‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 6 sur 26 · I.n Franc-Taupin de Uaynaud reveno t · texte numérisé non relu

I.n Franc-Taupin de Uaynaud reveno t

?a cimnsse cstoit au talon de.scbirée;

Et si disoit qu'il venoit de l'armée, liais onc n'avoit donné un horion.

Deriron, etc.

Un Franc-Taupin en son hoslel revint.

Et il trouva sa femme l’accouchée :

• Adouc, dit-il, j'ai la billevesée,

ITi an a que ne fus en ma maison. >

Deirron

Vign-ntc sur viguon.

Dfjniis la lin du quinzième siècle, le noiii de laujiin n'a été employé que par les bouviers d’Anjou pour désigner un bœuf noir, et par les paysans de Normandie pour dire un cliien noir, sans doute en réminiscence

HISTOIRE DE IRAiNCE

des aiicieus taupins, qui, travaillant à la terre, la tête iiue et le visage découvert, avaient le teint hàlé au so* leil, ou bien qui, tout noirs de poudre, étaient les compagnons ordinaires des bombardes et des engins d’artillerie.

BIBLIOGRAPHE

Les Fran(.s-Taii'IMs , liistuirc du tuiup» tic Cliailes VII, 1440, par P. L. Jacob, bibliophile (Paul Lacroix). Paris, 3 vol. iu-8.

Souvent réiiiipr., et trad. eu ital. et en allcm. Ce roinau e>t accompagné de la dissertation précédente dans les preniièi'cs éditions sculcnienl.

I orjs DES ROIS DE FRANCE

On peut dire, sans crainte d’erreur, que les Fous d’office ont existé eu même temps que les rois. Selon Rabelais : Les mathémaliciens disent un même horoscope être à la nativité des rois et des sots; selon Régnier ; Les fous sont, aux échecs, les plus proches des rois.

Il ne faut pas cependant prendre au sérieux la plaisanterie du prédicateur Menot, qui, dans ses sermons de carême, s’autorise du texte des Proverbes de Salomon {stultissimus sum virorum,\e suis le plus fou des hommes) pour déclarer que, si tous les fous qui ont vécu sur la terre formaient une danse, le grand roi Salomon donnerait le branle et porterait la marotte.

HISTOIRE RE FRANCE

On comprend la prédilection des rois et des puissants pour les fous, qu'on regardait comme des oracles : a Par l'avis, conseils, prédiction des fous, vous savez quants princes, rois et républiques ont été conservés, quantes batailles gagnées, qualités perplexités résolues, » dit Pantagruel à Panurge dans le troisième livre de Rabelais; puis il explique les causes de la facullé prophétique des fous, eu disant que, pour être apte à recevoir bénéfice de divination, il faut « s'oublier soimême, issir hors de soi-niènie, .vider ses sens de foute terrestre alfeclion, purger son esprit de toute humaine sollicitude et mettre tout eu nonchaloir ; ce qui est vulgairement imputé à folie. » Hippocrate attribuait la folie à une inspiration divine; de là le respect que l’antiquité accordait aux malheureux privés de raison. Nous avons changé le temple en hôpital.

C'était un reste de paganisme qui se perpétuait dans la plupart des églises de France, sous le nom de Fête des Fous, scandaleuse or^ie allégorique dans laquelle le pouvoir ecclésiastique tombait des mains de l'évêque dans celles du sous-diacre et de l’enfant de chamr, afin de rendre un moment la suprématie aux pauvres d'esprit, à qui l’Évangile projnet le royaume des deux. La morale de cette fête licencieuse et sacrilège devait être basée sur ce vieil apophthegme : « Les sages, voyant ta ' faute des fous, se gardent d'y tomber, o

Cependant on aurait tort de croire que les Fous d'office fussent véritablement des fous que la médecine eût revendiqués de notre temps ; ce n'étaient d'ordinaire que des idiots de naissance ou des badins de profession; ces derniei'S surtout avaient la repartie

vive, mordante et spirituelle : on les appelait moroso' phes ou fous-sages. Un gentilhomme de la cour de Henri 111, ayant traité le sien de roi des fous, en reçut cette réponse, pleine de sel et de sagesse ; « Plût à Dieu que je le fusse, car j’espérerois commander à tel qui a plus de puissance que moi ; mais je \ois bien que je ne serai jamais grand seigneur, les places sont toutes prises! »

Les plus grands fous, en effet, n'avaient pas la marotte, et la confrérie du Prince des sots, ralliée sous la devise de la Basoche : Le nombre des sots est infini [Infinilus est stultorum numerus), n'épargnait pas, dans ses soties, les papes et les rois. Avant qtre le savant Érasme eût osé faire VÉloge de la Folie, traduit dans toutes les langues et réimprimé cent fois, il eût été plus diflicile de faire l’éloge de la sagesse, qu'un philosophe mettait au rang des sciences occultes.

