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Curiosités de l'histoire des arts

Quoique la plupart des auteurs qui parlent du parchemin en attribuent Tinvention à Euniénes» roi do Pergame (suivant Tétymologie du mot Pergamemnn), il paraît démontré que l^usage en est beaucoup plus ancien, et que son origine se perd dans la nuit des temps. Ainsi plusieurs passages de TAncien Testament témoignent que, plusieurs siècles avant Eumènes, fds d'Attalus ï"et contemporain de

* Molière prenait son bien où il le trouvait; noui ne .sommes pas Molière, mais nous n'h/'sitons pas à rôimprimor son«î notre nom quelques pages que nous avons publii^i-s, clins un praml ouvrage coHccrif. sous le nom du savant Gabriel Peignot, avec son autorisation t'ornielli\ »^n nous aidant de ses ouvrages, il est \Tai, et en leur empruntant des passages textuels. C'a été de la part de l'illustre bibliographe une marque d'estime et de confiance que de nous permettre de lui attribuer un travail qu'il n'avait pas même revu ; nous ne croyons pas devoir plus longtemps lui laisser, apr^s sa mort, la responsabilité de notre cpuvtp.

Ptolémée-Épiphanes , selon Strabon , le parchemin était employé comme matière subjective de récriture, dans la Haute-Asie; car le mot volumen, qui reirient souvent dans la Vulgate, ne peut s'entendre que d'un rouleau formé de peaux préparées ou de papyrus. Il est donc presque constant que, depuis Noise, les Juifs ont écrit les livres de la Loi sur des rouleaux de parchemin.

Hérodote, le père de Thistoire, prouve incontestaUement rantiquité du parchemin, en disant (liv. V) : « Les Ioniens appellent aussi, par une ancienne coutume, les livres diphtèreSf parce qu'auti^efois, dans le temps que le biblos (papyrus) était rare, on écrivait sur des peaux de chèvre et de mouton: » Diodore de Sicile (liv. Il) rapporte que les «inciens Perses écrivaient leurs annales sur des peaux. Le célèbre passage de Pline (liv. XIII, chap. xi), qui a fait attribuer à Eumènes la découverte du parchemin ( Varro viembranas Fer garni tradidit repertas), semble indiquer plutôt que ce roi de Pergame perfectionna un art, par le moyen duquel on pouvait suppléer au papjTus, que Ptolémée-Épiphanes ne laissait plus sortir d'Egypte. La privation totale de papyrus mit alors en grande activité la fabrication du parchemin mieux préparé^ et Ton en vit venir une quantité si considérable des manufactures de Pergame, qu on regarda cette ville comme le berceau de cet art. On faisait des livres de deux espèces : les uns en rouleaux composés de plusieurs feuilles cousues ensemble, sur lesquelles on n'écrivait que d'un côté; les autres en carré, écrits des deux côtés. Le grammairien Cratès, ambassadeur d'Ëumènes à Rome, passait pour avoir inventé le vélin.

Le vélin et le parchemin de l'antiquité ne différaient guère sans doute de'ceux du moyen âge, quoique les procédés de fabrication des anciens ne nous soient pas connus. Le parchemin ordinaire est une peau de mouton, de brebis ou d'agneau, passée à la chaux, éclairée, ratourée, adoucie à la pierre-ponce ; ses principales qualités sont la blan-

