé trop longtemps aux chirurgiens venus après lui.
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« Cela fait, il enlève la production seule, cueillant et « amassant tout ce qui est de lui trop dilaté, qu’il prendra « avec des petites tenailles plates percées au milieu, « le tenant assez fermement; et sera passée au travers
Fio. 1. — Point dora. Instruments d'Ambroise Paré, d'après l’édition de Malgaigne.
« une aiguille enfilée de cinq ou six fils près et jouxte « lesdits vaisseaux spermatiques et muscle suspensoir. « D’avantage, faudra encore repasser une autre fois l’ai- « gnille au milieu de ce qui reste de ladite production « comprenant aussi les lèvres de la plaie; alors on fera « un nœud fort serré, et sera le filet coupé assez long « et laissé hors de la playe, lequel se pourrissant et cou-
« pant peu a peu tombera de soy-mème; et se faut bien « garder de le tirer, devant que nature n’ait engendré « chair au droit do ladite ligature, car autrement on au- « rait labouré en vain. Finalement sera la playe mundifiée, « incarnée et induée à cicatrice, de laquelle la dureté et « callosité empescbera que les intestins ny omentum ne « puissent plus tomber dedans le scrotum. » J1 est bon de faire observer que A. Paré appelle ce procédé point doré , quoiqu’il n’y soit point employé de fil d’or , ni même de fil métallique.
Le second procédé de A. Paré est le point doré de B. Métbis, à cette différence près que le lîl est tortillé avec de petites pincettes et que le malade est tenu au lit pendant quinze jours « les fesses haulles et la teste un peu basse ». Au bout de quelque temps le fil d’or est éliminé et « là se fait une cicatrice calleuse, qui bouche la production du péritoine par où les intestins descendaient ». Mais les récidives sont fréquentes, de l’aveu même de A. Paré. Aussi a-t-il imaginé une troisième façon deprocéder « qui lui paraît la meilleure et la plus seure, à cause qu’elle ne laisse rien d’estrange en la playe ». ïl remplace le fil d’or par un lîl de plomb, lequel n’est passé à l’entour du péritoine qu’une seule fois et qu’on enlève dextrement lorsque tout est rejoint et consolidé; mais il se peut que la ligature au fil de plomb ne suffise pas, c’est lorsque la production du péritoine est grandement dilatée; aussi placet-il tout à côté, sur le seul péritoine, — respectant les vaisseaux spermatiques et le muscle suspenseur, — une seconde ligature faite d’un fil double.
Mais avant Franco eL A. Paré existaient des procédés dans lesquels on essayait de guérir la bernie sans nuire
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au testicule. Tel ce procédé, dit procédé de V Espagnol, fréquemment mis en usage avec succès par certain empirique espagnol et qu’Alexandre Benedetti nous a soigneusement transmis (1).
Les seuls instruments nécessaires sont une forte aiguille enfilée d’un fil de soie écrue très forte, et une petite plaque d’ivoire ou de corne d’un pouce de largeur. La hernie étant réduite, le chirurgien tient entre ses mains les téguments et le sac, et refoule en arrière le cordon spermatique. Celafait, il traverse la peau avec son aiguille, passe entre le sac et le cordon, et ressort à travers la peau. Il place la plaque d’ivoire entre les deux chefs qu’il noue fortement sur la plaque ; puis, deux fois par jour, on tord la plaque, de telle sorte qu’au bout d’une quinzaine de jours, la portion de péritoine et de peau comprise dans l’aire du fil est sectionnée. — Telle est celte méthode d’une simplicité assurément remarquable et qui, au dire de Benedetti, aurait donné à l’empirique espagnol des succès retentissants et une vogue considérable.
Franco, qui opérait les hernies irréductibles, fût le premier chirurgien qui opéra la hernie étranglée. La peau incisée, il essayait de réduire sans ouvrir le sac, et s’il n’y pouvait parvenir, il l’ouvrait en débridant le collet. A. Paré l'imita; mais ce qui nous intéresse, c’est que A. Paré se préoccupa, dès le premier moment, de la cure radicale après la kélotomie pour étranglement herniaire. « L’ou- « verture suffisamment faite, on réduira les intestins peu « à peu dans le ventre, et subit on fera une couture en « cueillant et comprenant duclit processus, tant profon-
(i) Alex. Benedicti Omnium a capilc ad calum morborum signa , lil>. XXIV, cap. xxxvi. Basil. 1539.