Il y avait autant de sortes de Fous d’office que de caprices chez les seigneurs, qui cherchaient moins la récréation de l'esprit que celle des yeu.K : Ésope, qui était réellement un bouffon fort amusant, n’aurait pas manqué d'acheteurs au moyen âge, où le mérite de sa bosse, de sa taille contrefaite et de sa figure hideuee eût réuni les suffrages des rois les- mieux faits et des plus belles dames.

Car la laideur et la difformité étaient aussi recherchées pour un Fou d’office que l’intelligence chez un singe, la beauté du plumage chez un paon et le jargon chez un pagegai ou perroquet. Le plus liorrible magot, qui le disputait en monstruosité aux diaboliques inventions de la sculpture chrétienne, avait le privilège

HISTOIRE riE FRANCE

d'étre admis le premier da.is la chambre royale, de parler à sa fantaisie, sans attendre qu’on l'interrogeât, et de décocher impunément contre les plus nobles blasons les traits de sa méchanceté. Les crétins sont encore en Suisse l’objet d’une tolérance analogue, quoiqu’ils soient muets : hommes et femmes souffrent tout de ces êtres malfaisants, qu’on croit favorisés du ciel. Ainsi le Fou se permettait tout le mal possible sous la protection de son mailrc.

On choisissait donc de préférence des nains, des bossus, des nègres, et les plus grotesques variations d(* l’espèce humaine ; on sait quel rôle important jouent ces personnages dans les romans de féerie et de chevalerie : nains .sonnant du cor, bossus récitant des ballades au souper, nègres ser\iteurs des palais magiques. Ces malins commensaux du manoif féodal étaient toujours en rivalité avec les chiens de la vénerie, les oiseaux de la fauconnerie et les autres animaux domestiques, même les lions, que la châtelaine nourrissait de sa blanche main.

Cette rivalité ne se bornait pas à faire montre de la figure la plus épouvantable et de la grimace la plus fantastique : un ïou d’office, bien appris sautait et gambadait comme un singe, jouait de la cornemuse, de la trompette et du rebec, pour égaler la musique du rossignol ; jetait un luxe de paroles, pour n'avoir rien à envier à la pie babillarde; savait par cœur des motets, des oraisons, des vers, des ndvineaux ou énigmes à deviner, des lais ou contes joyeux, tout cela, afin de mettre en relief sa supériorité sur le lévrier fidèle qui couchait au chevet de son maître, sur le fau-

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I,ES FOrS DES ROIS DE FRANCE RR

con que la dame du lieu faisait elle-même voler, sur la haquenée que montait cette genle damoiselle dans tes chasses et les voyages.

Ces talents divers du Fou d’office n’étaient pas, comme son corps, ridiculement bizarre, l’œuvre de la nature, qui cependant, au rapport de Bodin, fait qu’?/»i frénétique parle latin 5<m.s l’avoir jamais appris : iin Fou de bonne maison était élevé avec autant de soins, de peines et de frais, qu’un âne savant, excepté qu'à «on entrée dans une ville il ne' payait pas le truage ou la taxe en monnaie de singe, c'est-à-dire avec une chanson ou avec une gambade, redevance imposée au bateleur conduisant un singe.

Le Fou avait un gouverneur, ainsi que le chenil des valets de chiens; il était servi des meilleurs morceaux à table, ainsi que leséperviers et les paons dans V oisellerie; il étudiait les tons, les sauts, les reparties, les chansons,' ainsi que les perroquets, les pies, les corneilles en cage; il recevait même en punition les étrivières; et il allait faire pénitence aux cuisines, on compagnie des valets.

Au bon vieux temps, on. instruisait les Fous île même que les bêtes, pour les vendre ou pour se divertir Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt, s’exprime ainsi dans ses Serées, au sujet d’un idiot que Dieu, ayant créé et mis au monde, avait laissé là : « Ce serviteur étoit d’une famille et d’une race dont tous étoient honnêtement fous et joyeux ; et, outre, tous ceux qui naissoient en la maison où ce serviteur étoit né, encore qu’ils ne fussent de sa ligne, venoient au monde fou«, et si l’éloient toute leur vie ; tellement

que les grands seigneurs se fournissoienl de Fous en celte maison, et par ce moyen elle étoit de grand revenu à son maître. »

Cette singulière école de Fous avait la vogue sur la fin du seizième siècle, à l'époque où Henri 111 accaparait tous les petits chiens de Paris.

11 suffisait qu’un Fou d'office tînt les promesses de son nom : soit qu’on dérive ee^ nom de çouXo; , tête aiguë, parce que la conforroalion étroite et conique de la lêle est le signe de l'absence de cervelle ; soit qu’on le tire dif l^tin follis , soufflet , parce que la tête d'un fou est pleine de vents et de billevesées. On ne soutenait pas une thèse en Sorbonne pour avoir droit de porter les insignes de maître ès folie, savoir ; le bonnet à longues oreilles et à crête de papier, la marotte au poing, la vessie à la ceinture et la livrée aux couleurs d’un maître, toute résonnante de grelots.

