MATIÈRES ET INSTRUMENTS
Rien de plus varié que les substances qui, chez les différents peuples, ont servi à récriture. Les (rois règnes de la nature ont été mis à contribution.
Les inscriptions sur pierre, destinées à transmettre a la postérité les faits historiques, ont été d’un usage trop commun dans tous les temps et dans tous les pays, pour que nous nous y arrêtions. On s’est même servi de jaspe, de cornaline, d’agate, etc. Le cabinet des antiques a la Bibliothèque royale renferme un cône de basalte, couvert de caractères cunéiformes. Il a été trouvé dans l'Euphrate.
Les Babyloniens, pendant plus de sept siècles, au dire de Pline, consignèrent sur des Iniques leurs observations astronomiques ; la plupart des musées de l’Europe possèdent des briques chargées d’écriture et provenant des ruines de Babyloue.
Les tessons étaient d'un usage fort répandu chez les Crées; ou en trouve des amas considérables dans eer-
laines parties de l’Egypte. Ils sont couverts de caractères grecs, et portent des quittances d’impositions. En général, ils remontent aux premiers siècles de notre ère.
Le bronze ne servait pas seulement à conserver des décrets, des traités et d'autres documents de ce genre ou l’employait aussi pour des lettres de recommandation, des congés accordés aux soldats, etc. Il paraît même que les Romains avaient îles livres de bronze. Tels étaient les livres déposés dans les archives de l’empereur, et où. suivant Ilygénius, étaient consignés les concessions laites aux colonies, l’arpentage et la délimitation des terrains concédés.
Le plomb n’a pas été d'un usage moins ancien ni moins fréquent que le bronze. « Qui m’accordera, s’écrie Job (xix, 24), d’écrire mes discours? que ne puis-jo ies inscrire, avec un poinçon de fer, sur des lames de plomb, ou les graver, avec le burin, sur la pierre! »
« Les Béotiens, dit Pausanias (liv. ix), me montrèrent un rouleau de plomb où tout l’ouvrage d’Hésiode (les OEur res H les Jours) était écrit, mais en caractères que le temps a effacés pour la plupart. »
Les anciens savaient, comme nous , réduire ce métal en feuilles très - minces ; avant que le papyrus lut <‘onuu eu Italie, il paraît, d'après un passage de Pline, que les actes publics étaient consignés dans des volumes de plomb.
Les sénatus-consultes qui concernaient les empereurs furent, pendant longtemps, gravés sur des livres d’ivoire, mais on écrivait aussi avec de l’encre noire sur celte
1 Un conserve à Lyon un exemplaire sur bronze du discours prononcé par Claude, en -48, à propos de l'adjonction au sénat des principaux habitants de la Gaule chevelue.
dernière substance ; méthode adoptée surtout par ceux dont la vue était affaiblie.
L’emploi des peaux tannées remonte à une antiquité très-reculée, et fut répandu chez les peuples de l’Asie, les Grecs , les Celtes et les Romains. On conserve à la bibliothèque de Bruxelles un manuscrit du Penlatcuqne que l’on croit antérieur au neuvième siècle. Il est écrit sur cinquante-sept peaux cousues ensemble, qui forment un rouleau d’environ trente-six mètres de longueur.
Pétrarque avait une veste de cuir, sur laquelle il écrivait. pendant ses promenades, lorsqu’il manquait de papier ou de parchemin. Ce vêlement, couvert de ratures était encore, en 1527, conservé, comme une précieuse relique, par le cardinal Sadolel l .
Les intestins d’animaux ont été aussi employés quelquefois. Zonare, au chap. 2 du liv. 14 de ses Annales, raconte que la bibliothèque de Constantinople, incendiée sous l’empereur Basiliscus, renfermait V Iliade et V Odyssée d'Homère, écrites, en lettres d'or, sur un intestin de serpent de cent vingt pieds de long. La Bibliothèque Ambrosienne de Milan conserve probablement encore aujourd’hui un diplôme en lettres d’or sur une peau de poisson.