cheur, la finesse et la roideur ; mais Je travail du corroyeur ou du fabricant devait être quelquefois très-imparfait, puisque le calligraphe était obligé de dégraisser encore et de polir lui-même le parchemin grossier qu'il destinait à recevoir récriture. Hildebert, archevêque de Tours au onzième siècle, nous apprend quid scriptor solet facere : « Primo cum rasorio incipit pergamenum purgare de pinguedinCy et sordes magnas a^ferre ; deindè cum pumice pilos et nervos omnino ahstergere. » {Sermo XV.) Quant au parchemin vierge, qui imite très-bien la qualité du vélin, il se fabrique avec des peaux d'agneaux ou de chevreaux avortés. Le véhn , plus poli , plus blanc et plus transparent que le parchemin ordinaire, est fait de peau de veau {vitulus), comme son nom l'indique. Au reste, les mots latins pergamenum, corium et memhranx, étaient les noms génériques de toute espèce de peau préparée : différentes épithètes, ajoutées au mot membranse^ caractérisaient seulement différentes sortes de parchemin : mernbranae caprinXy aghmx, ovillse, vitulinse, hœdinse, etc. La dénomination de pergamenum a prévalu dans la langue des principaux peuples de TEurope, car on dit en allemand f^rgamentf en anglais parcbment, en italien pergamena, en espagnol pergamino, et en hollandais parckament. Dans le moyen âge, on a dit, par corruption, pergamentum et pergamerium, Voy. le Gloss. de Docange.

Quoique la découverte dont on fait honneur à Pergame ait dû considérablement multiplier le pardiemin, il est présumable que le papyrus était d un usage plus fréquent chez les Grecs et les Romains, soit à cause de la cherté du pergamenum, soit à raison de la facilité de se procurer du papyrus. Cependant il paraît qu'on se servait assez fréquemment du parchemin, surtout pour la transcription des ouvrages les plus estimés ; on en fabriquait même de très-fin, puisque Cicéron disait (Pline, liv. VII ehap. xxi) avoir vu toute FUiade copiée sur un rouleau de et^e substance et renfermée dans une noix. La h'bVi thèque de

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Cicéron, aussi remarquable par le luxe que [wir le choix des livres, en contenait lieaucoup écrits sur pardiemin. Les livres de cAie espèce étaient encore plus nombreux, du temps de Martial, comme le prouvent diverses épigrammes de ce poète. Malheureusement il ne nous reste aucun monument écrit sur parchemin à Tépoque des douze premiers Césars. Le Virgile du Vatican, le Téretice de Florence et quelques manuscrits infiniment rares ne remontent pas au delà du quatrième ou du cinquième siècle de l'ère chrétienne. Deux causes ont contribué à ces pertes irréparables : le temps, qui détruit à la longue tous les monuments de la main des hommes, et la barbarie, qui porta le fer et la flamme dans TËmpire romain durant plusieurs siècles.

Les savants auteurs de la Nouvelle Diplomatique disent que les plus anciens manuscrits sont en parchemin, et les plus anciens diplômes en papier d'Egypte. La France no possède pas, en effet, de diplômes originaux en parchemin, antérieurs au septième siècle ; mais il est certain que FAngleterre et TAUemagne ne firent usage que de parchemin pour dresser les actes publics, avant la découverte du papier de coton. Le pardiemin coûtait bien plus cher que le papyrus et le papier de coton ; il semble aussi avoir manqué totalement à différentes époques, en sorte que, pour suppléer à la disette de cette matière, on ima-, gina d'utiliser le parchemin écrit, soit en le raclant, soit en le faisant bouillir dans Teau, soit en le passant à la chaux vive, pour enlever Tancienne écriture et le disposer à en recevoir une nouvelle. Le parchemin était si rare au onzième siècle, que, Guy, comte de Nevers, ayant fait un présent de vaisselle d'argent aux Chartreux de Paris, ces religieux lui renvoyèrent son présent, et ne lui demandèrent que du parchemin en échange. Il n'y a pas de doute que la rareté et la cherté du parchemin n'aient fait périr une foule d'excellents ouvrages qui ont été remplacés par des traités insignifiants de liturgie et de dévotion.

