‹ Curiosités biographiquesChapitre 1 sur 36 · Curiosités biographiques · texte numérisé non relu

Curiosités biographiques

L’auleur anonyme des Nugœ vendes (1663, in-12), livre réimprimé plusieurs fois, s’ost posé bon nombre de queslions assez plaisantes, et entre autres, celle-ci : Quel est le meülcur nez ? — « C’est le grand, répond-il. Voyez plutôt les portraits de tous les empereurs romains. Le nez de Numa avait un demi-pied, ce qui lui fit donner le surnom de Pompilius, comme qui dirait un nez superlatif. Selon Plutarque, Lycurgue et Solon ont eu le même avantage, ainsi que tous les rois d’Italie, à l’exception de Tarquin le Superbe : aussi fui-il détrôné celui-là. — Un grand nez est toujours une preuve de sagesse; et celui d’Homère, qui avait sept pouces, en est une preuve. De là CCS deux proverbes, que les hommes prudents sentent de loin, et que les sols n’ont point de nez L »

« Les grands nez, dit Vigueul-Marville, sont en honneur partout le monde, excepté à la Chine et chez les Tariares. Les nez camus déplaisent, et sont de mauvais

' Soirées' lillcruires, (. vu, p. 119,

augure. Le connétable Anne de Monlmorenci élail camus; et on l’appelait, à la cour, le camus de Monlmorenci. Le duc de Guise, fils de celui qui fut tué à Blois, était aussi camus; et j'ai connu un gentilhomme qui, ayant une vénération singulière pour ces deux maisons de Guise et de Monlmorenci, ne se pouvait consoler de ce qu’il s’y était trouvé deux camus, comme si ce défaut en diminuait le lustre. »

Puisque décidément les grands nez sont les meilleurs, il est incontestable que les nez de Titc-Live, d’Ovide, d’Ange Politien, de Charles Borromée, de Léoni d’Ancône S président de l’académie délia Virlù, au seizième siècle; du Camoens et de l’écrivain anglais Ketl ont dû faire bien des envieux.

Il n’en pouvait être ainsi des nez de Béraud II, dau« phin d’Auvergne, dit le comte camus, ni de Guillaume d'Orange au court nez, célébré dans tant de romans de chevalerie.

François, duc d’Alençon, frère de Henri III, avait été si maltraité par la petite vérole que son nez avait été partagé en deux. Aussi, après la tentative perfide et infructueuse qu’il fit, en 1385, pour s’emparer, sur ses alliés les Flamands, de la ville d’Anvers, tentative qui est

* Aüiiibat Caro composa sur rénorme nez de Léoni une disseriatiou qui fut imprimée sous le litre de la Diceria de msi.

’ On lit sur lui un quatrain satirique, qui a été imité de lu inaiiiiTC suivante par un auteur français ,

a Vois ce nez, critique perflde, a El tu diras avec raison « Uue si Kclt n’est pas un Ovide,

« Du moins, ma foi, c’est un Nason. »

Digilized by GoogI

connue sous le nom de folie d’Anvers, on fit sur lui celle épigrainme, rapportée par i’Estoile :

Flamans, ne soiés eslonnés.

Si à François voies deux nés,

Car, par droit, raison et usage,

Fault deux nés à double visage.

Le nez| de Cyrano de Bergerac avait atteint de telles dimensions, que son maître mettait ù chaque instant l'épée à la main pour châtier les insolents qui osaient le regarder trop longtemps.

Les lecteurs désireux de connaître la forme du nez de différents artistes n’ont qu'à consulter la Vita di Pittori, Rome, 1732. L’auteur, Pascoli, a donné, à cet égard, les renseignements les plus précis.

Madame de Gcniis, douée d’un nez moins volumineuit que ceux des personnages précédents, le regardait comme un nez modèle^ si l’on en juge par quelques passages de ses Mémoires. Le graveur lui ayant fait un nez aquilin sur une médaille frappée en son honneur : « Est-ce donc là, s’écria'-t-elle, ce petit liez retroussé?... Ce nez avait été chanté en vers et eu prose... Il était très-délicat, et, en vérité, le plus joli du monde... et) comme tous les nez de ce genre, il avait une petite bosse ( et le bout avait... ces petites facettes que les peintres appellent des méplats. » Puis elle fait, avec l’esprit prétentieux qui la caractérise, l'histoire de lu décadence de son nez.

Vigiieul-Marville a émis quelques idées assez originales sur la couiiguratiun du visage humain:

« Ou admire avec raison, dit-il, que de tous les hommes qui sont au monde, il n'y en a peut-être pas deux qui se ressemblent entièrement de visage : mais on ne

4 CURIOSITÉS BIOGRAPniQUES.

prend pas garde à une autre cliose aussi merveilleuse, que chaque visage est formé de sorte, que quelque laid qu'il nous paraisse, pourvu qu'il ne soit point détiguré par aucun accident, on ne saurait y rien changer pour le rendre plus beau sans le rendre difforme ; parce que dans sa laideur même la nature a observé une symétrie si exacte, que l’on ne peut raisonnablement y trouver à redire. Par exemple, si l'on prétendait allonger le nez d’un camus, je dis qu’on ne ferait rien qui vaille; parce que ce nez étant allongé, il ue ferait plus symétrie avec les autres parties du visage, qui, étant d’une certaine grandeur, et ayant de certaines élévations ou de certains enfoncements, demandent que le nez leur soit proportionné. Ainsi, selon de certaines règles très-parfaites en elles-mêmes, un camus doit être camus; et selon ces règles, c’est un visage régulier qui deviendrait un monstre, si on loi faisait le nez aquilin. Je dis bien plus, qu’il est quelquefois aussi nécessaire qu’un homme n'ait point de nez, qu’il est nécessaire dans l’ordre toscan, par exemple, que le chapiteau de la colonne n’ait point de volute. C’est un bel ornement que la volute dans l’ordre ionique ou daqs le corinthien, mais ce serait un monstre et une irrégularité dans l’ordre toscan.

(( Un petit nez, dç petits yeux, une grande bouche qui nous choquent d’ordinaire, appartiennent à un ordre de beauté qui peut bien n’être pas de notre goût; mais que nous ne devons pas condamner, parce qu’en effet c’est un ordre qui a ses règles, qu’il ue nous appartient pas de contredire. Ces règles sont si constantes, que ce n’est que par la connaissance parfaite que les habiles dessinateurs en ont, qu’ils peuvent rendre très-ressemblans les portraits qu’ils peignent d’après nature. Et c’est ce que

voulait dire l’incomparable Nanteuil, quand il se vantait d’attraper toujours la ressemblance, et de s’êire fait pour cela des règles très assurées. Je lui ai ouï dire qu’il y a de certains traits du visage qu’il faut extrêmement considérer, parce qu’ils servent de mesure à tous les au 1res; et que quand une fois ou a dessiné exactement ces traits, le reste est comme immanquable. Je lui demandai un jour s’il pourrait peindre une personne absente sur le rapport que je lui en ferais. — Oui, me dit-il, pourvu que vous fussiez assez habile pour répondre exactement à ce que je pourrais vous demander, eu quoi consiste tout le secret de mon art. »

L’auteur d’un Essai sur la laideur, publié en 1734, l’Aoglais IJay, s’exprime ainsi : « La difformité corporelle est fort rare. Sur cinq cent cinquante-huit gentlemen qui composent la chambre des communes, je suis le seul qui ait à se plaindre de sa figure. Je remercie mes dignes constituants de n'avoir jamais rien allégué contre ma personne, et j’espère qu’ils n’auront jamais rien à alléguer contre ma conduite. »

Voici, en ne remontant pas plus haut que le quatorzième siècle, les personnages dont la laideur ou la difformité nous a paru, d’après le témoignage des contemporains dignes d'être mentionnés : Marguerite, comtesse de Tyrol, surnommée Gueule de sac (Maullascbe) : on peut voir son hideux portrait à la galerie de Versailles; Léonce-Pilate, savant grec du quatorzième siècle; Giotto, Campagni, écrivain italien du quinzième siècle; de la Trémouille, ami de madame de Sévigné ‘ ; la fameuse vi-

• Madame de Sévigné raconte qu’il regardait une fois une jeune personne dont il faisait l’amoureux et tournait le dos à une antre qui s’érri: ; « Ost à moi qu’il veut plaire assurément. »

sionnaire Bourignon ; Saint-Martin, littérateur français du dix-seplième siècle; mademoiselle de Scudéri,Danchet*, / Delille, Florian, Gibbon, Coffey, auteur anglais, mort en 1745; Boulanger, l’auteur de VAnliquilé dévoilée; Cliauvelin, l’adversaire des jésuites; le gastronome Grimod de la Reynière, Linguet, Mirabeau, Danton, Grassi, historien et poète piémonlais du dix-neuvième siècle, et enfin le célèbre comédien anglais Maltliews, aussi laid que Lekain, son rival de gloire.

La laideur de Pélisson était devenue proverbiale. On sait qu’une dame le pria un jour de vouloir bien poser devant un peintre qu’elle avait chargé de représenter le diable. Il était tellement laid que, comme on hésitait à proposer pour confesseur au duc de Bourgogne le jésuite Martineau, homme d’une figure repoussante : « Bah, dit le prince, rien ne saurait effrayer un homme qui a vu Pélisson. »

Le moraliste Vauvenargues fut tellement défiguré par la petite vérole qu’il n’osa rentrer dans le monde , et c’est à celte reiraile que l’on doit ses remarquables ouvrages.— Un écrivain au-dessous du médiocre, leLyonnais Deviriau, devint si laid à la suite d’une maladie, qu’il ' n’osa plus rentrer en France et s’enfuit à Constantinople.

Nous ne savons si ce fut par le meme motif que le naturaliste prussien Hilsenberg, mort en 1824, s’enfuit à Madagascar; toujours est-il que les Malgaches, aussi bons appréciateurs, à ce qu’il semble, de la beauté physique que les Européens, surnommèrent ce savant oouroundou/e (effraie). Il avait le teint très-blanc, les cheveux et les

’ On connaît l’épigramme de Rousseau, qui commence ainsi :

Je te vois. Innocent Dauchet r.rands yeux ouverts, bouche b^■^me.

sourcils très-blonds, et la membrane entourant lus cils d'une teinte rouge, et leur rappelait ainsi l'image de cet oiseau de nuit.

Becker, auteur allemand, d’une ligure hideuse, ayant nie l’existence du diable dans son Monde enchanté , La Honnoie fil contre lui cette mordante ëpigramme :

Oui, par toi de Satan la puissance est brisée;

Mais tu n’as cependant pas encore assez fait !

Pour nous ôter du diable entièrement l'idée,

Bekker, supprime ton portrait.

Le traducteur des Métamorphoses d’Ovide^ Saint-Fariau, plus connu sous le nom de Saint-Ange, d’une laideur remarquable qu'augmentaient encore sa bouche béante, sa grande taille et ses cheveux nattés comme ceux d’un garde-suisse, ne put pas échapper aux sarcasmes que jusÜQaient d’ailleurs ses ridicules prétentions littéraires. A l’époque où parut son livre, on lit courir contre lui l’épigramme suivante :

Ovide osa nous raconter Comment, sous mainte forme étrange.

