D-- COULON
DE
« Ars longa... »
Origine de l'art de reconnaître les remèdes.
Le désir de soulager ou de prévenir les maux que tout homme est fatalement exposé à souffrir, a créé l'art de reconnaître dans la nature toutes les substances qui pouvaient servir de remèdes.
Dès le commencement, bien avant que la médecine devint une profession particulière, chacun^ poussé par l'instinct de conservation, était son propre médecin. Celui qui avait fait quelque expérience heureuse sur lui-même ou sur autrui, la renouvelait quand l'occasion s'en présentait et communiquait sa découverte à ses proches et à ses amis.
Suivant Hérodote, les Babyloniens avaient coutume d'exposer leurs malades sur les places publiques, et les passants étaient obUgés de les examiner, afin que toute personne ayant souffert de la même manière ou ayant connu quelqu'un atteint de semblable maladie, pût leur offrir ses conseils et les encourager à pratiquer ce qui avait réussi en pareils cas. Cet usage existait également en Chaldée, en Assyrie, en Lusitanie et dans les
Asturies. Strabon rapporte que les Egyptiens recueillaient les malades dans leurs temples dont les murs étaient couverts de descriptions de maladies et des recettes qui avaient réussi.
Si l'on se demande à quelles sources les anciens ont d'abord puisé leurs connaissances médicales, il est permis d'affirmer que ce fut surtout au hasard qu'ils durent leurs premières découvertes, car ils ne possédaient aucune notion causale des maladies et se trouvaient dans l'ignorance la plus complète sur les propriétés des substances qu'ils pouvaient rencontrer. Tout ce que l'on a rapporté des peuplades sauvages semble confirmer cette assertion. Voir quels sont les moyens que l'homme de la nature oppose aux maladies, n'est-ce pas nous apprendre quelle a été l'origine de la médecine. Or, tous les récits qui nous sont parvenus prouvent que les sauvages n'ont jamais eu d'autres guides que le plus aveugle empirisme.
Plusieurs auteurs ont prétendu que nos ancêtres, en s'adressant primitivement aux plantes, avaient reçu certaines indications de l'instinct des animaux. C'est ainsi, qu'au dire de Pline, les anciens auraient appris de l'hirondelle la manière de guérir les maux d'yeux : « Chelidoniamvisui salaberrimamhirundines monstravere, vexatis pullorum oculis illa medentes. » (1)
Les hirondelles ont fait connaître la propriété curative de la chélidoine, en guérissant avec cette herbe les yeux
(1) Pline. Hist. Nat. Livre VIII, Chapitre XLI.
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malades de leurs petits. La chélidoine tire d'ailleurs son nom du mot grec xsîitSwv (hirondelle) ; elle est également appelée Herbe d'hirondelle ou grande Eclaire à cause de son efficacité dans les affections des yeux. Les anciens préparaient en un vase de cuivre un collyre composé du suc de cette plante et de miel. Aujourd'hui encore, bien des paysans guérissent des ophthalmies chroniques à l'aide de la décoction de l'herbe aux hirondelles. Toujours d'après le même auteur, nous voyons les ramiers, les geais, les merles, les perdrix, se débarrasser de leurs malaises avec la feuille de laurier ; la cigogne se guérir avec l'origan ; le dragon se purger avec la laitue sauvage ; le cerf résister à l'effet des plantes vénéneuses en broutant la cinare ; etc.
Toutes ces histoires paraissent plutôt spécieuses que réelles ; certainement elles touchent au merveilleux qui entoure toute origine. Pourtant quand on étudie l'instinct des animaux, ne rencontre-t-on pas des faits tellement étranges, qu'on puisse considérer comme vraisemblables les récits du célèbre naturaliste.
D'autres historiens dignes de foi ont recueilli des observations analogues à celles que raconte Pline. Hérodote et Pausanias nous assurent que Mélampe (1) découvrit la vertu purgative de l'Ellébore en observant son effet sur les chèvres. Ces mêmes animaux, selon
(1) C'est à Mélampe, médecin grec de l'époque fabuleuse (2705 av. J.-C.) que l'on doit la première mention des purgatifs. II guérit en effet avec de l'Ellébore, les filles de Prœtus, roi d'Argos, que Junon avait rendues folles. On donna depuis lors à l'Ellébore le nom de Mélampodium.
Aristoie et Virgile (1), blessés par les flèches des chasseurs mangent du dictame pour se guérir.
Galien rapporte qu'à la suite d'une bataille, les morts qui gisaient aux endroits où la germandrée aquatique était abondante, se corrompaient moins vite, et qu'ainsi fut découverte sa propriété antiseptique.
De nos jours encore, ne voit-on pas les chats et surtout les chiens rechercher les jeunes feuilles de chiendent pour se purger.
Nous nous arrêtons à ces quelques citations qu'il serait aisé de prolonger ; elles montrent suffisamment que dans la découverte des simples, l'homme a pu être aidé dans ses recherches par l'instinct des aijimaux.
Après le règne végétal ce fut au règne animal qu'on s'adressa pour augmenter les ressources de la thérapeutique. Comme le dit, du reste, Cicéron parlant des avantages que nous pouvons retirer des animaux :
« Midtaque ex earum (belluaruin) corporibus
remédia morbis et vulneribus eligamus sicut ex guibusdam stirpibus et herbis, quarum utilitates longinqui temporis usa et periclitatione percepimus (2). »
(1) « Hic Venus, indigno nati concussa dolore,
Dictamnum genitrix cretœa carpit ab Ida, Puberibus caulera foliis, et flore comanlem Purpureo : non illa feris incognila capris Gramina, quum tergo voliicres hœsere sagiltœ. >
[Virgile, Enéide, Liv : Xli, vers 411-413). Alors Vénus, vivement frappée des souffrances imméritées de son fils (Enée), cueille sur le mont Ida le dictame aux feuilles cotonneuses et à la fleur de pourpre. Cette plante n'est pas inconnue de la chèvre sauvage, quand une flèche rapide s'est fixée dans ses flancs.
(2) Cicéron. De natura deorum, Lib. II.
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Nous tirons de leurs corps de nombreux remèdes pour nos maladies et nos blessures, comme nous le faisons de certaines plantes et de certaines herbes dont nous avons reconnu l'utilité par une longue expérience.
En dernier lieu seulement, les métaux et leurs composés furent choisis dans un but curatif .
La thérapeutique chez les Anciens. Les Indiens.
Afin de mieux suivre les progrès obtenus chez les anciens dans l'application des remèdes, nous allons passer en revue les efforts tentés par les peuples qui se sont le plus distingués par leurs découvertes thérapeutiques.
Ce sont les Indiens, qui suivant les recherches archéologiques les plus récentes, auraient fourni les premiers éléments de la science médicale.
« A l'époque la plus éloignée (période Védique) et d'après la croyance populaire, ce sont les mauvais esprits, les Rakshasas, qui, sous forme de maladies viennent surprendre les hommes. Selon d'autres opinions,' les maladies \-iennent des dieux, des sorciers et des hommes méchants ; tandis que les Aswins, divinités jumelles, ramènent la santé (1). »
Aussi toute la thérapie se bornait- elle à des invocations, à des hymnes conjuratoires, à des offrandes aux divinités, aux épreuves magiques, aux sortilèges, à l'interrogation des astres et du vol des oiseaux.
Dans une seconde période (période Brahmanique)
(1) D' Handvogel. Origine de la médecine.
l'art médical commence à entrer dans la voie du progrès, entre les mains des Brahmanes ou prêtres-médecins d'abord, puis ensuite des Waïdyas qui constituaient la caste supérieure et la plus instruite des médecins. La thérapeutique arrive chez eux à un degré de perfection extraordinaire. Beaucoup de maladies étaient uniquement traitées par la diète.
Avaient-ils besoin de médicaments, les médecins indiens les préparaient eux-mêmes.
Ils faisaient surtout usage du lait, du beurre, même du lait et du beurre de femme, de différentes sortes d'huiles, de graisses, de miel, de plusieurs espèces de sucre, de vin, de sirops, de liqueurs (1), d'élixirs merveilleux capables de prolonger la vie.
ils se servaient aussi des plantes et savaient parfaitement en distinguer les différentes propriétés : vomitives, purgatives, astringentes, narcotiques, emménagogues, etc.