Les ordonnances des rois défendaient aux roturiers l’usage de certaines éloffes et de certaines fourrures, réservées à la noblesse ; les chevaliers seuls chaussaient les éperons dorés ; les manants ne chevauchaient que des mules ou des roussins; les demeures des nobles se distinguaient par des tours, des girouettes, des colombiers, des fossés et autres attributs, que la cabane du laboureur et le pignon du bourgeois auraient craint «I usurper ; mais tout le monde avait licence de prendre un Fou à sa solde.

Cependant le concile de Paris, en 1212, réforma les a us des mœurs ecclésiastiques, et fit la guerre aux ous que les évêques entretenaient dans leur maison

«‘piscopale pour se donner à rire. Le rire n’est-il pas le propre de l'homme ?

Or les rois, qui ne se dérident pas souvent au milieu des noirs soucis de la couronne, ont plus de peint; que leurs sujets à trouver un peu de ce rire qui fait tant tle bien et qui nait de lui-même sur les lèvres (lu ÿueux se chauffant au soleil. Les rois, pour distraire leurs ennuis et leur oisiveté, s'étaient entourés dos Fous les plus innocents et les plus habiles, qui s'efforraient de réveiller une gaieté morte et qui ne produisaient, d’ordinaire, que la pitié ou le dégoût.

Quelle devait être la condition abjecte, et pourtant enviée, de ces créatures qui n'avaient plus à elles une j)ensée, un sentiment; qui riaient de bouche, lorsqu’elles avaient des larmes au fond de l’ânie ; qui se voyaient ravalées au niveau des chiens et des singes; qui ne pouvaient espérer ni famille ni amis ; qui vivaient et mouraient au bruit moqueur de leurs grelots? Sans doute, il s’est rencontré plus d’une fois un cœur d’homme, abattu d’indignation sous le déguisement d’un fou ; sans doute, une main qui aurait bien tenu la garde d’une épée s’est crispée sur le manche d'une marotte, et plus d'une fois le Fou a craché sa honte au front du roi.

L’histoire, qui a daigné s’occuper des caries de Charles \’I, de l’arbalète de Charles VH, de la vénerie de Louis XI, de la paume de Charles VIII et des amusements favoris de nos rois de France, n’a pas écrit les fastes de tous leurs Fous en titre d'office : c’est une grave omission dans l’/lrf de vérifier les dates et dans la Généalogie des grands Officiers de la Cou-

renne de France; car il semble, en mainte circonstance, que le Fou du roi était caché malicieusement sous le manteau royal.

On connaît seulement les noms de Thévenin, sous Charles V; de Caillette et de Tkibodlet, sous Louis XII et François I"; de Brusqcet et de Thoni, sous Henri II, François II et Charles IX; de Sibilot, sous Henri III ; de Maître Cciixaüme et de Chicot, sous Henri IV; d’ANr.ooLEVEHT et de TAngely, sous Louis XHI et Louis XlV. V’^oilà bien des interrègnes dans le royaume de la Folie, qui commence d’une manière certaine à (diarles le Sage.

Ce prince aimait l’entretien des fous, « et cette récréation prenoit, dit son historiographe Christine de Pisan, afin que soin de trop grande occupation ne pût emiiêcher le sens de sa santé. » Après .son lever et sa prière à Dieu, le bon roi Charles, avec ses serviteurs, raconte la môme historiographe, « par bonne familiarité se truphoit de paroles joyeuses et honnêtes, par si que sa douceur et clemence donnoit hardiement (hardiesse) et audace, même aux moindres, de hardiment deviser à lui de leurs,truphes (folies) et ébattemens, quelque simples qu’ils fussent, se jouoit de leurs dits et leur lenoit raison. »

Les Fous de Charles V étaient ses plus prive's ou ses familiers, comme est qualifié Louis Mulier, ménétrier de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, dans un état des domestiques de ce duc. Le Fou sa.vait se rendre indispensable par son adresse à flatter les goûts et les passions de son seigneur, par ses horoscopes, ses épigramnries, ses bouffonneries et ses truphes : le mol de

LES FOLS DES KOlS UE KHAiSCE

mystificaliûn, qui a uu sens absolument semblable, ne fut inventé que quatre siècles plus tard, en rbonneur du Petit Poiminet le mystifié.

Charles V, ayant perdu son Fou, écrivit à la ville de Troyes de lui en fournir un autre, suivant la coutume; d'où il pdrait que la Champagne, caractérisée par ce fameux proverbe : Quatre-vingt-dix-neuf moutons e( un Champenois font cent bêles, avait le privil^e d'apju oiisioiiner de Fous le roi de France, c-omine plus taiil les jésuites s’attribuèrent le droit de lui donner des / 'Mifesseurs. On disait aloi's la niencede Châlons, pour la niaiserie par excellence ; mais la Champagne, quoique déjà illustrée par son comte Thibaut et ses trouvères, n'avait pas imposé silence au proverbe jar la naissance de la Fontaine cl de Racine.