Le roi des cieux donnait le change Aux belles qu'il voulait dompter;

Mais aujourd’hui Jupin se venge

En le faisant ressusciter

Sous lu flgure de Saint-Ange >

Scanon nous a laissé de lui-même le portrait suivant :

« Lecteur qui ne m’as jamais vu, et qui peut-être ne t’en soucies guère à cause qu’il n’y a pas beaucoup à profiler à la vue d’une personne faite comme moi ; sache que je

* Correspondance secrète, \v, ch- 28.

ne me soucierais pas aussi que lu me visses, si je n’avais appris que quelques beaux esprits facétieux se réjouissent aux dépens du misérable, et me dépeignent d’une autre façon que je ne suis fait. Les uns disent que je suis cul-de-jatte; les autre.«, que je n’ai pas de cuisses, et que l’on me met sur une table dans un étui, où je cause comme une pie-borgne ; et les au 1res, que mon cbapeau tient à une corde qui passe dans une poulie, et que je le hausse et baisse pour saluer ceux qui me visitent. Je pense être obligé, en conscience, de les empêcher de mentir plus longtemps, et c’est pour cela que j’ai fait faire la planche que lu vois au commencement de mon livre. Tu murmureras sans doute ; car tout lecteur murmure, et je murmure comme les autres, quand je suis lecteur; lu murmureras, dis-je, et trouveras à redire de ce que je ne me montre que par le dos. Certes ce n’est pas pour tourner le derrière à la compagnie, mais seulement à à cause que le convexe de mon dos est plus propre à recevoir une inscription que le concave de mon estomac, qui est tout couvert de ma tête penchante, et que par ce côté-là, aussi bien que par l'autre, on peut voir la situation ou plutôt le plan irrégulier de ma personne. Sans prétendre faire un présent au public (car, par mesdames les neuf muses, je n’ai jamais espéré que ma tète devînt l’original d’une médaille), je me serais bien fait peindre, si quelque peintre avait osé l’entreprendre. Au défaut de la peinture, je m’en vais te dire à peu près comme je suis fait.

« J’ai trente ans passés, comme tu peux voir au dos de ma chaise. Si je vais jus(|u'à quarante, j’ajouterai bien des maux à ceux que j’ai déjà soufferts depuis huit ou neuf ans. J’ai eu la taille, bien faite, quoique petite. Ma

maladie Ta raccourcie d’un bon pied. Ma lête est un peu grosse pour ma taille. J’ai le visage assez plein pour avoir le corps irès-décliarné ; des cheveux assez pour ne porter point de perruque ; j’en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe ; j’ai la vue assez bonne, quoique les yeux gros;, je les ai bleus; j’en ai un plus enfoncé que l’autre, du côté que je penche la tête. J’ai le nez d’assez bonne prise. Mes dents, autrefois perles carrées, sont de couleur de bois, et seront bientôt de couleur d’ardoise. J eu ai perdu une et demie du côté gaucho, et deux et demie du côté droit, et j’en ai deux un peu égrignées. Mes jambes et mes cuisses ont fait premièrement un angle obtus, et puis un angle égal, et enfin un aigu. Mes cuisses et mon corps en font un autre, et ma tète se penchant sur mon estomac, je ne représente pas mal un Z. J’ai les bras raccourcis aussi bien que les jambes, et les doigts aussi bien que les bras. Enfin, je suis un raccourci de la misère humaine. Voilà à peu près comme je suis fait. Puisque je suis en si beau chemin, je le vais apprendre quelque chose de mon humeur ; aussi bien cet avant-propos n’est fait que pour grossir le livre, à la prière du libraire, qui a eu peur de ne retirer pas les frais de l’impression ; sans cela il serait très-inutile, aussi bien que beaucoup d’autres, mais ce n’est pas d'aujourd’hui que l’on fait des sottises par complaisance, outre celles que l’on fait de son chef.

a J’ai toujours été un peu colère, un peu gourmand et un peu paresseux. J’appelle souvent mon valet sot, et un peu après monsieur. Je ne hais personne. Dieu veuille qu’on me traite de même. Je suis bien aise quand j’ai de l’argent, cl serais encore plus aise si j’avais la santé. Je me réjouis assez eu compagnie. Je suis assez

contenl quand je suis seul. Je supporte mes maux àsscz patiemmeut; et il me semble que mon avant-propos est assez long, et qu’il est temps que je le finisse*. »

Voici la description que Saint-Pavin a donnée de sa personne :

Soit par hasard, soit par dépit,

La nature injuste me lit Court, entassé, la panse grosse ;

Au milieu de mon dos se hausse Certain amas d’os et de chair Fait en pointe comme un clocher;

Mes bras d’une longueur extrême,

Et mes jambes presque de même.

Me font prendre le plus souvent Pour un petit moulin à vent.

Les poètes aveugles, depuis le vieil Homère, sont assez nombreux. Nous citerons entre autres ; Milton®, le Lubeckois Acli. Dan. Léopold (aveugle-né, mort en 1753), La MoUe-Houdart, Dclille, Blacklock, Avisse, Kozlov, et rArgovienne Louise Egloff. Cette dernière était devenue aveugle dès l’enfance.

Asconius Pëdianus, grammairien du premier siècle, Didyme, célèbre docteur d’Alexandrie (mort vers 593), le Florentin Brnndolini, prédicateur et poète latin (mort en 1497), le célèbre grammairien italien Pontanus, l’Allemand Griesinger, qui savait sept langues, le philologue

1 Œuvres, 1720, in-8, t. i, p. 8t5.

* Un jour, dans le parc de Saint-James, Charles II rencontra un aveagle, c'élait Millun. « -Monsieur, dit le roi au vieillard, voilà comme le ciel vous a puni d'avoir conspire contre mon père. — Sire, répondit le poète, si les maux qui nous aflligcnt en ce monde sont le châtiment de nos failles, voire père devait être bien coupable. »

PARTICULARITÉS PHYSIQUES. Il

piëmonlais Grassi (mort en 1831), etc., oui été, à unàj;e plus ou moins avancé, atteints de cécité.

Le plus remarquable des hommes qui, bien qu’avem gles, se sont fait un nom dans les sciences S est, sans contredit, l'Anglais Saunderson, qui, à un an, en i685, fut privé de la vue à la suite de la petite vérole. Malgré sa cécité complète, il se livra assidûment à l’étude des sciences, et enseigna, avec le plus grand éclat, à l'Üniversité de Cambridge, les mathématiques et l’optique. Chez lui, le sens du toucher avait atteint une sensibilité exquise. Ainsi, dans une collection de médailles romaines, il savait distinguer les vraies d'avcc les fausses, quoique celles-cifussentassezbien contrefaites pour tromper des hommes qui avaientpu en juger avec leurs yeux. Pur la différence de l'impression de Pair sur son visage, il reconnaissait quand un objet était placé devant lui. Grâce à son ouïe, qui lui permettait de saisir et d'apprécier les moindres sous, il pouvait juger de la grandeur d’une salle où on l'introduisait, do la distance ou il se trouvait de la muraille, etc.

Le Prussien Louis Dulon, habile joueur de flûte, était devenu aveugle à huit ans. Vers 1796, Wolve, directeur d'une école primaire à Dresde, inventa, pour lui, un alphabet en relief et mobile, à l'aide duquel il parvint à écrire une autobiographie y qui fut publiée par VVieland, Zurich, 1807, 2 vol. in-8.

‘ Nous dlcrons cuire autres les botanistes Rumpf (m. 4693), Ant. Laurent de Jussieu (ni. 4838), le mathématicien hollandais J. Borghes (m. 4653 , le comte de Pagan, ingénieur et astronome français (m. 4665), Galilée, l’astronoine Cassini, le naturaliste genevois Huber , qui a laissé de très-beaux travaux sur les abeilles, et cnlln, Bérard, qui devenu aveugle à vingt-trois ans, professa longtemps les mathématiques au collège de Briançon, et publia un photophore ou porte-lumière.

12 CURIOSITÉS RIOGRAPIIKJUES.

Mademoiselle Paradies, pianiste célèbre de Vienne, devenue aveugle à deux ans, vint à Paris, en 1784, et y obtint un grand succès.

Au seizième siècle, lors de l’inauguration du théâtre de Vicence, par l’Académie olympique de cette ville, on représenta VOEdipe de Sophocle, traduit par Orsato Justiniani, noble vénitien. Le rôle d’OEdipe, pendant le dernier acte, fut joué par Louis Grotto, auteur dramatique et aveugle.

Au dix-septième siècle, le sculpteur Jean Gonnelli, né à Gambassi (Toscane), étant devenu aveugle, à vingt ans, n'en continua pas moins l’exercice de son art, et, malgré son infirmité, exécuta plusieurs portraits en terre cuite, qui sont regardés comme des chefs-d’œuvre. On conserve, entre autres, de lui, au palais Barbcrini, à Rome, un portrait du pape Urbain VIII. Il lui suffisait de passer la main sur le visage d'une personne pour en reproduire, exactement les traits. C'est, bien certainement, lui dont il est question dans le passage suivant des Mémoires de l’abbe Arnauld, où, nous ne savons pourquoi, le nom de l’artiste est resté en blanc :

« J’aurais bien souhaité de pouvoir passer par Lucques, pour y voir un prodige de nos jours, le fameux sculpteur... qui, ayant excellé dans son art, et étant devenu aveugle, ne cesse pas de travailler sur le marbre, et même de faire des portraits ressemblants entêtant le visage des personnes. On en conte une chose étonnante.

« La princesse de Palestrine(dona AnnaColonua), fembie du prince préfet Barberin, ayant passé à Lucques en venant on France, voulut voir cet homme extraordinaire, quelle avait connu à la cour du pape Urbain avant qu’il eût perdu la vue. Pour éprouver la vérité des choses

qu'elle avaii ouï dire, elle lui présenta une médaille qu’elle lui dit être la tête du prince préfet, et lui en demanda son avis; mais cet homme, apres l’avoir un peu maniée, commença à la baiser en lui disant ; « Madame, « vous ne me tromperez pas ainsi; je connais trop bien que c’est le visage de mon bon maitre le pape Urbain; » comme s’il avait eu des yeux au bout des doigts pour discerner une chose aussi peu sensible à raltouchcmeut que le relief d’une médaille L »

Lomazzo, peintre italien du dix-huitième siècle, devint aveugle dans un âge assez avancé.

Quelques hommes de guerre, bien qu’aveugles, n’en ont pas moins dirigé des armées. Tels furent Henri Daiidolo, et Jean Ziska. Le premier, doge de Venise, fut rnn des chefs de l'armée latine qui conquit Constantinople en 1204. « Vielsbome erc (était), dit Geoffroy de Villellardoniu (ch. 34},ct si avoit lesyaulx en la teste biaus, et si n’en veoil gote, que perduë avoit la veuë per une plaie qu’il ot (eut) cl chief. »

Jean de Troezow, plus connu sous le nom de Ziska (en bohémien, Borgne), qu il reçut après avoir eu, étant fort jeune, un œil crevé en jouant avec des enfants, fut l’instigateur et le chef de cette terrible guerre des llussitcs qui dura plus d'un demi-siècle. Il perdit, dès 1420, au siège de Raby, l’œil qui lui restait, et ce fut pourtant, après ce dernier accident, que ce vieux Chien aveugle, comme il s’appelait lui-même, remporta ses plus éclatai)les victoires.

« Après qu’il eut perdu la vue, dit Lenfant dans sou Histoire de la guerre des Hussites, on le menait sur un

’ Mimoires de l’abbè Arraild, année I6U«

char auprès du principal drapeau. De là il se faisait expliquer l'ordre de la halaille, la situation des lieux, les vallons, les rochers, les montagnes, les forêts, et, selon CCS instructions, il rangeait son année en bataille et doii-> nait le signal du combat. » Du reste, pour lui, quand il fallait combattre, il n’y avait plus de distinction entre le jour et la nuit. Un soir, comme il venait de donner l'ordre d’attaquer, on le prévint que l’obscurité empêchait d’agir; aussitôt il fit melire le feu à un village pour éclairer son armée qui fut victorieuse, suivant son habitude. Il mourut de la peste au siège de Przibislaw, en 142‘i.

Le chroniqueur russe, Nestor, parle, à l’année 1025, d’une bataille où se trouvait un chef de troupes varègues, nommé Jakun, qui était aveugle et portait sur les yeux un bandeau d’étoffe brochée d'or.

On connaît la mort glorieuse de Jean V Aveugle, roi de Bohême, à la bataille de Crécy, en 1346. Ayant appris que la bataille était perdue, il se fit conduire, par ses chevaliers, au milieu de la mêlée. « Et, dit Froissart, il alla si avant sur ses ennemis que il férit un coup d’épée, voire trois, voire quatre, et se combattit moult vaillamment; et aussi iirent tous ceux qui avec lui étoient pour l’accompagner ; et si bien le servirent, et si avant se boutèrent sur les Auglois, que tous y demeurèrent, ni onqucs nul ne s’en partit: et furent trouvés lendemain sur la place autour de leur seigneur, et leurs chevaux tous alloiés (liés) ensemble ^ »

Un nombre considérable de princes aveugles est fourni par 1 histoire de l’empire grec et des Etats musulmans.

