‹ Curiosité de l'OpéraChapitre 21 sur 26 · Le voici · texte numérisé non relu

Le voici

Quel Jupiter eucor, de votre hymen cliarmaut, Vient d'nn nouvol éclat oiubellir votre chaîne.

» Je pourrais le prévenir sur la conduit o de ma pièce et luy demander en même temps grâce pour les choses que je crains d'avoir manquées ; mais je ne suis pas assez vain pom* vouloir luy préparer les réflexions qu'il doit faire sur mon poème, le droit de juger par lui-même d'un ouvrage qu'on luy présente n'étant réservé qu'à ses seules lumières. Je m'y soumets entièrement, trop heureux si le désir que j'ay de lui plaire a pu me procurer les moyens d'y réussir. »

A l'occasion de la naissance du dauphin, on ajouta, le dimanche 8 octobre 1730, à l'Opéra, un divertissement intitulé : le Cajjrice d'Érato, au vieil ouvrage de Marais, Alcyone, joué pour la première fois en 1708. Ce divertissement fut exécuté plusieurs fois devant Louis XY et Marie Leczinska, et à la fête de Trianon.

Nous voici arrivés au plein essor dune période funeste, l'époque àe?, fragments, qui avait commencé avec V Europe galante, de Campra. Les grands ouvrages nous feront défaut. Sauf

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Rameau, qui pourlaut, lui aussi, a souvent sacrifié à la mode du jour, il n'y a plus de musicien capable décrire une parlilion de longue haleine; on ne joue plus que des combinaisons de pièces eu un acte, que le titre seul relie entre elles, — des spectacles coupés, comme on dirait de nos jours; — et cet usage ridicule subsista jusqu'à l'arrivée du grand Gluck, qui, heureusement, vint relever «< l'Académie » de son déplorable abaissement.

Avec ces fragments, peu de prologues.

Nous ne pourrons plus suivre ainsi les événements de notre histoire nationale, si ce n'est dans quelques ouvrages de circonstance que nous rencontrerons quelquefois ; mais ils deviennent rares.

Nous avons à signaler d'abord le Ballet de la Paix (1738), qui tire son nom du traité de paix signé à Vienne entre Louis XV et l'empereur d'Autriche : le prologue y fait allusion et la pièce est composée de trois entrées distinctes : Philis et Démophon, — Iphis et lante,

— Pliilémon et Baucis, et on ajoutait à leiivi d'autres entrées, suivant les besoins du service, pour employer une expression moderne.

En 1744, les Aiigustales, divertissement des deux musiciens siamois, Rebel et Francœur, paroles de Roy. Ce petit acte fut composé à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi. événement qui provoqua dans toute la France une explosion d'enthousiasme et valut à Louis XV le surnom de Bien-Aimé.

Ces Aiigustales constituaient une allégorie historique.

Quand Auguste revint à Rome à la suite d'une grave maladie contractée en Espagne, un temple fut élevé à Ilyiiie, la déesse de la Santé, et l'on institua des fêtes que l'on nomma Auguntales et qui devaient être célébrées chaque année au mois d'octobre.

Louis XV revenait à Paris de Metz, guéri de la terrible maladie à laquelle il avait failli succomber. De Louis XV à Auguste, il y avait assez de dissemblance ; mais le poète Roy n'y regardait pas de si près, et les Augiistales fc'est-à-dire une fête en l'honneur d'Hygie, fille d'Esculapej furent données le 14 novembre 1744.

L'année suivante, dato de la mémorahlo balaillo do Fontenoy, nous avons à montiimnor quatro documents lyrico-liistori({ii»^s :

Le prologvio de Zelindor, roy df.-i Si/lplies, de Rel)el et Franconn*, paroles de Paradis de Moncrif ;

Deux cantates : le Trophée, des mômes auteurs, et Jupiter, vainqueur des Titnnfi, de Colin de Blamont et son neveu de Burv, paroles de Bonneval, exécutées à Versailles ;

Plus, un ouvrag^e de Rameau. par(des de Voltaire, intitulé : le Temple de la Gloire, fête en cinq actes, qui n'obtint aucun succès.

L'auteur de Zaïre ignorait absolument les procédés de l'art lyrique.

Le traité d'Aix-la-Chapelle (^748) fut célébré à l'Opéra, au commencement de l'année suivante, par Xa'is^ « opéra pour la paix », de Rameau, paroles de Cahuzac. Le prolog-ue a de grandes similitudes avec Jupiter, vainqueur des Titans.

" Le Ibéûtre représente les airs. On voit sur la terre les Titans et les Géants qui entassent

zîliS GURIOSITES DE LOPÉRA

les monts pour escalader les cieux. Ils sont conduits par la Discorde et la Guerre. Dans les airs, on découvre Jupiter (Louis XV), armé de sa foudre et entouré des dieux du ciel. »

Ce prologue a pour sous-titre : f Accord des dieux.

