‹ Curiosités bibliographiquesChapitre 8 sur 30 · MORTS DE PERSONNAGES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

MORTS DE PERSONNAGES CÉLÈBRES

S’il fallait s’en rapporter à certaines traditions, la mort des trois grands poètes tragiques de l’antiquité serait due à des accidents bizarres.

« Eschyle, dit Valère-Maxime, était sorti un jour de la ville qu’il habitait en Sicile, et s’était assis au soleil. Un aigle, qui portait une tortue, vint à passer au-dessus de lui ; et, trompé par le poli de sa tête entièrement chauve, qu’il prit pour une pierre, il y laissa tomber la tortue pour la briser et en manger la chair. Sous ce coup mourut le créateur et le père de la mâle tragédie *. »

Ce récit nous est suspect à bon droit : 1° L’aigle mange-t-il des tortues? Cela est possible, mais en est-on bien sûr. 2° A qui l’aigle a-t-il été raconter qu’il avait

' 1,. IX, c. xii. — La Fontaine a traduit ainsi ce chapitre:

Qu' Ique devin le menaça, dit-on.

De la chute d'une maison.

Aussitôt il quitta la ville,

Mit «on lit en plein champ, loin des toits, sous les deux, l'n aigle, qui portait en l'air une tortue.

Passa pai là, vit l'homme, et sur sa tôle nue.

Qui parut un morceau de rocher à ses jeux.

Etant de cheveux dépourvue.

Laissa tomber sa proie, afin de la casser.

La pauvre Eschyle ainsi sut ses jonrs avancer.

pris un crâne pelé pour uue pierre? En tous cas s’il avait mal vu l’objet on ne peut qu'admirer la justesse de son coup d’œil, puisque, d’une hauteur probablement fort considérable, il avait, avec une précision digne d’éloges, laissé tomber sa proie sur le point qu'il visait.

C’est là une de ces nombreuses niaiseries que nous a léguées l’antiquité, et qui ont été prises pour argent comptant par les modernes.

« Euripide, dit le môme auteur, un soir, après avoir soupé chez le roi Archélaüs, en Macédoine, regagnait la maison de son hôte, lorsqu’il fut mis en pièces par des chiens. »

Nous avons déjà vu que, suivant Valère-Maxime, Sophocle était mort de joie. Une épigramme de l’anthologie prétend que le poète mourut étouffé par un grain de raisin vert.

Ce dernier genre de mort termina aussi la vie d’Anacréon. « Comme il suçait, dit Valère-Maxime, le jus d’un raisin cuit au soleil, pour entretenir le faible reste de ses forces languissantes, un pépin vert, qui s’arrêta opiniâtrement dans sa gorge desséchée, lui ôta la vie. »

Une esclave favorite du calife Yézid II mourut de la môme manière; Germonio, écrivain danois du dix-septième siècle, fut étouffé par un morceau de viande, et Henri Knox, général américain, le fut par un os de poulet, en 1806 .

« Cambyse, dit Hérodote (I. III, ch. lxiv-lxvi), venant d’apprendre la révolte de Smerdis (le Mage), se jeta avec précipitation sur son cheval, dans le dessein de marcher en diligence vers Suze; mais, en s’élançant, le fourreau de son cimeterre tomba, et le cimeterre, étant resté nu, le blessa à la cuisse, au môme endroit où il avait auparavant frappé Apis, le Dieu des Égyptiens... Peu de temps

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après, l’os se caria, et, la gangrène ayant promptement gagné toute la cuisse, Cambyse mourut. »

Le comédien Baron, père du célèbre acteur de ce nom, se blessa au pied avec une épée de théâtre, et mourut de cette blessure après avoir refusé de se laisser amputer.

Pyrrhus, repoussé d’Argos, où il était entré de vive force, et combattant vaillamment à l’arrière-garde, fut blessé légèrement d’un coup de javeline. « Parquoy, dit Plutarque, il s’adressa â celuy qui luy avoit tiré le coup, qui estoit un Argien, homme de petite qualité, et liiz d’une pauvre vieille femme, laquelle à l’heure mesme estoit montée sur les couvertures des maisons, comme toutes les autres femmes de la ville, pour voir le combat, et, appercevantque c' estoit son fils que Pyrrhus vouloil choquer, elle eut si grande frayeur de le voir en ce péril, quelle prit à jjeux mains une tuyle et la jetta dessus Pyrrus. La tuyfe tumbant au long de sa teste, à la faulte de l’armet, luy donna droit sur le chaignon du col, et lui en brisa les jointures, dont il lui prit soudain une pâmoison telle, qu’il en perdit la veüe sur l’heure ; les rênes luy cheurent des mains; et lui tomba de dessus son cheval en terre, sans que l’on sceut qui esloit, au moins la commune, jusques à ce qu’un Zopyrus, qui estoit à la soulde d’Antigonus, et deux ou trois autres soudards, accoururent vistement celle part, et l’ayans recogneu la trainnèrent au dedans d’une porte, ainsi qu’il commen* ceoit à revenir de sa pâmoison. Si desguaina ce Zopyrus une espée esclavonne qu’il portoit, pour lui en couper la teste; mais Pyrrus le regarda entre deux yeux d’un regard si terrible, qu’il l’effroya, et lui feit tellement trembler la main de peur, que en ce trouble et cest effroy, il ne luy donna pas droit où il falloit pour luy couper le col, ains l’assena au-dessous de la bouche, à l’en-

droit du menton, de sorte qu'il demeura longtemps à luy achever de trancher la teste 1 . #

La chute d'une tuile causa aussi la mort d’un autre prince.

