‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 3 sur 26 · LES FRANCS-TAUPINS · texte numérisé non relu

LES FRANCS-TAUPINS

tion militaire destaupins, qu'on ne nommait plus ainsi que par dérision, comme s'ils se fussent anoblis en sc noircissant de poudre à canon.

Le nom de laupins devint, en effet, une injure que la noblesse avait attachée à ta milice campagnarde, soit à cause des taupinières qui remplissent les cultures des paysans, soit plutôt à cause de la poltronnerie caractéristicjue des vilains, qui, mal armés, mal équipés, et rarement épargnés, faute de rançon, s’ils se rendaient prisonniers, avaient le pied léger à la fuite, et enviaient les terriers des taupes pour s'y blottir en cas de déroute.

Ces vilains, qui appartenaient de naissance au clocher d'une abbaye ou bien au donjon d'un château, eiT qualité de serfs ou hommes de corps, taillables et corvéables à merci, étaient entraînés malgré eux à la guerre par la bannière ou la personne de leur seigneur, qui les convwjuait à son ban et arrière-ban. I^e mot ban dérive certainement de l'onomatopée du son des labourins, annonçant le cri du héraut d’armes. Dès que le ban était battu et crié, le pauvre vilain devait comparaître en armes, pour la terre garder, dit une pièce de vers du treizième siècle ; il détachait son vieil écu à la paroi pendu, sa lance enfumée, son épée enrouillée, son arc et son coterel (coutelas). Ce n'était pas sans larmes qu’il délaissait femme et enfants, pour faire souvent mie veuve et des orphelins ; car il n’avait pas, fornine les chevaliers et les écuyers, une triple annure en coton, en maille et en fer, à l'èpi’euve des bâtons à main, et son gambeson de cuir de cerf ne l’eût pas garanti sous les pieds des chevaux, à l’instar

(le ces combattants nobles, qui, jetés bas de leur monture, étaient si solidement couverts de leurs amies, que la mélée passait sur eux sans leur faire de mal et qu’on ne pouvait les tuer qu’en les assommant.

Les vilains ou taupins composaient l'infanterie, quoique, du temps de Montluc, au commencement du seizième siècle, le moindre archer fût de race noble ; mais, durant la féodalité, cliaque seigneur conduisait à la guerre les gens de corps et de poeste (pouvoir, potestas). Les grandes luttes contre les Anglais, les querelles des Armagnacs et des Bourguignons, affaiblirent l'institution de la chevalerie, et donnèrent à quelques vilains l'occasion de se distinguer en armes; on vit sortir des rangs de la roture certains noms inconnus, qui s’anoblirent d’une illustration guerrière. Jean et Gaspard Bureau, qui , par leur génie, s’élevèrent ensemble à la dignité de maître dé l'artillerie du roi, acquirent leur réputation et leur fortune ))armi les taupins , et , malgré l’information de leur noblesse, faite par ordre de Charles Vil, en 1442, il paraît certain qu’ils ne durent rien à leur ancêtres.

II y eut toujours entre les nobles et les vilains une haine réciproque, fomentée par l’envie des uns et le mépris des autres : cette haine n'éclata que deux fois, mais avec, une fureur et un acharnement qui prouvent combien elle était profonde.

La première révolte des vilains contre les nobles fut la Jacquerie, sous le règne du roi Jean, prisonnier en Angleterre. Dans cette Jacquerie, qui avait son foyer en Beauvaisis. les mêmes gens populaires coururent sus à tous les nobles qu'ils purent trouver, raconte Ni-

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