Après le traité d'Aix-la-Chapelle, la France se repose, et avec la paix recouvre en un instant toute sa force et toute sa prospérité. L'Opéra ne fait pas comme notre beau pays; il végète tristement. Son répertoire se rétrécit : de petits ouvrages en un acte, sans la moindre importance pour la plupart, avec lesquels on constitue de nombreux fnujment^; g-rands succès cependant pour la Serva Padrona, de Pergolèse, jouée par les bouffons italiens, et pour le Devin de villar/e. de Jean- Jacques Rousseau,

Hélas! la guerre de Sept ans s'engag-e (17o6-17G3), l'Académie Royale deMusiquen'a plus la force ni de chanter la prise de Port- Mahon par Richelieu, ni de déplorer la défaite de Soubise à Rosbach. L'attentat df Damiens

r.l lUOSITKS DE L(»l>l';i!A l'O'.t

ue provoque même pas son indignation royaliste.

Le dauphin se marie en 1770; pas la moindre cantate. LOpéra se contente, à Toccasion du mariage de l'héritier du trône, de donner, en représentai ion (.katlite, Zaïde, partition assez médiocre de Royer. et cela au grand déplaisir des gens de goût, en général, et du sieur de Bachaumont en particulier.

Pas la moindre représentation au bénélice des victimes du sinistre de la place Louis XV. Décidément, la musique officielle subit maintenant un véritable temps d'arrêt. Est-ce .( par défaut d'argent » , comme le prétend le même Bachaumont à propos du mariage du comte de Provence, pour lequel « les fournisseurs ne veulent rien faire à crédit >^ ? C est possible. Les guerres, désastreuses pour le Trésor royal, et les favorites, qui lui furent plus désastreuses encore, ont mis à sec les caisses des fermiers généraux.

L'infortuné Louis XVI devient roi le 10 mai 1774, et, jusqu'à la Révolution française, nous

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n'aurons à signaler aucune corrélation entre rhistoire de France et celle de 1 Opéra; mais, en revanche, à partir de la Convention, les pièces politiques sont tellement nombreuses, que nous craignons d'en omettre quelquesunes : nous ne citerons, du reste, que celles qui ont été représentées sur le théâtre, lequel s'est appelé successivement : Académie Royale et Impériale de Musique, Opéra et Opéra national, Théâtre des Arts, Théâtre de la République et des Arts, Théâtre de la Nation, Théâtre national, royal et impérial de l'Opéra.

Cette partie de son répertoire est la plus curieuse sans contredit.

Reflet sinistre de ces temps troublés, héroïques et terribles, oii la comédie se mêle à chaque instant au drame le plus poignant ; oii les larmes viennent tout à coup arrêter Je sourire ; où les idées les plus étranges et les plus folles se coudoient sans cesse avec les pensées les plus hautes du devoir et du patriotisme, on trouve tout cela dans la série des ou\Tages représentés à l'Opéra depuis 1793 jusqu'en

Nous tâcherons d'étudier, aussi brièvement qu'il nous sera possible, chacune de ces pièces,

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dont quelques-unes sont rarissimes, d'autres inédiles. La bil)]iolhlMiue de l'Opéra a le bonheur d'en posséder la série à peu près complète.

Le premier ouvrage, en date, est le Triomphe de la Uépulilique ou le Camp de Grand- Pré ', de Gossec et M.-J. Chénier, 27 janvier, an II (1793). 11 y a toute sorte de personnages : des généraux, des soldats et des invalides, des officiers municipaux, des gardes nationaux, des paysans, des femmes et des enfants. On danse autour de l'arbre de la Liberté, on chante et on festoyé. Tout à coup, on entend battre la générale, et tous les jeunes gens courent à leurs armes. On chante un chœur à la Liberté, et la Liberté elle-même descend du ciel, sur un nuage, accompagnée des génies des Arts et de l'Abondance ; bientôt elle vient s'asseoir sur un trophée d'armes et de drapeaux.

Nous retrouvons là, avec quelques modifications que l'actualité avait exigées, les mêmes procédés que sous Louis XIV et Louis XV.

I. Caiiip <li' Duninuripz , dan? le? Ardenno? . près de Vouziers.

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Toiil finit par des danses et des chants joyeux.

La Patrie l'fconnaissante, ou r Apothéose de Beaurepaire, des citoyens Candeille et Le Bœuf (3 février^i. — L'histoire nous raconte que. Verdun étant assiégé par les Prussiens, Beaurepaire, chef du !"■ bataillon de Maine-et- Loire, fut chargé de défendre la ville et voulut combattre jusqu'à la dernière extrémité. Son conseil de guerre ayant été unanimement d'avis de capituler, Beaurepaire se donna la mort plutôt que de se rendre. La France entière applaudit à cette fm héroïque. La Convention ordonna le transport du corps de Beaurepaire au Panthéon, et décréta qu'une rue de Paris porterait son nom à l'avenir.