« dément qu’il en sera reslressi, ce qui sera cause qu'après « la cicatrice, la descente ne se pourra plus faire au scro- « tum. » Et si, une fois l’incision faite, il avait de trop grandes difficultés pour la réduction, il ne craignait pas de remonter avec son instrument le plus haut possible, quitte à suturer comme on suture dans la gastrorrhaphie « afin de rendre la voye plus estroite » (1).
Il serait difficile assurément de voir dans ces lignes d’A. Paré la suture de l’orifice ou du canal herniaire, mais la suture du sac y est manifestement indiquée, et, quoique le mot n’y soi L pas prononcé (car nous l’avons rencontré pour la première fois dans Dionisau siècle suivant), nous trouvons dans ces quelques lignes d’A. Paré l’origine de cette fameuse sature royale , dont tout le monde parle et qui cependant n’a pas d’histoire (2).
Les efforts en faveur de la cure radicale des hernies furent non moins vifs au xvuc siècle. Pendant que le médecin danois Moinichen, en 1665, et Scultet décrivaient un nouveau procédé de cure radicale, procédé qui consiste à refouler et à maintenir le testicule dans le canal afin de F oblitérer (3), la faveur des souverains était
(1) Ce procédé a été plus tard imité par Cyprianus qui n’hésitait pas à fendre le canal inguinal qu’il suturait ensuite (Heisler). Ainsi fait aujourd’hui Riesel en Allemagne, ainsi que nous le verrons dans un chapitre ultérieur.
(2) La suture royale a d’abord été appelée suture irréprochable ; son nom de royale lui vient de ce qu’elle était supposée conserver des sujets au roi ; on l’attribue à Fabrice d’Acquapendente, mais nous n’avons rien trouvé dans cet auteur concernant cette suture.
(3) C’est pendant un voyage en Espagne que Moinichen a vu employer ce procédé. On incisait la « production péritonéale », on refoulait le testicule dans le canal, et, au-dessous de lui, on pratiquait le point doré. Ce procédé d’oblitération du canal herniaire était celui adopté par les anabaptistes de Moravie ; il est à rapprocher de certaine autopsie citée par Richter, et dans laquelle on constata que l’ovaire, accidentellement fixé dans le canal inguinal chez une femme autrefois atteinte de hernie, avait déterminé la cure radicale.
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acquise à quiconque proposerait un moyen infaillible de guérir les hernies ; et, comme il arrive souvent, cette faveur qui se traduisait par de fortes primes d’argent échut à des charlatans.
Louis XLV acheta fort cher du Prieur de Cabrières un remède qu’il s’engagea à tenir secret jusqu’à la mort du prieur, et pour que le secret fût encore mieux gardé, il préparait lui-même le médicament de ses royales mains. La distribution du remède du Roy se faisait solennellement par devant de Blegny, maître de la manufacture royale des bandages, et en présence du Procureur du roi. Ce fameux remède consistait tout simplement en de l’esprit de sel, dissous dans duvin, qu’on prenait qiendant 21 jours, et en un emplâtre astringent, qu’on appliquait sur la hernie. Au cours du traitement, il fallait toujours être debout, marcher beaucoup, n’aller point à cheval, ni en carrosse, ni en charrette, aller toujours à pied ou en bateau, et porter bandage.
De même Georges Ier, roi d’Angleterre, ému du grand nombre de hernioux qui se trouvaient dans l’armée anglaise (unhernieux sur 8 soldats), n’hésita pas à accorder une primo de 5,000 liv. sterl. et une pension de 500 liv. à certain empirique anglais nommé LittleJohn, qui avait, lui aussi, son moyen infaillible. Nous ignorons s’il réussit beaucoup en Angleterre, mais, venu en France en 1725, Little John n’y éprouva guère que des insuccès ; son procédé consistait à attaquer etàescarrifier, au moyen d’huile de vitriol, la peau voisine de l’anneau inguinal et du collet du sac. 11 opéra un même malade jusqu'à trois fois ; le résultat fut que le patient y perdit son testicule.
Mais, à la fin du xvuc siècle, Nicolas Lequin et Blegny
inventèrent les bandages de fil de fer et d’acier ; Nicolas Lequin, qui a écrit en 1665, affirme sa priorité; il déclare que jusqu’à lui il n’y en a pas un « qui ayt écrit des bandages d’acier et de fil de fer»; de Blegny n’aurait donc fait que le copier (1). Quoi qu’il en soit, la date de l’invention des bandages élastiques est une date capitale dans l’histoire de la cure radicale des hernies, car c’est de celte belle invention que date la déchéance des procédés sanglants.