« Le roi de Castille llenri I", jouant à Palence, dans la cour du palais de l'évêque, avec des jeunes seigneurs de son âge (il avait alors treize ans), fut tué, dit Mariana (l.XIl.c. l), par le plus funeste accident qui fut jamais. Une tuile étant tombée sur la tête de ce jeune prince, il en fut si cruellement blessé, qu’il en mourut onze jours après, le mardi 6 juin de l’année 1217. t

Les chutes de cheval ont causé la mort d’un très-grand nombre de princes; nons citerons seulement les suivants;

« Dans ce temps-là (13 octobre 11311, dit Suger, arriva un malheur étrange et jusqu’alors inouï dans le royaume de France. Le fils aîné du roi Louis VI, Philippe, enfant dans la fleur de l’âge et d’une grande douceur, l’espoir des bons et la terreur des méchants, se promenait un jour à cheval dans un faubourg de la cité de Paris. Un détestable porc se lance dans le chemin du coursier , celui-ci tombe rudement, jette et écrase contre une pierre le noble enfant qui le montait, et l’étouffe sous le poids de son corps... Les habitants de la ville, consternés de douleur, s’empressent de relever le tendre enfant presque mort, et le transportent dans la maison voisine. O douleur ! à l’entréede la nuit il rendit l’âme*. » Ce jeune prince de grande espérance n’avait que dixscpt ans.

Thorgul III, dernier sultan seldjoucide, était sur le point de livrer bataille au sultan de Kharisme, lorsqu’il se mit à réciter ces vers de Ferdoucy : D'un seul coup de ma masse d’armes, j’ouvrais le chemin à mes troupes

1 Traduction d'Amyot, Vie de Pyrrhus, c. lxxvi, 1818, C IV, p. 193.

* Vie de Louis le Gros, collection Guizot, t. VIH, p. 149.

au milieu de mes ennemis ; et les efforts de mon bras furent si violents, que, sans quitter les arçons, je fis tourner la terre comme une meule de moulin. » Malheureusement pour lui, Thorgul, en répétant ces vers, déchargea un si grand coup de sa masse d’armes sur une des jambes de son cheval, que l’animal s’abattit et le renversa. Un des ennemis se précipita alors sur le prince et le tua (en H 94).

Le prince d’Orange, Guillaume III, s’étant démis la clavicule en tombant de cheval, ne put se résigner à prendre le repos que sa situation exigeait, et peu de jours après cet accident, il mourut le 16 mars 1702, à cinquante-deux ans.

Un grand nombre de princes ont péri à la chasse, par suite d'accidents divers. Ainsi Guillaume le Houx fut tué par une flèche dirigée contre un cerf par l’un de ses chevaliers, Guillaume Tyrel.

Le comte de Champagne, Henri 1 er , roi de Jérusalem, et Charles VIII périrent d'une manière assez singulière.

« Un jour (1197), au moment de prendre un repas, Henri ayant demandé de l'eau pour se laver, on lui en appoita, et il vint auprès d’une fenêtre qui était au haut de la tour où il se tenait. Comme il lavait ses mains, s’étant jeté en avant, il tomba de la fenêtre en bas et mourut. Le valet qui tenait la serviette se laissa choir après lui, parce qu’il ne voulait pas qu’on dît qu’il l’eût poussé. Il ne se tua pas, mais il eut la cuisse cassée. Aucuns dirent que, si celui-ci ne se fût pas laissé choir, le comte ne fût pas mort. Le valet, qui était tombé entre deux murs, se traîna tant, qu'il vint près d’une poterne ; il ouït passer des gens dehors, et commença à crier. Quand ils ouïrent ses cris, ils vinrent en cet endroit, et demandèrent ce qu’il avait; il dit que, pour Dieu, ils fissent venir des chevaliers et emporter le comte qui gisait là mort. Les

valets et les hommes du comte y allèrent, et le trouvèrent mort. Ils le portèrent au monastère et l’ensevelirent. Il avait commandé plusieurs fois qu’on mît un treillis à cette fenêtre â cause des enfants, car le cœur lui disait qu’elle lui ferait dommage. On fit grand deuil de la mort du comte *. » '

« Le septième jour d’avril, l’an 1498, veille de Pâques fleuries, le roi Charles VIII, étant au château d’Amboise, dit Comines, partit de la chambre de la reine Anne de Bretagne, «a femme, et la mena avec lui, pour voir jouer â la paume ceux qui jouoient aux fossés du château, où ne l’avoit jamais menée que cette fois, et entrèrent ensemble en une* galerie qu’on appeloit la galerie Ilaquelebac, parcéque cettuy üaquelebac l'avoit eue autrefois en garde, et étant le plus déshonnête lieu de léans; car tout le monde y pissoil, et étoit rompu à l’entrée; s’y heurta le roi, du front, contre l’huys, combien qu’il fut bien petit, et puis regarda longtemps les joueurs, etdevisoit à tout le monde. Je n’y étois point présent; mais son dit confesseur, l’évêque d’Angers et ses prochains chambellans, le m’ont conté; car j’en étois party huit jours avant, et estois allé à ma maison. La dernière parole qu’il prononça jamais en devisant en santé, c’étoit qu’il dit qu’il avoit espérance de ne jamais faire de péché mortel ni véniel, s’il pouvoit, et en disant cette parole, il chut à l’envers, et perdit la parole (il pouvoit être deux heures après midi), et demeura là jusqu’à onze heures de nuit. Trois fois lui revint la parole, mais peu lui dura, comme me conta ledit confesseur, qui deux fois cette semaine l’avoit confessé. L’une à cause de ceux qui venoient vers lui pour le mal des écrouelles. Toute personne entroit en en ladite galerie qui vouloit, et le trouvoit-on couché sur une pauvre paillasse, dontjamais ilne

1 Bernard le Trésorier, collection Guizot, t. XIX, p. 22ô.

partit, jusqu'à ce qu’il eût rendu l’âme et y fut neuf heures.

« Et ainsi départit de ce monde si puissant et si grand roi, et en si misérable lieu, qui tant avoit de si belles maisons, et en faisoit une si belle, et si ne sceut à ce besoin finer d’une pauvre chambre 1 . »

Guidoboni, dit le prêtre de Savone , peintre italien, était très-faible de corps. Un soir, à Turin, pendant le terrible hiver de 1709, il se laissa tomber dans son escalier; il ne put se relever, et, ses cris n’ayant pas été entendus, on le trouva mort de froid le lendemain.

