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FÉCONDITÉ DE QUELQUES ÉCRIVAINS

« Il y a des écrivains, dit Vigneul-Marvillc, qui ont une peine infinie à commencer, et qui courent quand une fois le chemin est ouverl. Les premières lignes de l’instoire de M. de Thou lui coûtèrent plus que tout le reste ; mais dès qu’il eut surmonté celte difficulté, il courut en écrivant. D'autres écrivent facilement, et sont longtemps à polir leurs ouvrages. Tel était Horace chez les Romains ; tel était M. de Rabutin parmi nous; tels sont la plupart des gens sages, qui étant nés pour écrire, ne suivent d’abord la nature que pour ensuite la corriger et la polir. D’autres, enfin, mais cela pour leur malheur, ne peuvent écrire qu’à la hâte, et ne sauraient repasser sur leurs ouvrages. M. de Saumaise était de ce caractère ; caractère dangereux qu’il faut souffrir où il se trouve ; mais qui ne doit point servir de modèle ni d’exemple à personne.

« Fabius Léonida, poète italien, suait longtemps sur ses ouvrages; et les retouchait plus de dix fois, pour leur donner la perfection qu'il souhaitait. Pierre Mafée, qui a si bien écrit en latin, ne composait que quatorze ou quinze lignes par jour. Paul Émile Sanctorius, qui avait entrepris d’écrire en latin l’histoire de son siècle, était si long à polir ce qu'il faisait, qu’un autre, en moins de temps, aurait écrit l’iiisloire de tout le monde. M. de Vaugclas fut trente ans sur la traduction de Quinte-Curce, la changeant et la corrigeant sans cesse ^ M. Habert, de l’Aca-

* Voiture lui dit, à ce sujet, a Jamais vous n’aurez achevé, et pendant que vous en |H)lissez nnc partie , notre langue venant à changer, vous

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