Mais ce mouvement de réaction contre les anciens procédés et contre l’ancienne thérapeutique des hernies, mouvement que nous trouvons dans tout son éclat au xviiic siècle, ne s’affirma pas tout d'abord. Saviard préconise le procédé de Celse dans le traitement des hernies ombilicales. Thévenin, quoique partisan des bandages, a conservé une certaine complaisance pour les méthodes sanglantes, car il ne décrit pas moins de quatre procédés de ligatures applicables à la cure radicale de la hernie ombilicale.
Abordant le traitement de la hernie inguinale, Thévenin discute le procédé dans lequel on cautérise la peau et l’os pubis sans toucher aux éléments du cordon, méthode difficile et périlleuse, dit-il; il discute aussi le point doré, et la ligature du sac herniaire après isolement des vaisseaux spermatiques; mais aucun de ces moyens ne lui paraît avoir d’aussi bons résultats que la castration (2), et il recommande de pratiquer cette
(1) Cela est assez probable : Dionis, en elle!, regarde de Blegny comme un charlatan, et lui reproche d’avoir usurpé son nom et son titre ; du reste, de Blegny apprit combien peu durent les faveurs royales ; on obtint contre lui une lettre de cachet, et il passa huit années à la Bastille.
(2) Déjà Fabrice de Hilden, au xvic siècle, disait que pas un Suisse ne se
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dernière sans ouvrir le péritoine, de façon à s’épargner la chute de l’intestin ; il prescrit toutefois de ne pas loucher aux hernies irréductibles, en raison des risques de blessures que l’on ferait courir à l’intestin.
S'il se trouvait encore à la fin du xviic siècle un chirurgien pour pratiquer et préconiser la castration (1) chez les hernieux, il ne faut point s’étonner que la castration fût aussi l’arme favorite des opérateurs ambulants des campagnes (2) ; mais cette triste industrie, grâce à des mesures énergiques, disparut vers le milieu du xvnie siècle ; déjà les États Généraux de Hollande avaient ordonné la peine du fouet contre quiconque opérerait une hernie sans le conseil des gens de l’art et castrerait sans nécessité ; en 1710, eu France, Robert de Housse, se disant opérateur, fut condamné à trois ans de galères pour avoir lié le cordon en même temps que le sac herniaire sur deux malades, et déterminé parce moyen la « pourriture des testicules » ; et, en 1735, Marie-Anne Presse (de Reims), qui avait pratiqué sur des enfants hernieux cinq castrations suivies de mort, fut fustigée publiquement et enfermée pendant cinq ans à l’Hôpital Général (3).
serait cru guéri de sa hernie si on lui avait conservé le testicule ; de même au xviic et au xvnie siècle, les Freylag (de Zurich) ne manquaient pas de supprimer le testicule après la kélotomie; tant est grande la force de l'habitude !
(1) La castration était un procédé tellement classique que, même du temps de Thévenin, on plaçait la cure des hernies au milieu des chapitres consacrés à la cure des anévrysmes, en raison de la ligature et de la section des vaisseaux spermatiques qu’on pratiquait dans cette opération.
Ç2i Dans les seuls diocèses de Saint-Papoul et de Montauban, on compta a un moment donné, jusqu’à bOO enfants hernieux châtrés. Les évêques de ces diocèses s’en émurent d'autant plus que les châtreux avaient eu soin d'emporter les bandages élastiques qu’ils avaient fait distribuer aux malades.
■'!) Mém. Acad. Roi/. Chir. T. III, p. 8.