C’est au milieu du deuxième siècle avant notre ère qu'il faut, suivant plusieurs écrivains, placer l’invention du parchemin, peau (le mouton préparée *. S'il ne fut
* Cet usage d’écrire sur les vêlements était peut-être assez commun au moyen âge, rar on voit un abbé recommander à ses moines, lorsqu’ils trouveraient un ouvrage do saint Anastase, de le transcrire sur leurs habits si le papier venait à leur manquer.
5 Le vélin, comme son nom l’indique (au moyen âge réel signiliait veau ), est fabriqué avec de la peau de veau. Les anciens ne paraissent pas l’avoir distingué du parchemin.
12 CURIOSITÉS RIRLIOORAPIIIQUES.
pas inventé à Pergame, ce fut au moins dans cette ville que l’on trouva le moyen de le perfectionner, d’où lui vint le nom latin de pergamenum.
Outre lès parchemins blanc et jaune, les anciens se servaient de parchemin pourpre, bleu ou violet. Ces derniers étaient destinés à recevoir des caractères d'or et d’argent ; on en conserve 1 plusieurs à la Bibliothèque royale. *
Les plus anciens manuscrits que l’on connaisse sont écrits sur parchemin; les actes écrits sur celte substance ne datent que de la fin du septième siècle, et ils atteignent quelquefois d’énormes dimensions. Ainsi le rouleau do l’empiète contre les templiers, que l’on conserve aux Archives du Royaume, a environ vingt-trois mètres de longueur.
Le parchemin devint très-rare aux époques qui précédèrent et qui suivirent les invasions des Barbares. Celle rareté fut cause que l’on se servit de parchemins déjà écrits, en enlevant, au moyen de différents procédés, l’écriture primitive; ce funeste usage, qui nous a fait perdre tant de trésors littéraires et scientifiques, avait lieu chez les Romains, cl subsista jusqu’à l'invention du papier de chiffons. Ou nomme palimpsestes les manuscrits qui ont reçu deux écritures.
On est parvenu à déchiffrer ou à faire revivre quelquesunes des écritures primitives, cl l'on a pu retrouver ainsi des fragments de Tite-Live, le traité de Cicéron sur la République, les Inslilnles de. Caius, etc.
Kn général, on peut regarder connue antérieur au douzième siècle le parchemin qui joint la blancheur à la finesse.
Au dire de Pline, les feuilles d’arbre sont la première
M AT I li UES PROPRES A L'ECRITURE.
substance sur laquelle ou ail tracé des caractères. Un tonnait des volumes avec des feuilles de palmier et de mauve, ("était sur des feuilles d'olivier (pelitla) que les* Svracusains écrivaient leurs suffrages 1 . Les peuples de la Perse, de l’Inde et de l’Océanie écrivent encore sur dos feuilles d'arbre. Dans les Maldives, on emploie la feuille du makarekau. qui a un mètre de long sur trente-trois centimètres de large. La Bibliothèque royale possède plusieurs manuscrits sur des feuilles d’arbre dont quc'qncsuues sont vernissées et dorées..
Jusque vers la lin du sixième siècle, on se servit aussi de l’écorce extérieure ou intérieure de différents arbres *. et même ou en lit des livres.
Les plus anciens monuments écrits que l’on possède aujourd'hui ont été écrits sur bois. I ne inscription gravée sur une planche de sycomore provenant du cercueil du roi égyptien Mycorinus, trouvé eu IS37 dans la troisième des pyramides de Memphis, et qui est actuellement eu Angleterre, remonte, suivant l'auteur anglais qui l'a expliquée, à cinq mille neuf cents ans.
Avant l'invention de leur papier, qui date à peu près de doux mille ans. les Chinois écrivaient sur des planches de bois et des tablettes de bambou dont quelques-unes sont encore conservées aujourd’hui par les Chinois eux-mèmes comme «le précieux échantillons d’antiquité.