« Les substances minérales, telles que le salpêtre, la soude, le sel d'ammoniac, le soufre, le mercure, l'argent, le cuivre, le plomb, Tétain, l'antimoine, l'arsenic, le carbonate de fer, la poudre de pierres iînes étaient déjà considérées comme étant les plus actives.
L'or passait pour le plus puissant des toniques. On l'employait par petites feuilles, passées préalablement six à sept fois par le feu, puis éteint dans divers liquides qu'on faisait boire au malade (2). »
Il existait une quantité de remèdes contre les maladies
(1) Handvogel.
(2) Id.
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de la peau, du nez et des yeux ; contre les fièvres, les affections intestinales, le choléra.
Les Indiens avaient également à leur disposition de nombreux antidotes contre les poisons et principalement contre la morsure des serpents venimeux en si grand nombre dans ce pays (1).
Parmi les médicaments bizarres du règne animal, on remarque l'urine et la bouse de vache et les excréments de rhinocéros.
Dans les fièvres intermittentes, ils faisaient usage de la peau, des ongles et des cheveux en fumigations (2).
Le sang se donnait à l'intérieur comme reconstituant (3).
L'hyperémie se combattait par l'aspiration de diverses odeurs agréables (4), et l'hémoptysie par certains errhins introduits dans le nez.
ils recommandaient de mâcher le fruit de l'Arèque enveloppé dans une feuille de Bétel, pour fortifier les gencives, aider à la digestion, et surtout pour enlever la mauvaise odeur de l'haleine (5).
Le fruit du Tamaris était prescrit contre les fièvres chaudes, les inflammations du foie, les maux de la rate. Le même fruit macéré dans de l'eau froide avait la propriété de purger doucement (6). Telle est l'origine de la préparation du Tamar Indien si répandu aujourd'hui.
(1) On en comptait 80 espèces. Bouillet. Hist. de la Médecine.
(2) Handvogel.
(3) Id.
(/.) Id.
(o) A. de Mandelslo. Voyage dans les Indes. (6) Id Id.
L'anacarde était conseillé contre l'asthme et les vers, le cubèbe contre la faiblesse d'estomac et contre le catarrhe de poitrine (1).
Le bois d'aloès (calamba) réduit en poudre et pris dans un bouillon ou dans du vin, jouissait de la propriété de fortifier l'estomac, d'arrêter les vomissements, de guérir la pleurésie et la dyssenterie (2).
Dans toutes les circonstances, l'administration des remèdes était accompagnée de prières pour en augmenter l'efficacité. Par exemple, le malade ne devait pas faire de grimace en avalant son remède, car alors il aurait ressemblé, à Brahma et à Shiva, et aurait commis un grand péché (3) !
Les Egyptiens.
Si nous passons maintenant aux Egyptiens, nous constatons que la médecine chez eux était presque exclusivement pratiquée par les prêtres ou pastophores.
Ce monopole ne subsista pas toujours ; il fut un temps où l'on ne rencontrait plus que des médecins. Ce nombre exagéré tenait à ce que chaque praticien ne s'occupait que d'une seule espèce de maladie : les uns étaient pour les yeux, les autres pour les dents ; ceux-ci s'emparaient de la tête, ceux-là du ventre ; il y en avait même pour les maladies inconnues !
Malgré cela, leurs progrès en thérapie furent très lents par suite de leur aveugle attachement aux pre-
(1) J. A. de Mandelslo. Voyage dans les Indes.
(2) Id. Id.
(3) John Cooper. Les trois présidences de l'Inde.
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mières traditions imposées par les pastophores. Il existait même iia code de médecine appelé Livre sacré (1) dont on ne pouvait s'écarter dans le traitement des maladies. Tout praticien était puni de mort,- si son malade succombait après avoir usé de quelque médicament qui ne figurait pas dans ce code. Si au contraire le nouveau remède réussissait, on l'ajoutait au Livre sacré et il acquérait force de loi comme les autres.
Les maladies des yeux et de la peau étant très fréquentes à cause de la chaleur de leur climat, les Egyptiens devinrent fort habiles dans l'art de confectionner les onguents, dans l'administration des frictions, des fomentations et des bains.
En dehors de cette médication spécialement destinée aux affections que nous venons de citer, les médicaments les plus usités étaient : la mercuriale, l'ellébore, les résines^ la térébenthine, le fer, le sel de natron, le vin de palmier, le vinaigre, le miel, le lait; l'urine d'homme, de femme, de chat, d'âne, de chèvre, de vache et de lion ; les excréments de crocodile et de quelques oiseaux; la graisse et le fiel de bœuf ; la graisse de mouton et de vautour (2).
Les Egyptiens faisaient un usage fréquent de la jusquiame pour calmer leurs enfants.
L'assistance des dieux était considérée comme partie essentielle du traitement, aussi était-il toujours accompagné de prières, de cérémonies occultes et mystérieuses.
Us accordaient aux astres une grande influence sur le
(1) Ce nom venait de ce qu'il était gardé dans un temple.
(2) D' Handvoqel.
corps humain et ils rapportaient les causes des maladies à l'influence des démons dispensateurs des biens et des maux ; c'est pourquoi ils cherchaient à les apaiser par différents enchantements et différentes pratiques superstitieuses.
Le plus souvent les malades avaient pour habitude de s'enfermer dans les temples cVIsis et de Sérapis, et d'attendre là que ces divinités leur révélassent, pendant le sommeil, les remèdes qui leur étaient nécessaires.
Suivant Hérodote et Diodore de Sicile, l'habitude de voir et d'examiner les viscères, quand ils embaumaient les corps, leur avait fait remarquer que bien souvent ces viscères étaient attaqués et corrompus ; ils en avaient conclu que les substances alimentaires en étaient la cause. Aussi pour se préserver de semblables désordres, s'étaient-ils accoutumés, trois jours par mois, ' à s'administrer des clystères (2), des boissons purgatives, des vomitifs, et à s'abstenir d'aliments. Ces remèdes de précaution eurent au moins pour effet de les rendre très sobres .
En somme, la médecine des Egyptiens ne nous a guère laissé de documents sérieux. Galien même considère leurs traitements comme « des farces ridicules >> qui ont entravé chez eux le progrès véritable.
(2) Pline prétend que les Egyptiens auraient appris de l'Ibis la façon de se purger.... « Ibis, rostri aduncitate per eam partem. seperluens, quà reddi ciborum,onera maxime salubre est. L'ibis se lave l'intérieur du corps en insinuant, avec son bec, de l'eau dans la partie par laquelle il importe à la santé que l'estomac se dégage du superflu des aliments. » iPline. Hist. Nat. Livre. VIII, Chapitre XLI).
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Les Hébreux, les Phéniciens, les Assyriens, les Mèdes et les Perses.
Il y a peu de choses à dire sur la thérapeutique des Hébreux, partie de leur médecine qu'ils négligèrent pour ne s'attacher qu'aux règles de l'hygiène où ils réalisèrent de réels progrès.
Les Hébreux croyaient que les maladies étaient souvent des fléaux de Dieu ; ils pensaient aussi qu'elles étaient fréquemment produites par le démon.
Les enchantements étaient fort employés chez eux, et si les hommes de foi avaient recours aux prières et aux prophètes, les superstitieux s'en rapportaient à la vertu des talismans.
Non plus que les Hébreux, les Phéniciens, les Assyriens, les Mèdes et les Perses n'ont rien laissé de particulier ayant rapport à notre sujet ; le mysticisme domine chez tous ces peuples.
Les Chinois.
Quant aux Chinois, qui font remonter leur origine à la plus haute antiquité, (6.000 ans avant notre ère), on peut être surpris de l'infériorité relative de leur médecine générale. Mais au moins, ils ont fait de sérieuses études sur la pharmacologie. Déjà vers l'an 3.218 av. J.-C. l'Empereur Chin-Nong, que l'on considère comme l'inventeur de la médecine en Chine, avait composé un livre de matière médicale, appelé Pen tsao, contenant 365 remèdes choisis parmi les pierres précieuses, les pierres ordinaires, les plantes et les animaux. Ce recueil s'enrichit rapidement sous ses successeurs et finit par
former un ouvrage en 52 volumes in-4° indiquant 1.111 médicaments. Le Musée Britannique possède une copie de cet ouvrage (1).
