‹ Cure radicale des herniesChapitre 23 sur 43 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Si nous nous arrêtions à la signification généralement attribuée aux mots de cure radicale des hernies, nous pourrions nous dispenser d’écrire ce chapitre. Mais les travaux les plus récents ont agrandi le cadre habituel de la cure radicale. Les méthodes que l'on préconise aujourd'hui pour la cure radicale des hernies non étranglées sont pour la plupart la simple reproduction des temps opératoires que les chirurgiens d’autrefois ajoutaient à la kélotomie pour étranglement. Il est donc naturel de voir les nouveaux partisans de la cure radicale poursuivre le but aussi bien dans les hernies étranglées que dans les hernies non étranglées, et omettre d'envisager la question à ce double point de vue, serait méconnaître ou restreindre sans raison le véritable sens du renouveau de la cure radicale des hernies. Toutefois, comme la cure radicale dans les hernies étranglées n’est jamais qu’un fait secondaire, nous ne donnerons pas à cette partie de notre étude les mêmes développements qu’aux chapitres précédents.

Dès que Franco ouL le premier préconisé et pratiqué le débridoment dans les hernies étranglées, les chirurgiens

sc préoccuperont des moyens d’empêcher la récidive après la kélotomie. Ambroise Paré qui, suivant les conseils de Franco, faisait la kélotomie avec ouverture du sac, rétrécissait le sac et son collet au moyen de la suture royale ; Thévenin, au siècle suivant, opérait de la même façon; il faisait sur les deux lèvres du sac une suture en surjet et avait soin que l’aiguille « mordît fort avant dans les parties », afin que la voie fût rétrécie d’autant.

Au xviu0 siècle, les essais de cure radicale après la kélotomie sont multiples : J.-L. Petit et Garengeol réduisent le sac ou le pelotonnent à l’ouverture du canal inguinal ; Gauthier et Maget cautérisent légèrement l’anneau inguinal externe et le collet du sac afin d’en amener l’oblitération; Lacbarrière et Mauchart vantent les scarifications de l’anneau que J.-L. Petit combat vivement. Au lieu et place des scarifications de l’anneau qui vont à l’encontre du but qu’on se propose, Leblanc, en 1765, préconise la simple dilatation au moyen de son dilatatoire. Quelques-uns pensent que la kélotomie avec ouverture du sac suffit à assurer la cure radicale, mais J.-L. Petit reste incrédule; Freytag et Schmücker proposent la dissection du sac herniaire, son extirpation et la ligature du collet , mais J.-L. Petit fait observer que la ligature du collet est une cause fréquente de péritonite et Richter insiste sur ce point que la dissection du sac dans les hernies inguinales principalement est manœuvré difficile et périlleuse; contre tous les autres procédés, il recommande les scarifications du collet du sac dans le but d’en amener l’oblitération.

Mais tenter la cure radicale ne veut pas dire l’obtenir, et la plupart des chirurgiens précédents le savaient fort

bien. Do là, la multiplicité des procédés dont ils ont

essayé.

Au xixc siècle, ce scepticisme à l’endroit des résultats de la cure radicale après la kélotomie ne fait que s’accroître. Astley Gooper et Boyer craignent même que les tentatives dirigées contre le sac, ou contre l'anneau, ne soient plutôt un moyen de récidive qu’un moyen de guérison ; aussi, pendant de longues années, se borne-t-on à pratiquer la seule kélotomie, et à se demander par quelle méthode de pansement on pourra sinon empêcher, du moins éloigner la récidive, et rendre facile la contention de la hernie parle bandage.

Faut-il suturer la plaie ou ne pas la suturer? Faut-il chercher la réunion immédiate, l’adhésion des parois opposées du sac et du collet? Vaut-il mieux, au contraire, se garder de la réunion immédiate, faire suppurer le sac, le faire bourgeonner jusqu’à formation d’un bouchon fibreux? Questions que s'était déjà posées J.-L. Petit, qu’on avait même discutées avant lui et que depuis Delpech, Serre et Bérard, chaque chirurgien a résolues à sa convenance : les uns facilitant l’adhésion sans craindre le reflux des produits septiques dans la cavité péritonéale, les autres visant à la suppuration du sac, sans craindre la propagation de l’inflammation an péritoine.

Quoi qu’il en soit, la cure radicale à la suite de la hernie étranglée était sinon oubliée, du moins délaissée, et les chirurgiens se contentaient les uns de panser aplat sans rechercher la suppuration, les autres de réunir sans compter outre mesure sur la réunion immédiate, mais tous s’attachaient scrupuleusement à assurer l’écoulement des liquides, lorsque dans ces dernières années,

Page 1