On aurait tort de croire pourtant qu'il faille restreindre aux onzième, douzième et treizième siècles l'usage de gratter le pr.rcliemiii écrit, et renfermer cet usage barbare dans les bornes de FÉglise grecque. On a signalé de nombreux exemples qui constatent que le mai avait gagné les Latins, et que, dès le septième siècle, en Occident, on effaçait, avec plus ou moins d'adresse, lecriture sur le parchemin, que l'on rendait susceptible de servir une seconde fois. Muratori (Antiq. Ital., t. III, col. 834) cite un manuscrit de la bibliothèque Ambroisienne, qui comprend les œuvres du vénérable Bède, et dont l'écriture, âgée de huit à neuf cents ans, aurait été substituée à une autre de plus de mille ans.

Les auteurs de la Nouvelle Diplomatique citent un manuscrit du septième siècle (Opuscule de saint Jérôme), formé avec les débris palimpsestes de trois manuscrits des sixième, cinquième et quatrième siècles. L'emploi des anciens parcliemins grattés et lavés devint si fréquent en Allemagne aux quatorzième et quinzième siècles, que les empereurs s'opposèrent à cet abus dangereux, en ordonnant aux notaires de n'user que de parchemin « vierge et tout neuf. » (Mafpei, ht07\ diploni., p. 69.)

En général, la qualité du parchemin peut servir à faire apprécier le temps de sa fabrication. Le vélin des manuscrits et des diplômes est ti'ès-blanc et très-fin jusqu'au milieu du onzième siècle ; le parchemin du douzième est épais, rigide et d'une couleur bise qui annonce souvent qu'on en a fait disparaître récriture primitive, en le raclant avec la pierre-ponce ou en le lavant avec des drogues. La idupart des beaux manuscrits du quatorzième siècle sont en parchemin vierge qui se prêtait plus particulièremen l à la déhcatesse de l'art du calligraphe et de Tenlumineur. Le parchemin était, d'ailleurs, très-commun en France au treizième siècle, témoin le statut de l'Université de Paris daté de 1291. (BuLjias, Hisl. Univ. Paris., t. III, p. 499.) On voit, dans ce statut, que, bien avant cette époque, le

li HISTOIUE DES AUTS

comiiieice du parciiemin avait pris un développement considérable à Paris, et ITniversité, se plaignant avec force et des fraudes et des tromperies de ce commerce, essaye d'y remédier par de sages dispositions que Crevier analyse en ces termes (Hisl, de VUniv. de Paris, t. Il, p. 130) :' « Premièrement, il est défendu aux parcheminiers de Paris d'acheter le parchemin ailleurs que dans la halle des Malhurins ou à la Foire. L'Université avait chez les Mathurins une salle qui lui était prêtée librement par les religieux de cette maison pour être le dépôt de tout le parchemin qui entrait dans Paris. Le marchand forain, qui Ty avait apporté, était obhgé d'aller sur-le-champ annoncer son arrivée au recteur ou de le faire avertir ; et le recteur envoyait quelqu'un de sa part pour compter les bottes de ce parchemin, et le faire visiter et taxer, par quatre parcheminiers-jurés de FUniversité. Après cette opération, le marchand devajt tenir son bureau ouvert pendant vingtquatre heures aux seuls écoliers, praticiens, ou autres particuliers qui avaient besoin de parchemin, et ce n'était qu'au bout de ces vingt-quatre heures qu'il lui était permis de le vendre aux marchands de Paris. A la foire du Lendit, qui se tenait à Saint-Denis, et à celfe de Saint-Lazare, le recteur faisait pareillement visiter tout le parchemin que l'on y apportait, et les marchands de Paris^ ne pouvaient en acheter, qu'après que les marchands du roi, ceux de révêque de Paris, les maîtres et écoliers de l'Université s'en étaient fournis. »

L'objet principal du statut de 1291 fut certainement d'empêcher que les marchands ne s'emparassent du meilleur parchemin pour l'usage de l'industrie, au détriment des sciences et des arts. Ce statut, néanmoins, nous permet de supposer que la consommation du parchemin était immense à cette époque. Le recteur de l'Université avait un droit sur la vente du parchemin, et ce droit a été Tunique revenu du rectorat jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