' L. 1 , pari. I, ch. 288.

où le sul>plice de l’aveuglement était fort on usage. Pour les autres pays, nous citerons : Louis III, roi de Provence, Boleslas 111, duc de Bohême, Magnus IV, roi de Norwège, Bêla II, roi de Hongrie.

Nailianiei Price, libraire de Norwicli au dix-neuvième siècle, perdit la vue dans un voyage en Amérique, ce qui ne l’enipécha pas de se faire relieur. On a des livres reliés élégamment par lui pendant sa cécité L

Passons maintenant à ceux qui seraient rois dans le royaume des précédents. « Tout le monde en général, dit Vigncul-Marville, a pitié des aveugles; et tout le inonde sent de l’aversion pour les borgnes : quoiqu’eh bonne justice, les borgnes méritent la moitié de la compassion, comme le disait M. de Servien qui était borgne. Les louches, surtout quand ils ne le sont pas à l’excès, ne déplaisent pas. On aimait dans M. de Montmorency son œil un peu tourné; et on appelait cela à la cour de liOuis XIII, avoir l’œil à la Montmorency. M. Descaries avait de rinclinalion pour les personnes louches; et il en rapportait la cause, à ce que sa nourrice l’était. Cependant il y a des gens qui ne sauraient regarder les louches sans en sentir quelque douleur aux yeUx : je suis de ceux-là. »

Au nombre des borgnes célèbres, nous citerons Tyrtée, Philippe de Macédoine, Annibal, Boémond IV, prince d'Antioche, Raoul 1"^, comte de Vermandois, Venccslas III,

' James XYilsoii,avcnBle dts son enfance, a poblié une Biographie des areugles célèbres, poètes, philosophes, etc. Birmingham, iii-I2, 1835. fa Français du dix-scpticmc siècle, Jean Tliierry, mort vers I6G0, ei jveogie depuis son enfance, acquit une assez grande répulation dans I» prcdicaiion et fenseignement. tl avait en le projet de publier un Traité itet couleurs.

16 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES, roi de Bohême, le grammairien Despautère, Camoëns, Porro, graveur ilalien du seizième siècle, Lillo, auteur dramatique anglais (m. 1739), Saint-Marc, littérateur du dix-huitième siècle, Potemkin, favori de Catherine II, le chimiste Conté, inventeur des crayons qui portent son nom, l’antiquaire danois Arendt (m. 1824).

Quant aux louches qui sont très-nombreux, nous nommerons seulement, Tyrlée, ÎSérou, le calife Hescham, le sotiverain persan Mir-Mahmoud , détrôné en 1722, le peintre le Guerchin et madame de Montausier.

« Les yeux de Tibère, dit Suétone (ch. 68), étaient fort grands, et, chose étonnante, ils voyaient aussi la nuit et dans les ténèbres, mais pendant peu de temps, et quand il venait de dormir ; après quoi sa vue s’obscurcissait peu à peu. »

L’empereur d’Orient, Anaslase PL avait un œil noir et un autre bleu, d'où il fut surnommé Dicore.

La physionomie offre souvent le plus grand contraste avec le caractère. Timoléon de Cessé, comte de Brissac, (I estoit, dit Brantôme *, le jeune homme qui aymoit autant à mener son épée et en tirer du sang, et un peu trop certes, ainsy que je l'ay veu, et aucuns de nous autres ses amys, qui le luy disions; car il estoit trop cruel au combat et prompt à y aller et à tuer ; et aymoit cela jusques-là qu’avec sa dague il se plaisoit de s’acharner sur une personne à luy en donner des coups, jusques-là que le sang luy en rejaillissoit sur le visage. Cas eslrang* pourtant que ce brave Brissac se monslroitdoux par so» visage, beau, délicat et féminin, et estoit dans le cœue si cruel et altéré de sang.

' Des rJtirottnels fra/içois, édition du Panlliéoii, t. i, p. GC5.

a Rien contraire à ce vaillant Strozze, qui avoit son visage quasy barbare, refroigné et noiraul, et n'estoit guières rempiy de cruauté fust ou par ses mains, ou par justice, ainsy que je l’ay cognu tel ; et peu souvent lui ay-je veu commander à son prévost de camp de rigoureuses justices. »

Il est pourtant, d’après ce que raconte Brantôme Inimèine, permis de douter de la mansuétude dé Strozzi, qui un jour fit précipiter du pont de Cé et noyer huit cenis femmes que son armée traînait avec elle, ce qui faillit amener une sédition.

On a remarqué comme une singularité que Tyrtée, Parini , Shakespeare*, Byron et Walter- Scott, tous poètes, étaient boiteux. Zoile Agésilas, Genséric, Robert II, duc de .Normandie, Henri II empereur d’Occident, Ütbon II, duc de Brunswick, Charles II, roi de Naples, Tamerlan étaient aussi atteints de cette difformité, ainsi que mademoiselle de la Vallière, Benjamin Constant, etc Nous laisserons le lecteur décider si, comme le prétend Byron, qui n’était pas désintéressé dans la question, « une ùme est plus ardente dans un corps difforme, à cause des efforts qu’elle fait pour dominer rimperfection physique*. »

• Tous les iTrivaiiis ne soin pas d’accord sur cette difformité atlrlbnée au grand tragique anglais.

' Byron ne pardonnait pas ii sa mère de ne l’avoir pas confié, dans sa jeunesse, à quelque orthopédiste qui eût fait disparaître ou diminué cette difTonuiic. On conçoit, du reste, combien devait en souffrir un homme qui, très-irritable par la nature même de son génie, portait jusqu’à l’excès le soin de sa personne. Ainsi il dormait une serviette entre ses dents, de l>enr qu’elles ne s’éraillassent en se frottant les unes contre les autres jiendant la nuit.

iS CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

On connaît quelques peintres manchots ou gauchers. A la suite d’une paralysie, le célèbre Jouvenet se mit à peindre de la main gauche ; Mazzola, directeur de la galerie impériale de Milan, mort en 1838, ayant été condamné à l’amputation de la main droite par son médecin, ne consentit à subir l’opération, qu’après s’être assuré qu’il pourrait peindre de la main gauche; on cite encore, au nombre des artistes manchots, Dal Soie, qui dut à son habileté le surnom de Mmehino de Paesi, et Richard Martin. Du reste, plusieurs peintres, se servaient aussi de la main gauche avec une adresse remarquable, on cite entre autres, üolbein

Miiley Muhamad Vil, quinzième roi de Grenade, a été surnommé El Hayzari, le Gaucher, non pas paree qu’il se servait réellement de la main gauche de préférence h la main droite, mais, à ce que prétendent quelques historiens, à cause de la mauvaise fortune qui le poursuivit toute sa vie. Cette explication pourtant nous semble peu satisfaisante.

Le gastronome Grimod de la Reynière (1738-1838), vint au monde avee des mains tellement difformes, qu’il fut obligé de se faire faire des doigts postiches.

On cite plusieurs bossus parmi les princes et les hommes de guerre*, et entre autres, Jean II, comte d’Armagnac, Bérenger Raymond le Courbé, conite de Barcelone, le duc de Parme, le maréchal de Luxembourg ; l’adver-

* Le célèbre peintre liollandais Corneille Ketel, mort au commencement (lu dix-septième siècle, s’était mis, sur la lin de sa vie, à abandonner presque entièrement l’usage des pinceaux et à les remplacer par les doigts de sa main gauche, et même de ses pieds. Il peignit ainsi son propre portrait et plusieurs autres qui obtinrent un grand succès.

s « Le Teu duc de Rouanès, dit Tallcmant, lit Taire une peinture qui est encore chez lui îi Oiron, vers Loudun, où le cardinal de Richelieu

l'ARTICÜLAlUTÉS PHYSIQUES. 19

saire malheureux de ce dernier , Guillaume III, prince d’Orange, élait conlrefail^

Parmi les littérateurs contrefaits, on trouve Amelun* ghi, Saint-Pavin, Pierre de Saint-Louis, qui, comme Polichinelle, était bossu par devant et par derrière; Desorgues, auteur d’un poème sur la pédérastie; le Champenois, Pons, etc., etc.

II ne faut pas oublier Cccil, ministre d'Elisabeth; le député Chauvelin, le théologien allemand Eber ( mort en 1614), l’ascétique Guidi , le physicien Lichtenberg, etc. ’ Quant à la bosse de Richard III, il paraît qu’il ne faut pas trop y croire : du moins , Rapin-Thoyras et Horace VValpole prétendent que les historiens, en le dépeignant, suivant l’expression du poète, comme

Le spectacle vivant de la difformité,

n'ont eu d’autre but que de flétrir encore davantage la perversité de son àme.

Le premier bègue dont l’histoire fasse mention est Moïse, qui, suivant l’Exode, employa le ministère de son

est ptint hahillé comme la Fortune, qui tend un biUon de marcclial à on petit grimaud qui représente La Meillerayc, donne une ancre à un fort vilain gobin (Imssu), le général des galères. Pont de-Courlay, et les enseignes des Suisses au colonel des Suisses, le marquis de Coislin, autre bossu.» 3*^ édition, t. tu, p. 53.

' Celle difformiié lui fut reprocliée d’une manière sanglante dans plusieurs pamphlets jacobites et, entre autres, dans celui qui a pour titre : La diforoiilè du péché redressée, sermon prêché à Sainl-ilichaers, rue rorf«f (Crooked-lane), dfi'flut le prince d'Orange; par J. Crookshanks (Jambe-Croche), t703. '

J H n’y avait pas que le corps de Lichtenberg qui fdt de travers, si l’on eu juge par un acte de sa jeunesse, bien digne d’un Allemand : Voulant connaître la cause qui produit l’aurore boréale, il la demanda à un esprit, par un billet déposé sous le luit de la maison de son père.

frère Aaron pour déclarer au roi d'Egypte la volonté de l’Eternel. Passant sous silence les bègues de l’antiquité, et entre autres, Démostliènes et Claude, nous rencontrons, plus tard, Louis le Bègue, Michel II, empereur d’Orient ; Méhémed-el-Nasscr, roi arabe d’Espagne, mort

en 1215; Eric, roi de Suède, mort eu 1250; l’amiral d’Anncbaut, l’ingénieur italien Tartaglia, le poète Malherbe S Caumarlin, garde des sceaux de Louis XIII, etbègue, ainsi que son maître * ; le médecin-poète Darwin, l’avocat Ccqueley 3, mort en 1791; l’actrice Incbbaldj qui débuta courageusement, et finit par se corriger en partie ; Camille Desmoulins, Boissy d’Anglas, surnommé Voraleur Babcbibobu, le peintre David et le critique Holîmann.

Parmi les sourds, qui sont excessivement nombreux, nous citerons seulement Dibil AIkoffay, poète arabe du huitième siècle; le tactitien Folard, le poète allemand Engelshall, Lesage, La Condamine* et Beeihovcn.

Quant aux muets, comme nous tenons à ne pas parler

' Il (radiait toujours en rc'cilant scs vers ; aussi le cavalier Marin disait de lui : « Je n'ai jamais vu d’iiommc plus humide, ni de poète plus sec. »

’ Caumarlin est bègue, disait Louis, et moi aussi ; desorle que lui, qui doit aider à ma parole, aura besoin d’un autre pour parler pour lui. » (( M. d’Alamont (seigneur de Molandry), dit Tallemant, est fort bi'gue. Le roi, la première fois qu’il le vit, lui demanda quelque chose en bégayant. Comme vous pouvez penser, l’autre lui répondit de même. Cela smprit le roi, comme si cet homme eiU voulu se moquer de lui. Voyez quelle apparence il y avait à cela, et si on n’eût assuré le roi que ce gentilhomme était bègue, il l’eût peut-être maltraité. » -2® édition, t. tu, p. 56.