Le Fou que regrettait Charles le Sage fut enterré .i Saint-Gennain-rAuxerrois, où son tombeau n’existait plus du temps de Sauvai, qui en décrit un autre du même genre qu’on voyait à Saint-Maurice de Senlis avec cette épitaphe ;

« Cv gît Tlieveniu de Saint Legiur,

Fol du roi nostre Sire,

Qui trespassa le onzième jour de juillet, L’an de grâce MCCCLXXV.

Priez Dieu pour l’âme de ly. »

Ce tombeau était formé d'une pierre de liais, longue de huit pieds et demi sur quatre et demi de lai^e, gravée en creux, et offrant l’image du mort. Thévenin est couché, en habit long : il a pour coiffure une calotte à houppe, et sur les épaules un froc à capuchon ; il tient

histoire 1»K IRANCË

une niarolte en main et fiortedeux bourses sur l'esluinac; les jûeds sont nus et imités en inscrustatioiis d albâtre, ainsi que le visage. A l’entour de cette tombe, on a sculpté, avec le travail le plus minutieux, une foule de petites figures dans des niches. Les bourses et la marotte représentaient les armes parlantes des Fous, qui ne l’étaient qu'à beaux deniers comptants.

^ Au reste, sous Charles le Sage, les Fous en titre d’oflice étaient au nombre des officiers de toute maison princiére : Jean, duc de Berri, frère du roi, qui mourut en 1410, fut accompagné solennellement, à ses obsèques, par ses Fous vêtus de deuil.

tiliarles \ I, qui régna en démence pendant plus de trente ans, devait se plaire avec ses Fous, dont les noms ne sont pourtant pas venus jusqu’à nous, comme ceux de sa petite reine, Odette de Champdivers, et de ^on peintre de caries. Jacquemin Gringonneur; néanmoins, on ne peut douter de la faveur iiarticulière qui multiplia les iiorte-maroltes sous le régne d’un fou frénétique.

Les courtisans inventaient à Fenvi des jeux et des plaisirs pour dissiper la sombre frénésie du malheureux roi, qu une funeste mascarade avait privé de sa raison, lorsque, dans le ballet des Sauvages, le feu prit à ses vêtements enduits de poix-résine et mit sa vie en danger.

Depuis cette lugubre mûmerie, si Charles entrait en fureur, des valets déguisés et masqués apparaissaient pour renchainer; s’il retombait dans son habituelle et morne tristesse, une damoiselle, un page, un Fou, avaient mission de lui faire compagnie et de senir à

ses éba LetnenU. Mais* que pouvaient les facéties d'un Fou d'office sur la triste et inerte préoccupation d’un fou véritable ?

Charles VI était ixtursuivi partout du spectre de la Folie ; puvrait-il un missel enluminé, il retrouvait, sur les encadrements coloriés des prières, la scène de la Danse Macabre, où la Mort fait baller le fou vers la tombe; agitait-il ses cartes peintes et dorées, il rencontrait encore le portrait d’un fou que des enfants assaillent à coups de pierres; enfin, s’il détournait les yeux, tétait pour les reporter sur son Fou, accroupi au coin du foyer éteint et dorlotant sa marotte, à rinstai' d’une nourrice.

Ce fut peut-être un des Fous de Charles VI que rc Seigni Joan qui vivait un siècle avant Caillette, le Fou de Louis XII , selon la Nef des Fols du inonde, imitation d'un ouvrage allemand, imprimée pour la première fois vers 1494. Rabelais, qui appelle le seigneur Joan fol insigne de Paris, bisayetil de CailleUe, en fait le héros d’une aventure digne des jugements de Sancho dans l'ile de Barataria, et curieuse surtout comme preuve de l’autorité qu'avait autrefois lë conseil d’un Fou.

A Paris, devant la boutique d’un rôtisseur du Petit- Châtelet, un faquin ou {wrtefaix mangeait son pain à la fumée succulente du rôt; le rôtisseur le laissait faire sans mot dire. Mais, quand tout le pain fut mangé, le rôtisseur happe au collet l’amateur de fumée et le sonmie de payer la fumée qu'il a prise. Grande altercation : le portefaix s’écrie que la fumée qui s’échappe dans la rue appartient à tout le monde ;

HISTOIRE DE FRAiNCE

le l'ôtisseur réplique avec nieuaces que la Tuinée de son rôt n'appartient qu’à lui, et qu’il est seul maître de la donner ou de la vendre.

Le badaud peuple de Paris accourut de toutes parts, et là se trouva Seigni Joan le fol, citadin de Paris. Ce vénérable Fou {Seigni jveut bien dériver de senior, vieillard) avait sans doute acquis une fortune honnête en e,\erçant à la cour son métier lucratif, et son antbition SC bornait à jouir en paix des droits et privil%cs de bourgeoisie en la bonne ville^ de Pai'is.

a Faquin, dit le rôtisseur au porfefaix, veux*lu dan.' ' notre différend accepter pour juge ce noble Seigni Joan? I) \

Le poiTefai.\. y consentit, et Seigni Joan, après avoir entendu les iwrties, ordonna au portefaix de tirer de soji escarcelle quelques pièces d'aigent; celui-ci soupira en présentant un tournoi de douze deniers; alors Seigni Joan prit le tournoi, le pesa sur son épaule gauclie pour juger s’il était de poids, le lit sonner dans la paume de sa main gauche pour vérilier s’il était de bon aloi, et l’approcha de la prunelle de son œil droit pour voir s’il était bien marqué. Le peuple attendait en silence le résultat du jugement, qui d’avance réjouissait le rôtisseur et désespérait le portefai.x.