D'après un code thérapeutique datant de 1 .567 ans avant notre ère, les Chinois employaient contre la goutte, des végétaux marins et des éponges ; ils préparaient aussi un vin de plantes marines et des pilules faites avec du miel et de la poudre de ces mêmes plantes (2).
En dehors des substances qu'ils indiquaient et que l'on retrouve dans les pharmacopées européennes, il en est d'autres plus ou moins extravagantes qu'il est curieux de relater : c'est ainsi qu'ils vantaient une sorte de sudorifique très puissant appelé le trésor surnaturel pour tous les désirs. Ce médicarnent se présentait sous forme de globules que l'on pulvérisait et que l'on mettait dans le nez comme une prise de tabac. Cette poudre occasionnait une si longue suite non interrompue de violents éternuements, que bientôt tout le corps entrait en transpiration ; et lorsque enfin, après cette crise sternutatoire, le patient revenait à lui, il était tout inondé de sueur. On se servait encore de cette poudre pour voir si un malade était en danger de mort prochaine : si une prise était incapable de le faire éternuer, il devait certainement mourir dans la journée ; s'il éternuait une fois, il n'y avait rien à craindre jusqu'au lendemain ; enfin l'espoir augmentait avec le nombre des éternuements (3).
Ils recommandaient également « les nids d'oiseaux,
(1) !)■• Handvogel.
(2) Rabuteau. Traité de thérapeutique.
(3) Hue. Voyage en Chine.
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les ailerons de requin comme moyens propres à rendre la virilité aux tabescents (1). »
Ils employaient avec succès le fiel d'éléphant pour éclaircir la vue et guérir l'hydropisie.
Les yeux d'éléphants délayés dans du lait de femme et qu'on laissait ensuite tomber goutte à goutte dans les yeux étaient un excellent remède contre l'ophthalmie des nouveau-nés.
La liqueur d'ivoire, (ivoire que l'on faisait bouillir simplement dans de l'eau) était très efficace contre la dysurie et le mal caduc.
La graisse de chameau passait pour être souveraine contre le rhumatisme et l'engourdissement général.
Les poils pris sous le menton du chameau, ensuite brûlés et ajoutés à du vin, avaient la propriété de guérir les hémorrhoïdes.
Le sang de cerf guérissait les crachements de sang et la phtisie.
Le sang d'âne combattait la folie et la manie (2).
L'urine de cheval ou d'âne était prescrite dans les embarras gastriques.
Les cendres de cigales étaient souveraines contre la dyssenterie (3).
Les chauves-souris passaient pour posséder de hautes propriétés thérapeutiques : on employait surtout leurs excréments (4).
(1) Bouillet.
(2) Id.
(3) Id.
(4) Léon Soubeiran. La matière médicale chez les Chinois.
Les Chinois jugeaient de l'action d'un médicament d'après certaines analogies de couleurs, de formes extérieures et de saveur (1), c'est ainsi que la Rhubarbe devait dissiper l'ictère ; que le fruit de l'Anacarde orientale, qui a la forme d'un cœur, était considéré comme un excellent cordial ; que le pohjgonum tinctorium, qui fournit l'indigo, était réputé efficace contre les fièvres pétéchiales ; que le Gin-Seng (2), dont la racine ressemble à des cuisses d'homme, devait rendre la virilité et la force aux vieillards ; que le politicus qui ressemble à une touffe de cheveux, devait faire repousser les cheveux dans l'alopécie ; que la pulmonaire, dont les feuilles sont tachetées en blanc comme certains poumons tuberculeux était indiquée dans la phtisie.
Les médicaments étaient administrés en décoclion et en infusion, ou sous forme de poudre, de pilules et d'électuaire. Mais, en dehors de leur application, il existait encore une foule de pratiques superstitieuses employées par les Bonzes, pratiques qui avaient beaucoup de rapport avec celles du magnétisme.
La médecine est restée presque stationnaire chez les Chinois ; beaucoup de remèdes employés dans les temps primitifs le sont encore aujourd'hui.
(1) C'est ce qui constituait la Doctrine des Signatures, d'après laquelle les plantes offraient certains caractères extérieurs qui permettaient d'en attendre des effets déterminés. Au moyen âge nous retrouvons aussi chez nous celte croyance aux Signatures.
(2) Gin signifie homme et Seng siguiDe tantôt tuer ou guérir, parce que cette racine prise bien ou mal à propos, cause des effets tout à fait contraires.
DE l'histoire des REMÈDES
Les Grecs. — Origine de la médecine en Grèce. — Les Asclépiades.— Les Philosophes médecins. — L'Ecole de Pythagore.
Parmi les nations qui ont le plus illustré les sciences médicales, nous devons saluer la Grèce comme le pays qui fut le véritable berceau de notre art. Dans ce pays privilégié, la médecine, comme la philosophie, les lettres et les beaux arts, s'éleva au premier rang. Mais les premiers temps eurent aussi leurs ombres et leurs imperfections.
A son origine la science médicale était comme ailleurs entre les mains des prêtres, les Asclépiades, qui surent cependant perfectionner la méthode observée chez les Egyptiens.
Ils faisaient graver dans leurs temples, sur des tablettes votives, les noms des malades qu'ils avaient guéris. On y lisait des épigraphes, entre autres celle-ci :
w.i. e-Ki tpti.i; -niJ-spa; em)(pterui S77t zovç oyôa^ftoy? y.a.t «VE^iei^ev YMi ùrilvOsi) y.a.i vîUj^aps(7TV7a"£i' Sri liocni/. toj 0ew. »
« Un soldat aveugle, nommé Valérius Aper, ayant consulté l'oracle, en a reçu pour réponse, qu'il devait mêler le sang d'un coq blanc avec du miel, et en faire un onguent pour s'en frotter l'œil pendant trois jours : il recouvra la vue et vint remercier le dieu devant tout le peuple. »
Comme base de leurs traitements, ils conseillaient toujours la reconnaissance, la soumission, la résignation, et parvenaient ainsi à dégager leur responsabilité.
Ils furent toujours assez fourbes pour chasser impitoyablement des temples les malades désespérés, prétendant que leur haleine était une profanation pour la divinité.
Jamais les insuccès n'étaient enregistrés ; à tel point qu'un spirituel visiteur du temple d'Esculape demandait à un cicérone : « Ubi sunt vota eorum qui invocato numine perierunt ?» — Où sont donc les noms de ceux qui sont morts, tout en ayant invoqué la divinité ?
Leur habileté médicale consistait surtout h gagner la faveur du public par leur charlatanisme, abusant de la crédulité des ignorants, à l'aide de la mise en scène des cérémonies, durant lesquelles ils donnaient leurs conseils salutaires. « Parmi toutes ces cérémonies, écrit Dezeimeris, celle que les Asclépiades accréditèrent le plus, est connue sous le nom d'incubation ; elle consistait à coucher dans le temple, pour obtenir la guérison de ses
maux Quand le malade était admis, il y avait des
cérémonies préalables, auxquelles on mettait un appareil propre h en imposer au peuple, toujours avide du merveilleux. Du sanctuaire ou du fond des temples, il sortait quelquefois une agréable vapeur qui remplissait le lieu où se tenaient les consultants : c'était l'arrivée du dieu qui parfumait tout par sa présence. Après ces préparations cérémoniales, venaient les jeûnes, les expiations et les lustrations ; car le dieu ne se communiquait pas à des sujets impurs. A ces religieuses grimaces succédaient les sacrifices, et chaque temple avait les siens. En certains endroits on sacrifiait à Esculape des moineaux, et en d'autres, des coqs.... Quand les ablutions et les sacrifices étaient finis, les malades se couchaient ; le sacrificateur éteignait les lampes et recommandait de dormir, ou du moins de garder un profond silence par respect pour le lieu ; car
DE l'histoire des REMÈDES
le moindre bruit efl'aroucliait la divinité, qui avait de bonnes raisons pour ne pas s'exposer aux regards curieux et indiscrets des profanes. Lorsque le sacrificateur croyait tout le monde bien endormi, il s'empressait de faire sa ronde et s'emparait des noix, des figues, des gâteaux et des autres ofirandes qui avaient été transportées de l'autel sur la table sacrée ; car, puisqu'il guérissait pour le dieu, il était juste qu'il mangeât pour lui. Le lendemain, on disait que l'immortel avait tout consommé (1). »
En dehors du sacerdoce médical, il se forma une catégorie de philosophes qui ne dédaignèrent pas d'appliquer leurs vues théoriques à la pratique de la médecine ; mais ce ne fut qu'une médecine spéculative.