’ On sait que plaidant un jour contre Linguet, qu’il appelait en bégayant monsieur Lin-gu-ct, celui-ci, en l’appelant à sou tour monsieur Coqu-e ley, ne lui appliqua que doux épithètes parfaitement justes.

* Voyez CüuiosiTÉs i.iTTÉnAmES, p. 505, l’épigrammc qu’il composa lui-même sur son inlirmlté.

du fils de Crésus, nous ne mentionnerons que Fernandez, peintre espagnol du seizième siècle.

Athénée a consacré un passage assez long aux personnages qui se sont fait remarquer par leur obésité. Nymphis d’Uéraclée, cité par lui, parle ainsi de Denys, tyran d'Héraclée : « Ayant succédé à son père dans la tyrannie de sa patrie, il devint insensiblement si corpulent par ses excès journaliers, qu'il était suffoqué par la masse énorme de sa graisse ; c’est pourquoi les médecins ordonnèrent de faire des aiguilles menues et fort longues pour lui en percer les cotés et le ventre, toutes les fois qu'il tomberait dans un irop profond sommeil, cl de les enfoncer jusqu’à ce qu’on arrivât aux chairs, après avoir percé au delà de la graisse, etqu’enfin il donnât quelque signe de sentiment ; c’est ce qui avait lieu lorsque l’aiguille louchait les chairs, alors il se réveillait. S’il avait une affaire à traiter avec quelqu’un, il se cachait le corps avec un panier, ne laissant voir que son visage qui s’élevait au-dessus; et c'est ainsi qu'il s'entretenait avec ceux qui se présentaient*. »

Athénée, dans ce chapitre, parle encore de quelques souverains remarquables par leur obésité, et entre autres de Ptolémée VII et de son fils Alexandre. « Ce dernier, dit Posidonius, cité par le môme auteur, devint si gros, qu’à peine pouvait-il marcher sans être soutenu par deux pei-sonnes. Néanmoins, lorsqu’il s’agissait de danser aux repas, il s’élançait sans chaussure, des lits fort élevés, et exécutait les danses avec plus de vigueur et d’agilité que ceux qui en avaient l’habitude. »

' Banquet des savants, l xii, ch. I?, traduction de Lefebvre de^’illebrune. Dans le chapitre suivant du même livre, il est question des gens remarquables par leur maigreur.

A Rome, comme le rapporte Aulu-Gelle, les chevalière romains qui étaient devenus trop gras étaient condamnés par les censeurs à la perle de leurs chevaux.

Au moyen Age, l’embonpoint paraît avoir été considéré, par quelques écrivains, comme une grAcc de Dieu. Le moine Guillaume, dans la vie de Suger, s’exprime ainsi : « Au milieu de tous les genres divers de grâces qu’il reçut du ciel, une seule lui manqua, celle de devenir après avoir pris les rênes du gouvernement de Saint- Denis, plus gras qu'il ne l'était dans l’état de simple particulier, tandis que presque tous les autres, quelque maigres qu'ils fussent auparavant, n'ont pas plutôt obtenu l'imposition des mains, qu'ils engraissent ordinairement des joues et du ventre, pour ne pas dire même du cœur ’ . »

Aux noms précédemment cités, on peut ajouter ceux de Guillaume le’Conquérant, Charles le Gros, Louis le Gros, Humbert II, comte de Maurienne ; Henri 1", roi de Navarre; Henri III, comte de Champagne; Conan III, duc de Bretagne ; Sanche I®*^, roi de Léon ; Alphonse II, roi de Portugal; le poète italien Bruni, mort en165S; de Vivonne, général des galères sous Louis XIV; le célèbre botaniste allemand Dillenius, Haller, Frédéric 1®', roi de Wurtemberg*, et Louis XVIII.

Au nombre des petits hommes, nous trouvons, dans l'antiquité , Agésilas, l'orateur C. Licinius Calvus , qui plaida plusieurs fois contre Cicéron, et l'acteur Lucius.

« Vie lie Suger, par Giiillaurafi, 1. ii, collerlion Guizol, t. vm, p. 178.

* Son ol)ésilé devint de bonne heure proverbiale. On le surnommait l’ÈléphaïU. On vit pendant longtemps, ii l’iiûtel de ville de Paris, la vaste édiancrure pratiquée ù une des tables pour y loger son ventre royal, lors du banquet donné h l'ocrasion du mariage de Marie-Louise.

Alypius d’Alexandrie, philosophe célèbre et conlem*

porain de Jamblique, n’avait pas deux pieds de haut. On raconte qu’il louait Dieu de n’avoir chargé son âme que d’une si petite portion de matière corruptible.

Parmi les personnages de petite taille célèbres à des litres divers, nous mentionnerons Attila, riiisloricn Procope, Grégoire de Tours, Pépin le Bref, Philippe-.\uguste, Charles III, roi de Naples, Albert le Grand, auquel, 4il-on, le pape ordonna un jour plusieurs fois de se lever, le croyant encore à genoux devant lui le pape Jean XXII, le roi de Pologne Vladislas IV, dit Lokiekek (pas plus haut qu’une aune), le navigateur portugais Gama, le philosophe italien Pomponazzi, Erasme, les jurisconsultes Balde, Dumoulin et Cujas, le carme Pierre de Saint-Louis, Godeau, surnommé le Nain de Julie *, le savant allemand Frehcr, qui, alleign.aut à peine la hanche d'un homme de taille ordinaire, s’entendait dire qu'il n'était pas un homme de tête ; Guilon, qui défendit si héroïquement, contre Richelieu, la Rochelle dont il était maire; le peintre hollandais Docs, le peintre anglais Gibson dont la femme, haute de trois pieds comme lui, lui donna neuf enfants; le prince Eugène, Marie-Thérèse, le chimiste Rouelle, l’amiral espagnol Gravina, le girondin Brissot, les acteurs Fleury et Garrick, le conteur allemand Hoffmann, l’Italien Aposioli, envoyé de la république de' Saint-Marin auprès de la république fran-

' On raconte la niPmc anecdote du jésuite Cornélius à Lapide, de Jean André, canoniste du quatorzième siècle, et de Jacques de Castello, député à B>jiurace Vill par l'académie de Bologne.

’ Voyez CrmosiTÉs UTTÉR AIRES, p. 362.

çaise, et qui se mettait en colère chaque fois' qu’on lui répétait qu’il éiait de la taille de son pays,

Piccola republica, piccolo rappresen tante,

•llussein-Pacha, célèbre par ses réformes sous Sélim III le voyageur et antiquaire danois Arendt, et le baron Dcuon*.

Quant aux personnages de grande taille, nous nous contenterons de mentionner, parmi les souverains et les

hommes de guerre, Guillaume d’Ecosse, Edouard III, Godefroi de Bouillon, Philippe le Long, Fairfax, Feih-Aly- Chek, Humbert, Moncey, Mortier, Kléber; et parmi les diverses célébrités des temps modernes, Huss l'hérésiarque, Colomb, Ercilla, auteur de l’^lraucana, poème trèsbeau, que personne ne lit, et que tout le monde admire, comme on a riiabitude de le faire pour la plupart des compositions épiques ; Rochester, le favori de Charles II ; le jurisconsulte Pothier, le naturaliste anglais Banks, Gall, Coffiuhal, Brillat-Savarin, Benjamin Constant, le peintre David, Bellart, le géographe Delamarche et Gare, fondateur du Gentleman’s Magazine.

Au nombre des personnages doués d’une vigueur extraordinaire, on voit figurer l’empereur Maximin, le calife Mostasem-Billah, Edmond, Côle-de-Fer, roi d’Angleterre ; Baudouin, Bras-de-Fer, comte de Flandre ; Guillaume IV, dit Fier-à-Bras, duc d’Aquitaiire ; Christophe, fils d’Albert le Pieux, duc de Bavière ; Godefroi de Bouillon, l’empereur Charles IV, Scanderberg, Léonard de

' Il était surnommé Koiitchouk, le Petit.

3 On peut consulter pour plus de détails le traité du Prussien Quade : De viris stalura parvis et erndilione magni,% Greifswalde, 1786.

Vinci , La Châtaigneraie, l’antiquaire écossais Dempster, le maréchal de Saxe, l’actrice Gauthier, le lactilien français Drummond de Melfort, etc.

« Le corps d’Auguste, rapporte Suétone (cli, 80), était, dit-on, parsemé de taches, et il avait sur la poitrine et sur le ventre des marques naturelles , disposées comme les étoiles de la constellation de l’Ourse... Il avait la hanclie, la cuisse et la jambe gauches un peu faibles ; il boitait même souvent de ce côté. De temps en temps, il sentait tant d'inertie dans le doigt indicateur de la main droite, que, quand le froid venait encore à l’engourdir, il était obligé, pour écrire, de l’entourer d’un cercle en corne. »

Alexandre le Grand , eu marchant, portait la tète un peu penchée ; et, seul rapprochement qu’il eût avec Cujas, sa transpiration exhalait, dit-on, une odeur agréable

Au moyen âge, il semble, d’après plusieurs passages de chroniqueurs, que les cheveux roux aient été considérés comme une chose déshonorante. Ainsi, le moine de Saint-Gall raconte une histoire arrivée « â un pauvre très-roux qui, n’ayant point de bonnet, et honteux fieh couleur de ses cheveux, se couvrait la tête de sa robe, et n’osait entrer dans une église où prêchait un évêque.»

Ce préjugé contre les roux venait de ce que Judas Iscariote était, dit-on, de celte couleur; c’était là la raison qui faisait dire à Guibert de Nogent ; « Les roux portent une

' Henri IV élait loiu de jouir de celte propriété du héros macédonien, et Tailenianl, après avoir à cet égard donné des détails que nous nous dispenserons de rapporter, ajoute : « Quand la feue reine-miTe (Marie de MeJieis) coucha avec lui la première lois, quelque bien garnie qu'elle fiU d'essences de son p.ivs, elle ne laissa pas que d’en être tei rillement parfumée. »

lâche louie brûlaDle d'infidélité. » (Uist. des croisades, 1. VII).

Zoïle, Foulques F’’, comte d’Anjou ; Je.an I*^ duc de Bretagne ; Méhémed-el-Nasser, roi d’Afrique et d'Espagne (mort en 1213) ; Colomb, Camoëns, Anne de Boleyn, Eugène Bcauharnais, le maréchal Ney, etc., avaieni les cheveux roux. Le surnom de Télé d'Eloupe fut donné à Guillaume III, duc d’Aquitaine, et à Raymond de Bérenger II, comte de Barcelone, à cause de la couleur et de l’épaisseur de leurs cheveux.

Louis de Bavière, mort en 1294, apprenant l’innocence de sa femme, qu’il avait fait périr sur un soupçon d’infidélité, ses cheveux devinrent blancs presque subitement. Il en arriva autant à l’helléniste Vauvilliers, à la suite d’un songe tcrrible<; au comédien Brizard, qui étant tombé dans le Rhône, resta quelque temps accroché à l’anneau d'une pile d'un pont. — La barbe et les cheveux du duc de Brunswick blanchirent en vingt-quatre heures , lorsqu’il eut appris que son père avait été blessé mortellement à la bataille d’Auerstadt. Nous ne savons si c'est à une cause semblable qu’était dû, dans l'origine, le toupet de cheveux blancs que tous les membres de l’ancienne maison de Rohan avaient, dit-on, sur le devant de la tête.

(( M. l’abbé de Marolles, dit Vigneul-Marville, témoigne, dans ses mémoires, que le régent Crassot remuait facilement les oreilles : chose merveilleuse dans les hommes, qui n’onl point de muscles qui donnent mouvement à ces parties. Saint Augustin parle d un homme de son temps qui, sans remuer la tête ni les mains, soulevait ses cheveux et remuait les oreilles. La raison que M. Patin rendait de ce prodige dans le pédant Grassot,

c'esi, disail-il, que ce plaisant personnage était un franc magot, animal qui, étant entre la nature de l'homme et celle des bêles, ne remue pas les oreilles autant que les brutes, mais les remue plus que les hommes L »

Au dire de ?vocope{Hisloiresecrèle, ch. 38, p. 88), l’empereur Justinien jouissait delà même propriété que le régent Crassot, ce qui l’avait fait surnommer Ane par Tune des factions du cirque.