Ënlin, Seigni Joan, « en majesté présidiale, tenant sa marotte au poing comme si fût un sceptre, et affu* blant en tète son chaperon de martres-singesses à oreilles de papier fraisé, » toussa deux ou trois fois, k l imitation de Messieurs du Parlement, et rendit son arrêt en ces termes : « La Cour déclare que le portefaix, qui a mangé son pain à la fumée du rôt, a payé

LKS FOI S DKS ROIS HE FP. \NCi:

civilement le rôUsseiu’ jivec le son de l'aident; ladite Cour oiiionne que chacun se relire en sa clia<‘unière. sans dépens, et pour cause. »

Charles VII avait trop de générosité chevaleresque et d’aimable galanterie pour se plaire avec les fous, quoiqu'il perdît son royaume le plus gaiement du monde, suivant le reproche que lui adressa un de ses capitaines, lorsque les Anglais le dépouillaient de ses villes et de sa puissance; il négligeait l'honueur et l’intérêt de la couronne, pour se livrer aux divertissements des tournois, des danses, des festins, des mascarades et de la chasse; ce ne fut pas un Fou d’oftlce qui le fit rougir de son insouciance; ce fut la plus belle entre les belles, Agnès Sorel, qui réveilla eu lui le sentiment de la royauté et de la patrie ; la France fut sauvé-e.

La passion de Charles pour Agnès était si entière et ^ si exclusive, que les facéties d’un bouffon eussent semblé déplacées dans la petite cour de Bourges, où tout n’était que tendresse et volupté : le cliquetis des grelots et des vessies aurait désagréablement troublé l'harmonie des luths et des vers qui célébraient l’anionr parfait, tandis que la guerre étrangère promenait ses pavillons autour de la retraite de Charles et d'Agnès : alors le roi était le fou, et son sceptre se métamorphosait en marotte. Le poète rojal Alain Chartier héritait de l’oftice de »^eigni Joan.

Alain Chartier, qui avait une telle renommée de laideur, que Marguerite d’Écosse ne fit que la confirmer en le baisant sur la bouche à cause des belles choses issues d'icelle, réunissait ainsi toutes les qualités du

!'S HISTOIRE DE FRANCE

nain et du fol-ange. On peut le regarder comme Je premier poêla regius, litre «inivoque, remis eu vigueur sous Louis XII et traduit littéralement par Fou tin roi.

De tous temps, poêle et fou furent synonymes, si l’on en croit Ménage, qui se piquait d’être poète.

Après la mort de sa mie Agnès, Ctiarles VII rentra en possession de ses États, et les Fous d’office ne reconquirent pas leurs prérogatives. Charles, opprimé j»ar ses ministres, menacé par son fils et consumé de r*^rets amoureux, devint vieux et triste avant l'ége, malgré les tentatives de ses serviteurs pour le distraire de sa mélancolie. II jouait aux échecs, tirait de J’ar- Iwlète, entendait trois messes par jour, et, quand il prenait ses repas, « toujours y était son médecin et de ses gens et valets de chambre honnêtes, qui parlaient de joyeu-setés ou d'histoires anciennes où il prenaitplaisir. » Mais l'iiistoire ajoute : « 11 n’avait cure des fols-sages. »

Louis XI, le plus gai et le plus terrible des rois de France, avait autant de Fous que de familiers; car il attachait volontiers à son service quiconque se signalait par une repartie fine et imprévue : de là le grand nombre de secrétaires qu’il a employés. On lui agréait mieux par un mot de folie qu’en cent de sage pruilhommie.

Un jour qu’il voulait faire écrire à la hâte, il aperçut un petit scribe qui avait son gallemanl ou écritoire (tendu à la ceinture, et il lui ordonna de rédiger la dépêtche; mais le clerc, en tirant sa plume, laissa tomber des dés à terre.

• A quoi sert cette draf'ée? deniaiula le roi.

« — Sire, répondit avec effronterie l'écrivain, c'est un remedium contra peslem (remède contre la pes»*''.

« — Viens çà, reprit Louis XI, tu es un gentil paillard, tu es à moi. »

Brantôme termine ainsi l'anecdote : « Et le prit à son service, car ce bon prince aimait fort les bons mots et les esprits subtils. »

Loqis XI avait mis à la porte l'étiquette des cours, pour faire accueil à la joviale liberté de la bourgeois.*; ; son médecin Coictier, son barbier Olivier Ledain, son conseiller Uoyac, son astrologue Angelo Catlio, et son compère le grand prévôt Tristan l'Hermile, étaient des fous plus ou moins plaisants, qui devaient leur fortune à des boutades malicieuses, à des contes licencieux et à des gaités hardies.