Dionis s’éleva vivement conLrc toute tentative opératoire ; il formula cette proposition, qu’on devait s’en tenir aux bandages élastiques, à l’exclusion de tous ces procédés qui, disait-il, ne sont pratiqués que par des charlatans, peu soucieux des suites de leurs opérations ; il conseillait l’adjonction aux bandages des substances astringentes, et recommandait l’emplâtre de Mllc Devaux, approuvé par le Roi; il n’acceptait même pas la ligature dans les hernies ombilicales : « Je ne crois pas que ceux qui ont laissé par écrit de telles opérations
aient été assez hardis pour les pratiquer ; je ne les ai jamais vu faire et je no m’arrêterai pointa vous les démontrer, parce que je suis assuré qu’elles vous inspireraient plus d’horreur et de mépris pour l’ancienne chirurgie qu'elles ne vous instruiraient et ne contenteraient votre curiosité. »
Ni la suture royale qu’il décrit (1), ni surtout le point doré, ne trouvèrent grâce devant lui, et nous laissons à juger en quelle estime il tenait les inciseurs ambulants, misérables bateleurs, comme dit Heister ; après avoir montré comment ces prestidigitateurs ès hernies escamotaient le testicule pen
(1) C’est dans Dionis que nous avons trouvé pour la première fois les mots de « suture royale ». Ces mots ne se trouvent pas dans Thévenin, quoique Dionis dise avoir connu par lui ce procédé. La suture royale consistait à rétrécir le sac trop dilaté, ainsi qu'un doigt de gant qu'on rétrécit ; on y arrivait au moyen d'une suture en surjet, ou suture du Pelletier. Thévenin, qui, du reste, comme Dionis, pratiquait la kélotomie avec ouverture du sac, ne s’en servait qu’après l’opération de la hernie étranglée ; il mordait fort avant dans les parties, afin que la voie fût rétrécie d’autant.
Kltt. 5. — Instruments usités dans la suture royale, d'après Dionis.
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daiit l’ opération, il continue en ces termes : « On a vu un de ces opérateurs qui ne nourrissait son chien que de testicules; le chien se tenait sous le lit ou sous la table, proche de son maître, en attendant ce morceau friand, dont il se régalait aussitôt qu’il en avait fait l’extirpation, à l'insu des assistants, qui auraient juré que le patient avait toujours ses parties. » Et quelques lignes plus loin:
« Ces opérations sont contraires aux lois divines et humaines ; elles seraient cependant excusables sur un religieux qui préférerait la guérison d’une hernie à ses testicules, qui lui doivent être inutiles, et il en tirerait pour lors deux avantages : le premier c’est que ces organes ne le tourmenteraient plus, et le second c’est qu’il serait guéri d’une fâcheuse maladie. » Mais Ri ch ter fait spirituellement observer qu’on n’ampute pas les bras aux paresseux; quoi qu’il en soit, cette citation montre que Dionis, tout en combattant la castration comme immorale, la regardait cependant comme un excellent moyen de cure radicale.
Le xvme siècle continua ce qu’avait si bien commencé Dionis ; jamais peut-être les hernies ne furent étudiées avec tant d’ardeur ; J.-L. Petit, Arnaud, Garengeot, Le Dran, Richter, Heister et bien d’autres y donnèrent tous leurs soins. Variétés, symptômes, anatomie pathologique, mécanisme, tout fut abordé et tout ou presque tout fut éclairci; et l’on peut dire que, à propos des hernies, le xvmc siècle a laissé peu à faire au siècle d’après.
Assurément la conduite des grands chirurgiens du xviiic siècle ne fut pas uniforme, mais leur pratique générale peut se résumer en quelques mots : ne loucher jamais,
à moins do circonstances exceptionnelles, aux hernies qui ne sont pas étranglées; ne tenter jamais de cure radicale par les procédés sanglants. Tl n’estqu’un seul moyen d’obtenir la cure radicale : c’est le bandage, le bon bandage, assidûment porté; les procédés, dits chirurgicaux, non seulement ne donnent pas la cure radicale, mais compromettent la vie du malade ; on n’est autorisé à tenter la cure radicale par les procédés chirurgicaux qu’après l’opération de la hernie étranglée. Telles sont les conclusions formulées par Richter à la fin du xviu0 siècle, dans son admirable Traité des hernies.