Guys, littérateur marseillais du dix-huitième siècle, était venu au monde n’ayant qu’une oreille; la place de l'autre était entièrement vide.

Plusieurs personnages sont nés avec des dents, entre autres Guillaume Bigot, médecin et philosophe français du seizième siècle, Louis XIV et le poète anglais Boyd.

Le tragédien Apelle, au dire de Caligula (Suétone, ch. 33), criait mélodieusement quand on le fouettait.

Saint -Ëvremond avait une loupe énorme entre les deux yeux. Leibnitz et le biographe Rossi en avaient une sur le sommet de la tête.

Le portrait de Jacques de La Roche, gentilhomme dauphinois, né en 1o9S, est trait pour Irait celui d’Olivier Cromwell, mort en 1638. Les deux peintres allemands Gérard (morten 1820), et Ferdinand (mort en 1832) Kugelgen, frères jumeaux, se ressemblaient tellement qu’un les avait surnommés les ménechmes.

Garde II, roi de Navarre, morten 1001, fut surnommé

' L'homme de saint Augustin cl Crassot méritaient bien d’appartenir à ce peuple de rinde qui, au dire de Pomponius Mêla, se scrvaii de ses oreilles en guise de marteau. Saint Augustin, au diap. 24 du livre mv de la Cilf lie Dieu, parle de gens qui jouissaient d’une autre propriété non « moins singulière : yoniiulli, dit-il, ah imo, aine piiilore ullo, lam nume- TOiot edunt aonitus,ut eliam ex ilia parte canture rideantur. »

le Trembleur. a On lui donna ce surnom, parce qu’il était agité d’un tremblement nerveux au moment d’engager un combat ; soit, dit Mariana dont les raisons ne valent pas grand’chose, soit que le poids de scs armes le fatiguât, soit qu’il fût ému lui-même de la majesté royale dont il se voyait environné ; mais ce tremblement n’éiait qu’un défaut du tempérament ; car lorsque la bataille était engagée, et qu’il se trouvait dans la chaleur du combat au milieu des ennemis, il donnait des preuves de sa valeur intrépide, jointe à une présence d’esprit merveilleuse ^ «

« J’ay ouy raconter à aucuns des anciens, dit Brantôme, et mesmes qui disoient l’avoir ouy dire au roi François, que ce brave chevallier d’Imbercourt (tué à Marignan) avoit une complexion en luy, que toutes les fois qu’il vouloit venir au combat, il falloit qu'il allast à ses affaires et descendist de cheval pour les faire; et pour ce portoit ordinairement des chausses à la Martingalle, ou autrement à pont-levis, ainsy que j’en ay veu autrefois porter aux soldats espaignols, portant le corselet et la picque, afin qu’en marchant ils eussent plus tost faici, sans s’amuser tant à deffaire leurs aiguillettes et s’attacher ; car en rien cela estoit faict. De dire que le proverbe eust lieu à l’endroict de M. d’Imbercourt, en ce faief qu’il dict il se conch.. de peur, ce serait mal parler et l’adatter très faucernent à luy, ce disoit le roy; car c’estoit l un des plus vaillants et hardys de son royaume : et après qu’il avoit esté là et qu’il avoit le cul sur la selle, il combattoit comme un lion; mais on teiioit que l’animosité et le courage grand qu'il avoit de

Histoire d’EsPagne, 1. viii, r. 65, Iradiiclion de Cliarciilon, in-4, t. ii, p. t82

BIZARRERIES ET GOUTS SINGULIERS. 29 combaUre, lui esmouvoit ainsi les entrailles et le ventre. Je m’en rapporte aux médecins pour en dire là-dessus leurs raisons. J’ay ouy parler de quelques-uns qui avoient ceste mesme complexion L »

Brantôme aurait pu sans crainte nommer Henri IV. « Quelque brave qu’il fût, dit Tallemant des Beaux, on dit que quand on lui venoil dire : « Voilà les ennemis, » il lui prenoit toujours une espèce de dévoiement, et que, tournant cela en raillerie, il disoit ; « Je m’en vais faire bon pour eux. »

Tallemant parle encore ailleurs {llisloriclle de meSdameide Rohan) d’un amidesonbeau>frère,nomméPlassac, O brave garçon, dit-il, mais qui, avant que de mettre l’épée à la main, avait un tremblement dans tout le corps. »

BIZARRERIES, HABITUDES ET GOUTS SINGULIERS DE QUELQUES PERSONNAGES CÉLÈBRES.

Quelques hommes illustres ont eu une prédilection nwrquée pour un certain jour de l’aimce; on connaît celle de Napoléon pour le 20 mars.

U Charles le Quint, dit Brantôme, aimoit le jour et feste de sainct Mathias (24 février), et le sainct et tout, parce qu’à tel jour il fut eslcu empereur, tel jour couromié, et tel jour aussi il prit le roy François prisonnier, non pas luy proprement, mais ses lieutenants. »

Brantôme aurait pu ajouter que l'empereur était né aussi le jour de la saint Mathias (24 février 1500), que, le

' Hommes illustres et grands capitaines français, rh. <7,

24 février 1627, son frère Ferdinand avait été élu roi de Bohême, et que, le 24 février 1356, il abdiqua Fempirc.

Le r' janvier était pour François P ce que le 24 février était pour Charles-Quint. Né le Janvier, ce fut le 1®’’ janvier que ce prince perdit son père, qu’il devint roi, qu'il maria sa fille, et que Charles-Quint fit son entrée à Paris.

Sixte-Quint naquit un mercredi (15 décembre 1321); fit profession, chez les Cordeliers, un mercredi ; fui promu au cardinalat un mercredi ; fût élu pape un mercredi, et exalté le mercredi suivant.

« Louis Xlll, quelques heures avant sa mort (le jeudi 14 mai 1643), appela ses médecins et leur demanda s'ils croyaient qu’il pût encore aller jusqu’au lendemain, disant que le vendredi lui avait toujours été heureux^ qu’il avait, ce jour-là, entrepris des attaques qu’il avait emportées; qu’il avait même, ce jour-là, gagné des batailles; que ç’avait été son jour heureux, et qu’il avait toujours cru mourir ce même jour-là »

« Auguste, dit Suétone, avait une peur insensée du tonnerre et des éclairs, et il croyait se garantir du péril en portant toujours avec lui une peau de veau marin. Aux approches d’un orage, il allait se cacher dans un lieu souterrain et voûté.... Cet effroi lui venait de ce qu’au- Irefois, pendant une marche nocturne, dans son expédition conire les Cantabres, la foudre avait sillonné sa litière et tué l’esclave qui le précédait un llambcau à la main *. »

‘ Mémoire fidèle des choses qui se sont passées à la mort de Louk Xlll, par Dubois, collection Michaud-Poujoulal, t”' série, tome xi, p. 5-29.

* Cliap. xr. et r.xix.

L’empereur Héraclius, à l’àge de cinquante-neuf ans, fut saisi d'une frayeur insurmontable à la vue delà mer. Au retour d'une expédition en Syrie il séjourna dans le palais (l'Hérée, sur la côte d’Asie. « Les principaux de Constantinople, dit Nicéphore (ch. vu), obligèrent le préfet d'établir un pont de bateaux sur le Bosphore, et de le garnir des deux côtés avec des planches et des branches d'arbres, de sorte que l’on pouvait y passer sans voir la mer. Cet ouvrage ayant été achevé très-promptement, l'empereur le traversa à cheval comme s’il eût été sur la terre ferme. »

Lope ne pouvait souffrir qu’on prît du tabac en sa présence. 11 avait, en outre, la manie de se fâcher toutes les fois qu’il entendait demander l’àge d’une personne, si cette demande n’avait pas été faite dans des intentions de mariage.

Louis XIV détestait les chapeaux gris presque à l’égal des jausénistes

Rien n’égalait la timidité, ou, pour mieux dire, la poltronnerie du célèbre moraliste Nicole. Il avait peur des

' Voici ce que racoote Saint-Simon : « Le roi ayant voulu savoir tes gens qui devaient suivre M. te duc d’Orléans en Esp.ngue (1709), celui-ci Douima entre autres Fonlerpuis. À ce nom, voilà le roi qui prend un air aostiTc : c Comment, mou neveu, lui dit le roi, Fonterpuis, le llls de cette janséniste, de celte folle qui a couru M. Arnaud partout? Je ne veux point de cet houime-lii avec vous. — Ma foi, sire, lui répondit le duc d'Orléans, je ne sais pas ce qu’a fait la mère, mais pour le lils, il n’a gïrde d’étre janséniste, et je vous en réponds; car il ne croit pas en Dieu. — Est-il possible, mon neveu? répliqua le roi en se radoucissant. — Itien de plus certain, sire, répondit le duc d'Orléans, je puis vous en assurer. — Puisque cela est, dit le roi, il n’y a point de mal, vous pouvez le mener. » Cette scène, car un ne peut lui donner d'autre nom , se passa le malin, et l’après-dlnéc même, M. le duc d’Orléans me la rendit jiàmaut de rire, mot pour mot, telle que je l’écris. »

voyages, des promenades sur l’eau, et, à la fin de sa vie, il ne sortait dans les rues qu’en tremblant, craignant sans cesse que quelque tuile ne lui tombât sur la tête. 11 habita fort longtemps le fimbourg Saint-Marcel, « parce que,disaitil, les ennemis qui menacent Paris entreront par la porte Saint-Martin, et ils seront obligés, par conséquent, de traverser toute la ville avant de venir chez moi. » En un mot, il pouvait dire comme cet acteur qui estropiait Racine.

Je crains tout, cher Abner, et n’ai pas d’autre crainte.

Henri 111, qui avait une passion si prononcée pour les pctilschiens, ne pouvait demeurer seul dans une chambre où il y avait un chat. Le duc d’Epernon s’ét auouissait ù la vue d’un levraut.

Le maréchal de Brézé ( mort en 1630) ayant fait tuer à l’affùl un de ses valets de chambre, mari d’une de ses maîtresses, s’évanouissait toujours quand il voyait un lapin, ainsi que le raconte Tallemant.

« La première occasion, dit Brantôme, qu'eut la reine de .Xaples, Jeanne II, de faire entendre à Caraccioli qu'elle Taymoit, fut qu’il craignoit fort les souris. Un jour qu’il jouoit aux eschels en la garde-robe de la reine, elle- • même luy fit mettre une souris devant luy; et luy, de peur, courant deçà et delà, et bcurlaut puis l'un et puis l’autre, s’enfuit à la porte de la chambre de la reyne, et vint chcoir sur elle; et ainsy, par ce moyeu, la revue luy descouvrit son amour; et eurent tôt faict leurs affaires ensemble; et après ne demeura guières qu’elle ne l’eust faict son grand sencschal. » ( Vie des dames illustres, Jeaime 11.)

Le maréchal d’Albrel se trouvait mal dans un repas

où l'on servait un marcassin ou un cochon de lait. Vladislas, roi de Pologne, sc troublait et prenait la fuite quand il voyait des pommes. Erasme ne pouvait sentir le poisson sans en avoir la fièvre. Scaliger frémissait de tout son corps en voyant du cresson. Tycho-Brahé sentait ses jambes défaillir à la rencontre d’un lièvre ou d’un renard. Le chancelier Bacon tombait en défaillance lorsqu’il y avait éclipse de lune. Bayle avait des convulsions lorsqu’il entendait le bruit que fuit l’eau eu sortant d’un robinet. Lamothe le Vayer ne pouvait souffrir le son d’aucun instrument. Favorili, poète italien, mort en Ui82, ne pouvait supporter l'oiieurde la rose.

