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PERSONNAGES ENTERRÉS VIVANTS

Zenon, empereur d Orient, sujet à l'épilepsie, était surtout frappé par cette maladie lorsqu’il se plongeait dans l’ivresse, ce qui lui arrivait souvent. La nuit du 29 avril 491 , après un excès de table, il tomba dans une syncope si violente, que ses chambellans, après l’avoir déshabillé, le crurent mort, et le laissèrent étendu sur une planche. Au point du jour, on lui jeta un linceul sur le corps; et sa femme, l’impératrice Ariadne, le lit porter promptement et sans pompe à la sépulture des empereurs, où le tombeau fut fermé d’une grosse pierre. Elle y posa des gardes, avec défense, sbus peine de la vie, de laisser approcher personne, ni d'ouvrir eux-mêmes le tombeau, quoi qu’il pût arriver. Ils obéirent, et malgré les cris lamentables de Zenon qu’ils entendirent quelques heures après, ils n’osèrent lui donner aucun secours. Le tombeau ayant été ouvert au bout de plusieurs jours, on trouva que le malheureux prince était mort après s’être déchiré les bras avec les dents*.

Hamadani, poêle arabe du neuvième siècle, surnommé tiédi- Alzeman, c’est-à-dire la merveille de son siècle, fut frappé d’apoplexie en 1007. On le crut mort, et on l’enterra. Les cris qu’il poussa, lorsqu’il reprit connaissance, furent entendus, et on le retira de son tombeau; mais la terreur qu’il avait éprouvée avait été si grande, qu’il ne tarda pas à mourir, et cette fois il n’en revint pas.

p. 51. — Voyez aussi Madame de Chevreuse et madame de Haiilefort, par M. Cousin.

1 Voyez Lcbcau, Histoire du Bas-Empire , I. XXXVII, c. xxxvn. Edition ■le Saint-Mari iu, t. Vil, p. 217.

i 10 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

Paul Jove et plusieurs autres écrivains rapportent que, peu de temps après la mort (arrivée en 1508) de Jean Du ns. le docteur subtil, plus connu sous le nom de Jean Scot, son tombeau avant été ouvert, on trouva le cadavre déplacé et retourné, ce qui lit conjecturer que le malheureux avait été enseveli dans un état de léthargie, et donna lieu à l’épitaphe suivante : .

Quod nulli ante homiuum accidit, viator,

Hic Scotus jacet semei sepultus Et bis morluus : omnibus sopbistis Argulus niayis atque captiosus.

Louis Gongora, poêle espagnol du seizième siècle, avait quarante-cinq ans lorsqu’à la suite d'une maladie il tomba en léthargie. On le crut mort pendant trois jours. Enfin, il eut le bonheur de se réveiller au moment où on le mettait dans la bière. 11 vécut encore vingt-cinq ans après cet événement.

« Le baron de Panat, dit Tallemant des Réaux, éloit un gentilhomme huguenot, d’auprès de Montpellier, de qui on disoit : Loti baron de Panai puleou mort que na, c’est à-dire plus tôt mort que né; car on dit que sa mère, grosse depuis près de neuf mois, mangeant du hachis, avala un petit os, qui, lui ayant bouché le conduit de la respiration, la fit passer pour morte; qu’elle fut enterrée avec des bagues aux doigts; qu’une servante et lin volet la déterrèrent de nuit, pour avoir ses bagues, et que la servante, se ressouvenant d’avoir été maltraitée, lui donna quelques coups de poing par hasard sur la nuque du cou, et que, les coups ayant débouché son gosier, elle commença à respirer; et que, quelque temps après, elle accoucha de lui, qui, pour avoir été si miraculeusement sauvé, n’en fut pas plus homme de bien*. »

• Deux : ème édition, t. II, p. “i. — Ce baron de Panai périt en vou-

t'fc ItSÙNNAGÈS ENTfcHRÊS VIVANTS. ill

Mais, de tous les personnages enterrés vivants, aucun n'échappa à la mort d'une manière plus miraculeuse qu'un gentilhomme normand et huguenot, nommé Civille. Il écrivit plus lard le récit de son aventure; son manuscrit, resté inédit, fut communiqué au président Misson, qui en a donné l'extrait suivant :