Bien que la couleur naturelle du parchemin soit blanche

et que cette couleur semble plus favorable qu'aucune autre à l'écriture, Tantiquité et le moyen âge, en composant des encres de différentes couleurs, avaient donné aussi difTérentes couleurs au parchemin. On connaissait surtout le parchemin jaune et le parchemin pourpre (membrana crocea et purpurea). Ce dernier était destiné de préférence à recevoir des caractères d or et d'argent. Julius Capitolmu^, dans son Histoire, raconte que la mère de Maximin le Jeune donna à ce prince tous les livres d'Homère écrits en or sui* vélin pourpre.

Le parchemin teint en pourpre, ou du moins en cinabre, était une des prérogatives réservées aux empereurs, aux rois et aux évêques; ainsi, au quatrième siècle, Févêque Théonas conseille à Lucien, grand chambellan de l'empereur, de ne pas fkire écrire sur pourpre en lettres d or les volumes exécutés pour la bibliothèque impériale, à moins d un ordre exprès de la part du prince. Saint Jérôme, toutefois, dans sa préface du livre de Job, a l'air de dire que, de son temps, les manuscrits en vélin pourpre étaient assez répandus : Habeant qui volunt veteres libroSf vel in membranis purpureis auro argentoqiie descriptoSf veL uncialibuSf ut vulgo aiuni, liUeris, etc. Ces volumes devaient être de grand prix. Ils étaient fort recherchés en Espagne au septième siècle, selon saint Isidore de Séville, qui dit en parlant des livres : Inficiantur colore purpureo, in qidbus aurum et argentum liquescens palescat in liUeris. Il est remarquer que la barbarie des septième et huitième siècles ne diminua pas la faveur qui entourait ces splendides manuscrits. Saint Wilfrid, archevêque d'York au septième siècle, fit don à son église d'une bible et d'un évangéliaire écrits en lettres -d'or sur vélin pourpre.

L'art de teindre ce vélin ne laissa pas que de tomber (;n décadence à la fin du neuvième siècle. Dès lors on ne vit guère que des manuscrits en pourpre rembruni ; et encore, dans les manuscrits de cette époque, le pourpre ne s'étend-il que sur quelques pages et même sur certaines por-

lions des pages, comme les frontispices, les titres, le canon delà messe, etc. Il distingue çà et là des lignes, des mots, des initiales, qu'on voulait mettre en évidence. Telles sont les Bibles et les Heures de Charles le Chauve, que possède la Bibliothèque impériale de Paris.

Les ouvriers qui teignaient d abord le parchemin en pourpre, et qui plus tard ne firent que marquer en rouge les majuscules, les chapitres et les alinéas, s appelaient rubrkalores, minialores, et formaient une professiou distincte, dont les imprimeurs du quinzième siècle ne dé~ daignèrent pas le concours pour les rubriques des bibles, des missels et des livres de droit.

Les premiers livres produits par l'imprimerie furent d abord une contrefaçon des manuscrits : ils en affectaient la forme, les caractères, les ornemeuts et la matière. Les Bibles que Jean Fust apporta en 1462 à Paris étaient imprimées sur vélin, avec initiales peintes en bleu, pourpre et ôr : Fillustre faussaire les vendait comme manuscrit, à raison de soixante écus d'or (cinq cent cinquante francs ' environ) lexemplaire, jusqu'à ce qu'on se fût aperçu de la fraude du vendeur.

Dès cette époque, le parchemin avait, en quelque sorte, fixé les formats des livres. La dimension de la peau entière de l'animal, taillée carrément et pliée en deux, représentait l'in-folio, qui variait à proportion en hauteur et en largeur : cette même peau, pliée en quatre, donnait l'inquarto, et en huit, l'in-octavo. On a tout lieu de penser que le papier, dès son origine, prit également la dimension ordinaire du parchemin.