« On retrouve en Créée et eu Italie l’usage de graver sur des planches de bois les monuments de quelque im-
1 D'où vint le mot iklulime , qui chez eux correspondait à l ’ ostracisme îles Athéniens.
- Saint Jérôme, Cassiudoi e et Isidore de Séville prétendent que lu si gnilicatioa de livre, donnée nu mut lutin liber (écorce), vient de cet usage qui remontait a une haute antiquité.
portance. Vers le milieu du premier siècle de notre ère. il existait encore à Athènes, dans le l’rylanée, quelques débris des tables de bois ( axones ) sur lesquelles, quatre cents ans auparavant, Solon avait écrit ses lois. Ces tables, jointes en forme de prismes quadrangulaires et traversées par un axe, furent d’abord dressées perpendiculairement dans la citadelle, où, tournant au moindre effort sur elles-mêmes , elles présentaient successivement le code entier des lois aux yeux des spectateurs. Celles de Dracon avaient, sans doute aussi, été publiées sur bois; ce qui faisait dire longtemps après à un poète comique cité par Plutarque : « J’en atteste les lois de Solon et de Dracon, avec lesquelles maintenant le peuple fait cuire ses légumes.»
• « A Rome, avant l’usage des colonnes et des tables de bronze, les lois étaient gravées sur des planches de chêne qu’on exposait dans le Forum. Les annales des pontifes, où s’écrivaient jour par jour les principaux événements de l'année, étaient é<,.vr,cs probablement à l’encre noire sur une planche de bois blanchie avec de la céruse et qu’on appelait album. Cette planche était exposée devant la maison du pontife, et des peines sévères étaient portées coutrc celui qui aurait osé l'enlever ou la changer, en raturer ou en altérer le texte. Les annales des pontifes cessèrent vers l’an 055 de Rome (120 ans avant J.-C.); mais l’usage de l’album se maintint longtemps encore, puisque nous trouvons dans le code Théodosien des lois publiées sur une table enduite de céruse. Le bois était encore en usage pour les actes privés; un passage du Digeste prouve que les testaments étaient parfois écrits sur des tablettes de bois ’. »
* Il Gcraud, Essai sur les Unes dans i'uiillquilc, t8U>, in-8, p. 19- JO.
On trouve dans les caisses de momies des linges couverts d’écriture, et le musée égyptien du Louvre renferme plusieurs rituels sur toile. 11 semble que celle substance ait été d’abord réservée aux monuments portant un caractère religieux. Ce fut , rapporte Tite-Live, au moyen d’un vieux rituel écrit sur de la toile <jue les Sammites réglèrent l'ordre et la cérémonie du sacrifice solennel par lequel ils préludèrent à la guerre contre les Romains. Les oracles sibyllins étaient aussi écrits dans des livres de la même matière.
On sait que plus tard on employa la toile dans des circonstances tout à fait différentes : c’était sur la toile que l’empereur Aurélien avait fait écrire un journal exact de toutes ses actions, qu’on traçait les plans cadastraux déposés dans les archives impériales , que plusieurs lois furent publiées sous les premiers empereurs chrétiens, et que Sidoine Apollinaire , au cinquième siècle, écrivait ses poésies légères.
Ces livres en toile sont désignas sous le nom de carbasina volumina dans un passage de ..rlianusCapella, écrivain du quatrième ou du cinquième siècle.
Ou voit, d'après une lettre de Syminaque, qu’on écrivait aussi sur des étoffes de soie, et (pie cet usage venait de la Perse. Au dix-septième siècle, comme en font foi les vers si connus de Boileau l , on faisait tirer sur du salin quelques exemplaires des thèses soutenues dans nos universités; ils étaient destinés à être donnés en cadeau.
« IVmdrai-jc son jupon bigarré de lalin,
Ou'cnscmble composaient trois thèses de salin,
Présent qu’eu un procès sur certain privilège Firent à son mari les régents d’un collège, lit qui sur cette jupe à maint rieur encor,
Derrière elle faisait lire argumentabor.
IC CURIOSITÉS B IB LIOÜRAP 11IOUKS.