« En 1562, au siège de Rouen, Civille fut blessé, dans un assaut, d'un coup d’arquebuse, à la joue droite. Ce coup l’avant fait tomber du haut du rempart dans le fossé, quelques personnes qui se rencontrèrent là le mirent dans une fosse avec un autre corps qu’ils jetèrent sur lui, et les couvrirent tous deux d’un peu de terre*. Il fut là depuis onze heures du matin, et même un peu avant, jusqu'à six heures et demie du soir. Son valet, informé du fatal accident, songea à lui donner une plus honorable sépulture, et obtint du comte de Montgommery la permission de l'aller déterrer, ayant avec lui un officier des gardes dudit comte pour lui aider. Après avoir considéré le premier corps sans le connoître, le valet tira le second de la fosse, et ne le reconnut point non plus, tant il était défiguré par la boue, le sang, l'enflure et la pâleur. 11 remit donc les deux corps dans la fosse, et les couvrit légèrement de terre. Comme l'officier et lui s’en alloient, le premier remarqua que le corps qui avoitété mis sur l ’autre étoit mal couvert, une main paraissant entière. 11 retourna donc, et la voulut

luiit défendre sa sœur, qui, surprise en adultère par son mari, le baron de Reniez, fut tuée, ainsi que sou amant, le vicomte de Paulin.

1 Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, rien ne fut plus horrible que le sort réservé aux malheureux blessés restes sur le champ de bataille. Ils étaient, en général, dépouillés et achevés de sang-froid par les ennemis et les paysans, dévorés par les bêles sauvages, ou meme ensevelis vivants encore pêle-mêle avec les morts. On connaît le mot de cct officier suisse qui, à la suite d'un combat, ayant été chargé de faire enterrer les morts, revint, après avoir accompli sa mission, en disant : » Si j’avais voulu les écouter, il n’y en aurait pas eu un de mort, »

Die

m CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

enfoncer avec le pied; mais, en la repoussant, il aperçut, à la faveur du clair de lune, un diamant qui jetoit un assez grand éclat. L’ayant pris, et ayant recouvert la main, il montra le diamant au valet, lui disant qu’il n'avoilpas perdu sa peine. Le valet reconnut le diamant par sa Jigure triangulaire, ce qui l’obligea à retourner pour enlever le corps de son maître. Après l’avoir bien essuyé, il le reconnut enfin; et son affection l’ayant engagé à le baiser et à l’embrasser, il trouva encore en lui quelque chaleur et quelque apparence de vie. Il le porta donc le plus vite qu’il put aux chirurgiens de l’armée; mais ceux-ci, l’ayant regardé comme mort, n’eurent aucun égard aux prières qu’il leur fit d’essayer à lui rappeler les esprits, alléguant pour raison que, ne leurrestant que très-peu de médicaments, ils n’avoient garde de les employer sans nécessité. Lui cependant, qui n’était pas du même sentiment qu’eux, transporta le corps à la maison où son maître avait accoutumé de loger. Ce corps fut là plus de cinq jours et cinq nuits, sans parler ni remuer, ni donner aucune marque de sentiment, mais aussi ardent de fièvre qu’il avoit été froid dans sa fosse. Quelques parents du pauvre malade, l’étant venus voir en cet état, envoyèrent chercher deux médecins et un chirurgien pour le visiter. Ceux-ci, l’ayant bien considéré et sondé sa plaie, trouvèrent à propos de le panser, quoiqu'il n’y eût presque point d’apparence de guérison. Il fut résolu .qu'on lui appliquerait un séton, et la chose fut exécutée sur-le champ. On lui desserra aussi les dents, et on lui fit avaler par force quelque peu de bouillon bien nourrissant. Le lendemain, comme on leva l'appareil, une grande quantité de pus étant sortie de la plaie, et l'enflure de la tête et du cou étant fort diminuée, le patient commença à faire paroître quelque sentiment; il prononça même quelques paroles,