Quelques personnages célèbres sont connus par leur affection pour certains animaux. Ainsi, Alexandre chérissait Bucëphale; Auguste, un perroquet; Commode, un singe ; Ilcliogabale, un étourneau, etc.

L’empereur d’Occident, llonorius, avait pour une poule une tendresse profonde qui, probablement, était peu payée de retour. Il se trouvait à Ravenne, ayant eu la précaution de mettre entre lui et les Goths les lagunes de la mer Adriatique, lorsque, après la prise de Rome par Alaric, en 410, l'esclave chargé de la volière impériale vint lui annoncer que la capitale de Fltalie et de l'Occident était perdue, u Gomment ! s’écria l’empereur consterné ; comment, Rome est perdue! mais il n’y a qu'un moment qu’elle a mangé dans ma main. » C'était vers sa poule favorite, qui, elle aussi s’appelait Rome, que s'étaient de suite tournées toutes les iiupiiéludes du monarque. Aussi, éprouva-t il un grand soulagement quand il eut été certain qu’il s'agissait, non pas de son oiseau chéri, mais de lu capitale de son empifte. (t Ah! dit il, je pensais que ee fût ina poule.» Tant, ajoute

54 CURIOSITÉS UIOGRAPÜIQUES.

riiistorieii grec Procope, auquel nous devons celle anecdote, tant il était stupide et abruti ^ »

Le célèbre financier français, Samuel Bernard (mort en 1759), croyait son existence attachée à celle d’une poule noire, qui, grâce à celte circonstance, devait être soignée et choyée, Dieu sait comment. Ils moururent tous deux à peu près à la même époque. Bernard, du reste, avait alors quatre-vingt-huit ans.

Passeroni, poète italien, mort' en 1802, aimait un coq dont il parle toujours dans scs poésies.

Saini-Évreniond et Crébillon étaient toujours entourés de chiens et de chats.

Juste Lipse n’aimait que les chiens, et, entre autres, son chien appelé Saphir, auquel il avait fait surmonter la répugnance que les animaux de celte espèce ont, en général, pour le vin. Aussi, dit-il quelque part : « Ce qui rapproche Saphir de l'homme, c'est qu’il aime le vin et est sujet à la goutte. »

Godefroy Mind, peintre bernois, mort en 1814, a été surnommé le Raphaël des chats^ parce qu’il excellait à peindre ces animaux auxquels il portait une vive affection ; il en avait toujours plusieurs autour de lui. « Pendant sou travail, dit M. Depping, sa chatte favorite était presque toujours à côté de lui, et il avait une sorte d’entretien avec elle; quelquefois elle occupait ses genoux, deux ou trois petits chats étaient perchés surses épaules, et il restait dans cette attitude des heures entières sans bouger, de peur de déranger les compagnons de sa solitude. »

Ce n'était pas seulement pour une ou deux espèces du

' Histoire de la guerre des Golhs, 1. 1 , cli. 'J.

règiie animal, que Dennis Relie, membre du parlemcnl anglais au div^huilième siècle, nianifestail scs sympathies; c’clait pour tous les animaux sans distinction , et cenX' ci, à l'cn croire, sav^ent reconnaître ses bons pro> cédés.

ttJ’ai, dit-il dans une brochure qu’il composa pour faire abolir les combats de coqs et de taureaux , j’ai éprouvé la reconnaissance d’un ours sauvage, qui, après une absence, se laissa prendre par moi et conduire par le museau. Je ne puis encore bien m’expliquer l'inclination des chevaux qui devenaient sur-le-champ dociles sans aucun manège de ma part, ni celle des dogues, dans la gueule desquels je pouvais fourrer ma main, ni celle des serpents véuimeux, qui ne m’ont jamais inspiré la moindre crainte. Pendant des années, j'ai erré dans des forêts épaisses, sans être jamais attaqué ; je me suis couché dans des marécages remplis de reptiles et d'insectes venimeux : des serpents ont été mon oreiller sans qu'aucun m'ait mordu. Je pourrais parler d'une grue qui courait partout derrière moi, et me suivait dans les champs; et d’un chien étranger, qui, toutes les fois que je traversais Waltham , accourait comme pour ma tléfense, et exprimait par des gémissements le déplaisir de me quitter. Je me souviens encore d’un petit chat de Floride, qui s'élança sur des chiens qui aboyaient autour de moi, et dont il craignait une attaque sur ma personne. Je ne puis expliquer ces témoignages d'attachement, qu’en supposant que c’est ainsi que la Providence a voulu récompenser ma bienveillance pour les animaux. »

a On rapporte que Démosihène, dit Aulu-Gelle, était d’une propreté extrême dans ses vêtements, et qu’d portait même le soin de sa personne jusqu’à une élégance

et une délicatesse recherchée. De là toutes ces railleries de scs rivaux et de ses adversaires sur son manteau coquet, sur sa molle tunique. Dé là aussi ces propos injurieux et obscènes qui le traitaiq|it d’efféminé, et l'accusaient des plus infâmes turpitudes. On raconte la même chose d’IIortensius, le plus célèbre des orateurs de son temps, après Cicéron. Une mise toujours soignée, des habits arrangés avec art, des gestes fréquents, une action étudiée et théâtrale lui attirèrent une fouie de sarcasmes et d’outrageantes apostrophes, et le firent souvent traiter d'histrion en plein barreau ^ »

« Olhon, dit Suétone (ch. 12), était curieux de sa toilette presque autant qu'une femme, se faisait épiler tout le corps, et portait sur sa tète, à peu près chauve, de faux cheveux * fixés et arrangés avec tant d’art que personne ne s’en apercevait. Il se rasait tous les jours la figure avec beaucoup de soin, et se la frottait avec du pain détrempé ; habitude qu'il avait contractée dès Page de puberté, afin de ne jamais avoir de barbe. »

Le 'poète anglais Gray se faisait remarquer par la recherche de ses manières et de sa toilette, recherche qu'il poussait jusqu'à la fatuité.

Le physicien anglais Cavendish, qui laissa, en mourant (1810) la fortune la plus considérable que jamais savant ait possédée (30 millions), était toujours vêtu de drap gris, et se faisait faire régulièrement un habit aux mêmes époques. Il avaitrassemblé une magnifique bibliothèque qui était à la disposition de fous les savants, mais

' Nuits atliques, 1. 1 , rli. 6, collortiüii Dubochcl, p. 434.

^ On voit (jup les faux toupets et les perruques ne sont pas d’invention moderne.

aÜQ de iTètrc pas dérangé, il l’avait placée à deux lieues de sa demeure. Lorsqu'il voulait un livre, il l'envoyait prendre, en donnait un reçu, et le rendait ensuite avec la plus grande exactitude.

Un autre physicien Desmarets (mort en 18lo), ne changea jamais la forme de ses vêtements, et, jusqu’à la lia de sa vie, sa perruque et son habit ont rappelé à peu près les modes en usage sous le cardinal de Fleury.

Le chimiste anglais Davy s’habillait entièrement de vert pour aller à la pêche, et de rouge pour aller à la chasse ; il prétendait que, vêtu de cette manière, il effrayait moins le poisson et le gibier.

L’infant d’Espagne, Jacques de Bourbon, ayant été créé en 1755, cardinal à huit ans, abandonna ensuite l’état ecclésiastique, et dans son antipathie pour tout ce qui rappelait le petit collet, il ne porta plus que dos habits dont le collet descendait jusqu’au milieu de la poitrine.

A la fin du sièele dernier, quelques individus adoptèrent le genre d’alimentation prôné par Pylhagore. Nous citerons, entre autres, Ritson, écrivain anglais, qui ne se nourrissait que de légumes, et publia, en 1803, un Es- $ai sur l’abstinence des aliments tirés du règne animal, comme devoir moral pour l'homme.

Un autre auteur anglais, Wakefield (mort en 1801), s’abstenait de vin ainsi que des aliments tirés du règne animal. 11 en était de mêmedunégrophile et philanthrope Ant. Benezet (mort en 1784).

Au dix-septième siècle, l’enthousiaste allemand Iloyer imori en 1656) ne mangeait que du poisson mort iiaturcliemenl.

Spinosa dépensait environ de 5 à 6 sous par jour pour

sa noun iture. — Bullner, naUiralisle et philologue allemand du dix liuiticine siècle, ne faisait par jour qu’un seul repas qui lui coûinit trois sous.

Tout le monde sait que l’astronome Lalande affectait de manger avec délices des araignées et des chenilles dont il portait toujours sur lui une provision dans une bonbonnière.

Tiraqueau, jurisconsulte français, mort en IS58, ne buvait que de l'eau, ce qui ne l’empécha pas de faire, par an, un livre et un enfant : aussi, lit-on sur lui l’épigramnie suivante :

Tiraqueau, fécond à produire,

A mis au monde trente tils;

Tiraqueau, fécond à bien dire,

A fait pareil nombre d’écrits.

S'il n’eût point noyé dans les eaux,

Une semence si féconde,

11 eût enlin rempli le monde De livres et de Tiraqueaux.

(( C. Gracchus, dit Aulu-Gelle, s’aidait d’une flûte pour régler les intonations de sa voix, quand il était à la tribune. Il n’est pas vrai, comme le grand nombre se l’imagine, qu’un musicien, jouant de la Rùlc, se tenait derrière le dos de Gracchus pendant qu'il parlait, et, par ses différents accords, tempérait et excitait tour à tour les mouvements et l’action de l’orateur. Quelle absurdité de croire que la flûte pouvait marquer à Gracchus, haranguant en public, la mesure, le rhythme et les diflérenles cadences, comme elle règle les pas d’un histrion dansant sur le théâtre !' Les auteurs mieux instruits sur ce fait rapportent seulement qu’un homme.

caché dans les environs, l'avertissait de modérer les éclats trop bruyants de sa voix, en tirant d’une courte flûte un accord lent etgrave. C’était là tout; et je ne pense pas que, pour s'animer à la tribune, le génie naturellement passionné de Gracchus eût besoin d’une excitation extérieure. Cependant Cicéron croit qu’il employait ce joueur de flûte pour un double usage, et que, d'après ses accords, ou plus vifs ou plus calmes, il ranimait le cours trop lent de sa parole, ou bien en modérait l’impétuosité trop fougueuse. Voici le passage même de Cicéron : « Aussi, comme Liciuius, homme inii struit, autrefois son secrétaire et aujourd'hui ton client, tt pourra le le dire, Calulus, ce même Gracchus avait a à son service un homme intelligent, qui, se cachant •< près de la tribune avec une flûte d'ivoire, lui donnait U rapidement le son qui devait l'exciter quand son aca lion était trop lente, ou le calmer, quand elle était « trop vive »

« Auguste, dit Suétone (cb. 84), pour ne pas s'exposer à manquer de mémoire et ne point passer son temps à apprendre par cœur, prit l’habitude de lire tout ce qu'il disait. Il rédigeait d’avance jusqu'à ses conversations particulières , même celles qu'il voulait avoir avec Livie, quand elles devaient rouler sur un sujet grave , et il parlait alors en lisant, de peur que l’improvisation ne lui en fit dire trop ou trop peu. »

a Eschyle, rapporte Athénée, avait toujours une pointe

de vin lorsqu'il composait ses tragédies Nous savons

qu’.\lcée, le poète lyrique, et Aristophane, le comique, écrivaient leurs poèmes dans l'ivresse *. »

* Suils atliques, 1. 1 , ch. tt, traduction de la co'leclion Diihochct.

i Ranquel des savants, 1. x, ch. 7.

Madame de la Suze, l’humanislc Lefèvre, au dix-seplième siècle, Biill’on au dix-huilièine, ne pouvaient travailler sans èirc habillés avec la plus grande élégance. Rien, pas même l’épée, ne manquait à la toileltc de ce dernier.

Hacon, Milton, VVarburton, Alfiéri, avaient besoin, pour travailler, d’entendre de la musique; et l’on raconte que Bourdaloue exécutait toujours un air sur le violon avant de se préparer à écrire un sermon.