Quant au parchemin employé dans les diplômes, sa dimension varia suivant la rareté de la matière et selon les besoins de son emploi. Chez les anciens, on n'écrivait que sur un seul côté du parchemin, les peaux attachées l'une à l'autre devant figurer des rouleaux, appelés volumes^ qu'on déroulait successivement pour en lire le contenu. On conserva cette forme et cette manière d'écrire pour les actes

publics et les actes judiciaires, longtemps après que Tinvention du livre carré, codeXy eut fait adopter l^écriture opisthographe, c'est-à-dire tracée des deux côtés de la page.

Dans les bas siècles du moyen âge, il était fort rare que l'on portât une partie de récriture sur le dos des chartes : quand on se permettait cette infraction à Tusage reçu, ce n'était que pour les signatures et autres formules finales; encore, n'en trouve-t-on presque point d'exemples antérieurs au dixième siècle. L'écriture opisthographe n'était alors appliquée qu aux cartulaires, aux nécrologcs, aux livres de compte et aux manuscrits. Peu à pew on transporta cet usage aux titres; puis on s'habitua insensiblement à écrire sur Je verso comme sur le recto du feuillet, surtout à partir du seizième siècle.

Les chartes opisthographes n'excédaient jamais la grandeur du parchemin ; cependant elles étaient parfois composées de plusieurs peaux Cousues ensemble, ce qui formait des rouleaux xi'une longueur prodigieuse. « Le parchemin des diplômes, dit Lemoine (Dict, prai, de DiploinatiquCy p. 57), a été fort petit, particulièrement depuis le régne de Philippe le Bel jusqu'au milieu du régne de Charles V. Il devient plus grand en 1577. » Les chartes privées, lea plus anciennes qui nous restent, sont écrites sur des pai-chemins extrêmement petits, t JEncore, le parchemin était-il souvent coupé inégalement, ajoute Lemoine, et sans observer les angles droits, et cette espèce de mesquinerie dans la matière dont on se servait pour écrire les actes a constamment duré pendant trois siècles, à commencer au onzième. En 1255 et 1252, on voit des contrats de vente, des donations, sur des parchemins de deux pouces de hauteur sur cinq de large; et en 1258, un testament écrit sur une bande de deux pouces sur trois et demi. En 1279, on remarque déjà des parchemins d'un pied de hauteur. Depuis 1580, il n'y a plus de petits parchemins. Le siècle suivant voit les actes judiciaires s'allonger . à l'excès : on a des rouleaux de vingt pieds de long ! . . . «•

Ce l'ut pour obvier à cette dépense excessive de parchemin qu'on adopta généralement l'écriture opisthographe dans les diplômes, et qu'on renonça aux rouleaux, dont le nom seul est demeuré attaché aux rôles de procédure. Dans des temps plus modernes, on employait toujours au barreau le parchemin pour la plupart des expéditions; mais, sa grandeur variait selon les divers usages auxquels on le destinait. Par exemple, les feuilles du Parlement portaient neuf pouces et demi de hauteur sur sept et demi de largeur; celles du Conseil, dix pouces et demi de haut sur huit de large; celles de Finance, qui servaient aux contrats, douze pouces et demi sur neuf et demi. Les lettres de grâce devaient être sur des peaux entières et équarriées, longues de deux pieds deux pouces, et larges d'un pied huit pouces, etc. •

Mais, à l'époque où le parchemin était ainsi employé dans les chancelleries et les tribunaux, son usage avait cessé partout ailleurs : on imprimait à peine quelques exemplaires de livres sur vélin ; on n'écrivait plus de manuscrits, on ne peignait plus de miniatures. La foire du Lendit n'existait guère que de nom, et l'Université n'y allait pas chercher de parchemin. Le papier, après avoir longtemps rivalisé avec cette matière, si bonne gardienne de l'écriture qu'on lui confie, avait fini par la remplacer dans la plupart des usages de la vie intellectuelle.

