LES FRANCS-TAUPINS
cole üiles, et tuèrent eux, leurs femmes et enfants, pillèrent, brûlèrent et démolirent leurs maisons, sous la conduite d’un capitaine nommé Guillaume Caillot; c'étaient des représailles contre les excès des hommes de guerre.
La seconde émotion du peuple fut la Praguerie, sous Charles VII, en t440. La Praguerie, dont le surnom semble une corruption de Jacquerie, ne réussit pas mieux que celle-ci, parce que les nobles et les princes avaient soulevé pour leur propre compte la population des campagnes, qui se persuada servir ses propres intérêts en se vengeant des maux que lui faisaient souffrir les soudoyers du roi ; mais, dés que le Dauphin, chef de l'entreprise, fut rentré en gràciî avec les seigneurs ses adhérents, la taupinnille s'enfuit et se dispersa pour se cacher dans les villages et jusque dans les bois.
Ce fut dans le temps de la Praguerie que les rebelles s'intitulèrent eux-mêmes Francs-Taupins, annonçant par là qu'ils s'affranchissaient de toute sei-vitude- féodale, et surtout des tailles exorbitantes qu’on levait sans cesse pour les besoins de la guerre ; tailles presque arbitraires, qui n'exemptaient pas des autres redevances seigneuriales et royales.
Le passage et le séjour des troupes dans une province étaient les plus grands fléaux et les plus redoutés des liabitants : aussi ces pauvres gens n'avaient-ils pas balancé à sacrifier leurs biens cl leur vie pour se délivrer de la rapacité et delà tyrannie des sotidai'ds.
Les hommes de guerre surpassaient d'ordinaiie les ennemis en exactions sur le peuple qu’ils avaient mis-
sion de défendre : ils ne se contentaient pas d’exiger des tributs pécuniaires et des vivres, à titre de garnisons; ils enlevaient tes bestiaux, les chevaux-, les femmes, tuaient ou maltraitaient quiconque osait résister, saccageaient les moissons et les vignes, pillaient ou brûlaient, et faisaient couler des larmes lorsqu’ils ne répandaient pas de sang.
Charles VII, ayant apaisé et dompté la sédition après une campagne de six mois, prolila des leçons de l’expérience en obéissant au vœu unanime de son royaume : il réforma les abus de l’organisation militaire, et prit dans ses mains le commandement suprême de toutes les compagnies de gens de guerre, jusqu'alors indépendantes de la royauté et formées d’aventuriers de tous pays, tels que les ribauds de Philippe-Auguste et les routiers du roi Jean. Charles VII, qui cherchait^ à soulager les misères de ses sujets, imagina la création d'une armée nationale, et institua les Franc.s-Archei-s, par ordonnance de l’an 1448.
Ces Francs-Archers, que, par. habitude et peut-être par ironie, on appelait encore Frants-Taupim, réunissaient environ dix mille fantassins d'élite, toujours prêts à marcher, sinon toujours employés à un service actif. Au reste, rordonuance d'institution offre peu matière à des commentaires, tant elle est précise dans les termes ainsi que dans les dispositions. C'est le premier monument auquel on peut rapporter l'origine de notre garde nationale mobile et sédentaire.
« Ordonnons, par ces présentes, po\ir ne plus aider « et au moins de charge pour nos sujets, qu’en cha- « cune paroisse de notre royaume aura un archer qui
LES 1 llA ^ES-iAlM^S Kl
<i sera et se tiendra continuellement on habilleiuent « suffisant et armé de salade (casque sans \isiêio i, « dague, épée, arc, trousse et jaque (pourpoint rom- « bourré) ou liuque de brigandine (cuirasse en 1 er » battu ), et seront appelés les Francs-Archers, les- « quels seront élus, en chaque élection, les plus duils t et aisés pour le lait et exercice de l'arc qui se pour- ( ront trouver en chacune paroisse, sans autre t^ard ni faveur a la richesse et aux requêtes que l’on jtoura laii sur ce faire, et seront tenus d’eux entretenir en « rhabillement susdit, et de tirer de farc, et aller en U leur habilleineut toutes les fêtes et jours non uii- •< vrables, aiiii qu'ils soient plus habiles et usités audit • fait et exercice, pour nous scrvû’ toutes les fois (ju'ils « seront par nous mandés, et leur ferons payer quatre >< Iraiics pour honune, pour chacun mois, pour le temps *1 qu’ils nous sei’viront. Ordonnons qu'ils, et chacun « d’eux, soient francs et quittes, et iceux exceptons de « toutes tailles et autres charges quelconques qui se- « ront mises sus de par nous en notre rayaunie, tant « du fait et entretenement de nos gens d'arme^, de « guet et garde de porte, que de toutes autres subven- « tions quelconques, excepté du fait des aides ordon- « nées par la guerre,. et de la gabelle de sel; voulons « qu'il leur soit baillé par nos Élus lettres d'affrancliis- 0 sement , lesquelles voulons valoir comme si elles « étaient obtenues de nous ; ordonnons qu’ils feront a le serment, par-devant lesdits Élus, de bien et loyau- « ment nous servir en leur habillerneut envers tous et U contre tous, et eux exerciter en ce que dit est, même « en nos guerres et affaires, toutes fois qu’ils seront
Histoire de frange
« |wr nous mandés, et ne serviront aucun au fait de « guerre ni audit habillement sans notre ordonnance ; « voulons que lesdits Francs-Archers soient, par nos- « dits Élus, enregistrés par noms et surnoms, et les « paroisses où ils seront demeurans, et que de ce « sera fait registre en la Cour des dits Élus.
« Donné aux Montils-lez-Tours, le dix-huitième jour « d’avril, l’an de grâce 1448, et de notre règne le vingt- < sixième. » ,
Les Francs- Archers, qui appartenaient à l'infanterie sous Charles VII, lorsque Jean Bureau et Ivon de Carnazet les commandèrent en chef, eurent des chevaux sous Louis XL Ce prince améliora cette institution utile et doubla les ressources qu'il en pouvait tirer: mais, sur la fin de son régne, en 1480, il fit cesser et abattre tous les Francs- Archers du royaume de France, et en leur place y voulut être et demeurer, pour servir en ses guerres, les Suisses et piquiers. On ignore le motif de ce licenciement général, et on ne sait s'il faut l’attribuer à la lâcheté des soldats attachés au sol par les liens de la famille et de la propriété : toujours est-il que le poète François Villon, dans le Monologue du Franc-Archer, semble avoir peint un type de fanfaron peureux et crédule.
Après le lieutenant des Francs- Archers, qu’on nommait Francs-Taupins par dérision, il ne fut plus question d’eux que dans des chansons populaires. Le Duchat nous a conservé une de ces chansons dans ses notes sur les OEuvres de Rabelais ; elle est trop importante dans le sujet que nous- traitons pour que nous ne la citions pas tout entière ;
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LES Ht.V.NCS-TArPISS
Un Fraiic-Taupin un si bel homme estoil, Borgne et boiteux, pour mieux prendre ribce; Et üi avoit un fourreau sans espce;
Mais il avoit les inulles au talon,
Deriron,
Vignette sur vignon.
Un Franc-Taupin un arc de fresue avoit,
Tout vermoulu, sa corde reuouéc;