L’empereur d’Orient, Léon IV, aimait passionnément les pierreries. Les historiens byzantins rapportent que ce prince, assistant le 8 septembre 780 à l'office "divin dans l’église de Sainte-Sophie, fut frappé de l'éclat des pierres précieuses qui enrichissaient une couronne que l’empereur Maurice avait fait placer au-dessus de l'autel. Il la fit détacher à l'instant, la mit sur sa tête et l'emporta dans son palais. Mais le poids énorme de ce joyau lui blessa le front et lui fit venir des plaies qui, s'envenimant aussitôt, causèrent sa mort le même jour. Ce que l’on ne manqua pas de regarder comme une punition du ciel *.

La mort du pape Paul II est attribuée par l'historien Platina à une cause analogue. « Ce pape, dit-il, aimait tellement les pierreries, qu’il en faisait venir à grands frais de tous les côtés, et pour en acheter épuisait presque le trésor de l’église romaine; aussi, toutes les fois qu'il se montrait en public, sa tête ne paraissait pas celle d’un prélat mitré, mais plutôt celle d’une cybèle phrygienne et chargée de tours. Je crois que le poids de

1 Liv. VIII, c. xxv.

* Théophanes, p. S82; Zonare, 1, XV, c. u, l. II, p. 114.

ces pierreries, joint à l’embonpoint de son corps, détermina l’apoplexie dont il mourut subitement*. »

Les morts causées par les excès de table sont fort nombreuses.

« Attila, au rapport de Priscus l'historien, dit Jornandès, après avoir déjà, selon la coutume de sa nation, épousé une multitude de femmes, s'unit par le mariage, au temps où il mourut, à une jeune fille nommée lldico, et douée d’une rare beauté : dans les fêtes de cette union, il se livra à une grande joie, et, appesanti par le vin et par le sommeil, il se coucha sur le dos ; le sang, qui d’ordinaire s’échappait de ses narines, ne pouvant dans ses bouillonnements trouver son passage habituel, prit un cours funeste, et l'étouffa en s’amassant dans sa gorge. Ainsi l’ivresse enleva par une mort honteuse ce roi si glorieux dans les combats. Le lendemain, une grande partie du jour s’était déjà écoulée, lorsque les officiers du roi , soupçonnant quelque chose de fatal , brisèrent les portes après avoir jeté de grands cris, et trouvèrent Attila mort sans blessure, par suite d’une hémorrhagie; la jeune épouse, la tête baissée, le visage voilé, versait des larmes. Alors, selon la coutume de cette nation, ils sc coupèrent une partie de la chevelure, et sillonnèrent de profondes blessures leurs visages hideux, afin que cet illustre guerrier reçût, en témoignages des regrets qu'il laissait, non pas les lamentations et les larmes des femmes, mais le sang des hommes de cœur*. »

Soléiman 1", calife omniade, ayant été surpris par le froid pendant un pèlerinage qu'il fit à la Mecque, en 717, s’arrêta dans une maison près de Taïef et y mangea soixante-dix grenades, un chevreau, six poules et

* Platina, In AJriiwo /, fol. 125, verso.

* Hit'oirc det tielhs, c. x<m, traduction de la collection Panckoukc, p. 373

!tt CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

une énorme quantité de raisins secs. 11 n’y a pas lieu de s’étonner qu’il soit mort de cet effroyable repas.

Jean Zapoliha, waivode de Transylvanie, élu roi de Hongrie en 1526, étant allé assiéger le château de logeras, le prit après un long siège et y tomba malade. Cependant voici venir un courrier qui lui apporte nouvelles de la naissance d’un fils que Dieu lui avait donné.

Ces nouvelles étant agréables à tous ceux qui n’ont point d'enfants, et surtout aux personnes avancées en âge, l’on se put imaginer que Jean reçut celle-là avec joie.

Aussi fit-il un peu d'excès, buvant à la hongroise. Et ses excès ayant augmenté sa maladie, il mourut à Sassèbes peu de jours après la naissance de son fils, la cinquante-troisième année de son âge*. »

Parmi les princes morts d’indigestion, nous citerons deux rois d'Angleterre, Henri 1", mort, en 1155, d'une indigestion de lamproies, et Georges I"; l’empereur d'Allemagne, Frédéric III, et son fils, Maximilien I", qui moururent tous les deux pour avoir mangé trop de melon.

D’autres personnages, d’un rang moins élevé, périrent de la même manière, comme l’architecte italien délia Porta; de la Mark, évêque de Liège; le fameux Manuce, l'écrivain anglais Green, mort en 1592; mademoiselle de Lussan, morte en 1758; le peintre hollandais Dujardin, et la Mettrie.

Des excès d’un autre genre amenèrent la mort du bon roi Louis XII.

« Ce prince, dit Fleurange, avoit voulu faire du gentil compaignon avecques sa femme; mais s’abusoit, car il n’estoit pas homme pour ce faire; car de longtemps il estoit fort malade, et spécialement des gouttes, et avoit déjà cinq ou six ans qu’il en avoit cuidé mourir, car il

1 Discours historique et politique sur les causes tic la guerre de lion yrie , 1666, in-12, p. ±ï7.

feus! abandonné des médecins, et vivoil d’un merveilleusement grand régime, lequel il rompit quand il feust avecques sa femme ; et lui disoient bien les médecins que s'il continuoit il en mourroit pour se jouer. Ceulx de la basoche à Paris disoient que le roy d'Angleterre avoil envoyé une haquenée au roy de France, pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis. Toutesfois, lui estant bien malade, envoya quérir monsieur d’Angoulesme, et lui dit qu’il se trouvoit fort mal, et ne jamais s’en eschapperoit; de laquelle chose ledit 8 eigneur le reconfortoit à son pouvoir, et qu'il faisoit ce qu’il pouvoit, et iist le dict seigneur roy à sa mort tout plein de mines : nonobstant, quand il se feust bien deffendeu contre la mort, il mourut par un premier jour de l’an, sur lequel jour list le plus horrible temps que jamais on veit *. »

Quelques princes sont morts de la lèpre, entre autres, Raoul II, comte de Vermandois, mort en 1168, et Baudouin IV, roi de Jérusalem.