Quoiqu'il en soit, Pythagore{2), chef d'une école qui devint célèbre, fit faire un pas immense à l'étude des médicaments en arrachant aux Asclépiades spéculateurs, le monopole de l'exercice de la médecine.
Ses disciples furent considérés comme les médecins les plus remarquables de leur temps dans le traitement des maladies internes.
Les médecins de Crotone, leurs successeurs, jouirent pendant longtemps de la réputation d'être les premiers praticiens de la Grèce.
{l) Deseimeris .-Dictionnaire historique de la mi-decine ancienne et moderne.
(2) Pythagorc naquit à Samos, 608 av. J.-C. + !i09. Dans ses études de la médecine, il s'occupa surtout de l'hygiène et lit des recherches sur les causes des maladies, ainsi que sur les propriétés des plantes.
Après Pythagore, Anaxagore (1), Démocrite (2), Héraclile (3) et Eurr/phon ûreni faire de grands progrès à la thérapie.
Hippocrate et l'apparition du naturisme. — L'humorisme ancien.
En l'an 460 avant notre ère, nous voyons apparaître Hippocrate qui fut le véritable fondateur de la médecine. 11 était facile à un homme de génie de profiter de l'expérience de ses ancêtres, qui, durant trois cents ans avaient desservi les temples d'Esculape, avaient enseigné sous les portiques et dans les gymnases, et avaient fait entrer la médecine dans le domaine de la philosophie.
Hippocrate fut le premier qui chercha à réunir toutes les parties éparpillées de l'art de guérir, et à les disposer méthodiquement en les appuyant sur des aphorismes et
(1) Anaxagore naquit à Clazomène en Lydie, 500 av. J.-C. + 428. Il faisait dériver toutes les maladies de la bile.
(2) Démocrite naquit à Abdère, ville de la Thrace, 490 av. J.-G. + 381. 11 eut une grande passion pour l'étude. D'après Pétrone, il fit de nombreuses expériences sur les minéraux, sur les végétaux et tira des sucs de toutes les plantes. C'est lui qui riait sans cesse de la sottise des hommes.
(3) Heraclite naquit à Ephèse en Asie-Mineure, 500 av. J.-C. + 440. Sou caractère était tout l'opposé de celui de Démocrite. En dehors de ses théories ridicules^ il s'occupa de l'étude des plantes. Atteint d'hydropisie, il consulta des médecins pour savoir s'ils pourraient bien changer la pluie en un temps sec et serein. Voyant qu'ils ne savaient que répondre à cette énigme, il ne voulut pas les consulter davantage, et se retira dans une étable où il se couvrit de fumier, dans la pensée qu'il consumerait par ce moyen l'humidité superflue de son corps. {Eloy : Dict. Hist. de la médecine).
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des préceptes généraux. Après avoir instruit ses disciples sur la nature de l'homme, il leur fit rechercher attentivement les causes et les caractères de la bonne ou mauvaise disposition du corps et leur défendit de rien essayer sans raison. Il voulut aussi qu'ils s'exerçassent à connaître la nature de l'air, des eaux, des lieux ; les saisons ; les climats des pays ; les professions ; les habitudes et la manière de vivre des personnes. Il leur .enjoignit également de tirer des conjectures touchant l'application des remèdes, non seulement de la maladie même, mais aussi de l'état des forces, de l'âge, du sexe, et du tempérament du malade. En un mot, il créa l'art de bien observer et sut se garantir des hypothèses et des vaines spéculations auxquelles s'abandonnaient les médecins de son temps.
Les connaissances à' Hippocrate sur l'anatomie et sur la physiologie, bases des véritables notions sur la nature des maladies et sur l'application rationnelle des remèdes, se réduisaient pourtant à peu de chose. Il considérait le corps comme étant composé des quatre éléments : l'eau, l'air, la terre et le feu ; avec leurs qualités : le froid, le chaud, le sec et l'humide. Le mélange de ces éléments en proportions variées donnait naissance aux solides et aux liquides : le sang, la pituite, la bile et l'atrabile ou eau. Pour lui, la matière était inerte, et elle devait ses propriétés diverses à une force étrangère qui lui donnait le mouvement et la vie. Cette force, qu'il désignait sous le nom de Nature, présidait à l'arrangement des parties; elle était inattaquable par les causes morbides, qui n'agissent que sur la matière, et, lorsque la sauté était troublée, c'était cette force qui dirigeait tous les efi'orts, tous les mouvements organiques dans le sens du rétablissement harmonique de la santé.
Pour maintenir la santé il fallait :
1° Que les humeurs fussent dans un mélange exact, dans un équilibre convenable, c'est-à-dire qu'elles ne devaient ni augmenter, ni diminuer.
2° Que les humeurs ne déviassent point de leur cours normal.
La prédominance d'une humeur soit dans son réceptacle normal (1), soit en un lieu quelconque, soit dans l'universalité du corps constituait la maladie.
Chaque fois que la maladie devait avoir une heureuse issue, l'humeur éprouvait une série d'élaborations pour arriver à un état dit de coction, état que la nature pouvait aisément faire disparaître et qui était précédé par ce que l'on appelait les phénomènes critiques ou crises.
« La maladie était encore considérée par Hippocrate comme un principe malfaisant qui soulevait tout le corps contre lui, et de cette révolte résultaient la fièvre, la coction et les crises. »
(1) Suivant Hippocrate, le sang avait sa source dans le cœur, la pituite dans le cerveau ; la bile était formée dans le foie el, l'atrabile dans la rate. De ces quatre humeurs, il en est deux : la pituite et l'atrabile qui n'ont jamais existé que dans l'imagination des humoristes anciens, et il en existe bien d'autres : (la lymphe, le chyle, le lait, la salive, l'urine, le suc gastrique, le suc intestinal, etc), qui lorsqu'elles sont troublées, deviennent également la cause d'affections sérieuses.
Ce n'est qu'après bien des recherches anatomiques, physiologiques et chimiques, que l'on a fini par se rendre compte de ces lacunes,et que l'on a appliqué le mot humeur aux différents fluides du corps sécrétés ou excrétés.
D'autre part, Hippocrate et ses disciples ont eu le tort de voir, dans l'altération primitive des humeurs, l'origine de toutes les maladies, car il arrive souvent que les solides sont les premiers atteints, comme il est facile de s'en convaincre dans l'étude des affections des systèmes osseux, musculaire, nerveux, etc.
Sa thérapeutique reposait tout entière sur cette théorie, fausse sans cloute, mais qui, fécondée par un talent d'observation rare et un bon sens renaarquable, devait le conduire à une sage intervention dans le traitement des maladies dont il sut si bien décrire les signes et le pronostic (1).
Hippocrate prescrivit les remèdes les plus simples, voulant que la médecine ne fît que suivre et imiter la marche de la nalure : « Quo natura vergit, eo conducendum ». « Profondément humoriste, il emprunta la plupart de ses remèdes à la classe des évacuants : les vomitifs, les purgatifs et la saignée composèrent presque toute sa pharmaco-thérapie. Si ces moyens restaient impuissants, il avait recours aux diurétiques et aux sudorifiques » (2).
Toute sa thérapeutique ne saurait mieux être résumée que par ces mots contenus dans le premier livre de ses épidémies : « Être utile aux malades, ou du moins ne pas leur nuire » .
