‹ Curiosités biographiquesChapitre 7 sur 36 · MORTS DE CHAGRIN, DE JOIE, DE PEUR, ETC · texte numérisé non relu

MORTS DE CHAGRIN, DE JOIE, DE PEUR, ETC

La plupart des biographes semblent avoir eu honte d'avouer que les personnages dont ils parlent soient tout simplement morts de maladie, comme M. de la Palisse, et ils ont cherché à donner à la On de leur vie une cause plus noble et moins triviale* lis ont inventé la mort causée par le chagrin, auquel ils ont fait jouer, dans la destruction de l'espèce humaine, un rôle aussi important que celui du poumon, dans la théorie médicale de la servante du malade imaginaire. Il a sufG qu'un personnage ait éprouvé, dans le cours de sa carrière, quelque contrariété un peu forte, quelque chagrin un peu vif, pour qu'on ait vu clairement, dans cette contrariété ou dans ce chagrin, la cause évidente de sa mort; et on n’a respecté ni le sexe ni 1 âge. Que l'on ne croie pas que nous exagérions ; on n'a qu’à parcourir quelques volumes de l'excellente Biographie universelle de Michaud pour s’assurer de la vérité que nous avançons. Citons, entre autres, un exemple tiré de cel ouvrage. On lit, à l’ariiclc Nicolas Abilgaard, peintre danois : «Les Uibleaux qui se trouvaient au château de Copenhague, et qu’on regardait comme ses chefs-d’œuvre, furent détruits par l'incendie de cet édifice, en 1794. Le chagrin que ce désastre fit éprouvera Abilgaard le conduisit fen<eme?jt au tombeau.» Or Abilgaard est mort en 1806, c’est-à-dire douze ans après l'incendic de ses tableaux. Certes, Alceste luimême, en celte occurrence, n’oserait pas dire: Le temps ne fait rien à l’affaire.

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