« La lèpre, dit Guillaume de Tyr, dont Baudouin IV était atteint depuis le commencement de son règne, où, * pour mieux dire, dont il avait senti les effets dès les premières années de son adolescence, faisait, en ce moment (1182), des progrès plus rapides qu’à l’ordinaire : il avait perdu la vie; les extrémités de son corps étaient frappées, et tombaient en putréfaction ; il ne pouvait se servir en rien de ses pieds et de ses mains, et cependant il gardait toujours la dignité royale,.. Faible de corps et . impotent, il conservait encore beaucoup de force dame, et faisait des efforts extraordinaires pour cacher son mal, et supporter toujours le poids des affaires*. » Ce-

i Mémoires, c. xlv, collection Michaud-Poujoulat, p. 15t.

* Histoire des Croisades, 1. XXII, collection Guizot, t. XVIII, p. 439.

pendant, à cette époque, trois ans avant sa mort, il nomma régent son beau-frère. Gui de Lusignan.

Nous avons lu quelque part que Robert Bruce était mort de la môme maladie; mais nous n’avons pas pu retrouver l’auteur qui avait avancé ce fait.

L’accident qui, en 1621, causa la mort de Philippe III montre â quel point les rois d’Espagne se rendaient euxmêmes les esclaves de la ridicule étiquette qui régnait â leur cour.

* Sa maladie, dit Bassompierre, lui commença dès le premier vendredi de carême, lorsqu’étant sur des dépêches, le jour étant froid, on avait mis un violent brasier au lieu où il était, dont la réverbération lui donnait si fort au visage, que les gouttes de sueur en dégouttaient, et de son naturel il ne trouvait rien à redire, ni ne s'en plaignait. Le marquis de Pobar, de qui j'ai appris ceci, me dit que, voyant comme ce brasier l’incommodait, il dit au duc d'Albe, gentilhomme de sa chambre comme lui, qu'il fit retirer ce brasier qui enflammait la joue du roi; mais, comme ils sont très- ponctuels en leurs charges, il dit que c’était au sommelier du corps, le duc d’Usseda. Sur cela, le marquis de Pobar l'envoya chercher en sa chambre ; mais par malheur il était allé voir son bâtiment, de sorte que le roi, avant que l'on eût fait venir le duc d’Usseda , fut tellement grillé, que le lendemain son tempérament chaud lui causa une lièvre, cette fièvre un érysipèle, et cet érysipèle, tantôt s’apaisant, tantôt s'enflammant, dégénéra enfin en pourpre qui le tua*. «

On sait qu’Antoine de Navarre, père de Henri IV, fût blessé mortellement au siège de Rouen, en 1562, pendant que, derrière un gabion, il s’occupait, comme dit Sganarelle.à expulser le superflu de la boisson. Aussi

* Mémoires, année 1621, collection Michaud-Poujoulat, p, 151.

La

fit-on l’épitaphe suivante à ce prince, dans le corps duquel on n’avait trouvé, disait-on, ni cœur ni fiel :

Ami françois, le prince ici gisant Vécut sans gloire et mourut en pissant.

La mort, à ce que raconte d’Aubigné, faillit, quelques années plus tard, en 1576, surprendre Henri IV dans une posture analogue :

« En 157G, dit-il, après un a<sez long séjour à la cour, le roy de Navarre, dépité de tous les déboires qu’il y *recevoit chaque jour et de la galanterie de sa femme, prit la résolution de se retirer au delà de la Loire. Pour cela il s’en fut à la chasse du côté de Livry, et puis s’en départit suivi d’un petit nombre de confidens, dont estoit Aubigné, vint passer la Seine au pont de Poissy, et fit une petite revue en un village près Montfort-l’Amaury, où, lui étant arrivé de faire ses affaires dans une met 1 , une vieille qui l’y surprit, lui fendoit la teste par derrière d’un coup de serpe , sans Aubigné qui l’empescha et qui dit à son maistre pour le faire rire : « Si vous eussiez eu cette honorable fin, je vous eusse donné un tombeau en style de Saint-Innocent ; c’estoit :

Cy-gist un roy grand par merveille,

Quy mourut, comme Dieu permei,

D’un coup de serpe et d’une vieille,

Comme il ch...t dans une met*.

Quelques princes ont été brûlés par accident, entre autres Charles le Mauvais , dont la mort, arrivée le 1" janvier 1587, est ainsi racontée par Froissart :

« Il me fut dit que ce roi, en son vivant, avoit toujours aimé femmes; et encore, en ces jours, avoit-il une

1 Mémoires, édh. Charpentier, 1854, p. 36.

* Ce mot, dans quelques provinces, signifie huche.

très-belle demoiselle à amie, où à la fois il se déportoit, car de grand temps avoit été veuf. Une nuit il avoit ju avec elle; si s’en retourna en sa chambre tout frileux, et dit à un de ses valets de chambre : « Appareillez-moi ce « lit, car je m’y veuil un petit coucher, et reposer. » Il fut fait; il se dépouilla, et se mit en ce lit. Quand il fut couché, il commença à trembler de froid, et ne se pouvoit échauffer, car jà avoil-il grand âge, et environ soixante ans *; et avoit-on d’usage que, pour le réchauffer en son lit, et le faire suer, on boutoit une buccine d’airain, et lui souflloit-on air volant. On dit que c’étoit eau ardente, et que cela le réchauffoit et le faisoit suer. Si comme on avoit fait autrefois sans lui faire mal ni déplaisir de son corps ni de sa personne, adonc on lui fit comme on avoit de coutume; mais lors se tourna la chose en pis pour le roi, ainsi que Dieu ou le diable le vouldrent, car flambe ardente se bouta en ce lit, entre les linceuls, par telle manière que le roi, qui étoit là couché et enveloppé entre ces linceuls, fut atteint de celte flambe. On n'y put oncques venir à temps, ni lui secourir, qu'il ne fut tout ars, jusqu’à la boudiné; mais pour ce ne mourut pas si très tôt ; ains vequit quinze jours en grand peine et en grande misère ; ni surgien, ni médecin, n’y purent oncques remédier qu’il n’en mourût 2 . »

Les Grandes Chroniques, dont le récit diffère peu de celui de Froissart, ajoutent : « Ledit roi vécut trois jours, criant et brayant, en très-grandes et âpres douleurs; et en cet état alla de vie à trépassement; et disoit-on que c’étoit une punition divine. #

Le roi de Pologne Stanislas Leçkzinski mourut d’un accident analogue. Le 5 férier 1766, s’étant approché de sa cheminée pour voir l’heure à une pendule, le feu prit

1 Froissart sc trompe. Charles n’avait alors que cinquante-cinq ans.

! Froissart, I. III, c, xcvi.