Nous remarquons dans la matière médicale de ce sage observateur :
Parmi les purgatifs : la carthame, le calament, le chardon-bénit, la bryone, l'ellébore, l'épurge, l'élatérium, la lauréole, la mercuriale, l'oxymel, les baies de sureau, etc.
Parmi les vomitifs : l'anagyre, la bryone, l'elléhore, l'ésule, la narcisse des prés, etc.
Parmi les diurétiques : les sucs de l'ache, de
(1) D' Fournie : Application des sciences à la médecine.
(2) Douillet.
l'ail, de la bugrane, du crithme ou passe-pierre, du capillaire, du fenouil, du millepertuis, de la morelle, de la nigelle, de la scolopendre, etc., le vin blanc.
Parmi les astringents : la busserole, les coings, l'écorce de chêne, la mille-feuille, les pommes sauvages, etc.
Parmi les hypnotiques : la coriandre, la laitue, la mandragore, le pavot.
Parmi les anthelminthiques : l'ail, la noix.
Il provoquait la sudation à l'aide des frictions et des étuves.
La cuscute, le tussilage, le vin rouge doux étaient prescrits dans les affeclions de poitrine. L'aristoloche, l'année, la ciguë, la menthe dans les afïections utérines.
Il ordonnait souvent les purgatifs et la saignée au début des maladies aiguës.
Contre l'hydropisie, outre les purgatifs et l'abstinence de boisson et d'aliments, il prescrivait la cantharide, privée de sa tête et de ses pattes. Contre les ophthalmies, il employait la tutie, et contre les douleurs des yeux, le colcotar.
C'est à Hippocrate que l'on doit le premier modèle de relation d'épidémie. Nous le voyons au moment de la grande peste d'Athènes allumer des feux dans toutes les rues et y faire jeter toutes sortes de fleurs et de drogues aromatiques ; imitant en cela les Egyptiens qui, d'après Pluiarque purifiaient l'air, le matin, par des parfums de résine,faisaient brûler,à midi,de la myrrhe,et qui, le soir, à l'entrée de la nuit, allumaient des pastilles appelées Cyphi, composées de myrrhe et d'oliban.
DE l'histoire des REMÈDES
Les successeurs d'Hippocrate. - Platon et les Dogmatiques. - Ecole d'Alexandrie ; Hérophile et Erasistrate.
Après la mort d'Hippocrate, Thessalus et Dracon ses fils, Pohjbe son gendre, coulinuèrent à enseigner sa doctrine. A leur suite, parurent quelques grands noms : Dioclès de Charijste, Praxagore de Cos, Chri/sippe de Cnide. Ce dernier prétendit exclure la saignée et les purgatifs du domaine de la lliérapeutique : sans doute que ce philosophe était d'un tempérament trop relâché I
Tous, un peu à la fois, retombèrent dans les erreurs des prédécesseurs d'Hippocrate et amenèrent la secte dite des Dogmatiques qui eut pour fondateur le célèbre philosophe Platon. Ce philosophe, laissant de côté la voie de l'observation et de l'expérience, prétendait trouver exclusivement par le raisonnement, l'essence même des maladies, leurs causes occultes et l'indication des remèdes à y apporter. Or, celte recherche de l'essence des maladies et de leurs causes occultes s'appuyant sur des connaissances anatomiques et physiologiques très imparfaites, il lui fallait, par conséquent, avoir recours à une foule d'hypothèses. D'autre part, tous les principes d'un bon raisonnement ne pouvant être déduits que de l'observation et de l'expérience, on voit de suite le côté défectueux du Dogmatisme.
Les idées erronées de cette secte dont les partisans aimaient à s'étendre dans de longs et beaux discours, dans les arguments et toutes les subtilités de la dialectique, eurent un succès déplorable. Propagées chez les Grecs, les Egyptiens, les Romains, les Arabes, et parvenues jusqu'à nous, elles ont, pendant plus de vingt siècles,
opposé d'invincibles obstacles à la découverte de la vérité.
Nous ne ferons allusion à l'^'co^e d' Alexandrie fondée à cette époque, que pour citer deux noms qui l'illustrèrent : Hérophile et Erasistrate. Le premier fut un anatomiste distingué, en même temps qu'un thérapeutiste très actif. Il faisait entrer dans les formules, un remède pour chaque symptôme. Le second joignit aux connaissances anatoraiques, une étude plus sérieuse de l'hygiène et de la thérapeutique. Il désapprouva également la saignée et les purgatifs, recommandant de préférence les vomitifs, les lavements, les fomentations et les frictions. Il se déclara surtout pour les remèdes simples, ne voulant entendre parler ni des compositions royales(l), ni de tous les antidotes que ses contemporains appelaient les mains des dieux. Il ne pouvait supporter qu'on mêlât les minéraux avec les plantes et avec les animaux. Les meilleurs médicaments pour lui étaient la ptisanne (2), les bouillons d'orge, la citrouille, l'iiydroléum et la chicorée qu'il apprêtait lui-même tant il attachait d'importance à cette plante.
Les Empiriques
Les opinions Platoniciennes dominèrent jusqu'au troisième siècle avant notre ère, époque à laquelle Philinus de Cos et Sérapion d'Alexandrie créèrent la secte des Empiriques qui, par une erreur diamétrale-
(I) On les appelait ainsi à cause de leurs propriétés dignes d'un roi en bonté et en vertu.
(2y C'était de l'orge pilée, de 7rTicr(T«v>) décoction d'orge.
ment opposée à celle des Platoniciens, se confinaient uniquement dans l'observation clinique en repoussant le raisonnement et les études anatomiques.
Pour eux, les seules lumières de l'expérience, autrement dit la connaissance fondée sur le témoignage des sens ou de la mémoire, suffisaient pour arriver à la science médicale. Ils repoussaient l'étude de la cause prochaine et de la nature intime des maladies.
Les Empiriques distinguaient trois sortes d'expériences que Giaucms, médecin empirique, avait dénommées : le trépied de la médecine.
La première était produite par le pur hasard, comme dans le cas oii quelqu'un aurait été soulagé d'un grand mal de tête en saignant du nez.
La seconde était celle qui se faisait par essai, comme il arrive lorsque quelqu'un ayant été mordu par un animal venimeux, applique sur la blessure la première herbe qu'il trouve ; ou lorsqu'un fiévreux se guérit en buvant par instinct, autant d'eau qu'il en peut supporter.
La troisième comprenait celle que l'on appelait imitatoire, dans laquelle on répète, dans l'espoir d'un pareil succès,ce qiîe le hasard, la nature ou l'essai ont indiqué.
Celte doctrine fut excessivement funeste à l'art de guérir, parce qu'en proscrivant l'étude des causes cachées, ainsi que celle de la nature des affections, elle a privé la thérapeutique d'une de ses plus importantes sources d'indications et elle a réduit le traitement des maladies à l'emploi de pratiques superstitieuses et absurdes, à l'usage des substances les plus repoussantes et les plus compliquées de la polypharmacie. Ne vouloir tenir ses remèdes que du hasard, de la fantaisie individuelle et de
l'analogie, c'est renfermer la science thérapeutique dans des limites trop étroites. A côté du hasard, qui cependant a été la source de bien des documents, à côté de l'inspiration et de la constatation purement empirique qui ont suggéré une foule d'applications utiles, il faut absolument faire la place au raisonnement qui crée les hypothèses, entrevoit et règle les expériences nécessaires à leur vérification, contrôle et interprète les résultats de l'expérimentation pour en tirer des conclusions rigoureuses et certaines. L'Empirisme pur, le seul témoignage des sons ne peuvent que nous faire constater certains phénomènes existant sans nous en dire la cause et sans indiquer les remèdes qui pourraient les combattre ; comme par exemple, l'abolition du mouvement volontaire dans la paralysie. La raison seule pourra s'élever jusqu'à la cause et en recherchant si cette paralysie est de nature organique, hystérique, rhumatismale, saturnine, toxique, etc., elle nous indiquera le mode de traitement le plus profitable à suivre.
Un des plus grands torts de l'Empirisme fut aussi de délaisser les études anatomiques et physiologiques et de s'en rapporter aux phénomènes extérieur?, sans tenir compte des modifications produites dans l'organisme par la maladie. Comment pouvoir traiter d'une façon efficace un organe dont on ignore la situation, la structure et les fonctions normales.