L’Anglais Thomson , auteur du poème des Saisons, passait des jours entiers dans son lit ; et quand on lui demandait pourquoi il ne se levait pas , il répondait : «Je ne vois pas de motifs pour me lever. »

Thomas restait tous les jours jusqu’à midi dans son lit, les rideaux fermés. Là il composait, dans sa tête, les ouvrages qu’il écrivait ensuite, d’un seul jet, lorsqu’il s'était levé. C’est ainsi que, pendant toute sa vie, il parvint à produire ce que Voltaire appelait du gali- Ihoinas.

Casti, le spirituel auteur des Animaux parlants, composait ses jolis vers en jouant aux caries tout seul, sur son lit.

Corneille, Malcbrancbe et Hobbes composaient le plu^ souvent dans l’obscurité, taudis que Mézeray, au contraire, ne travaillait qu’à la chandelle, la nuit ou en plein jour ; et il ne manquait jamais de reconduire, même à midi, jusqu’au milieu de la rue, la lumière à la main, ceux qui venaient lui rendre visite.

Cujas travaillait toujours par terre, couché sur le ventre, ses livres et ses papiers placés autour de lui.

Le. bibliographe allemand Reimmann (mort en 17-Î3) passft la plus grande partie de sa vie debout. Pour ne

pas contrevenir à la loi bizarre qu'il s'élait imposée, il resta plus de trenle ans sans avoir de chaises ni de fauteuils dans son cabinet.

Goethe composait en marchant; Descaries, au contraire, pratiquait comme Leibnitz la méditation horizontale.

Un écrivain politique fort obscur, le marquis d’Anlonelle (mort on 1817), lorsqu’il écrivait, avait à côté de lui une pile d'assiettes, qu’il plaçait successivement sur son cou nu , et qu'il changeait à mesure qu’elles venaient à s'échaull'cr. Il prétendait rafraîchir ainsi les vapeurs bouillantes de son cerveau.

« Gluck faisait transporter son clavecin au milieu d’une prairie; un vaste espace, le ciel découvert, la chaleur du soleil et quelques bouteilles de champagne, lui faisaient trouver les chants divins des deux Iphigénies et d'Orphée. Tout au contraire, Sarli ne pouvait travailler que dans une salle immense, voûtée, obscure. Le silence de la nuit, lu funèbre lueur d’une lampe accrochée au plancher, lui étaient indispensables pour qu’il trouvât les pensées solennelles qui forment le caractère de son style. Ciinarosa voulait entendre autour de lui le bruissement d'une conversation animée; c’est en riant et causant avec ses amis qu’il composa les Horaces et le Mariage secret, deux inimitables chefs-d’œuvre, dans deux genres tout opposés ; l’air ; Pria che spunti in ciel l’aurora, lui vint à l’improvisle, au milieu d’une partie de plaisir, aux environs de Prague.

a Sacchini ne pouvait écrire une note s’il n’avait à ses côtés sa jeune femme, et si une ntmillcde petits chats, qu'il alTectionnait particulièrement, ne jouait pas près de lui. C’étijil très-sérieusement qu’il se disait redevable à leurs

42 CÜBIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

inouvemenls gracieux des chanls les plus heureux de son OEdipe'à Colonne. Traelta se plaisait surtout dans les églises à peine éclairées par un reste de jour.

(( Salieri, pour exciter son imagination, avait besoin de se promener à pas pressés dans les rues les plus encom* brées de foule. Une petite boîte de fruits confits, dans laquelle il puisait fréquemment, eomposait, avec son album et un crayon, tout le bagage dont il se munissait en ces occasions; il courait, la canne à la main, à la chasse des idées musicales ; et dès qu'il en avait fait lever une, il s’arrêtait un moment pour la saisir et la fîxer sur le papier.

« En rendant hommage, dans ses Leltere Haydine, au talent de Ferdinand Paêr , Carpini dit que ce spirituel compositeur écrivait les partitions de Camille , de f .4gnese, de Sargine, tout en badinant avec ses amis, et en faisant mille récits joyeux, tandis qu’au même moment, il trouvait encore le loisir de gronder scs domestiques, de quereller sa femme et ses enfants, et de faire de tendres caresses à son chien bien-aimë. Paesiello ne pouvait pas trouver une note s'il n’était couché dans son lit; et c’est entre deux draps qu’il inventa les charmants motifs de Nina, de la Molinara et du Barbier. Zingarelli , avant de prendre la plume , se transportait dans une haute région intellectuelle , en lisant plusieurs passages, soit des Pères de l'Eglise, soit des classiques latins; ainsi préparé , il mettait moins de quatre heures à improviser un acte de Pyrrhus ou de Roméo et Ju~ licite. )>

tt Carpani parle d'un Marcantonio Anfossi, frère du célèbre Anfossi, et qui, probablement, eilt lui-même atteint une haute renommée musicale, s'il ne fût mort

Irès-jeuuc. Ce Marcanlonio était moine, et sop procédé pour stimuler la faculté créatrice était assez étrange; ce n’était point devant un clavecin qu’il se plaçait pour composer, mais bien devant une tpble sur laquelle il faisait apporter sept ou huit plats surchargés de chapons rôtis, de cochons de lait rissolés et de saucisses fumaur tes. Au milieu de cette bienfaisante vapeur, les inspirations les plus suaves se produisaient sans effort.

« Haydn, sobre et régulier comme Newton, silencieusement enfermé dans son cabinet de travail, avait aussi son petit artifice : il se rasait, se poudrait, mettait du linge blanc, s’habillait de la tête aux pieds, comme pour aller présenter ses respectueux hommages au prince Esterhazy son patron, ou même à l’empereur d’Allemagne ; puis, s’asseyant devant un bureau sur lequel il y avait papier soigneusement rayé et plumes bien taillées, il mettait à son doigt la bague dont son révéré souverain lui avait fait présent; après ces préliminaires, il commençait à écrire ; cinq ou six heures s'écoulaient sans qu’il ressentit aucune fatigue ; pas une rature ne venait déparer l’extrême propreté de ses notes, d’ailleurs assez peu lisibles, et que lui-même appelait ses pattes de mouche, tant elles étaient grêles et serrées

a Lorsque je me trouve livré tout à fait à moi-même, écrivait Mozart en 1788, lorsque je suis seul, et que j’ai rànie calme et satisfaite, que, par exemple, je suis eu voyage dans une bonne voiture, ou que je me promène à pied après un bon repas, ou que la nuit je suis couché sans avoir sommeil, c’est alors que les idées me viennent et qu elles s’offrent en foule à mon esprit. Dire d’où elles viennent, et comment elles arrivent, cela me serait im-

• ilagasiii pittoresque, 1833, p. 365.

possible ; ce qui est certain, c’est que je ne puis pas les faire venir quand je veux. »

Méhul composait en plaçant sur son piano une tête de mort; tandis que l’auteur de l’oratorio de Judas Machabée, Ilaciulel, puisait ses inspirations dans une bouteille de vin.

Fouquières, peintre flamand du dix-septième siècle, ne pei}jnait jamais sans avoir l’épce au côte.

Lucas de Leyde peignit et grava dans son lit pendant les dernières année de sa vie.

Leonard de Vinci, avant de se mettre à peindre, commençait toujours par faire de la musique.

Quelqu’un qui avait connu Godccharles , sculpteur belge (mort en 1835), raconte sur lui le trait suivant :

« En entrant un jour chez lui, à Bruxelles, je vis environ trente personnes à genoux et récitant les Litanies de la Vierge, femmes, enfants, voisins, ouvriers, tous faisaient chorus. On n'entendait que le retour du grave et religieux bied vor ons (priez pour nous). Je crus qu'il y avait là un agonisant, et je voulais me retirer. — Restez, me dit-on, cela va finir. Le maitre est au moment d’entamer un bloc de marbre, et l'on prie Dieu pour qu’il n’y rencontre ni mauvaise veine ni coquille K »

« Pendant l’iiiver, Auguste, dit Suétone (c. 82), mettait quatre tuniques par-dessous une toge épaisse : il y ajoutait une chemise et un vêtement de laine ; il se garnissait aussi les cuisses cl les jambes. L’éié, il couchait les portes de sa chambre ouvertes, et souvent sous le péristyle de son palais, où des jets d’eau rafraîchissaient l’air, et où un esclave était, en outre, chargé de l’éventer. Il

' fHoyrapkie Xichauil, supitliaiicnl, 1. lx>-, p. 445.

ne pouvait souffrir le soleil, pas même celui d’hiver ; et jamais il ne se promenait à l’air, même chez lui, sans une large coiffure. »

a Ferdinand II, grand-duc de Toscane (mort en 1670), était, dit l'abbé Àrnauld, esclave de sa santé. Je l’ai vu se promenerdans sa chambre, au milieu de deux grands thermomètres, sur lesquels il avait continuellement les yeux attachés, et s’ôter, se remettre des calottes, 'dont il avait toujours cinq ou six à la main, selon les degrés de froid ou de chaud que ces machines lui marquaient. C’était nue chose assez plaisante à voir; il n'y a point de joueur de gobelets qui soit plus adroit à les manier que ce prince l’était à changer ses calottes ^ »

« L’abbéde Saint-Martin, qui, au dix-septième siècle, se rendit si ridicule par scs prétentions et ses manies, avait toujours, dit le Fureteriana, neuf calottes sur la tête pour se garantir du froid, avec une perruque par-dessus, qui était toujours de travers et mal peignée ; de manière que sa figure n'était jamais dans une situation naturelle. Il avait neuf paires de bas l'une sur l’autre, comme neuf calottes ; son lit était de briques, sous lequel il y avait un fourneau, où il faisait faire du feu, pour se donner tant et si peu de degrés de chaleur qu’il en souhaitait ; ce lit n'avait qu’une fort petite ouverture par où il se couchait comme les Espagnols. »

Le jésuite Ghezzi, écrivain du dix-huitième siècle, portait sept bonnets sous une perruque.

Le savant mathématicien Fourier était revenu d'Égypte presque perclus de rhumatismes, et avec une sensation continuelle de froid; il souffrait cruellement quand il

* J/mo/m, année <r)ï6,coHof t'on Midiamn*ouj>ui’at. p.

46 CURIOSITÉS BIOGRAPOIQUES.

se trouvait dans une température au-dessous de vingt degrés Réaumur; un domestique le suivait partout, prêt à lui prendre où à lui donner un manteau. Dans les derniers temps de sa vie, épuisé par un asthme dont il souffrait depuis sa jeunesse, il se tenait, pour écrire et pour parler, dans une espèce de boîte, qui ne permettait nulle déviation au corps, et qui ne laissait passer que sa tête et ses bras.

(( Le lieutenant général de la police, Sartine, avait un faible incroyable pour les belles perruques bien frisées, bien poudrées, etc. La collection de ses perruques, tant in-folio, qü'in-quarlo, in-douze, grand et petit format, les unes plus carrées que les autres, se montait à soixante ou quatre-vingts pièces, du plus bel échantillon et du meilleur faiseur ^ »

« On disoit autrefois à Paris de M. des Iveteaux*, rapporte Vigneul-Marville, qu’il se chaussait comme les autres se coiffent, et qu’il se coiffait comme les autres se chaussent, parce qu’il portait des souliers de castor et des calottes de maroquin , les calottes de satin étant alors les seules qui fussent d’usage, celles de cuir n'étant devenues à la mode que depuis.

(1 Gomme il s’imaginait que la vie champêtre est la plus heureuse de toutes les vies, et qu’il voulait être heureux, il s’habillait en berger, et prenant l'air d’un paslor fido avec sa dame’, la houlette à la main, la panetière au côté, le chapeau de paille doublé de salin couleur de rose sur la tête, il conduisait paisiblement, le long des allées de

' Correspondance secrète, t. x, p. 289.

■“ Poète normand et préa'pteur de Louis XIII.

* Une aventurière qu’il avait épousée.

BlZx\RHERIES ET GOÛTS SINGULIERS. 4Ï

son jardin, ses troupeaux imaginaires, leur disait des cliansonneues et les gardait du loup. »

Le célèbre sculpteur florentin Donatcllo (morten1466) avait l'habitude de mettre son argent dans un panier attache au mur de sa chambre. Ses ouvriers et ses amis y puisaient à discrétion.