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et se plaignit de douleur au bras; mais il ne reconnut d'abord personne. Il étoil dans un grand étonnement, comme un homme réveillé en sursaut, dans le temps de son plus profond sommeil. La connoissance lui étant . ainsi peu à peu revenue, quoiqu’il eût toujours beaucoup de fièvre, on commençoit à bien espérer, lorsque, la ville étant prise d’assaut (26 octobre), la frayeur lui fit redoubler la fièvre avec une violence extraordinaire. Quatre soldats qui pillèrent d'abord la maison où il étoit le traitèrent humainement et même charitablement. Mais, quelques jours après, ces soldats ayant eu , ordre de loger ailleurs, et ce logis ayant été marqué pour un officier de l'armée royale, les valets de cet officier enlevèrent Civillede son lit, et le jetèrent sur une méchante paillasse, dans une petite chambre de derrière. Pour comble de disgrâce, quelques ennemis du jeune frère de Civille l’étant venus chercher pour le tuer dans cette maison, où on, leur avoit dit qu'il étoit, et ne l’ayant pas trouvé, déchargèrent leur furie sur l'innocent, et le jetèrent par la fenêtre. Mais, cette fenêtre n’étant pas fort haute, et un tas de fumier s’étant rencontré justement au-dessous, à la porte d'une écurie, il y fut reçu assez mollement. Il demeura là plus de trois fois vingt-quatre heures, nu, en chemise, avec un simple bonnet de nuit sur la tête, exposé aux injures de l’air, sans être secouru de personne.

« Enfin, un de ses parents qui savoit que le capitaine Civille avoit accoutumé de loger dans cette maison, mais qui n’avoit rien appris de ce qui étoit arrivé, vint demander de ses nouvelles. Une vieille femme, qui étoit demeurée là seule, lui ayant répondu qu’il étoit dans une cour de derrière, mort sur un fumier depuis trois jours, il voulut l’aller voir, et fut fort surpris de le trouver vivant. Civille étoit si faible, qu'il ne pouvoit

parler : il fit entendre, par quelques signes, qu'il avoit soif, el on lui apporta de la bière qu’il but fort avidement; mais, ayant voulu essayer d’avaler une bouchée de pain, il fallut lui retirer le morceau de la gorge, tant le canal étoit rétréci. Cependant l’abstinence et le froid avoient apparemment produit un heureux effet, car le malade étoit presque sans fièvre; et, quelques heures après, on jugea qu’il pouvoil être transporté par eau au château de Croisset, sur la Seine, une lieue au-dessous de Rouen... Ci ville fut mal reçu parle concierge du château de Croisset, qui le fit longtemps attendre sur le pont, où il fut saisi d’un grand froid, et où il fût mort sans doute, si un valet de M. de Croisset ne fût heureusement arrivé et n’eût donné les ordres nécessaires. Nonobstant ces ordres, le malade souffrit beaucoup pendant ie premier mois. On ne se servoit, pour tout onguent, que de mie de pain imbue de jaune d’œuf, et tout le reste lui manquoit proporlionnément... Après que le malade eut repris une partie de ses premières forces, il fut résolu qu’on le meltroit entre les mains de deux gentilshommes, frères, demeurant dans le pays deCaux, qui étoient en réputation d’avoir divers excellents remèdes. Ceux-ci employèrent si heureusement toute l’adresse de leur art, qu’en six semaines de temps, au mois d août 1563, Civille fut rétabli dans un état qu’on pouvait appeler de santé. Il ne parut alors lui rester d’incommodité que celle d’être un peu sourd, et de ne pouvoir se servir du petit doigt de la main droite, dont le tendon avoit été coupé par la même halle de mousquêt qui avoit fait la grande blessure; de sorte qu’il fut capable de rentrer dans le service, et qu’il essuya depuis bien de nouveaux coups et bien des fatigues ; mais, la plaie de la mâchoire se rouvrant de temps en temps, il se formoit des apostumes qui l’aftligeoient beaucoup; et

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