Il ne faudrait pas croire que, le bandage excepté, on n’ait pas essayé, dans le xvmc siècle, de nombreux procédés de cure radicale ; mais ce qui caractérise ce siècle, c’est que chacun de ces procédés n’eut qu’un nombre modéré de partisans et fut combattu par la grande majorité des chirurgiens. Jean-Louis Petit (qui avait pratiqué la cure radicale pour des hernies non étranglées, mais avec des insuccès lamentables) réserve l’opération pour les hernies étranglées, et encore ne réduit-il pas l’intestin lorsque la hernie est volumineuse; il n'ouvre même pas le sac et se contente de débrider l’anneau. Ses raisons sont les suivantes : comme, selon lui, le péritoine ne se réunit pas au péritoine, et que le sac, d’après son opinion, rentre toujours dans l’abdomen, pendant les jours qui suivent l’opération, la ligne d’incision du sac reste un point faible et une porte toujours ouverte pour une nouvelle hernie ; pas plus qu’il n’ouvre le sac, il ne le lie, de peur de péritonite généralisée. La seule intervention qu’il se permette, c’est lorsque la hernie est d’un certain volume et le sac trop épais, qu’il n’y a
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donc pas do chance pour qu’il rentre dans l'abdomen, de le supprimer soit en totalité, soit on partie, par le bistouri ou par les caustiques. Il ne fait ni la suture royale ni le point doré; il traite les hernies réductibles par le seul bandage élastique « qui modifie les divers tissus, anneaux, sac, etc., et qui, dans le cas d’épiplocèle, racornit l’épiploon et le transforme en bouchon obturateur. »
Garengeot, pas plus que J.-L. Petit, ne louche aux hernies réductibles; comme son maître, il est un partisan fervent des bandages, et dans les hernies étranglées, hormis le cas d’adhérence, il pratique la kélotomie sans ouverture du sac. Mais ce sac, il le refoule toujours dans le canal et tente de le repousser dans l’abdomen; si le sac est petit et récenf , il rentre facilement, s’efface entièrement et le péritoine reprend son élasticité ; il n'y a plus trace du sac primitif, partant plus trace de hernie. « Le péritoine devient si solide et si bandé en cet endroit, qu’il peut s’opposer à de nouvelles descentes, et le trou se réunit promptement. » Mais si la hernie est ancienne, le sac, poussé dans l’orifice nouveau, se carnifie et « devient un tampon solide, capable de résister à de nouveaux efforts ».
Depuis fort longtemps déjà, on avait proposé la ligature et l’extirpation du sac; au xviii0 siècle, Sermésius (1), Senff et Schmücker les préconisent de nouveau; mais Heister est le seul à les accepter, et seulement dans le cas de hernies inguinales étranglées ; Le Dran et Richter font observer que la dissection du sac her-
(1) C’est en Russie que Sermesius avait vu pour la première fois pratiquer la ligature et l’extirpation du sac.
niairc est souvent très difficile, et qu’elle est tout au plus praticable dans les hernies inguinales delà femme, dans les hernies crurales ou ombilicales (1); Richter lui préfère, et de beaucoup, la simple scarification du collet du sac, qui est bien moins dangereuse et tout aussi efficace : il la réserve pour les hernies inguinales étranglées.
Cependant il se fait de temps à autre des retours vers la cure radicale des hernies non étranglées.
En 1774, Gauthier et Maget proposent la' cautérisation directe de l’anneau herniaire. Incisant les téguments, ils mettent à découvert le cordon spermatique et touchent avec de l’huile de vitriol le bord supérieur de l’anneau, les deux piliers, le périoste du pubis et fort légèrement le cordon spermatique ; ce procédé n’est, d’après eux, applicable qu’aux hernies réductibles, et ils s’en servent également après la kélotomie pour étranglement; l’opération dure en tout un quart d’heure : « Le malade peut dîner après l'application du caustique et recevoir le soir même, etc. » En un mot, cette opération est chose merveilleuse; grâce à l’huile de vitriol, l’anneau s’oblitère et la hernie ne revient plus.
Mais Gauthier et Maget avaient compté sans Bordenave; il fit dans la même année, à l’Académie Royale de chirurgie, le procès delà suture royale, du point doré, de la ligature du sac, de la réduction du sac, des cautères actuels et potentiels; il fit surtout le procès de la méthode de Gauthier et de Maget; il leur reprocha vivement la mort do La Condamine ; et, quant à ces trois opérés de
(I) Lo Dean se contentait souvent d’ébarber le sac.
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Bicètrc, dont ils se glorifiaient, il leur fit observer que trois observations qui n’avaient ou d’autres témoins que les opérateurs, no sauraient avoir de valeur à ses yeux.