M’était-ce pas lui-même un bouffon sans rival, que ce roi redoutable, qui, ayant fait couper la tête de maître Oudard de Bussy, conseiller au P,.rlement, afin qu'on connût bien celle lêle, la fil atourner d'un beau chaperon fourré, et l’ejtposa sur le macclié d’IIesdin,* l&^ oü il préside, écrivait-il à M. de Bressuire?

On devine que les Fous d’office étaient bien audessous de ces royales plaisanteries, et le seul qui ait mérité une mention par son malheureux sort n'esl pas plus nommé que les victimes obscures, sacrifiées à la défiance de ce sanglant politique.

Louis XI, ayant fait mourir son frère le duc de Guienne, par gentille induslrie, dit Brantôme, eut l'adresse de se soustraire au soupçon et de .s’assurer du secret par le meurtre de l’empoisonneur, l'abbé de

HISTOIRE RE FRANCE

Saint-Jean-d’Angely, qui fut étranglé dans sa prison ; mais le remords survécut au crime, et le roi, priant un jour devant Notre-Dame de Cléry, qu’il nommait sa bonne patronne, s’oublia jusqu’à se reprocher tout haut le fratricide.

Son Fou était auprès de lui, et ce Fou, duquel il ne se doutait pas qu'il fût si fol, fat, sot, qu’il ne put rien rapporter, hii redit la litanie en présence de tout le monde, à son dîner. Le courage était grand d’oser chagriner et embarrasser Louis XI !

Ce Fou, qui répétait souvent que le roi avait fait mourir son frère, passa le pas comme les autres, à quelque temps de là, et Louis XI retint, depuis, cette vérité que lui avait apprise l’expérience : « 11 ne fait pas bon se fier à ces fols, qui quelquefois ont des traits sages, et disent tout ce qu’ils savent ou bien le devinent par quelque instinct divin. »

Louis XI ne se confessa plus devant témoins : il devait, d’ailleurs, se défier des Fous de cour, en se rappelant que le Glorieux, bouffon du duc dè Bourgogne. Charles le Téméraire, avait conseillé à son maître de retenir le roi de France prisonnier à Péronne.

Avant cette époque, vivait un autre fou qui ne portait pas la livrée du métier et qui ne se vendait pas à un seul maître, mais allait de l’im à l'autre, selon qu’on le défrayait et payait ses dépens; il s’attachait pour un temps à la suite des princes et gentilshommes que ses bons mots, ses tours et ses larcins égayaient, en loyer d'une libérale hospitalité.

Montbleru, dont les faits et gestes furent narrés peut-être par Louis XI lui-même, encore Dauphin, aux

veillées de la cour de Bourgogne, parait avoir servi de iiiudèle au Fou de Henri III, à ce Brusc]uet, qui vidait son imaginative pour remplir sa bourse, et qui ne se piquait pas de délicatesse dans les expédients qu'il mettait en œuvre. Montbleru était une sorte de fou libre, de jongleur et de parasite à tout écot, type de ces mystificateurs du dix-huitième siècle, toujours piêts à se faire un jouet des sots aux flépens desquels ils vivaient, choyés et applaudis sur la foi de leur réputation bien ou mal acquise.

Montbleni, qui passait à la foire d'Anvers en la cornpagnie de monseigneur d'Êtampes, rencontra maître Imbert de la Plaine, maître Roulant Pipe et Jean Leiourneur, gentilshommes flamands, qui lui firent bon accueil, et, pour ce qu'il est plaisant et gracieux comme chacun sait, le prièrent de venir loger avec eux, en lui disant qu'ils feraient la meilleure- chère de jamais; ce que Montbleru accepta de bonne grâce.

Or il arriva que ces gentilshommes séjournèrent à Anvers plus qu'ils ne pensaient, et, comme chacun n'avait apporté qu’une chemise sur son corps, cette chemise fut bientôt sale ainsi que le bonnet de nuit ou couvre-chef dont chacun s’était pourvu en quittant la cour de Bourgogne. Ces gentilshoinmes attendirent le samedi soir pour donner à la chambrière leurs chemises à blanchir, qu'on leur rendrait blanches le lendemain à leur lever.

Les chemises furent blanchies et séchées au feu de la cuisine; mais, la chambrière s'étant absentée uiî moment, Montbleru, qui s’était levé avec le jour, sous l>rétextti d’aller séparer les dievaux en querelle dans

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l'mirie, cwirul à la cuisine, prit les chemises, les cacha dans du foin et retourna se coucher.

Le bruit du vol qui s'était commis vint aux oreilles des pauvres gentilshommes, appelant leurs chemises à grands cris, pendant que Montbleru fesait le dormeveille, et ronflait aussi haut que les cloclies de paroisse sonnant la messe. Enfin ils empruntèrent à leur hôte des chemises courtes et étroites et de bien dure et âpre toile, et s’habillèrent si tard, qu’ils manquèrent la messe du dimanche.