Le papier, moins durable, il est vrai, que le parchemin, coûtait moins cher, et pouvait se multiplier à Tinfîni. Dès la plus haute antiquité, le papyrus d'Egypte, soumis à divers procédés de fabrication, avait rendu les mêmes services que le papier; toutefois le papyrus, ainsi que le liber, ou papier d'écorce d'arbre, qu'on préparait d'une manière analogue, et qui résistait encore moins à Faction du temps, se cassait au moindre contact, et tombait lentement en poussière. Voilà pourquoi la plupart des manuscrits sur papyrus qui sont venus jusqu'à nous présentent tant de lacunes et de détériorations. Quant aux manuscrits sur

PAUCHEMIN ET PAïMEll 11

écorte, ils ont à peu près tous disparu. On fabriqua pourtant du papyrus jusqu'au moment où le papier de coton devint d'un usage général en Europe.

Ce jfeipier, qui avait été inventé en Chine dés les preiniei-s siècles de notre ère, passa des Arabes aux peuples de l'Occident, vers la lin du neuvième siècle ou au commencement du dixième. Il contribua bientôt à faire cesser remploi du papyrus et à diminuer beaucoup celui du parchemin . On pense que les Grecs ont pu se servir de ce papier avant le temps où il fut répandu daps l'ouest de l'Europe par les Maures d'Espagne. Les Vénitiens, qui l'avaient trouvé en Grèce, l'apportèrent en Italie, et il arriva ensuite en Allemagne dès le neuvième siècle, sous le nom de parchemin grec.

Le papier a eu, d'ailleiu's, différents noms. Les Espagnols l'ont d'abord appelé pergamino di panno ; quelques auteurs du moyen âge charla gossypina ou xylonaf parce que le coton est la production dun arbuste; d'autres, char ta damascena, parce que celui de Damas était le plus estimé ; d'autres encore , charla bombycina ou bombacina, cuttunea ou cotonia, sericaf etc.

Cependant ce papier n'eut jamais autant de cours dans les pays du Nord, que dans ceux du Midi. C'est surtout en Espagne, en Italie et en Sicile, qu'on rencontre des manuscrits et des diplômes sur papier de coton. Mais le papier, fabriqué en ces contrées-là aux douzième et treizième siècles, est très -grossier et bien inférieur à celui des anciens manuscrits arabes, qui était devenu solide, lisse et lustré en passant sous la presse. Au reste , la mauvaise qualité du papier de coton, sujet au* atteintes de l'humidité et des vers, détermina l'empereur Frédéric II à rendre, en l'22i, une ordonnance qui déclarait nuls tous actes écrits sur ce papier, et qui 'fixait le terme de doux années gour les transcrire sur parchemin.

La- découverte du papier de coton amena bientôt celle du papier de lin, ou de chiffes, ou de linge. Mais où et

quand cette découverte s'est-elle faite? Pdydore Virgile (De invent, rerum, lib. II, cap. vui) avoue n avoir jamais pu le savoir ; Scaliger attribue aux Allemands 1 honneur de l'invention ; Scip. Maffei, aux Italiens ; d'autres, à quelques Grecs réfugiés à Bàle. Le Père Duhalde croit que ce papier vient des Chinois, et le docteur Prideaux, qu'il a été apporté d'Orient en Europe par les Sarrasins d'Espagne.

Celte variété d'opinions ne fait qu'épaissir le voile qui couvre l'origine du papier. Ce voile s'étend également sm* répoque de cette origine. Mabillon croit que c'est dans le douzième siècle ; Montfâucon, qui parle de plusieurs manuscrits du dixième siècle sur papier de lin, n'a trouvé pourtant, ni en France, ni en Italie, aucun livre, aucun feuillet de ce papier qui fût antérieur à la mort de saint Louis (1270). Mafl'ei prétend qu'on ne découvre pas trace de papier de chifTes avant 1300, et Conringius est de cet avis.