Plusieurs chirurgiens avaient pratiqué la scarification de l’anneau, déjà préconisée par Léonidas d’Alexandrie; Heister luimême la pratiquait après la kélotomie. Mais Leblanc, en 1765, essaye de démontrer que les scarifications ne faisaient qu’agrandir l’anneau et qu’un seul moyen existait de le rétrécir, c’était de le dilater graduellement ; pour pratiquer celte dilatation graduelle et ménagée, il invente le dilatatoire dont nous donnons la reproduction (/07. 6) (1) : « En élargissant ainsi par degrés les fibres de l’anneau, on y occasionne des titillations d’où naîtront des vibrations, des contractures qui, comme on sait, tendent à le rétrécir et à le rétablir dans son diamètre naturel. »
Telle est, formulée par Leblanc, fk>. e. - Dilatatoire de
Leblanc, d'après son
la théorie du rétrécissement par la livre, dilatation; l’anneau rétréci influe sur le sac herniaire : « Au moyen de ce léger serrement, les parois du sac se collent et s’unissent ensemble. » Lo sac, dont les parois sont unies, forme, à l’ouverture
(I) On voit combien est frappante la ressemblance de l’instrument de Leblanc avec un autre instrument, récemment inventé en Amérique dans le but de dilater les trajets fistulcux.
de l’anneau, une espèce do bouchon plus ou moins ferme et solide. Ce bouchon est consolidé par la cicatrice cutanée, qui adhère au collet du sac, lequel adhère à l’anneau herniaire. L’opération, au dire de Leblanc, est d’une exécution facile; elle est inoffensive; elle prévient sûrement la récidive de la hernie, dispense de tout bandage, et peut s’appliquer aux hernies réductibles ainsi qu’aux hernies étranglées. Mais Leblanc ne put convaincre Louis, de l’Académie Royale de chirurgie.
On le voit, il n’est pas de procédé de cure radicale, si inoffensif qu’il puisse paraître, qui n’ait trouvé au xvm6 siècle une foule de contradicteurs; point doré, suture royale, cautérisation, scarification, dilatation, castration, ligature du collet avec ou sans extirpation du sac, sombrent tour à tour (1); Richter trouve même que les moyens do cure radicale employés contre la hernie ombilicale ont constamment donné des résultats déplorables; cependant Desault (2) reprend le procédé de Saviard à la fin du xvmc siècle. Ce procédé se trouve être presque le seul à survivre, et Desault lui-même est un adversaire do la méthode sanglante dans les hernies autres que l’exomphale. Entre ses mains, le procédé de la ligature appliqué à la hernie ombilicale a donné des résultats re-
(1) Les vétérinaires ont essayé de leur côté la plupart de ces procédés ; castration, ligature et extirpation du sac, ligature du pédicule dans les hernies ombilicales ou ventrales, torsion du pédicule, cautérisation superficielle, etc. — Les hernies inguinales des chiennes, ils les traitent par la ligature et l’extirpation du sac ; celles des chevaux, par la castration avec ou sans torsion du pédicule; quant aux exomphales des poulains, ils les guérissent par la cautérisation de la peau avec l’acide azotique.
(2) C’est dans V Exposé des œuvres chirurgicales de Desault, par Bichab hommage, on peut le dire, filial rendu par notre grand biologiste au maître qui avait deviné son génie, que nous avons recherché les opinions de Desault.
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marquables; il ne lui a pas fourni moins de cinquante succès bien constatés, et c’est un principe incontestable pour Desault que la ligature est aussi peu dangereuse et donne des résultats plus constants que le bandage; il est bon d’ajouter cependant que ses petits opérés portaient un bandage pendant les deux ou trois mois qui suivaient l’opération.
Pendant que se faisait cette violente réaction contre les procédés chirurgicaux, Paris se remplissait de chirurgiens herniaires, qui perfectionnaient les moyens de contention, et, par un juste retour, ces perfectionnements incessants aidaient au discrédit dans lequel tombaient de jour en jour les opérations sanglantes. Mais d’autres moyens étaient en même temps très préconisés :
Les uns se basaient sur l’observation d’un vieillard de plus de 70 ans, observé par Reneaulme de Lagaranne et guéri parle seul repos ; d’autre part, ils savaient que Fabrice de Hilden avait observé un vieillard de 90 ans, qui, retenu au lit pendant six mois pour une affection étrangère à sa hernie, se trouva à son lever radicalement guéri ; ceux-là proposaient le repos ; les autres appliquaient en permanence, pendant plusieurs mois, des sachets de tan humide, ou des sachets de vinaigre, ou des sachets très chauds de sel marin décrépité, ou des emplâtres variés.