Beethoven n’eut jamais ni femme ni maîtresse ; mais il avait, en revanche, deux goûts impérieux : celui des déménagements et de la promenade. À peine installé dans un appartement, il y trouvait quelque défaut, et s'occupait immédiatement d'en chercher un autre. Tous les jours, après son dîner, malgré la pluie, le vent, la grêle, il fallait qu’il sortit et fit à pied une longue et fatigante promenade.

a Les philosophes sont naturellement curieux ; mais jamais philosophe n'a poussé la curiosité aussi loin que .M. de la Condaminc. Voulant examiner de près, et par ses yeux, tous les mouvements d'un homme dans le supplice, il assista à l'exécution de Damien, assassin du feu roi Louis XV. Il s'introduisit dans l'enceinte où était le criminel, et où les bourreaux seuls avaient droit d'entrer. Des gardes ayant voulu le faire sortir, le bourreau de Paris, qui le connaissait, leur dit : « Laissez, laissez monsieur tranquille, c'est un amateur. » Quand il allait voir quelques-uns de scs amis, il employait le temps de sa visite à loucher tout ce qui était dans son appartement, à fouiller dans toutes les armoires et les tiroirs. Se trouvant à Chanteloup, dans le cabinet de M. deChoiseul, au moment où on apportait ses lettres, ce ministre s’absenta et resta quelques instants dans la chambre voisine de son cabinet. M. de la Gondamine s'assit tranquillement, ouvrit les lettres qui étaient sur la table, et qui

Irailaionl sans doute des intérêts les plus secrets des différents Etats de l’Europe. M. de Choiseul s’écria en rentrant : «Eh! monsieur, que faites-vous? vous ouvrez mes lettres? — Ah ! ah ! ce n’est rien, reprit l’indiscret académicien, je voyais s’il n’y avait pas de nouvelles de Paris. On assure que M. de la Condamine était l'homme le plus questionneur et le plus curieux de son siècle »

« Claude, dit Suétone (c. 35), avait un goût très-vif pour le jeu, et il fit de cet art le sujet d’un livre. Il jouait même en voyage, ses voitures et ses tables étant faites de manière que le mouvement ne trouhlât pas le jeu. »

Louis XIII, qui avait proscrit les jeux de hasard à la cour, avait pour les échecs un goût tellement prononcé, qu’il y jouait môme en carrosse. Les pièces, garnies à leurs pieds d’aiguilles, se fichaient dans un échiquier rembourré, de manière que le mouvement ne pouvait pas les faire tomber.

« Le connétable Anne de Montmorency, dit Brantôme, ne manquoit jamais à ses dévotions ny à ses prières; car tous les matins il ne failloit de dire et entretenir ses patenostres, fust qu’il ne bougeasl du logis, ou fust qu’il montast h cheval et alast par les champs, aux armées : parmy lesquelles on disoit qu'il se falloil garder des paienoslres de M. le conncslable ; car en les disant et marmottant, lorsque les occasions se présentoient, comme force débordements et désordres y arrivent maintenant, il disoit ; « Allcz-moy prendre un tel ; attachez ccluy-là (( à cesl. arbre; faites passer celuy-là par les picques tout « ceste heure, ou les arquebuses tout devant moy ; taillez- « moi eu pièces tous ces marauts, qui ont voulu tenir ce

* Correspondance sccrUc, (. i, p- 125.

« clocher contre le roy ; broslez moi ce village ; bouttez- « moy le feu partout, à un quart de lieue à la ronde ; » ei, ainsy, tels ou semblables mots de jusiice etpollice de guerre profféroit-il selon scsoccurrenccs, sans se desbaucher nullement de sesPalers, jusqu'à ce qu’il les eusl parachevés, pensant faire une grande erreur s’il les eust remis à dire à une autre heure, tant il y esloil conscientieux ))

Au seizième siècle, époque où tout le monde jurait, les jurons les plus singuliers étaient en usage. « On ap-, peloit, dit Brantôme, ce grand capitaine, M. de la Trimouille, la vraye Corps Dieu, d'autant que c’estoit son serment ordinaire, ainsy que ces vieux et anciens grands capitaines en ont sceu choisir et avoir aucuns particuliers à eux : comme M. de Bayard juroit Tesle-Dicu, Bayard! M. de Bourbon, Saincte Barbe! le prince d'Orange, Samc/-A^ico/as.' le bonhomme M. de la Roche du Maine juroit, Teste de Dieupleine de reliques! (Où diable alla-t-il trouver celuy-là ?) et autres que je nommerois plus saugreneux que ceux-là; mais il vaut mieux les taire *, »

« François I®^ dit le même auteur, dans la Vie de ce prince, juroit que foy de gentilhomme; et tel estoit son serinent, comme ceux de son temps, qui Font veu , le peuvent affirmer encor; aussy comme il appert par un petit quolibet rithmé tellement quellcment faict de ce temps, que j’ay veu parmy les papiers de nostre maison, qui disent les serments des quatre roys :

Quand la Pasque-Dieu décéda... (Louys XI).

I Hommes illustres et grands capitaines français, cli. 74.

* Ibid., ch. ■IG.

Par le Jour-Dieu luy succéda... (Charles VIII).

Le Diable m'emporte s'en tint près... (Louys XII).

Foy d! gentilhomme vint après... (François P'^) *. »

Nous ne voulons pas parler ici de toutes les extravagances inspirées, à diverses époques, par un esprit religieux plus ou moins intelligent ; mais à Syméon le stylite, qui resta pendant trente-six ans sur le haut d'une colonne, nous nous bornerons à opposer un homme dont toute la vie n'a été qu'un long dévouement à la science. Le célèbre médecin italien Sanctorius, mort en 1636, passa ses jours dans une balance construite exprès pour calculer aussi exactement que possible la transpiration insensible produite par le corps humain. Use plaçait dans sa balance, et, après avoir pesé les aliments et les boissons qui lui étaient nécessaires, il y restait vingt-quatre heures, et, comparant le poids de ce qu’il avait pris avec celui de ses déjections alvines et urinaires, il évaluait la quantité du iluide perdu par la transpiration insensible. La diminution de ce fluide lui semblait être la cause de toutes les maladies. Un médecin français, Dodart, mort en 1707, répéta ces expériences de la même manière, pendant trente-trois ans

L’astronome La Caille avait contracté l’habitude fort gênante de lire et d’écrire avec un seul œil. L’autre œil était uniquement destiné à observer avec la lunette. Aussi, il arriva, de cette manière, à des résultats intéressants : ainsi, par exemple, il était parvenu à pouvoir facilement

' Hommes illustres et grands capitaines français, ch 52.

2 Les ouvrages où ces deux honinies ont consigné leurs précieuses observalions ont été publiés, l'un (celui de Saiiciorius) sous le titre de .4;-j de slalica medieina, yoüxsti, 4644, iu-4, souvent réiiupriiué, et l'autre sous le litre de Slalica mediciiia gallica, Paris, 4723, in t2.

observer la Iiaulciir d’étoiles au-dessus de ^l’horizon de la mer; observation fort incertaine généralement, à cause de la difficulté de bien distinguer l'horizon, dans l'obscurité de la nuit. II ne parait pas qu’aucun autre astronome se soit avisé de se former, depuis, à une pratique aussi difficile.

J.-B. Ludot, sàvant Champenois, mort en 1771, se servit de la force corporelle dont la nature l’avait doué pour tenter toutes les expériences qu’il crut utiles à la science. On le vit, au milieu de l’hiver, se jeter dans la Seine glacée, pour éprouver jusqu’à quel point il pourrait supporter le froid ; et, un jour, on eut beaucoup de peine à l’empécher d’entrer dans un four chauffé à un très-haut degré, pour connaître s’il pourrait supporter sa chaleur.

L’illustre Spallanzani, dans le but d’éclaircir la théorie des fonctions digestives, se livra aux expériences les plus dangereuses ; ainsi, il introduisit dans son estomac des aliments enveloppés dans de petits sacs de toile, et avala des tubes remplis de certaines substances.

Quelques hommes ont été doués d’une merveilleuse aptitude pour le travail. Bayle travailla quatorze heures par jour jusqu’à quarante ans — Pater, mathématicien hongrois du dix-septième siècle, ne dormait que deux heures par jour, pendant l’été, et quatre heures pendant , fhiver.

L’une des existences les plus singulières est celle de Magliabecchi, qui, après avoir été jusqu’à quarante ans orfèvre, sur le Pont-Vieux de Florence, devint bibliothécaire du grand-duc Côme III, et fun des bibliographes les plus passionnés que l’on connaisse. Un professeur hollandais, lleyman, qui alla lui rendre visite, a lai«séjme relation

HtHaillée de cette entrevue. « Il le trouva au milieu d'un nombre prodigieux de livres; deux ou trois salles du premier étage en étaient remplies. Non-seulement il les avait placés dans des rayons, mais il en avait encore disposé par piles, au milieu de chaque pièce, de sorte qu’il était presque impossible de s’y asseoir, et encore moins de s’y promener. Il y régnait cependant un couloir fort étroit, par lequel on pouvait, en marchant de côté, passer d’une chaiiihrc à une autre. Ce n’est pas tout : le corridor du rez-de-chaussée était chargé de livres; et les murs de l’escalier en étaient tapissés, depuis le haut ju.squ’en bas. Parvenu au second étage, vous étiez tout surpris d’en voir les salles inondées comme celles du premier; elles en étaient tellement encombrées, que deux beaux lits qui s’y trouvaient montés disparaissaient, pour ainsi dire, sous leur prodigieux amas.

« Cette confusion apparente n’empéchait cependant pas Magliabccchi de trouver les livres dont il avait besoin ; il les connaissait si bien, et même les plus petits d’entre eux , qu’il les distinguait à la couverture . I! mangeait sur ses livres, dormait sur ses livres, et ne s’en séparait que le plus rarement possible.

« II ne sortit, pendant tout le cours de sa vie, que deux fois de Florence : l’une pour aller voir Fiesoli , qui n’en est éloigné que de deux lieues, et l’autre pour se rendre à dix milles de cette capitale, par ordre du grand-duc.

a Rien n'était plus simple que sa manière de vivre ; quelques œufs, un peu de pain et de l’eau faisaient sa nourriture ordinaire. Un tiroir de sa table .s’étaiU trouvé ouvert, M. lleyman y vit des œiifs et de l’argent que Magliabeccbi y avait mis pour son usage journalier; mais

comme ce tiroir n’était jamais fermé, il arrivait souvent que les domestiques de ses amis, ou des étrangers qui venaient pour le voir, lui volaient, soit de l’argent, soit des œufs.

« Son habillement était comme sa manière de vivre. Il se composait d’une veste brune, qui lui tombait sur les genoux, d’un pantalon, d’un manteau noir plein de pièces et de coutures, d’un chapeau déformé à grands hords percés de toutes parts, d'une large cravate toute farcie de tabac, d'une chemise sale qu’il ne quittait jamais tant qu’elle durait, et que l’on voyait à travers les coudes percés de sou habit. Une paire de manchettes qui ne tenaient pas à la chemise, complétait cette brillante toilette ‘ . »

Sa manière de vivre était uniforme; toujours environné de livres, il ne s’embarrassait de rien autre chose, et les' seuls êtres vivants auxquels il paraissait s’intéresser étaient les araignées qui ne manquaient pas de pulluler au milieu d’un pareil taudis. 11 avait une telle affection pour ces insectes, qu’il lui arrivait souvent de crier aux visiteurs qui ne mettaient pas assez de précaution dans leurs mouvements : « Prenez garde de faire du mal à mes araignées. »

Ilaug, poète allemand, mort en 1829, atteignit l’àge de soixante ans sans être sorti de la petite ville du Wurtemberg où il était né.

‘ Curiositifs of lilcralure , de D’Israeli. Voyez aussi Tirabosclii , Sioria délia lilieralitra ilaliana, Modéiie, t795, in-4, tome vm, partie i, p. 73.

Page 1