Cependant Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui vivait au douzième siècle, s'exprime ainsi dans son traité contre les Juifs [Bibliot. Cluniac., col. 1069 et seq.) : Scd cujusmodi librum ? Si talent, quales quoiidiè in mu legendi habeniuSf u tique ex pellibus arietum, kircorunif vel vitulorunij sive ex biblis veljuncis orientalium paludum; aut certè ejc rasuris veterum pannorum, seu ex qualibet alla forte viliore materia compaclos..» » Ces mots, ex ramris veterum pannorum y peuvent-ils signifier autre chose que du papier de chiffes, celui qui est fait de vieux linges broyés et réduits en pâte, viliore materia l'ompactos ?

A l'appui de cette autorité irrécusable, le Journal étranger ^ du mois de novembre 1756, a signalé deux anciens documents écrits sur papier de chiffons, que possédait Pestel, professeui' à lUniversité de Rinteln, et que l'Université de Gottingue avait examinés : Tmi daté de 1259, signé d'Adolphe, comte de Schaumbourg ; l'autre,* daté de 1320, et accompagné de sceaux. Le plus ancien titre sur

PARCHEMIN ET PAPIER ir>

|)apier de chiffes, que Mabillon ait rencontré, est une letlre de Joinville à Louis X, qui n'a régné que deux ans^ de 1514 à 1316. Le Père Bohuslas dit, dans son Histoire de Bohême, que les bibliothèques de ce pays offrent quantité de livres écrits sur papier de chiffons, avant Fan 15i0.

L'archiviste Camus avait vu dans les archives de Bruges an recueil de gros volumes in-folio sur papier, contenant les comptes de la ville depuis 1 367 ; mais il n osait pas affirmer que ces registres fussent en papier de chiffes, quoique ce papier lui eût paru moins lisse, plus épais, et surtout moins émoussé vers la tranche, que le papier de colon.

On peut citer, avec certitude, comme écrits sur papier «le lin, un inventaire des biens d'un prieur Henry, mort en 1340, conservé dans la Bibliothèque de Cantorbéry, et plusieurs titres authentiques remontant à 1335, dans la Bibtiothèque Coitonienne, à Londres ; bien que la première papeterie établie en Angleterre soit, dit-on, celle d'Bertford, qui date seulement de 1588.

Des piàpeteries importantes existaient en France dès le règne de Philippe de Valois, notamment celles de Troyes et d'Essonne. Le papier qui sortait de ces fabriques offrait, dans la pâte, différentes marques ou filigranes, teHes que la tête de bœuf, la croix, le serpent, la rose, rétoile, la hache, la couronne, etc , selon la qualité ou la destination du papier. Les mêmes filigranes étaient, au reste, usités dans toutes les pai)eteries de l'Europe, déjà nombreuses et florissantes au quatorzième siècle.

C'est à partir du milieu de ce siècle qu'on trouve dans les archives et les bibliothèques publiques un assez grand nombre de documents écrits sur papier de chiffes : l'invention de ce papier devait ainsi précéder de moins d'un • siècle l'invention de Fimprimerie.

Gab. Pe!G!iot. Essai sur l'histoire du Parchemin et du vélin. Paris, i812, in-8.

Le Disccurs préliminaire passe en revue toutes les autres substances sur lesquelles on a écrit, notamment le Papier. L'auteur, qui se proposait de recueillir ou plutôt d'analyser les dissertations publiées relatives i ces dilTérenies substances, n*a traite que sommairement cet intéressant sujet dans divers ouvrages. Voy. son Dici. 4e BihliologU^ au mot : Papiea.

Melcb. GuaANDiNi. Papyrus seu commentarius in tria G. Plinii niajoris de Papyro capila, recensente et suminariis alqne indice augente Hcnr. Salmuth. Amberg, i613, in-8.