MORl’S PAR ACCIDENTS SINGULIERS. 6*

à sa robe de chambre ouatée. En se baissant pour éteindre la flamme, il tomba dans le foyer, et ne put se relever. Le valet de chambre qu'il avait sonné se trouvant absent, ce fut un garde du corps qui, averti par l’o'deur du brûlé, donna l’alarme. Quand on releva le prince, il avait les doigts de la main gauche entièrement calcinés, et depuis la joue jusqu’au genou du même côté, son corps n’était qu’une plaie. 11 succomba le 23 févier suivant, à l'âge de quatre-vingt-huit ans. Cet accident était arrivé au château de Malgrange, près de Nanci.

Lenglet-Dufresnoy, lisant, à l'âge de 'quatre-vingtdeux ans (en 1655), un livre qu’on venait de lui envoyer 1 , ne put en supporter longtemps la lecture, et, s’étant endormi, il se laissa tomber dans le feu, d’où ses voisins le retirèrent lorsqu’il avait la tête entièrement brûlée.

Avant lui, Léonce-Pilate, savant grec du quatorzième siècle, Jean Gosselin, érudit français du seizième siècle, et Roos, peintre allemand (mort en 1685), avaient été de même brûlés par accident.

Le mécanicien milanais Seltala, qui vivait au dix-septième siècle, offre le premier exemple connu d’un homme tué par un aérolithe. Le savant historien Duchesne périt écrasé par une charrette, à l’âge de soixante-quatre ans.

Parmi les littérateurs et les artistes assassinés, nous citerons Scot Erigène, tué à coups de canif par ses écoliers en 886; Veneziano, tué en 1476, par André del Castagno, qui espérait, au moyen de ce crime, demeurer seul en possession du procédé de la peinture à l'huile; Jean Goujon et Ramus, tués dans le massacre de la Saint-Barthélemy; l’abbé de Villars, auteur du Comte

1 Ce livre était intitulé : Considérai ions sur les révolutions des arls\ j»ar le chevalier de Méhégon.

1W CURIOSITÉS ÉIOGKA1M1IQUES.

de Gabalis, assassiné par des voleurs eu 167-5, eteuliu le célèbre Winckelmann, qu’un Italien, nommé Arehangeli, blessa mortellement de cinq coups de couteau dans le bas-ventre, le 8 juin 1768, à Trieste.

On peut ranger au nombre des assassinats la mort de Benserade, abandonné par un médecin qui, voulant le saigner, lui avait piqué une artère, et la mort de l'abbé Prévost, qui, le 25 novembre 1763, étant tombé évanoui au pied d’un arbre de la forêt de Chantilly, fut ouvert par un chirurgien de campagne qui croyait n’avoir affaire qu'à un cadavre. Le malheureux poussa un grand cri, et expira aussitôt.

Pierre Torregiano, célèbre sculpteur florentin, auteur du mausolée de Henri VH à l’abbaye de Westminster, venait de terminer pour un grand d'Espagne une statue de l’Enfant Jésus, que le seigneur avait promis de payer généreusement, lorsqu'il vit arriver chez lui des domestiques chargés d'énormes sacs qui contenaient trente ducats en monnaie de cuivre. Indigné à cette vue, il saisit son marteau, brise la statue, chasse les domestiques avec leur argent, et leur ordonne de raconter à leur maître ce qu’ils venaient de voir. Celui-ci ne put dévorer cet affront; il se rendit aussitôt chez le grand inquisiteur, en accusant le sculpteur d’avoir porté la main sur l’Enfant Jésus. L’affaire ne fut pas longue. Torregiano, mis à la torture, expira dans les plus horribles supplices.

José, auteur dramatique portugais, accusé d’impiété dans ses écrits, fut brûlé vif par 1 inquisition en 1745. Il avait eu cependant la précaution de terminer chacun des volumes de la première édition de ses œuvres par une espèce d’acte de foi portant qu’il ne croyait à aucune des divinités qu’il avait mises en scène.

Herbinot, conseiller au Châtelet au dix-septième sic-

cle, avait conçu ie projet d'un vaste dictionnaire étymologique, où, après avoirvoulu prouver que tous les mots français étaient tirés du grec, il essaya de démontrer qu ils venaient tous de l'hébreu. Bientôt ce malheureux, « à qui, dit de Boze (Éloge de Lancelot), le nombre prodigieux d'étymologies forcées avait fort échauffé la tête, tomba dans un si parfait délire, que n’ayant, disait-il, besoin d’autre alimentquede ses racines grecques et hébraïques, il refusa constamment de prendre aucune sorte de nourriture, et mourut d’inanition. #

L’acteur Mondory mourut en jouant YHérode de Tristan. Molière fut emporté expirant à la lin d’une représentation du Malade imaginaire. On raconte aussi que Montfleury, jouant le rôle d'Oreste dans Andromaque, avait crié avec une telle violence ces vers :

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tètes?

A qui destinez- vous l’appareil qui vous suit?

Venez-vous m’entraîner dans l'éternelle nuit?

qu'il se rompit une veine et expira peu après.

La rnort de quelques hommes tués sur le champ de bataille a été souvent entourée de circonstances mystérieuses. Ainsi ce ne fut point une balle partie des rangs ennemis qui tua Gustave-Adolphe à la bataille de Lutzen, et Charles XII dans la tranchée de Friedrichshall. Le premier fut assassiné, à ce que l’on croit, par François-Albert, duc de Saxe Lauenbourg, qui passa ensuite au service de l’Autriche. Le second, quel’on trouva ayant encore la main sur la garde de son épée, signe évident qu’il avait été attaqué de près, fut frappé par une main qui est restée inconnue.