Montbleru, qui avait promis de leur faire voir Dieu, les mena dans la cathédrale, où il y a un Dieu sur âne, c’est-à-dire un tableau représent uit l’entrée de Jésus à Jérusalem :

« Voilà Dieu ! leur dit-il; vous ne faudrez jamais de \pir Dieu céans à quelque heure que ce soit. »

Montbleru voulut avoir l’absolution de sa tromperie, et il apitoya si bien les gentilshommes sur le sort du larron, qui serait damné, disait-il, s’il n’obtenait le liardon de son méfait, qu’ils pardonnèrent de bon cœur à ce larron inconnu, en avouant qu’ils ne gagneraient rien à le damner pour trois méchantes chemises et trois couvre-chefs. Alors Montbleru changea de langage ;

« Par ma foi ! je vous sais bon gré de la quittance que vous avez faite au larron de vos chemises, et je vous en remercie tous, car je suis le larron même qui vous déroba à Anvers. »

Brantôme range parmi tes Fous célèbres un larron plus audacieux que Montbleru, et dont le surnom était synonyme de voleur, le poète Villon, qui deux fois courut risque de la potence et fut gracié par Lquis XI,

LES FOLS DES DOIS DE FKA.NCE lUÔ

assez peu clément de sa nature d’homme et de roi.

François Corbueil, dit Villon, en mémoire de ses villonneries, était un fou de l’espèce la plus rare, et ses deux Testament, rimés sous l’influence d’une condamnation à mort, sont empreints d'une philosophie joviale et railleuse qui devançait le siècle.

Cependant Villon avait Fàme trop élevée et l'esprit trop indépendant pour se prêter à roffice de Fou du roi, il moins qu’on l’eût forcé d’échanger le collier de corde contre un bonnet à grelots, la société des pendus au gibet de Montfaucon contre celle des courtisans, sous les grilles de Plessis-lès-Tours. Bientôt il eût frappé de sa marotte le roi lui-même, et il aurait fait* payer ses flatteries par des coups de massue : c’est ainsi qu’il se conduisit en Angleterre, où il avait trouvé un exil honorable auprès du roi Édouard qui l'avait en grande privaulé. Édouard lui montra les armes de France en peinture-dans sa garde-robe, et lui dit :

« Vois-tu quelle révérence je porte à tes rois français?

« — Vous êtes avisé et curieux de votre santé, repartit Villon ; en voyant ces armoiries, vous éprouvez une peur si horrifique au ventre, que vous n’avez que faire des soins d’un apothicaire. »

Villon, banni d’Angleterre pour ce sarcasme imprudent, repassa en France, sans que la vieillesse l’empèchât de follier, comme en son jeune temps : il e.xcellait à jouer le rôle du diable dans les mystères, et il se vengea cruellement de frère Étienne Tappecoue, sacristain de l’abbaye de Saint-Maixent, qui avait refusé à la troupe diabolique une chape et une étole

HISTOIRE DE FKANEE

l»oiii- habiller Dieu le père. Lo malheureux Tapi)ecuue, (|ui était allé à la quête, fut assailli par les joueurs, » ( aparaçonnés de peaux de loups, de veaux et de breliis ; passementés de têtes de moutons, de cornes de lueurs et de grands havets de cuisine ; ceints de gros- '' s»*s courroies, auxquelles pendaient grosses cymbales / de vaches et sonnettes de mulets ; aucuns tenant en mains bâtons tous pleins de fusées ; antres jiortant ■' longs tisons allumés. » l.a jument, effrayée des Iiurlenienls, des cymbales et des artilices, s'enfuit à travers champs, et frère Tappecoue, qui tomba, le pied droit entortillé dans l’étrier, fut traîné à écorche-cul par Icii haies, buissons et fossés, et mis en pièces, de telle ' sorte (pie la jument ne rapiKirta au couvent (pie le pied droit et le soulier du pauvre sacristain.

^ Là-dessus, Villon dit à ses diables :

« Vous jouerez bien, messieurs les diables, vous joiK'rez bien, je vous aflie, ô que vous jouerez bien ! »

' tlharlcs Vlll, qui s’était proposé pour modèle de folie et d’héroïsme Alexandre, roi de Macédoine, préférait à des Fous vêtus de soie et armés de marottes ci^iTains fous plus aventureux, habillés de fer et chevauchant la lance en arrêt. On ne lui connait pas un seul Fou de séjour, c'est-à-dire attaché à sa maison loyale et couché sur l’état de ses officiers.

S'oii dédain pour les Fous en titre d'oflice venait peut-être « de sa petite stature et débile complexioii, » ipii aurait pu prêter matière à quelque maligne allu- ' sion, fournie par la taille exiguë et l'apparence chétive (le ces êtres incomplets; peut-être aussi la franchise téméraire d'un Fou causa-t-ellc la disgrâce du bonnet

lO-’.