Les Méthodistes ou Solidistes. — Les Pneumatiques. — Les Eclectiques.
Les Méthodistes ou Solidistes poussés, comme leurs prédécesseurs, par le besoin de généralisation, continué-
DE l'histoire des REMÈDES
rent l'œuvre des Empiriques en cherchant à simplifier encore les études de la médecine.
Pour eux, toutes les maladies dépendaient ou d'un resserrement général de nos tissus (strictum) ou de leur relâchement (laxum). Certaines parties de notre corps pouvaient être trop resserrées, tandis que d'autres étaient trop relâchées (mixtum).
Leur thérapeutique consistait par conséquent à rétablir l'état normal dans le corps, d'une part, en utilisant la saignée, les sangsues, les vomitifs, les sudorifiques. les cataplasmes, etc ; de l'autre, en administrant les astringents.
Il leur répngnait de se servir des purgatifs, des diurétiques, des narcotiques ainsi que des remèdes douloureux. D'un autre côté, ils faisaient un très grand cas de l'influence de l'air sur les malades.
Les principaux sectateurs du méthodisme furent Thémison de Laodicée (1), Soranus d'Ephèse, Thessalus de Tr ailes (2) et Cœlius Aurelianus.
Leurs successeurs finirent par se diviser et firent
éclore deux nouvelles sectes : les Pneumatiques et les Eclectiques.
Les premiers prétendaient que tout le corps était
(1) Thémison est le premier qui fit usage des sangsues. Il découvrit les propriétés du plantain et donna la description du Diacode, remède composé du suc et de la décoction de têtes de pavots et de miel.
(2) Thessalus était un modèle de flatterie et d'impudence, il prétendait enseigner l'art de la médecine en l'espace de six mois. Suivant le système si commode du méthodisme, c'était ciiose facile, puisqu'il n'existait que deux sortes d'affections contre lesquelles deux sortes de remèdes suffisaient.
pénétré d'un esprit (pneuma) dont le siège résidait dans les artères et dans le cœur.
Ils eurent pour principaux promoteurs : Athénée de Cilicie, Agathinus de Sparte, Archigène, Hérodote, etc.
Les Eclectiques, représentés par Celse et Arétée, faisaient profession de choisir ce que chacune des autres sectes avait de meilleur sans vouloir se ranger à aucune doctrine.
Celse fut un excellent observateur. Il était convaincu de l'utilité des connaissances anatomiques et physiologiques pour aider à la découverte de remèdes efRcaces ; mais comme ces sciences n'étaient pas suffisamment connues de son temps, il voulait qu'on s'en tînt à l'expérience et à l'observation.
Nous sommes redevables à Arétée de l'usage des cantharides comme vésicants. 11 se servait également de la moutarde et du thapsia, pour tirer le mal du centre à la périphérie.
Dioscoride.
Il nous faut ici mentionner d'une façon particulière un auteur célèbre que les historiens ne rattachent à aucune secte ; nous voulons parler de Dioscoride.
Ce savant médecin naquit à Anasarhe (qui fut depuis nommée Césarée) ville de Cilicie, au premier siècle de notre ère. Entraîné dès sa jeunesse par le désir de s'instruire, il parcourut plusieurs régions pour connaître les différentes substances qui servaient à la médecine. Comme ses travaux avaient porté particulièrement sur les plantes, il ne fut considéré que comme botaniste ; on lui doit pourtant la première énumération de leurs
propriétés médicales. Il composa un grand ouvrage, dont la traduction latine que nous possédons est intitulée : « Pedanii Dioscoridis Anazarbei de medicinali maierià 1543 ». Ce traité est divisé en six livres, et contient la description de 600 médicaments environ. A côté de sérieuses appréciations, il en est beaucoup de futiles et même d'extravagantes. Malgré cela, c'était le meilleur traité de matière médicale de son époque, il fut souvent consulté et textuellement copié notamment par Galien, Oribase et, beaucoup plus tard, par les thérapeutistes du Moyen âge et de la Renaissance.
Voici du reste, quelques indications que nous avons prises un peu au hasard parmi les plus intéressantes :
L'aurone pilée, écrasée et appliquée sur la tête, fait repousser les cheveux dans l'alopécie.
Le chardon-bénit guérit le cancer.
L'argentine appliquée à la plante des pieds, ou mise dans les souliers, arrête merveilleusement la dyssenterie et toute espèce d'hémorrhagie.
L'orcanète macérée dans du vinaigre est efficace contre la lèpre et l'éléphantiasis.
Le thlaspi fait disparaître l'érysipèle et les hémorrhagies.
La rue broyée et mise dans le nez, en arrête le flux du sang.
Le vin de grenade est utile contre la fièvre.
La corne de pieds d'âne ou de chèvre réduite en cendre et prise en potion, fait revenir le lait.
Les cloportes concassées et réchauffées dans une écorce de grenade avec un peu d'huile rosat, puis mises dans les oreilles, en calment les douleurs.
La fumée de sauterelles mises sur un brasier, fait facilement uriner dans le cas de dysurie.
L'application d'un onguent fait avec une tête entière de lièvre brûlée, de l'axonge d'ours et du vinaigre, guérit de la pelade.
La fiente de rats ou de souris broyée et appliquée avec du vinaigre jouit de la même propriété.
La fiente de ces mêmes animaux bue avec de l'encens et du vin miellé fait disparaître la gravelle. Appliquée en suppositoire, elle lâche le ventre aux petits enfants.
Le fiel de chèvre appliqué sur les yeux éclaircit la vue.
L'urine humaine est un excellent remède contre la morsure des vipères et autres venins.
La cigale rôtie est recommandée contre les douleurs vésicales.
De même, les excréments de chien recueillis durant la canicule sont employés efficacement contre les flux du ventre, si on les boit délayés dans du vin.
Les excréments de lézard servent contre les taies de la cornée.
L'os qui se trouve dans le cœur du cerf est un excellent antidote contre les poisons et les fièvres pestilentielles.
Contre la morsure d'un chien enragé, il est recommandé de boire du sang d'un autre chien.
Contre les plaies de la tête atteignant même les méninges, il faut appliquer du sang de colombe, de pigeon ou de tourterelle.
Contre l'épilepsie, il faut boire du sang d'agneau, ou
DE l'histoire des REMÈDES
encore prendre les pierres qu'on trouve dans le ventre des jeunes hirondelles.
Contre le venin des serpents, il est bon de manger des grenouilles avec du sel et de l'Jiuile ou du beurre.
Dioscoride préconise également la fumée de vieilles chaussures pour chasser les serpents et les vipères, comme il est rapporté dans la citation suivante :
« in agro quum quidam aperto ore dormiret,
vipera per os ingressa est, quœ multis adhibitis remediis, nunquam à corpore profLigari potuit, tandem fumigiis ex iis veteribus calceamentis, apparatis, et naribus admonitis, illico vipera per anum exivit (1). »
Un homme dormant un jour dans un chainp avec la bouche entr'ouverte, une vipère s'y introduisit ; et comme aucun des nombreux remèdes employés, n'avaitpu le chasser de son corps, on se servit enfin de la fumée de vieilles chaussures, et aussitôt qu'elle eut été placée-, sous le nez du dormeur, la vipère sortit par l'extrémité opposée.
Pour finir, Dioscoride ysl jusqu'à conseiller la ilfamie comme styptique et résolutive contre les abcès, les fractures, les plaies et aussi contre l'epilepsie et les vertiges. La mumie était une sorte de liqueur odorante, ayant la consistance du miel, principalement composée d'aloès, de myrrhe, d'encens, de bitume de Judée, et recueillie dans les anciens tombeaux de l'Egypte. Il se plaint même de la falsification de ce précieux médicament que l'on retirait d'autres cercueils.
(1) PedaQii Dioscoridis Anazarbei de mediciaali raaterià libri sex Joanne Ruellio Guessioneusi interprète. (Marpurgi, 1543), fol. 198. '
Dioscoride, dans son traité, ne fait aucune allusion aux causes des maladies ; il ne parle ni de l'âge, ni du sexe des malades, pas plus que des doses des médicaments. Pour cette raison, il peut être considéré plutôt comme un Empiriste encore, que comme un homme sérieusement éclairé.