La mort du comte de Soissons, tué à la bataille de la Marfée, n’est pas moins singulière. Son armée venait de mettre en fuite les troupes royales. « Après le combat,

lüü CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

dit Montglat, il regardait de loin la déroute des Français, et marchait au petit pas au milieu des siens et entouré de ses domestiques, lorsqu’il tomba de son cheval roide mort, sans que jamais on ait pu savoir d’où cela était venu : car aucun de ceux qui étaient auprès de lui n’en ont pu dire des nouvelles. Ils disent seulement qu'ils ouïrent un coup, et qu’ils virent un cavalier passer, et leur maître en même temps tomber la tête en bas, et le pied dans l’étrier; qu’ils lui trouvèrent le coup dans le front, avec la bourre dans la tête, le visage brûlé de la poudre, pour marque qu’il avait été tiré à brûle-pourpoint. Celte mort n’a jamais pu être éclaircie, et a donné sujet de gloser à bien du monde, pour démêler une affaire si extraordinaire. »

On avait cependant trouvé une cause fort naturelle de la mort du comte; on affirmaitqu’il s’était tué lui-même en relevant, comme il en avait l’habitude, la visière de son casque avec le pistolet qu’il tenait à la main. Mais cette explication ne put satisfaire les esprits à une époque où l'on était accoutumé à rendre Richelieu responsable de toutes les morts qui arrivaient à point pour lui. On crut donc que le comte de Soissons avait été assassiné par l'ordre du ministre, elles mémoires du crédule abbé Arnauld renferment à cet égard une anecdote assez curieuse :

« Un jour, dit-il, que j’élois de garde à Verdun, à la porte qu’on nomme la porte à Chaussée , il y arriva deux cavaliers qui nous donnèrent les premières nouvelles de la bataille de Sédan.Toutle monde a su ce qui s’y passa, et que M. le cardinal fut consolé de la perte que nous y fîmes, quand il sut que M. le comie y avoit été tué; mais je n'ai vu personne qui sût une particularité que jevais dire, et qui peut occasionner des réflexions touchant la mort de M. le comte, de laquelle on a parlé si diversc-

ment et avec tant d’incertitude. Un de ces commis que M. des Noyers employoit en diverses sortes de commissions, et qui nous apportoit quelquefois de l'arpent à Verdun pour payer notre régiment, me dit un jour que, deux ou trois mois après la perte de celte bataille, M. des Noyers l’avoit envoyé quérir, et lui avoit dit de se rendre au jour et à l'heure qu’il lui marqua, avec une assez grande somme d'argent en or et des lettres de change pour beaucoup plus, sur la montagne de Donchery, au pied d’une croix d’où l’on découvre toute la ville; qu’il en verroit sortir un homme en deuil sur un cheval noir; que cet homme le viendroit aborder, et qu’il lui donnât tout l’argent qu’il lui demanderoit. Le commis y fut; l'homme qu’on lui avoit désigné ne manqua pas de s’y rendre. 11 lui demanda s’il n’avoit pas ordre de lui donner de l'argent; il répondit que oui, et lui demanda s’il seroit content de tant. (Je ne me souviens pas précisément de la somme.) Le cavalier lui dit que ce n’étoit pas assez et qu'il lui falloit encore tant. Le commis lui donna ce qu’il demandoit; ils se séparèrent, et jamais depuis il n’en a entendu parler. Cette aventure, à mon avis, peut faire penser et deviner bien des choses, et une si grande récompense ne pouvoit être que pour un service important*. D

Nous parlerons, au chapitre des Personnages mystérieux, de la disparition du comte de Moret au combat de üastelnaudary.

Le supplice de plusieurs personnages célèbres a offert des circonstances singulières.

En 1450, le duc de Suffolk, poursuivi par la haine de l’Angleterre, qui l'accusait des revers qu'elle éprouvait chaque jour en France, cherchait à gagner le continent, lorsque le navire sur lequel il était monté tomba au

1 Mémoires, année 1641, collection Miohaml-Poujoulat, j>. 506.

pouvoir des vaisseaux de Henri VI. « On le fit rester, dit Lingard, sur le .Y icolus de la Tour, un des plus grands vaisseaux de la marine anglaise, deux nuits, pendant lesquelles il passa la plus grande partie de son temps à converser avec son confesseur, écrivit une longue lettre au roi , et subit un jugement dérisoire devant les matelots, qui le condamnèrent à mort. Le surlendemain matin (2 mai ), un petit bateau vint bord à bord, dans lequel était un billot, une épéerouillée et un bourreau. On y descendit le duc, et l’homme, lui ayant dit qu’il devait mourir comme un chevalier, lui abattit la tète au sixième coup '. »

Quelques écrivains modernes rapportent que Charles de Melun, décapité sous Louis XI, en 1468, ayant été seulement blessé au premier coup par l'exécuteur, se releva et parla au peuple. Nous n’avons pu trouver ce fait dans aucun historien contemporain.

I je bourreau chargé d’exécuter Marie Stuart fut tellement troublé à la vue de cette princesse, qu’il lui fit seulement une profonde blessure à la partie inférieure du crâne. La reine resta sans mouvement; au troisième coup la tète fut séparée du corps, et lorsqu’elle eut été relevée et montrée aux assistants, les muscles de lq face étaient tellement contractés, que sestraits n’étaient plus reconnaissables.

Lecomte de Chalais, décapité à Nantes, le 19 août 1626, à l’âge de vingt-six ans, eut un sort effroyable. Ses amis, qui espéraient que le moindre délai pourrait le sauver, avaient fait séquestrer l’exécuteur; mais la justice de Richelieu ne pouvait être arrêtée par un pareil obstacle, et celte tentative eut de cruelles conséquences pour le malheureux jeune homme. Un condamné à mort offrit

1 Histoire d'Xrgleterre, Induction de t/'on de Wailly, 1813, in-18, ome It, n. 52;».

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d'acheter sa grâce en faisant le métier de bourreau. Mais, n'ayant pas l’habitude de se servir de l’épée, il s’arma d'une doloire. et ce ne fui qu’au trente-quatrième eoup que la tête tomba ; on entendit Ghalais crier jusqu’au vingtième.

