‹ Curiosités biographiquesChapitre 17 sur 36 · ÉPITAPHES · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES

Hic jacet tiujus senientiæ primas auclor : Disputandi prurilus, Ecclesiæ scabies ; nomen alias quære.

Rariizau, maréchal de France, morl en 1650, avait été tellement maltraité sur les champs de bataille, qu'il ni' lui resta plus, lorsqu'il mourut, qu'un œil, une oreille, uii bras et une jambe; ce qui donna lieu à ces vers :

Du corps du "land Ranl/.au lu n'as qu’une des parts :

L’aiilre moitié re.sla dans les plaines de Mars.

Il tiis|iersa partout ses tnenihres et sa gloire.

Tout abattu qu'il fût, il demeura vainqueur :

.Son sang fut en cent lieux le prix de sa victoire,

El Mars ne lui laissa rien d’entier que le cu'ur.

On inscrivit sur le tombeau de Mercy, mort de scs blessures le lendemain de la bataille de Nordiingen (1616) ; Sia, vialor, licroem calcas.

Ou lit sur un des vitraux de l’église Saint-Jean de Üijun l'épitaphe du ntimismatc Jean-Baptiste Le Menestiier, conçue en ces termes ;

Ci gît Jean Le Meneslricr.

L’an de sa vie soixante et dix,

H mil le pie I dans l’eslrier Pour s'en aller en Paradis.

Voici l'épitaphe faite pour Clément XIII, par Voltaire :

Ci-gU des vrais croyants le mufti téméraire,

Eide tous les Bourbons reuneini déclaré ;

De Jésus sur la terre il s’est dit le vicaiic,

Je le crois aujourd'hui mal avec son curé.

L’usage des épitaphes, proscrit par l’islamisme, a été inconnu aux c ilifes et aux autres monarques musulmans de l’Asie ; maison en trouvequelquesexemples dans l’histoire

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des rois maures de l’Afrique et de l’Esiiagne, et dans celle des sultans utlonians, qui oui sans doute pris cotte coiiiuiik'. aux chrétiens. Ainsi, on grava ui;e é|)ilaphe sur le tombeau dit célèbre capitaine arabe 3Ioliainnied-AI-Mansour. mort à Médina Céli, en 1002, et sur le tombeau de Méliémel, premier roi de Grenade, de la dynastledes A’assérides, mort en 1275. On sait encore que Jean Léon, dit l’Africain, géographe arabe du seizième siècle, ayant rassemblé dans ses voyages en Barbarie un recueil d’épitaphes arabes, eut lu singulière idée d’en faire présenta un prince de Fez, pour le consoler delà mort du roi son père.

Les Anglais et les Américains semblent avoir affectionné beaucoup un certain genre d’épitaphes dont nous allons donner plusieurs exemples. Telle est la suivante mise sur le tombeau de J. Cotton, l’un des premiers pasteurs de la Nouvelle-Angleterre, mort en 1(552 :

tt C'éiait une véritable Bible vivante, douée de respira-

tion, où les deux covenants étaient inscrits; l’Evangile et la Loi avaient chacune leur colonne dans son cœur. Sa tête était l’index du sacré volume! son nom (Cotton) le litre ; et sa vie un commentaire sur le texte. Oh ! quel monument digne et précieux quand il reparaîtra dans une nouvelle édition, sans errata ! Il sera alors relié pour l’éternité. »

La tombe de J. Forster, imprimeur à Boston, mort en 1661, portail cette inscription :

« Ton corps, plein d’activité, est maintenant jeté de coté comme un vieil almanach ; mais, sans date pour le moment actuel, il aura bientôt une nouvelle vie plus active, et, quoique le corps soit souillé de poussière, à la résurrection nous verrons une belle édition, sans aucun errata ; le grand créateur, Dieu, n’a qu’un mot à dire ;

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tout sera fait quand il aura prononcé : Imprimatur.