Le papyrus 1 est imc espèce de roseau dont la tiise. longue d’environ 1 m . 50, est recouverte par une enveloppe membraneuse au moyen de laquelle on fabriquait différentes espèces de papier. « La première qualité se nomma d’abord hier a tique ou sacrée, parce qu’elle était réservée pour la composition des livres saints : la flatterie lui fit donner ensuite le nom de papier auguste ou royal ; par le même motif, le papier de seconde qualité fut appelé livien , du nom de Livie. femme de l’empereur Auguste. La dénomination de hiératique ne s'appliqua plus, dès lors, qu'au papier de troisième qualité. Une autre espèce de papier était connue sous le nom d'ampliilhéâlriquc, parce qu’il était fabriqué à Alexandrie dans le quartier de l'Amphithéâtre; mais ce papier était susceptible «le grandes améliorations. Fannius. grammairien de Borne, parvint, en le remaniant, à étendre un peu sa largeur et à polir sa surface. Le papier, ainsi refait, prit le nom de papier fannicn, et rivalisa avec le papier auguste ; celui qui n’avait pas subi ce remaniement garda le nom d ’ainphilludtrique, et resta au quatrième rang. Le papyrus, qui croissait aux environs de Sais eu grande quantité, mais eu qualité inférieure, servait à faire le papier de cinquième qualité, qu’on appelait papier saïlique. Lu sixième lieu venait le papier tcncolique, ainsi nommé d'un quartier d’Alexandrie où on le fabriquait ; de qualité inférieure, il se vendait au poids. Au dernier rang se plaçait le papier onporéiique ou papier marchand. Il n’était nullement propre à recevoir l'écriture, et ne servait qu'à faire des
* Celle plante , nommée par les Grecs, croissait du iemps de Pline dans les marais île l’Kgypta, en Syrie cl aux environs ilo lSaliylono. Aujourd'hui elle vient uuiurcllcuicut en Sicile.
serpillières ou des enveloppes pour les autres espèces de papier ‘ . »
L’empereur Claude fit fabriquer une espèce de papier auquel il donna son nom. et qui enleva le premier rang au papier auguste.
On parvint à donner au papier de papyrus des dimensions considérables, car on possède des actes qui ont environ 2 ,u , 70 de longueur.
Ce que nous appellerions aujourd’hui la main de pa-. pyrus contenait vingt feuilles du temps de Pline, et seulement dix au quatrième siècle.
On ue peut assigner aucune date à l’invention du papyrus, qui est due aux Egyptiens. Suivant une lettre, adressée par Champollion jeune au duc do Glaças, le savant voyageur a retrouvé des contrats sur papyrus, portant leur date avec eux, et remontant à dix-sept cents ans avant l’ère chrétienne.
On ignore à quelle époque le papyrus a été introduit en Grèce et en Italie ; mais ou sait, d'une manière positive, qu’à Rome ou lui faisait subir une nouvelle préparation; et, c’est à l’apprct qu’il recevait dans celle ville, que l’on doit de n’avoir pas pu, jusqu'à présent, tirer , grand parti des manuscrits latins trouvés à llcrculaiium. En effet, en 1825, sur deux mille deux cent soixante-dix pages qu’on était parvenu à dérouler, quarante seulement appartenaient à la langue latine, les autres étaient en grec.
L’Egypte parait avoir conservé, de tout temps, b; monopole du commerce du papyrus, dont les principales fabriques étaient à Alexandrie. Aussi il suffisait que la
1 Essai mtr leu Unes tltnis Vantiquil i».
récolle de celte plante vînt à manquer une année pour que la disette de papier se fît sentir dans toute l’Europe. Pline raconte qu’il y en eut une si considérable sous Tibère, qu’elle causa une émeute à Rome, et que le sénat fut obligé de recourir à une mesure analogue à celle qui a été prise souvent aux époques de famine. Ou nomma des commissaires qui distribuèrent à chaque citoyen une provision de papier proportionnée à ses besoins.