Quelque chose d’analogue arriva au supplice de Cinq- Mars et de son ami de Thou, décapités à Lyon, le 12 septembre 1042.

« Le couteau dont on devoit se servir pour le supplice, dit Fontrailles, étoit fait à la façon des haches anciennes, ou bien comme celles d’Angleterre ; le bourreau estoit un vieil gagne-deniers de la ville, qui n’avoit jamais fait exercice, et duquel l’on fut contraint de se.servir, à cause que l’exécuteur ordinaire avoit eu une jambe rompue depuis un mois ou deux..* Cinq-Mars fut exécuté le premier. Ensuite arriva le tour de de Thou, qui monta sur l’échafaud avec tant de promptitude, que l’on eût dit qu’il voloit ; y étant, la première chose qu'il lit, ce fut d’embrasser le bourreau , l’appelant son père et le priant de ne pas le faire languir... Puis il baisa le sang de M. le Grand qui y étoit, demanda un mouchoir pour se bander, disant : « Messieurs, vous direz que je suis un poltron et que j’appréhende la mort; » et lui ayant jeté deux mouchoirs, il dit : « Messieurs, Dieu vous le rende en paradis. » 11 fut bandé de l’un d’iceux, puis reçut le coup qui donna sur l’os de la tête, ne fit que l’écorcher, et se voulant lever, tomba à la renverse du côté gauche, et porta la main où il avoit eu le coup, le bourreau le voulant frapper sans prendre garde qu’il alloit frapper sur la main, le frère, qui étoit monté sur l'échafaud, lui frappa le bras ; le bourreau lui donna un autre coup qui ne fit que l’écorcher sous l’oreille et l’abattit entièrement sur l’échafaud. Là il jeta les pieds en* l’air avec grande furie, et reçut trois coups au gosier.

Iü4 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

On croit que ceux-là le tuèrent ; il en reçut deux autres après qui lui séparèrent la tête *. »

Le duc de Monmouth, fils naturel de Charles II, condamné à mort pour s’être révolté contre Jacques II, étant monté sur l'échafaud (15 juillet 1685), supplia le bourreau de ne pas le mutiler comme il avait mutilé lord Russel, décapité le 21 juillet 1685. » Cet avertissement, dit Lingard , sembla avoir ôté à l’exécuteur la force d’exécuter sa tâche. Il s’y prit si maladroitement, ou frappa avec tant de faiblesse, qu'il ne fit qu’une légère blessure, et le patient, se soulevant du billot, tourna la tête à gauche, comme pour se plaindre. Après deux autres coups la vie parut éteinte, et l’exécuteur, effrayé de son œuvre de sang, jeta la hache, jurant que le cœur lui manquoit, et qu’il n'en feroit pas davantage. Mais les shériffs le forcèrent de reprendre l’instrument de mort, et au cinquième coup il sépara la tête du corps*. »

Biron, décapité dans l’intérieur de la Bastille, le 3i juillet 1602, fut loin de montrer autant de résignation que les précédents. « Étant monté sur l’échafaud, le bourreau lui présenta un mouchoir blanc pour le bander; mais il prit le sien, lequel s’étant trouvé trop court, il demanda celui de l’exécuteur; et s’en étant bandé et mis a genoux, il se leva et débanda aussitôt, s’écriant : « N’v « a-t-il point de miséricorde pour moi ? » Et dit de rechef au bourreau qu’il se retirât de lui, qu’il ne l’irritât point et ne le mît au désespoir, s’il ne vouloit qu’il l’étranglât, et plus de la moitié de ceux qui étoient là présents ; desquels plusieurs eussent voulu être hors, voyant cet homme non lié parler de cette façon. De là un peu il se remit à genoux et se rebanda ; et tout incontinent se re-

* Relation rie Fonlrailles, collection Michaud-Poujoulat, p. 266.

* Nous parlerons plus loin des bruits qui coururent sur la mort de ce prince.

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SUPPLICES

leva sur pied, disant vouloir encore voir le ciel, puisqu’il avoit sitôt à ne plus le voir jamais, et qu’il n’y avoit point de pardon pour lui. Pour la troisième fois, il se remit à genoux et se banda; et comme il portoit la main pour lever encore une fois le bandeau, le bourreau fit son coup, au même instant qu’il lui disoit qu’il ne lui trancheroit point qu’il n'eùt dit son In manus. Si le bourreau n'eût usé de cette ruse, ce misérable et résolu homme s’alloit encore lever, et, de fait, il eut deux doigts offensés de l’épée du bourreau, comme il portoit la main pour se débander une troisième fois *. »

Les détails suivants, relatifs à des personnages graciés sur l’échafaud, au moment même où ils n’attendaient plus que la mort, nous ont semblé trouver naturellement place ici.

Commençons par Saint-Vallier, qui avait été compromis dans l’affaire du connétable de Bourbon.

* Le procès amplement instruit, dit Pasquier, Saint- Vallier fut amené à la conciergerie du palais de Paris, et logé en la tour quarrée; et l’un et l'autre procès ayant pris leur trait, le roy, séant en son lit de justice, assisté de ses princes et des pairs, fut, le 16 janvier 1623, prononcé l’arrest contre le duc de Rourbon, par le chance- 1 ier Duprat, et, quelques jours après celui de Sain t-V allier, portant condamnation de mort, au-dessous duquel estoit un retenton, qu’avant que de l’exposer au dernier sup- .plice, il seroit appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour indiquer les autres complices. Arrest non toutesfois exécuté pour ce regard.

