ORIGINE DE L'IMPRIMERIE
Ce fut vers 1598 011 1400 que Jean Gutenberg naquit à Mayence En 1420 il fut forcé de s’exiler à la suite d’une insurrection qui éclata dans cette ville. On ignore ce qu’il devint pendant les quatorze années qui suivirent, maison sait, d’une manière positive, qu’en 1454 il habitait Strasbourg, où , deux ans plus tard , il travaillait à tailler des pierres précieuses et à polir des miroirs.
En 1430, il forma, avec un certain Jean Riffe, pour l’exploitation de quelques secrets, une société où entrèrent ensuite André Dritzehcn et son’ frère Anton lloilinann. Dans l’acte qui fut rédigé par écrit, on voit que les intérêts de la société étant divisés en quatre parts, Gutenberg, qui était l’Ame de cette entreprise, s’en était réservé deux, et avait eu outre prélevé, sur les deux derniers associés, une somme de 1 60 florins, bientôt Dritzehen, s’étant aperçu que, Gutenberg s’occupait secrètement d’une invention qu’il ne s’était pas engagé à leur confier, obtint d’entrer, avec André üeilmann, dans une nouvelle association, en payant encore 230 florins. Gelle invention, dont le Mayençais s’occupait si mystérieusement, c’était l’imprimerie.
André étant mort en 1438, ses deux frères, Georges et Glaus, réclamèrent de Gutenberg, ou leur admission dans la société, ou le paiement d’une somme de 100 florins,
1 Son père, de la famille noble des Gensfleisch, portait le surnom de Friele; il épousa Else de Gutenberg, et donna ce dernier nom à son tils lionne (Jean) Gensfleisch Zum Gutenberg. Le nom de Gutenberg a été écrit tantôt Gudinberg, tantôt Gutenberger, tantôt Gndenburdi.
que les associés avaient réservée à la succession de celui d’entre eux qui viendrait à mourir. Il en résulta un procès où, après avoir entendu un assez grand nombre de témoins, le tribunal reconnut que Gutenberg ne devait payer aux héritiers que 1 3 florins. C’est dans les dépositions des témoins qu’il est, pour la première fois, fait mention de l’imprimerie au moyen de caractères mobiles, et ce fait, d’un si haut intérêt, resta inconnu jusqu’en l’année 1743, où l’archiviste Wcnkler et Scbœpflin trouvèrent les actes du procès dans une vieille tour de Strasbourg, le Pfenniglhurm. Ces documents, écrits en allemand, et dont on a voulu» tort contester l'authenticité, ontété publiés par Schœpflin, dans ses Vindiciœ typographie® M. Léon de Laborde en a fait faire récemment une copie exacte, à laquelle il a joint une traduction, et le fac-similé de plusieurs passages l . Comme leur texte a été l’objet de discussions importantes, nous croyons devoir donner les extraits suivants. Voici le commencement de la première pièce :
« Item, Barbcl de Zabern, la mercière, a déposé qu’elle avait, pendant une nuit, causé avec Àndres Dritzehen de chose et d’autre, et, qu’entre autres paroles, elle lui avait dit : « Ne voulez-vous pas à la fin aller dormir? » Mais il lui avait répondu : « 11 faut avant que je termine ceci. » Alors le témoin parla ainsi : « Mais Dieu me soit en aide, quelle grosse somme d’argent dépensezvous donc? cela a tout au moins coûté 10 florins. » 11 lui répondit et dit : « Tu es une folle, tu crois que cela ne m’a coûté que 10 florins? Entends-tu, si tu savais ce que
' Voyez Débuis de l’imprimerie à Strasbourg, Paris, t840, in-8. Les pièces originales du procès sont conservées avec soin dans une armoire de la bibliothèque de l’Université de Strasbourg.