L'apparition successive des différentes sectes que nous venons d'énumérer, avait plongé la médecine dans une déplorable anarchie, jusqu'au moment où apparut Galien, qui par son génie sut rassembler les fragments épars de l'édifice scientifique.
Les Romains. — Leurs premiers médecins.
Avant de parler du célèbre médecin de l'Ecole de Rome, disons au moins un mot de la médecine chez les Romains.
Pendant six siècles, les études médicales furent complètement négligées par ce peuple.
Dès les premiers temps, la frugalité des conquérants du monde qui ne connaissaient d'autre gloire que celle des armes, leur faisait mépriser la médecine comme un art frivole et inutile ; une simple routine aveugle leur suffisait (1) et la pratique de la médication n'était digne que des esclaves (2).
Plus tard, quand ils furent tombés dans le luxe et la corruption, ils recoururent à la médecine qui brilla, sous
(1) Le chou était, pour ainsi dire, leur unique remède.
(2) On a trouvé sur la tombe d'anciens esclaves, leurs titres de ■médecin, de chirurgien et d'oculiste.
les empereurs, avec assez d'éclat et de dignité jusqu'à rinvasioa des barbares.
D'ailleurs il n'était guère encourageant d'exercer la médecine à Rome. Archagatus (1), le premier médecin qui s'y établit, fut lapidé par le peuple révolté de lui avoir vu employer le fer et le feu dans les opérations chirurgicales.
Parmi les autres praticiens qui acquirent quelque célébrité, citons le grec Asclépiade, ami de Cicéron. Il naquit à Pruse en Bythinie au 2« siècle avant J.-C. D'abord rhéteur, il abandonna l'éloquence pour embrasser la profession de médecin. Il condamna tous les principes à! Hippocraie et attribua la cause des maladies à un défaut de proportion entre les pores et les atomes, d'où les obstructions. A la place de la science solide et profonde du praticien, il substitua l'agrément et la réputation du beau parleur, ce qui souvent tient lieu de mérite auprès des malades peu judicieux. Il s'appliqua à flatter le goût de ceux qu'il soignait et à satisfaire leurs désirs autant qu'il était en son pouvoir ; c'était un moyen sûr de gagner leur confiance.
Sa thérapeutique consistait principalement à diriger le régime. Il mettait ses malades à la diète pendant un ou deux jours, pour leur ménager plus de plaisir en leur offrant ensuite le boire et le manger. Sa maxime était qu'un médecin devait guérir ses malades sûrement, promptement et agréablement fctW, tuto et jucundè). Seulement, comme le fait observer Celse, il y a beaucoup de dangers à vouloir guérir trop vite et à
(l) Archagatus était du Péloponèse, il vint à Rome en l'année 633 de sa fondation, sous le consulat de L.Œmilius et de L. Julius.
n'ordonner rien que d'agréable. « AscLepiades ojficiam esse medici dicit ut tuto, celeritev, et jucundè curet. Id voium est : sed fere periculosa esse nimia et festinatio et volupias solet (1). »
Après Asclépiade vinrent Etienne de Bi/sance ; Aufidius de Sicile ; Nécon d'Agrigente ; Artovius ; Clodien ; Nécératus et Antonius Musa l'affranchi. Ce dernier fît de nombreuses recherches sur les propriétés des diverses plantes médicinales et le premier conseilla la chair de vipère. Il sauva l'empereur Auguste d'une dangereuse maladie en lui ordonnant des bains froids, et en lui faisant manger de la laitue. Cetle heureuse cure lui valut le privilège de porter un anneau d'or, ce qui jusque-là n'avait été permis qu'aux personnes de la première condition.
Tous les médecins, en considération de Musa, furent exemptés pour toujours de tous les impôts ; et le peuple romain, par reconnaissance, fit élever une statue à celui qui avait si habilement sauvé la vie à son empereur.
Galien et les Galénistes.
En l'an 131 de notre ère, naquit à Pergame l'illustre Galien, qui fut après Hippocrate, le premier médecin de l'antiquité.
« Obéissant à cette loi impérieuse de l'esprit qui nous oblige à systématiser nos connaissances sur un point donné, dans un enchaînement logique- en apparence et qui satisfasse la raison, Galien remplaça les réalités
(1) Cehe, Lib. 3. C. 4.
DE l'histoire des REMÈDES
dont il ue soupçonnait pas l'existence par des inventions qu'il emprunta h la tradition ou à sa propre imagination. C'est ainsi que, dépourvu de connaissances histologiques, chimiques et physiques, qui seules pou valent le conduire à la notion des propriétés physiologiques des tissus, il adopta la théorie hippocralique des quatre éléments : l'eau, l'air, la terre, le feu, et de leurs qualités : le chaud, le froid, le sec et l'humide, auxquels il joignit les quatre humeurs : le sang, la bile, la pituite et l'atrabile(l). Ces quatre humeurs déterminaient les quatre tempéraments : le sanguin, le pituiteux, le bilieux et le mélancolique. Selon lui, la maladie (ou comme il l'appelait : l'intempérie, la dyscrasie), était un trouble dans l'harmonie normale des divers liquides ou humeurs de l'économie. Il considérait cet état comme quelque chose de contraire à la nature, et qui par conséquent, devait être combattu par ce qui était contraire à la maladie. De là sa maxime : « Contraria contrariis curantur. » Il admettait aussi des maladies par altération des solides et par altération des forces.
Il fut l'auteur de la secte des Galénistes, dont les opinions firent autorité pendant près de quatorze cents ans. Leur thérapeutique se distinguait par une polypharmacie outrée. Ils mélangeaient sans mesure ni raison, une foule de substances le plus souvent inertes, comme la ihériaque (2), dont Galien a donné la
(1) Ed. Fournie. Application des sciences à la médecine.
(2) La Thériaque (de ônpiKwg qui a rapport aux bêtes sauvages) est un électuaire ainsi appelé parce qu'on le regardait comme un spécifique contre les effets de la morsure des animaux venimeux. 11 contient les substances suivantes au nombre de 68 : agaric blanc, scille sèche, iris de Florence, cannelle fine, cassia lignea, spicanard,
formule originale et qui, à part l'opium, seule matière efïïcace qu'elle contient, n'offre qu'un bizarre assemblage de plantes plus ou moins hétérogènes.
Malgré cela, Galien approfondit l'étude des médicaments et sut en distinguer les effets primitifs ou immédiats d'avec leurs effets secondaires ou éloignés. Il le prouve d'après la façon dont il se moque des Thessaliens, qui, d'après lui, s'intitulaient faussement méthodiques. « Qu'y a-t-il de plus déraisonnable, disait-il, que ces ânes de Thessalus, qui changent continuellement de remèdes, ignorant la cause pour laquelle un médicament
acore odorant, costus arabique, gingembre, racines de quinlefeuille, de rapontic, de valériane, de nard celtique, de méum, de gentiane, d'aristoloche, d'asarum, bois d'alots, sommités de scordium, roses rouges, safran, stœchas arabique, dictame de crète^ malabathrum, marrube blanc, calament, chamœdris, chamœpitys, millepertuis, pouiiot, maruni, petite centaurée, semences d'ers, poivre long, semences de navet eauvage, amome en grappes, poivre noir, poivre blanc, persil de macédoine, cardamome, carpobalsamum, ammi, anis, fenouil, séséli, thlaspi, dancus de Crète, opium, mie de pain, vipères sèches, suc de réglisse, d'acacia, d*hypociste, gomme arabique, myrrhe, oliban,galbanum,opopanax,castoréum, bitume de .ludée, terre sigillée, styrax, calamité, sagapénum, sulfate de fer, baume de la Mecque, térébenthine de Chio, miel blanc, vin d'Espagne.