« Le lendemain, maistre Nicolas Malon, greffier criminel, accompagné de maistre Jean de Vignoles, l’un des quatre notaires et secrétaires de la cour, et de plusieurs huissiers, se transporta, à une heure de relevée, en la

* Journal de l'Estoile, collection Michaud-Poujoulal, p. 536.

seconde chambre de la tour quarrée, où il luy prononça son arrest. Je vous laisse toutes les particularités qui se passèrent entre eux. Tant y a qu’une heure après ou environ de relevée, il est mené sur le perron des grands degrés du palais, où, après son cry fait, monté sur une mule, et derrière luy un huissier en croupe, fut conduit par les huissiers de la cour, sergents à verge, archers, nrbalestriers et gens du guet de la ville, jusques en la place de Grève, où il monta sur Teschafaut, et après s’estre réconcilié à Dieu entre les mains de son confesseur, comme il esloit sur le point de s’agenouiller pour recevoir le coup de la mort par l'exécuteur de la haute justice, voicy arriver un archer des gardes du roy, nommé François Bobbé, qui présenta à Malon deux lettres, l’une missive, et l'autre patente, portant commutation de la mort à une prison perpétuelle À cette nouvelle, Malon laisse le prisonnier, deffendant au bourreau de passer outre ; et de ce pas se transporte avee Vignoles et Bobbé et quelques huissiers en la maison du seigneur de Selve, lequel ayant leu les lettres, commanda d en faire lecture devant tout le peuple, et de ramener Saint-Vallier en la prison, pour en estre ordonné par la cour, ce qu'elle verroit de raison. Ce commandement est exécuté. Toutesfois l’appréhension que ce pauvre seigneur avoit eue de sa mort le réduisit en une telle fièvre, que, peu de jours après, il mourut; et de là est venue la fièvre de Saint-Vallier, tant.solennisée par nos communs propos >. »

« Permettez-moi, je^ vous prie, ajoute Pasquier, de saulter du coq à l'asne.et d’attacher à la suite de l'histoire d’un seigneur de marque celle d'un bouffon dont

* Ceci esl une erreur. Saint-Vallier resta en prison jusqu’en 1526, époque à laquelle il fui mis en liberté. Voyez Journal d'un bourg roi * <lr l’nri y sous François l". p. 1!)2 et 282,

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la fin ne feust bouffcnesque. Nicolas d’Est, marquis de Ferrare, avait un plaisant, nommé Gonqelle, lequel voyant son maistre tourmenté d’une fièvre quarte, qui se tirait à longueur, ayant appris d’un médecin qu'il n’y avoit plus prompt moyen de le garantir qu’une spavente(frayeur)etestonnement, ce bouffon, se promenant auprès de son maistre le long d’un pré, qu'il entretenoit de baye, trouvant, ce luy sembloit, son apoint, le poussa de telle façon, qu'il tomba dedans la rivière en un gay, où il n’y alloitque du péril de sa vie. S’il fut guéry ou non de sa fièvre quarte par ce beau remède, je ne le sçay; bien scay-je qu'en la frayeur de ce saut inopiné, il y avoit assez de quoi pour le faire entrer en celle de Saint-Vallier. Or entendez de quelle monnoye ce nouveau médecin fut payé. Le marquis ordonne que son procès luy fust fait et parfait par son podestat, lequel ne tournant à jeu celte bouffonnerie, le condamna d’avoir la tête tranchée. Chose dont le prince ayant eu advis, comme celuy qui ne prenoil à desplaisir tous les desportemenls de son Gonnelle, commanda qu’il fut décapité d’un seau d'eau, estimant tourner cette condamnation en rizée. Ce pauvre homme, mené au lieu du supplice, confessé, agenouillé, yeux bandez, comme si ce fust «à bon escient; toulesfois, au lieu de l’espée, il est, par le bourreau, salué d'un seau d’eau, et, dès l’instant mesme, il rendit l'âme sur la place. Exécution qui fut faite à petit semblant, mais il n’y eut en ceci rien pour rire’. »

Le chevalier du Jars, s’étant trouvé mêlé à toutes les intrigues des ennemis de Richelieu, fut arrêté au mois de janvier 1032, et mené à la Bastille, où, pendant onze mois, il fut interrogé quatre-vingts fois par Laffemas, qu'on appelait le bourreau du cardinal, et qui ne put obtenir de lui aucun aveu, ün le transféra ensuite à

* A (cherche» de /« France, I. Vlil, e s\m, col. 8ÿ»-8i{*.

Troyes, et, pendant son procès, il montra la même fermeté. Laissons du reste parler madame de Motteville, amie intime du chevalier:

«Il fut, dit-elle, mené sur la sellette, où fort constamment il refusa pour juge Laffemas, lui reprocha toutes ses lâchetés, l'appela une seconde fois scélérat, et avertit ses autres juges de ce que Laffemas avoit promis au cardinal contre lui. 11 fut interrogé tout de nouveau, et demeura trois heures en cet état. 11 se défendit si courageusement qu'il confondit ceux qui le vouloient perdre, et qui avoient du moins le dessein de lui faire trahir ses amis. Sortant de là, le prévôt de l’Isle s’approcha de lui et lui dit: « Monsieur, bon courage; j'espère bien pour « vous, car on m’a dit de vous ramener dans la prison « où vous êtes, et c’est l’ordinaire de mener ceux qu’on a va condamner à mort dans un autre lieu. » Le chevalier lui dit du même ton dont il avoit accoutumé de censurer les choses qu’il n’approuvoit pas : « Mon ami, ces « pendards me vont condamner : je le vois à leur mine. « Il faut avoir patience, et le cardinal enragera de voir « que je me moque de lui et de ses tortures. » Aussitôt qu’il fut parti. Laffemas montra aux juges une lettre du cardinal, ou plutôt du roi, parlant ainsi de ce chevalier: « S’il est condamné à la gêne, qu’on la lui montre, et « qu’on ne la lui donne pas. S’il est condamné à mort, « qu’on surseoie l’exécution. » Ayant été condamné, on le mena sur l’échafaud ; il y parut plein de courage et d’honneur; il se moqua de ses juges et de ses ennemis, montrant de recevoir la mort avec une grande fermeté. Il m'a dit depuis qu'il y avoit souffert; mais que Dieu lui avoit fait de grandes grâces, et qu’il avoit reconnu par expérience qu’il avoit soin de ses créatures. Étant près d'avoir la tête tranchée, on lui vint apporter sa grâce 1 . »

1 Mémoires de madame de Molieville, collection Miehaud-Poujoulat,

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