Comme à l'ordinaire, u l'opéra héroïque » de Le Bœuf est un mélange de belles pensées et d'inepties. Ainsi le Destin apparaît, et, s'adressant à la veuve du héros, il l'appelle : citoyenne estimable.

Beaurepaire n'eut pas une longue apothéose, deux représentations seulement.

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l.r Siri/f (If T/tioiti'illr, illl lilovoil Louis

.ladiii. paroles des ciloyciis Sjuilnier et Dutilli \^i juin), n'arriva que p»''nibloment à la représentation. Les députés de la Moselle durent agir auprès des administrateurs de l'Opéra pour faire représenter un ouvrage qui était « le plus sur moyen d entretenir et de conserver ce feu sacré qui épurait les actions des Scaivola. des Fabricius et des Aristide ».

Une particularité à noter dans cette pièce, c'est qu'il n'y avait pas lo moindre rôle de femme ; c'était bon ;< pour les timides et fantastiques vertus des monarchies ».

Dans la même année 179.'Lnous avons ù citer deux véritables ouvrages dramatiques dont les sujets réussirent par suite des nombreuses allusions politiques qui y abondaient, mais qui contenaient pourtant des scènes bien faites. Ils étaient écrits d'une façon normale et les partitions avaient une certaine valeur. Ils avaient pour titre : l'un. Frtè///s, du citoyen Le Froid de Mereaux. un musicien que notre génération ne connaît pas et qui mériterait

mieux que cette renommée négative; l'autre, Miltiade à Mnrathoji, du citoyen Le Movne.

On ne se contentait pas, à cette époque, d'écrire des pièces patriotiques; les chorégraphes eux-mêmes réglaient des ballets pleins de civisme. .Nous pouvons citer les Muses, de la composition du citoyen Hus, deuxième maître des ballets de l'Opéra (même an ii). Il dédie son ballet à ses braves frères d'armes, les sans-culottes.

Une scène lyrique : la Montagne ou lu Fondation du temple de la Liberté. — La fameuse citoyenne Maillard personnifiait la déesse ; les auteurs se nommaient Fontenelle et Milcent.

L'année suivante , l'Opéra donna aux patriotes une pièce dont la bibliothèque du

théâtre possède deux, exemplaires : l'un eu deux actes, telle que l'œuvre fut présentée au comité; l'autre en un acte, telle que le public la connut. Le titre en est assez prime-sautier: Toute la Grèce ou ce que peut la Liberté. Nous copions textuellement :

« Episode civique en deux actes (fait exprès pour l'Opéra), reçu avec acclamation le 24 septembre dernier, à l'Académie de Musique.

pour y être représenté au plus tôt ; ouvrage dédié à la Convention nationale, à la Commune de Paris et aux sections de Guillaump Tell et de Bonue-Nouvelle, d'où sont les deux auteurs. Paroles du cousin Jacques (Beffroy de Teigny), musique du citoyen Le Moyne. »

Au dénouement, « Philippe de Macédoine brisait sa couronne, à l'aspect des vertus et du courage des républicains, et leur jurait une éternelle amitié; mais nous avons senti, par l'exemple de Porsenna, dans Mutius Scœvola, qu'il était dangereux et impolitique de mettre sur la scène un roi quelconque... Vicieux ou vertueux, heureux ou malheureux, mort ou vif, il lien faut plus... » L'auteur ajoute plus loin : « Il a fallu (comme il le faut toujours) dénaturer un peu l'histoire et embellir la

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vérité par des fictions, pour la rendre analogue à notre situation politique et susceptible de produire au théâtre Teffet qu'on attend d'un ouvrage patriotique. »

La partition de Méhul, Horatius Codés, rentre dans Tordre des pièces dramatico-politiques, avec Fabius et Miltiadc (18 février 1791).

Le mois suivant, Toulon soionis, fait historique, musique du citoyen Rochefort. paroles du citoyen Fabre-Olivet. Le titre seul indique le sujet de la pièce, qui fut écrite pour célébrer la prise du fort de TEguillette par le chef de bataillon Bonaparte, commandant l'artil lerie du siège, et qui rendit à la France notre beau port de Toulon, livré à la flotte angloespagnole.

Nous avons maintenant à parler de la plus curieuse manifestation révolutionnaire qui ait eu lieu sur la scène de TOpéra : la Méuniou

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(/// 10 ffoift, ou f Intuii/uratioii de la Hépubiique française, sa?iculotide [sic) dramatique, en cinq actes, en vers, mêlée de déclamations, chants, danses et évolutions militaires, par les citoyens G. Bouquicr, membre de la Convention nationale et du Comité d'instruction publique, et P.-L. Moline, secrétairegreffier attaché k la Convention*, dédiée au PEUPLE SOUVERAIN, et représentée pour la première fois le 10 germinal an ii (o avril 1794).

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