ORIGINE DE L’IMPRIMERIE
cela m’a coûté en sus de 300 florins comptant, lu en aurais assez pour toute ta vie, et même que cela m’a coûté au moins 500 florius. Et ce ne serait rien, si cela ne devait pas me coûter encore, c’est pourquoi j’ai engagé mon avoir et mon héritage. — Mais, dit ce témoin, saintes douleurs, si cela vous réussit mal, (pie ferez-vous alors? » Il lui répondit : « Cela ne peut pas nous mal réussir ; avant un an révolu nous aurons recouvré noire capital, et serons tous bien heureux, à moins que Dieu ne veuille nous accabler. »
« Ilcm, Femme Ennel, femme de llanns Schultheiss, le marchand de bois, a déposé que Lorenz Beildeck vint une fois dans sa maison, chez Claus Dritzehen, son cousin, et lui dit : « Cher Claus Dritzehen, feu Andres Dritzehen avait iiij pièces couchées dans une presse, et Gutenberg a prié que vous les retiriez de la presse, et que vous les sépariez les unes des autres, afin que l’on ne puisse comprendre ce que c’est, car il n’aime pas que quelqu’un voie cela. » Ce témoin a aussi déposé que, lorsqu’elle était chez Andres Dritzehen, son cousin, elle a aidé à faire cet ouvrage nuit et jour.
« Lorenz Beildeck a déposé que Jean Gutenberg l’envoya une fois chez Claus Dritzehen après la mort de Andres, feu son frère, pour dire à Claus Dritzehen qu’il ne devait montrer à personne la presse qu’il avait sous sa garde, ce que ce témoin fil aussi. Il me parla, en outre, cl dit qu’il devait se donner la peine d’aller à la presse et de l’ouvrir au moyen de deux vis, qu’alors les pièces se détacheraient les unes des autres. Il devait ensuite placer ses pièces dans la presse ou sur la presse , et personne, après cela, n’y pourrait rien voir ni comprendre.
« Ilem, llanns Dünne, l’orfévre, a déposé qu’il avait, il
y a trois ans environ, gagné de Gutenberg près de 100 florins, seulement pour les choses qui appartiennent à l’imprimerie. »
Le texte, parfois fort vague de ces procès-verbaux, a été examiné et commenté de cent manières par ceux qui se sont occupés de l’origine de l'imprimerie, chacun cherchant à en tirer parti pour le système qu’il voulait faire prévaloir.
Les quatre formes dont il est questiou dans ces pièces étaient-elles mobiles ou lixes ? Schœpflin soutient la première opinion et Fournier la seconde. Étaient-elles métalliques ou xylographiques ? Schœpflin soutient qu’elles étaient de plomb, Fournier et Meerman qu’elles étaient de bois.
Le mot pressen, qui revient très-souvent, signilie-l-il presse dans le sens que nous lui donnons aujourd’hui ? Celte question a été résolue, comme les précédentes, affirmativement par les uns et négativement par les autres. Il paraît néanmoins certain que Gutenberg, qui, suivant l’expression de ses contemporains, trouva à Strasbourg un nouveau genre d’écrire , taillait en bois des caractères mobiles. 11 est douteux que pour ses caractères il ait employé le métal, soit en gravure, soit en fonte. «En outre, il est probable, dit M. de Laborde, qu’il composa en lettres mobiles quelques feuilles d’ouvrages dont il avait le manuscrit à côté de lui; il avait sans doute réimprimé le Donat ou quelque autre volume de celte même importance, et lorsqu’il offrit son moyen à ses associés, il pouvait déjà entreprendre un ouvrage autrement considérable, une Bible, par exemple... On conçoit facilement que ces quatre hommes réunis aient entrepris ce qui était encore au-dessus de leurs forces, l’impression d’une
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Bible in-folio à deux colonnes. Et celte supposition se trouve confirmée par les dépositions qui nous disent que les produits de l’association devaient trouver un débit énorme à Aix-la-Chapelle, lors de la grande réunion des pèlerins en 1440; qu’il fallait encore une année de travaux assidus pour produire quelque chose; que ce soit d'ailleurs une bible, un calholicon ou tout autre ouvrage, il devait être volumineux et susceptible, par son titre, d'un grand débit l . »
Gutenberg resta encore à Strasbourg plusieurs années, cl retourna, en 1443 ou 1446, à Mayence, où, dès 1443, il avait loué la maison appelée Zum Jungen, dans laquelle il établit plus lard ses premières presses. Les frais considérables qu'il avait été obligé de faire pour ses essais avaient complètement épuisé ses ressources. Heureusement il trouva un puissant secours dans un de scs concitoyens, Jean Fuslou Faust, qu’il s’associa en 1430, par un acte dont le texte a été conservé. Fusl s’engagea à avancer à Gutenberg la somme de 800 florins d’or à 0 p. 100 d’intérêt, pour la confection des ustensiles et des instruments nécessaires à l’imprimerie, lesquels ustensiles et instruments seraient engagés à Fust. Celui-ci devait en outre donner 300 florins d’or pour ce que l’on appellerait aujourd'hui les frais généraux, comme les gages des domestiques, le loyer, le chauffage, l’achat du parchemin, du papier, de l’encre, etc. Les bénéfices devaient être partagés entre les deux associés. Au cas où la société viendrait à se dissoudre, il était convenu que Gutenberg pourrait dégager ses outils eu remboursant à Fust 800 florins.
1 Ouvrage citi 5 , p. 37-58.