A partir du quatrième siècle, le papyrus commença à devenir peu commun. La conquête de l’Egypte par les Arabes, et le peu de commerce qui existait entre l’Orient et l'Europe ne firent que le rendre plus rare. Sa fabrication cessa avant le douzième siècle, lorsque l’usage du papier de colon, connu, à ce que l’on croil, des Orientaux, vers le quatrième siècle, se fut répandu dans l’Occident. Les chartes les plus anciennes, sur ce papier, datent du commencement du douzième.
Ce fut vers la même époque que l’on commença à se servir usuellement du papier de chiffon. Les auteurs de \'Arl de vérifier les dates citent, à l’article de Hugues II, comte de Chalon-sur-Saône, une charte en papier de chiffe portant la date de 1075. Le même papier est mentionné dans un traité de Pierre le Vénérable, composé oui 122. En 1 180. Raymond-Guillaume, évêque de Lodève, accorda, moyennant un cens annuel, l’autorisation de construire, sur l’Hérault, plusieurs moulins à papier.
Le plus ancien litre qui subsiste encore sur papier de chiffe est une lettre de Joinville à Louis le Hulin.
A’ous ne devous pas oublier de mentionner les tablettes, assemblages de feuilles de parchemin ou de petites planches de bois, d’ivoire ou de métal préparées pour recevoir l'écriture. Il y en avait qui étaient
recoin cries de cire cl sur lesquelles on écrivait avec un poinçon ou un style. Leur usage remonte à l’anliqnitc la plus reculée. Les paroles suivantes sont mises dans la bouche de Dieu, au quatrième livre des Rois. « J'effacerai Jérusalem comme ou efface sur des tablettes.
et, en effaçant, je retournerai le style et le repasserai sur sa face. »
passerai cl
Hérodote et Démoslliènc parlent aussi de l’emploi des tablettes qui sont mentionnées à chaque instant dans les [mêles latins. A Rome elles servaient aux correspondances entre les habitants de la ville ou des environs, tandis que le papyrus était réservé pour les lettres dont la destination était plus éloignée. Souvent on répondait à un billet sur les tablettes mêmes où il avait été tracé.
Le bois le plus précieux employé pour les tablettes était le bois de citrus, espèce de cyprès de l’Afrique septentrionale.
Les tablettes étaient un des objets que les Romains s’envoyaient en présent pendant les saturnales, absolument comme aujourd’hui ou sc donne des portefeuilles, des souvenirs , etc.
Les diptyques étaient des tablettes à deux feuilles. A Rome, les consuls et les attires magistrats, lors de leur entrée en fonctions, envoyaient à leurs amis, entre autres présents, des diptyques ordinairement en ivoire, artistomenl travaillés et enrichis d’ornements en or. Cet usa«e devint si coûteux par le luxe qu’on y déployait, qu’on trouve, dans le code Théodosien, une loi qui ne permet qu aux consuls ordinaires de donner en présent des corbeilles d’or et des diptyques d’ivoire. Mais il en fut de cette prohibition comme de beaucoup d’autres, on la viola ouvertement, et le lils de Synuuaquc, avant été
nommé questeur, offrit à l'empereur lui-même un diptyque recouvert d’or, et à ses amis des diptyques d’ivoire et des corbeilles d’argent 1 .
Les tablettes de c ire servirent, dans l'antiquité comme au moyen âge, à écrire des brouillons que l’on mettait ensuite au net, soit sur du papyrus, soit sur du parchemin, des inventaires, des comptes de voyages, etc. Telles sont, les tablettes de cire de Philippe le Bel conservées à la Bibliothèque royale. Leur usage s’est conservé jusqu’au siècle dernier, comme l’a prouvé un mémoire de l’abbé Lebeuf, inséré dans le recueil de l’Académie des Inscriptions. Ainsi, dans l'église de Rouen, jusqu'en 1722, les tablettes de chœur, où l’on marquait les noms des ecclésiastiques qui devaient officier et desservir le chœur pendant la semaine étaient en cire, et ou y écrivait avec un poinçon de fer.