Un gentleman d’Elon Ol cette épitaphe pour Jacob Tonsou, célèbre imprimeur, mort en l73o :

« Le volume de sa vie étant achevé, ici est la fin de Jacob Tonson... Pleurez, écrivains, et brisez vos plumes! votre Tonson, elfacé du livre, n’est plus; mais impripiez celle dernière inscription sur celte dernière page de la mort, de peur que, remis à la presse du sépulcre, lui, édileur, ne manque de titre : Ci gît un libraire, la feuille de sa vie étant achevée et attendant une nouvelle édition augmentée et corrigée.

Fiauklin a imité ces épitaphes, lorsque, dans sa jeu-, nesse, il composa la sienne en ces termes ;

« Le corps de Dcnjamin Franklin, imprimeur (comme la couverture d’un vieux livre déchiré qui n’a plus ni titre ni dorure), gît ici, nourriture des vers; cependant il n’est pas perdu, car (à ce (|n'il croit) il reparaîtra dans une nouvelle et plus belle édition, revue et corrigée par l’auieur L »

Citons encore les deux suivantes, conçues tout à fait dans le même genre. Elles sont beaucoup plus modernes:

U Ici gisent les restes de L. Gcdge, imprimeur. Comme lin caractère usé, il est retourné chez le fondeur, espérant qu’il sera refondu dans un autre moule meilleur cl plus parfait »

I Apris la mort de Franklin, on imprima le toast suivant, qui avait été porté à sa mémoire :

Renjamin Franklin, le * {a-ilêrisqn:) de sa profossiou,— le type de I honnéicté, — le ! {aihiiinition) de tons, — et quoique la {main) de la mort ait mis un . (poiiil) à son existence, chaque S {paragraphe) de sa vie est sans Jj [deleatur).

' r.cdge mourut en ISIS. Son. tombeau sc trouve à Uury Saint-Edmond.

« Ici sont les restes de J. Ilulme, imprimeur, qui, comme un camclère usé et abîmé pour avoir tiop servi, repose dans le tombeau, mais non sans espoir que l’avenir le verra refondu dans le moule de la justice, et solidement placé dans la case de l’immortalité »

Bien <les poètes ont composé leurs épilaplié.s ; nous citerons seulement les suivantes, en coniinençanl parcelle de Regnier :

J’ay vescu sans nul pensement,

Me laissant aller d iucement A la bonne loy naturelle;

Et je in’estoune fort pourquoy Lu mort osa songer à moy,

Qui ne songeay jamais en elle.

Voici celle de Scarron ; elle est empreinte d’une grande mélancolie :

Celui qui cy maintenant dort Fit plus (le pitié que d’envie,

Et souffrit mille tois la mort Avant que de perdre la vie.

Passant, ne fais ici de bruit,

Et gard(î bien qu’il ne s’eveille,

Car voici la premitVe nuit Que le pauvre Scarron sommeille.

Enfin, l’auteur du Vof/agre autour de ma chambre, s’est destiné les vers suivants, dont, nous l’espérons, il n’aura pas besoin de sitôt :

Ci-glt sous celte pierre grise Xavier, qui de tout s’i tonnait,

Demandant d’où venait la bise Et pourquoi Jupiter tonnait.

1 J. Hulmc, mort en 1829, fut enterré dans le cimetière de Saint- Nicolas (a Londres).

ÉPlTAniES.

Le savant helléniste Coraï, mort à Paris en 1833, ordonna que l’on mit sur son tombeau nue inscription en grec dont voici la traduction :

« Ci-gît Adamantins Coray, de Scio. Une terre étrangère le couvre ; mais celle terre, celle de Paris, il la chérissait à l égal de son pays natal. »

Terminons en citant une épitaphe, qui a pour auteur Scarrun, et qui de tout temps a pu s'appliquer à bien des gens :

Ci-^îlqui fut de bonne taille,

Qui savait danser et chanter,

Faisait des vers vaille que vaille,

El les savait bien réciter,

Sa race avait quelque antiquaille,

Et pouvait des héros compter;

Même il aurait donné bataille.

S'il en avait voulu làter.

Il parlait fort bien de la guerre,

Des deux, du globe de la terre,

Du droit civil et droit canon;

El connaissait assez les choses Par leurs efl'els et |)ar leurs causes.

— Était-il honnête homme? — Oh! non.

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