On peut dire qu’au commencement de ce siècle, la cure radicale des hernies par les procédés sanglants avait été abandonnée. L’opinion commune était que la plupart de ces procédés étaient dangereux, qu’aucun n’assurait la cure radicale ; et beaucoup, sans aller aussi loin que Percival Polt, qui ne souhaitait rien moins que la pendaison
à certains docteurs herniaires, n’étaient pas éloignés de regarder toute tentative do cure radicale, en dehors du bandage, comme une mauvaise action. On était sous l’impression dos travaux récents de Richter, de Lawrence et de Scarpa, et l’on savait combien peu de partisans avait eu chaque procédé opératoire dans le siècle passé.
Seule, la cure radicale dans la hernie ombilicale avait vu la dernière année du xviuc siècle ; mais, malgré la haute autorité de Desault et de Bichat, lorsque Martin le Jeune, en 1811, vint proposer de nouveau la ligature de Celse, de Saviard et de Desault, ce fut un toile général. On ne voulait plus que le bandage, le seul bandage, et la tendance nouvelle s’accuse avec une grande vigueur dans les livres classiques du commencement du siècle, dans le Traité des maladies chirurgicales de Boyer principalement.
Naturellement, les inventeurs de bandages et de médicaments profitèrent do cette accalmie. Jalade-Lafont, en 1822, propose le bandage rénixigrade et en 1836 les pelotes médicamenteuses; Beaumont (de Lyon) dit merveille des sachets opiacés et médicamenteux, et, en octobre 1825, deux habitants des Herbiers (Vendée), Jean Dubois, docteur médecin, et J.-S. -Pierre Simon, bandagisie herniaire, écrivent un livre de deux cent cinquante pages, pour montrer qu’il y avait une plante souveraine pour guérir radicalement toutes sortes de hernies, Yosmonde royale, et un arbre, le cyprès; la brochure se termine par huit attestations de guérison radicale, signées de M. lo maire des Herbiers et d’autres maires du voisinage.
Cette façon de guérir radicalement les hernies nous rappelle le procédé adopté par les Chinois, et que nous
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enseigne le R. P. Duhalde dans le Lomé IV de son Voyage en Chine. Pour guérir radicalement une hernie, les Chinois commencent par la réduire; ils lavent ensuite la partie malade avec du suc do gin-seng , et celui d'une autre plante qu’ils nomment keon-hi. On fait manger au malade du riz cuit à l’eau; on a eu soin de mettre dans l’eau dos rognons de mouton, et, au bout de dix jours, le malade est radicalement guéri.
Presque dans le même ordre d’idées (la chose se passe en France cette fois), Verdier, chirurgien herniaire, publie, en 1818, une note de laquelle il résulte que les hernies guérissent radicalement par les pilules de muriatc de mercure ; et en 1840, le même auteur, se rappelant probablement la mésaventure survenue à J.-L. Petit qui, au milieu d’une nombreuse assemblée, eut le désagrément de voir une hernie étranglée, brusquement réduite, au moment où il allait l’opérer, de par un seau d’eau glacée jetée par la mère du malade sur la tumeur herniaire, le même auteur, dis-je, mettant à profit cclto mésaventure, préconise l’eau froide dans la cure des hernies, et donne un grand nombre d’observations de hernies plus rebelles les unes que les autres, guéries par des douches obliques d’eau froide.
Ravin cependant avait proposé en 1822 une méthode plus raisonnable : c’était le repos au lit prolongé pendant plusieurs mois, aidé de topiques alumineux et de la compression; mais déjà, à de longs intervalles, en 1822 avec Jameson, et en 1829 avec Relmas, avaient timidement paru deux nouveaux procédés de cure radicale, lorsque subitement, en 1835, Gerdy, inventant l’invagination du scrotum, remet en vogue la cure radicale des hernies.
Alors, coup sur coup, apparaissent en France les procédés de Velpeau (1835), de Leroy d’Étiolles (1836), de Bonnet (1836), de Malgaigne et de Mayor [de Lausanne] (1837), de Jules Guérin (1842); en 1839 et en 1841 sont soutenues deux thèses de concours, l’une par Boinet, l’autre par Thierry; dans les sociétés savantes, la cure radicale est à l’ordre du jour ; des thèses se succèdent d’année en année à la Faculté de médecine. En 1854, Valette modifie le procédé de Gerdy ; et Gerdy lui-même, en 1855, l’année même qui précéda sa mort, écrivait sur la cure radicale des hernies son avant-dernier mémoire ; le dernier traitait des fistules à l’anus.