La première édition est de Venise^ 1572, in-4. Scaliger a publié: Aiùmadrenione» in Guilandini Commentarium. dans l'édit. de Pline, Lttjr<<.,1582, in loi. Seb. Kîrchmayer a donné un extrait du travail de Guilandinus, sous ce titre : Dissertât, de Papyro veterum. Viterb., 1666, in-4.

Fr. Mar. Nigrisoli. De Gharta ejusque usu apud antiquos. Voy. cette Dissertât, dans le t. III de la Galleria di Minerva. {Venez, y 1700, in-fol.)

Pet. Garden. Dissertatio academica de Glrnrta papyracea. lAwdœ, 1795, in-4 de 10 p.

Ghr. Lindner. Dissertatio de Charta. Upsiœ, 1647, in-4.

Bern. de Montfaucon. Dissertation sur la plante appelée jmipyruSy sur le Papier d'Egypte, sur le Papier de coton ^ei sur celui dont on se sert aujourd'hui. Voy. celte Dissert. , t. Yl de VHist. tt Mém. de VAcad. des Inscript, et BeUes-Utlres.

Voy. dans le même recueil, t. XXVI, une Dissert, sur le pnpyrun, par de Caylus.

Gerardimi Meermanni Admonitio de Ghartœ nostratis, seu Une», origine. Hotterd., 1762, in-8. «

G. Meermanmi et doctorum virorum ad eum epistolse atque observUiones de Ghartœ vulgaris seu lineœ origine. Edid. ac pnefatione instruzit Jac. Van Vaasen. Hagx-^omUumf 1767, in-8.

Voy. encore deux dissertations (en allemand) du chancelier Lu it -

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BIBLIOGRAPHIE jr>

wig, sur cette question : « A quelle époque le Papier de cfaifTes a été inventé? » dans les Annules de Halle, 1736, n* 7« et 1744, n* 55; et un mémoire, é^lement en allemand, sur la même question, par Jean Sara. Hering, dans le Magasin de Pomiranie^ t, 11, p. 2-7.

J. 6. }.. Bbeitkopp. Yersuch den Ursprung der Spielkarlen, die Einfuehrung des Leinenpapieres... 1.£ipHc, 1784-1801, 2 vol. iii-4, fig.

Wehrs. Traité sur le Papier et les matières .subjectÎTes de récriture, qui ont été en usage avant l'invention du Papier (eu allemand). Hotte, 4789, in-8.

G. DE LA Serna Santa^der. Observations sur le filigrane du Papier des livres imprimés dans le quinzième siècle. Yoy. ces Ob^rvations dans le Suppl. au Catai. des livres de sa biblioth. [Brux., 4803, in-8, fig.).

H. Jansen. Recbercbes sur l'origine du Papier. Yoy. ces Rech. a la suite de son Essai sur l'origine de la Gratrure {Paris, 1808, 2 vol in-8, lig.).

Plusieurs planches re^MToduisent les marques ou filigranes des anciens Papiers. Jansen n'a fait que traduire et abréger Touvrage de Breitkopf.

ËG6ER et Ambr. Firh. DrodT. Lettre et réponse sur le prix du Papier dans Tantiquité. Pam, 1857, in-8. Extr. de la Hâvue contemporaine, 15 septembre 1856.

Il faudrait encore citer ici la plupart des ouvrages qui concernent la paléographie, ainsi que ceux qui traitent de l'origine de l'imprimerie et de la gravure, car l'histoire du parchemin et du papier est intimement liée à celle de l'impression. Yoy. surtout le Nouveau Traité de Diplomatique, de Toustain et Tassin, le Dict. deViplomatiq. prat., de Lemoine et Rattbeney, Vïstoria Diplomatica, de Scip. Maffei; la Palseographia grxca, deMontfaucon, etc.

Yoy. ci-après les chapitres Cartes a jouer, Imprimerie, Reliure, avec leurs bibliographies.

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