à grelots, s’il est vrai que Rabelais ait représenté Cliarles VIII sous les traits de Piclii ocole, qui, » ne se contentant de son grand, très-ample royaume et si étendu, voulut avoir celui des Ueux-Siciles, et, j)ar ce moyen, se faire couronner empereur de tout l'Orient. »

Une querelle s’élève entre des bergers et des /'ourtciers (marchands de galettes) ; la guerre s'allume entre le roi Gargantua et le roi Pichrocole. Celui-ci, dont le nom indique le caractère bilieux et emporté, tient conseil avec ses généraux sur les opérations de la campagne ; l'ambition et la flatterie font marcher si précipitamment les projets de l'assemblée, que déjà la France est subjuguée, l'Espagne conquise, puis l’Italie, et la Turquie, et l’Asie, et le monde entier : d’un mot, on force des villes, on détruit des années, on traverse des mers, on franchit les Colonnes d’Uercule. Voici Barberousse qui se rend esclave du vainqueur et se fait baptiser! voilà les biens et les terres des vaincus distribués aux conqwgnons du héros !

« Là présent était un vieux gentilhomme, éprouvé en divers hasards cl vrai routier de guerre”, nommé Echephron (c’est-à-dire qui a de la sagesse), lequel, oyant ce propos, dit :

« J'ai grand’peur que toute cette entreprise sera semblable à la farce du Pot au lait, duquel un cordonnier se faisait riche par rêverie; puis, le pot cassé, n’eut de quoi dîner. Que prétendez-vous ]iar ces belles conquêtes? quelle sera la lin do tant de travaux et traverses ?

« — Sera, dit Pichrocole, que nous, retournés, reposerons à nos aises.

HISTOniE DE FKANCE

lor.

« — Donc, dit Echephron, et si j>ar cas jamais n'en retournez (car le voyage est long et périlleux), n’eslce mieux que dès maintenant nous reposions, sans nous mettre en ces hasards? »

Ce prudent avis, renouvelé de celui de Cynéas à Pyrrhus, fut-il adressé à Charles Vlll par un Fou, à qui la gloire n'avait pas tourné la tête? Ce bon petit roi, qui n'avait guère de sens, au dire d’un chroniqueur, reconnut bientôt, après les malheurs de l’expédition d'Italie, qu’il eût sagçment fait d’écouter le conseil de son Fou.

K’est-cepasà cette époque qu’il faut rattacher l'existence d'un Fou célébré, cité par Érasme dans cette phrase : Caülelle et ISago n' ont-ils jamais rien dit de plus sot ? Le nom de Nago est le même que celui de Aflfco, idole adorée anciennement en Palestine ; on le dériverait encore raisonnablement du bas latin nago, qui signifie j’erre, ou je chancelle.

Louis Xll, de qui l'humeur enjouée et les saillies piquantes contrastaient avvc la gravité austéi'c de sa tant bonne femme Anne de Bretagne, avait deux Fous attitrés. Caillette et Triboulet, dont François 1“’ hérita ainsi que de la couronne de France.

Caillette, qui ne descendait probablement pas d’une folle appelée Cailletia, née à Gaëte et vivant vers i440. selon Jovien Pontan dans ses Dialogues, était fameux dés l'année 1498, puisqu’il est nommé et pour trait nu naturel dans le poème latin de Jacques Locher, intitulé Navis stultifera, composé d'abord en allemand par Sébastien Brandt, et traduit en ritne française par Pierre Rivière, édition de Paris, 1497, in-folio.

Ce poème, plus remarquable par l’idée que par l’exécution, représente le monde comme un grand vaisseau où s’embarquent toutes les folies, i»ur se noyer en route ou pour arriver à bon port, sans que les fautes des passagers parviennent à compromettre le salut du nayire, allégorie philosophique empreinte du génie allemand, et imitée de la Danse Macabre.

I.a Sef des fols du monde offre le personnage de Caillette comme le patron des modes nouvelles qui furent adoptées à la fin du quinziéme siècle. Sim la gravure, le costume de ce Fou semble noir avec des taillades blanches, à l’espagnole ; son pourpoint est décliiqueté, surtout aux manches; ses souliers le sont également ; ses chausses, serrées, dessinent bien les formes de la jambe ; il a les cheveux longs et frisés, la barbe rase, avec une chaîne d’or au col. La figure de b'eigni Joan est en regard de celle-ci, pour personiiitier les anciennes modes qui étaient en usage avant le temps où « les hommes se prirent à se vêtir plus court que onc, ainsi comme on soûlait vêtir les singes, et se mirent à porter si longs cheveux, qu’ils leur empêchaient le visage et les yeux ; de plus, ils iK)rtaient de hauts bonnets sur leurs têtes trop mignonnement, et des souliers à trop longues poulaines. ür, valets, inêmement à l’imitation des maîtres, et les petites gens indilTéremment, portaient des pourpoints de soie ou de velours, choses trop vaines et sans doute haineuses à Dieu. »

On doit rendre à Caillette une aventure que Jean Bernier, dans son Histoire de Blois, attribue à Triboulet et oue Bonaventure Des Periers a rapportée

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