L’encre noire, chez les anciens, était un composé de noir de fumée, de gomme et d'eau. En y mêlant un peu de vinaigre, on parvenait à la rendre à peu près ineffaçable. au dire de Pline, qui prétend qu’en y faisant infuser de l’absinthe, on préservait les livres des souris.
licite encre a été employée jusqu’au douzième siècle,
époque où a été inventée celle qui est en usage aujour- ... . 0 ‘S
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Les anciens, outre les encres rouge, bleue, verte et jaune, connaissaient aussi reiiere de sèche, ou sépia, et
1 De ers ancien- diptyques plusieurs subsistent encore aujourd’hui. Monlfaucon en a fait graver quelques-uns dans le supplément de son Antiquité expliquée.
- Celte dernière est un compose de sulfate de fer, de noix de galle, de guiume et d'eau.
une encre indienne mentionnée par Pline, et qui ne différait peut-être pas de l’encre de Chine.
Parmi les encres rouges, celle que l’on appelai! le tuinimn l , et qui; suivanl M* Brongniarl, n’était pas auli e chose que du cinabre, ' élail la plus estimée. Mais celle que l'on obtenait en faisant cuire un murex avec sa coquille brisée j était exclusivement réservée aux empereurs, qui en avaient interdit la fabrication cl l’usage aux particuliers, sous peine du dernier supplice.
Les tuteurs des empereurs signaient avec une encre verte ; il existe à Orléans une charte de Philippe l Pr écrite en encre de celle couleur.
Les anciens connaissaient les encres d'or et d’argent. Sous le Bas-Empire, les écrivains eu or, les ehrysographts formaient une classe particulière. La Bibliothèque royale possède plusieurs évangiles grecs, et le livre des 1 Imres de Charles le Chauve, entièrement écrits en or. Ou trouve en Allemagne, en Italie et en Angleterre, des diplômés écrits de la même maniéré. L’encre d’or a clé principalement employée du huitième au dixième siècle.
Ou ne possède que peu de manuscrits écrits en lettres d'argent. Les plus célèbres sont les Evangiles d'Ulphilas, conservés à Üpsal, cl le Psautier de saint Germain, évêque de Paris, à la Bibliothèque Royale.
Les instruments employés pour écrire étaient le style en métal ou en os 2 , dont les divers musées «le l’Europe renferment jle nombreux échantillons, le pinceau \ le
• Le minium désigne aujourd’hui l’oxvde de plomb.
2 Le? styles en fer furent, à ce qu'il paraît, proscrits à Rome par nue loi. C’était, cil effet, une arme dangereuse, et l’on trouve dans l’hisloire plusieurs exemples de meurtres commis au moyeu de cet instrument.
5 f.ct instrument, employé autrefois par les Égyptiens, est le seul dont les Chinois se servent encore aujourd'hui pour écrire.
roseau, que Ton taillait comme nos plumes, et dont les Orientaux se servent encore aujourd’hui, et enfin la plume, qui est mentionnée plusieurs fois dans un écrivain anonyme du cinquième siècle. Les plumes métalliques étaient connues bien probablement dans l’antiquité, car, suivant Mont faucon, les patriarches de Constantinople se servaient, pour leurs souscriptions, d’un roseau d’argent.
On peut voir, dans les planches de Y Antiquité expliquée de Montfaucon, et dans le recueil de peintures trouvées à Ilereulanum, que l'encrier, l’écritoire, le pupitre, le canif, le grattoir, la pierre à aiguiser et la boîte à poudre étaient connus très-anciennement. Au moyen du compas et de la règle on traçait dos lignes destinées à renfermer le corps de l’écriture, et, bien qu’on se soit servi quelquefois du crayon ou de la mine de plomb, jusqu’au treizième siècle ces lignes étaient tracées avec la pointe du style.
Les anciens ne paraissent pas avoir eu l’habitude de s’appuyer sur une table pour écrire; ils écrivaient sur leurs genoux ou sur leur main gauche; cette dernière méthode est encore usitée en Orient.