On s’occupe surtout des hernies inguinales, mais les hernies ombilicales no sont pas oubliées ; c’est ainsi qu’avec le professeur Bouchacourt (1842) et le docteur Chicoyne (1846) renaît la méthode de Saviard et do Desault. — Mais Gerdy meurt ; presque aussitôt le silence se fait sur la cure radicale, et on oublie jusqu’à son nom; tous les procédés employés jusqu’à ce jour sont dangereux, inefficaces et rien ne vaut le bandage : (elle est l’opinion nettement affirmée dans nos livres classiques, et particulièrement dans les publications scientifiques de Malgaigne et de M. Gosselin.
Notons cependant qu’à l’étranger le discrédit de la cure radicale n’a jamais été aussi complet que dans notre pays. Sous l’impulsion de Gerdy, de nombreux procédés devaient prendre naissance, et Wutzer, Sotteau, Rotlimund et beaucoup d’autres chirurgiens dont les noms trouveront mieux leur place dans la suite de ce travail, viennent tour à tour proposer des modifications opératoires diverses et publier de nouveaux succès. Cependant,
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il faut le reconnaître, même à l’étranger, la cure radicale perdait chaque jour du terrain et le nombre de ses détracteurs l’emportait de plus en plus sur celui de ses défenseurs.
Parmi ces derniers, nous devons surtout mentionner M. Wood. Depuis 1868, ce chirurgien habile et créateur d’un procédé dérivé de l’invagination n’a pas cessé de vanter les bienfaits de l’intervention chirurgicale dans les hernies non étranglées ; sa pratique en fait foi, et depuis cette époque il a personnellement opéré au moins trois cents heruieux. Dowel, en Amérique, a suivi une voie analogue. Mais ce sont là des tentatives isolées, et ce que nous disions plus haut du crédit tous les jours faiblissant de la cure radicale, reste exact.
La question en était là lors de l’avènement de la chirurgie antiseptique. On sait les hardiesses que le pansement de Lister a rapidement suscitées et l’impulsion qu’il a brusquement imprimée à la chirurgie de l’abdomen. Ce mouvement ne devait pas rester longtemps sans influence sur le traitement des hernies, et la cure radicale par le bistouri reparut à nouveau sur la scène chirurgicale.
Les opérations et les travaux de Schede, de Nussbaum, de Czerny, de Riesel et de Socin marquent cette .nouvelle et importante étape du traitement chirurgical des hernies non étranglées. Pour ne dater que de huit ans, cette renaissance de la cure radicale a déjà provoqué des publications nombreuses que nous nous sommes efforcé de réunir sans trop d’omissions dans notre bibliographie. A cette place nous signalerons seulement 1 important rapport du professeur Tilanus (d’Amsterdam),
où
l’excellente revue critique de Reverdin, les thèses de Dolbastaille, de Y. de Mestral, de Guénod et le travail tout récent de Leisrink, basé sur l’analyse de trois cent quatre-vingt-dix cas.
A côlé do la cure radicale par le bistouri, un procédé moins périlleux a pris naissance, mais cette fois c’est en France. On sait en effet qu’en 187o, M. Luton (de Reims) a proposé de guérir les hernies par des injections souscutanées d’eau salée. A l’étranger, Sclnvalle, Ileaton et plusieurs autres chirurgiens préconisent chaleureusement la pratique des injections sous-cutanées et ce modo de cure radicale non sanglante fait, lui aussi, chaque jour de nouveaux partisans.
L’enthousiasme des nombreux adeptes de la « nouvelle méthode » de cure radicale par le bistouri est-il légitime? L’instant est-il venu de donner à la cure radicale une place dans le cadre des opérations rationnelles? C’est là ce que nous aurons à déterminer dans ce travail. Jusqu'ici l’excellence des résultats proclamés à l’étranger laisse les chirurgiens français silencieux. Parmi ceux qui n’ont’ pas d’idée préconçue, il en est plusieurs qui attendent une occasion favorable pour mettre à l’épreuve les nouvelles méthodes. Mais celte occasion est sans doute difficile à rencontrer, et, dans nos hôpitaux de Paris, M. Lucas-Championnièrc est, croyons-nous, le premier chirurgien qui ait eu recours à l’intervention sanglante dans le traitement des hernies non étranglées.