DES ÉPITAPHES
Chez les Grecs, dès les temps les plus reculés, Pusage s’était introduit de couvrir d'in^^cripiious les colonnes de pierre que l’on plaçait atiprés des sépultures. Ces inscriptions étaient en g(uiéral rédigées eu vers et contcuaicut le nom, les vertus et les actions remarquables du mort. Telle était l’épitaphe qii’Eschyle composa pour luimême ;
«Ci-gît Eschyle, fils d'Euphorion, né dans l’-Alliiiue; il mourut dans la fertile contrée de Géla ; les Perses et le bois de Marathon attesteront ;t jamais sa valeur. »
A Sparte, d’après les lois de Lycurgue, il n’était permis, au dire de Plutarque, d’inscrire sur les tombeaux
* Slances il otailemoi-selle du l.utle, oeuvres, 17t9, in-8, t. i, pag. 29.
m CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.
que les noms des guerriers morts sur le champ de bataille ou des femmes mories en couches.
Simonide fit celte épitaphe pour Timocréon , aihlète et poète comique rhodien, né vers 476 av. J.-C. :
« Ci-gît Timocréon le Rhodien, qui passa sa vie à manger, à boire et à dire du mal de tout le monde. »
Au dire de Strahon, l’épilaphe suivante élait gravée sur le tombeau de Sardanapale:
« Sardanapale , fils d’Anaeyndaraxes, fit bâtir en un seul jour la ville d’Anchiale et celle de Tarsus. — Passant, bois, mange, divertis-toi, car tout le reste ne vaut pas une chiquenaude. »
Le droit de mettre des épitaphes sur les tombeaux était autrefois, en France, réservé aux nobles et aux seigneurs, c’est-à-dire, qu’ils pouvaient l’exercer sans contrôle et sans l’aulorisat'on <lu curé de l'église. Les bourgeois étaient obligés d’en demander la permission aux marguilliers si le corps était déposé dans une église paroissiale ; et si c’était dans une église particulière, à l’abbé, au prieur ou au supérieur, ou àMcssieurs du chapitre, etc. Cet impôt était d’un bon rapport pour les marguilHers : 011 peut voir dans le recueil manuscrit des épitaphes des cimetières et églises de Paris, qu’à la suite de l’épitaphe l’on avait soin d’ajouter presque toujours, avec permission de Messi'urs les marguilliers de celle paroisse.
Les épitaphes qui subsistent encore aujourd’hui dans nos vieilles églises peuvent fournir souvent les plus utiles renseignements historiques.
Voici, pour les temps modernes, quelques épitaphes qui nous ont paru assez curieuses.
Le philosophe mantouan Pomponazzi s’était composé répilaphe suivante:
ÉPITAPHES. \bo
Hic sepultus jaceo. — Quare ? Nescio.
Nec si scis aut nescis euro.
Si vales, bene est : viveiis valui.
Ferlasse ntinc valeo.
Si, aut non, dicere nequeo.
C'est pour uu des membres de la célèbre iamille d imprimeurs, portant le nom de Gryphe, que Cb. Fontaine, mort en 1589, fit le quatrain suivant :
La grand’griffe qui tout griffe A griffé le corps de Gryphe;
Le corps de ce Gryphe; mais Non le 1< s; non, non, Jamais.
Ou mit sur le tombeau de Trivulce ;
Hic quiescit qui nunquam quievit.
« Les Espagnols, dit Brantôme, qui se vantent d’avoir fait de belles guerres sous le connéiable de Bourbon, lui bâtirent eux-mêmes ainsi sa sépulture : La Francia me dio la leche, la Fspana la gloria y la aventura, la Ilalia la sepullara. « La France me donna le lait et tua pre- (( miêre nourriture, l’Espagne la gloire et l’aventure, et « l'Italie la sépuliure L »
Le même auteur donne, en ces termes, une traduction de l’épitaphe latine composée par Dubellay pour Léon Sirozzi , habile marin au service de la France , tué en Italie en 1554.
a Moi, ce grand capitaine Léon Strozzi, je ne gis ici dans ce vase ; car un si petit vase ne saurait comprendre uu si grand homme : la terre ne me comprend non plus; mais une gloire plus grande que la terre m’a élevé au
I BrantOmc, Vies des grands capitaines, chap. 28 .
Digilized by Googl
lo6 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.
ciel comme un l)el aslre pour le» nauioniers, afin que, comme jadis les eaux ont porté et soiilonii mes vaisseaux et ployé sous moi, maintenant il me plaît d’être Dieu de la mer. Allez donc, vous antres, qui viendrez après moi et qui aurez ma charge, allez hardiment sur les eaux, car je vous y prépare et dresse un bon chemin, et trèssûr »
De Thou raconte ( liv. r.vn ) qu’un ami de La Noue, Pons de la Case de Miramheau, ayant été tué eu 1o7 i, au siège d’une bicoque, ou trouva dans ses bottines cette épitaphe latine qu’il s’élail composée d'avance, comme s'il avait prévu sa mort :
Desine migraiitcm liigore, viator et hosjies.
Non careo patria, me caret ilia magis.
Un célèbre général, le duc de Parme, niort en -I592, ordonna, en mourant, qu’on renterràleii habit de capr.cin, dans l’église des Capucins de Plaisance, et que sur sa tombe ou gravât ’ :
Ilic jacet frater Alexamier Farnesius Capussinus.
On fit cette épitaphe à Alphonse-Louis du Plessis, chartreux, cardinal de Lyon et frère du cardinal de Richelieu ;
Paiipei nains sum, pauperiem vovi,
Pauper morior, inter paupercs sepeliri volo.
Henri Walton, homme d’Etat et littérateur anglais, mort en 1059, ordonna qu'on mît sur son tombeau l'inscription suivante :
1 Braiilûiiu', Vies des grands cupU aines, liv. ni, cliap. H.
ï Voy. Journal de l’Estoile, collection Micliaud-Poujoulat, I. ii, p. tü4.