L'origine de cette composition remonte à une grande antiquité. Mithridate, roi de Pont en fut le premier inventeur. Craignant touj'iuis d'être empoisonné, il composa cet antidote qui, paraît-il, lui réussit à merveille, car étant tombé entre les mains de Pompée et, captif, ne voulant pas être mené en triomphe dans Rome, il tenta vainement de s'empoisonner et fut réduit à se faire tuer par un esclave. Sa recette trouvée dans ses coffres et remise à Pompée fut décrite en vers hexamètres, par Damocrate, sous le nom même de Mithridate. Plus d'un siècle après, Néron fit perfectionner le mithridale, par Andromaque, son médecin, qui lui donna le nom de Galène, c'est-à-dire calmant. Plus lard, Nicandre, poète grec, l'appela Thériaquej nom qui lui est resté.
[Giiibourt : Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques).
DE l'histoire des REMÈDES
profite et est utile Si par hasard, survient une
guérison, ils ne la doivent qu'à une bonne fortune, mais nullement à la raison (1). »
Pour Galien on ne pouvait bien connaître les médicaments qu'en les expérimentant ; et à l'expérience il savait associer le raisonnement, mais souvent aussi des hypothèses. Il admettait des remèdes relâchants, astringents, atténuants, incisifs, incrassants, etc. ; il faisait surtout usage de la saignée dans les fièvres et dans les maladies chroniques de cause pléthorique.
11 n'était pas partisan de la diète absolue, et se montrait très réservé dans l'emploi des purgatifs, regardant leur usage intempestif comme très nuisible.
Le premier, on le vit se servir de l'aloès lavée, mêlée avec des aromates et des gommes balsamiques pour corriger les humeurs vicieuses de l'estomac.
On lui doit aussi l'usage des amers dans la goutte.
Tout cela ne l'empêcha pas à son tour d'employer des substances dont il lui eut été difficile d'expliquer l'action.
Dans ses trois remèdes contre la phtisie, on le voit, par exemple, recommander un médicament fait de fumier de colombes, que l'on appliquait sur la tête, fraîchement rasée (2).
Contre les coliques, il préconisait la fiente de loup prise en breuvage avec du vin blanc.
Contre la goutte et l'embonpoint, il conseillait les
(l)Lessix principaux livresdelathérapeutique de Galien, Livre 111. (î) Les six principaux livres de la thérapeutique de Galien, Livre V.
médicaments qui « exténuent grandement » comme le sel fait de vipères brûlées. 11 ne fallait pas abuser de ce dernier remède, car quelques malades en ayant trop pris, eurent le sang brûlé et en moururent (1).
On voit aussi Galien recommander l'usage des vipères dans la ladrerie, comme il y fut amené par le fait suivant qu'il rapporte lui-même en son deuxième livre des simples, chapitre P''.
Il y avait en Asie, un individu atteint de ladrerie, qui par son voisinage et son contact avait communiqué son affection à plusieurs. Il était à ce point gâté, corrompu, repoussant et puant qu'on lui fit une demeure complètement isolée au-dessus d'une colline près d'une fontaine où on lui portait à boire et à manger, autant qu'il en avait besoin. Il advint qu'au moment des canicules où l'on moissonnait, on apporta du fort bon vin aux moissonneurs, lequel vin fut laissé dans le champ par celui qui l'avait apporté et qui s'en était retourné. Or, quand un des valets fut pris de soif, il voulut mettre dé l'eau dans le vin, comme il en avait coutume. Tout en versant de cette liqueur dans une coupe, une vipère morte s'échappa du vase ; étonnés, les moissonneurs aimèrent mieux ne boire que de l'eau et ne .pas toucher au vin de peur qu'il leur fît mal . Se retirant le soir, et passant pardevant la ladrerie oii se trouvait le malade, ils lui donnèrent ce vin par compassion, disant entre eux qu'il lui serait préférable de mourir que de languir .en cette misère. Mais ce pauvre homme n'eut pas plutôt achevé de boire ce liquide, qu'il se sentit soulagé et fut rapide-
(J) Les six principaux livres de la tliérapeutique de Galien, Livre VI.
DE l'histoire des REMÈDES
ment guéri de sa ladrerie, sa peau demeura tendre, molle et semblable à la chair des écrevisses et des langoustes quand elles muent.
Galien recommande encore la chair de vipère, à la sauce blanche, contre l'éléphantiasis. Il raconte même qu'en serrant le cou à une vipère avec quelques brins de fil de manière h. l'étrangler, ces brins sont un admirable moyen pour guérir les tumeurs du cou par leur seul contact. Il ajoute que la pivoine guérit merveilleusement répilepsie si on la pend au cou des malades.
Sur ses vieux jours, il contracta l'habitude de manger tous les soirs de la laitue dans le but de se procurer un repos salutaire.
Après l'époque de Galien, la médecine tomba dans un état de décadence dont elle ne se releva qu'après de longs siècles. La cause de cette dégradation fut incontestablement due à l'introduction par les juifs de la magie, de l'astrologie et de toutes les absurdités de la théosophie orientale dans l'enseignement et dans la pratique de la médecine.
Le moyen âge. — La thérapeutique chez les Arabes. — Décadence de la médecine en Occident. — Epoque de Charlemagne. — Pratiques superstitieuses.
Au moment où la civilisation Romaine expire, lorsque l'Europe occidentale est envahie par les Barbares, les lettres et les sciences vont chercher un dernier refuge à Alexandrie devenue si célèbre par son école de médecine.
Voici la fin du cinquième siècle, nous entrons dans le moyen âge.
Quelques noms illustres : Orihase, Aétius d'Amide, Philothée, Alexandre de Traites, Paul d'Egine, apparaissent encore, mais la ville d'Alexandrie tombe à son tour. Saccagée par les Sarrasins en 640, sa riche bibliothèque devient la proie des flammes. Quelques livres de médecine pourtant sont épargnés et tombent ainsi en la possession des Arabes. Ces Barbares s'empressent de se parer des travaux des Grecs qu'ils traduisent à leur façon y mêlant les traits grossiers de leur vanité et de leur superstition.
Quoi qu'il en soit, la thérapeutique leur est redevable de quelques progrès. Ce fut Avicenne, un de leurs médecins les plus célèbres qui commença à introduire la chimie dans les médicaments. Nous leur devons aussi la connaissance de nouveaux purgatifs tirés des plantes, comme la manne, le séné, la rhubarbe, les tamarins, la casse. Ils rendirent l'usage plus commun du sucre et par suite d'une foule de compositions inconnues avant eux, tels que les sirops, les juleps, les conserves, etc. Ils introduisirent également dans la médecine, les aromates, les pierres précieuses et les feuilles d'or et d'argent. En un mot, ils servirent comme de trait d'union entre la médecine ancienne et la médecine nouvelle.
Tandis que l'enseignement médical florissait dans tous les pays occupés par les Arabes, en Asie et surtout en Espagne, à Cordoue (1), Grenade, Tolède, Séville, Valence, Malaga, le flambeau de cette science s'était éteint dans les états chrétiens de l'Occident.
Les choses en étaient revenues à la situation des
(1) I.a bibliothèque de Cordoue renfermait 60,000 manuscrits.
DE l'histoire des REMÈDES
premiers càges de la civilisation, où la médecine, comme nous l'avons vu, était le patrimoine des prêtres du paganisme. L'art de guérir était confiné dans les cloîtres et les moines, tout en copiant les belles productions des grands génies de Rome et d'Athènes, s'exerçaient encore à l'administration des remèdes Mais leurs connaissances insuffisantes en matière médicale, loin de les faire considérer comme de véritables médecins, ne permettent de voir en eux que de simples garde malades.
Plus tard, lorsque Charlemagne ouvrit des écoles et fonda des institutions médicales, les moines et les ecclésiastiques, qui seuls savaient lire à cette époque, prirent à cœur de bien étudier les anciens auteurs, afin de pouvoir les enseigner avec succès et autorité .
Malheureusement, la protection que le grand Empereur accorda aux lettres et à la médecine ne fut pas de longue durée ; elles succombèrent pendant les guerres civiles qui déchirèrent la France dans les époques postérieures. Le goût de l'étude s'éteignit, et les sciences furent abandonnées pendant un certain temps par le clergé lui-même, qui jusque là en avait été le fidèle dépositaire.
Entre les mains principalement des Juifs et des sorciers, la médecine retombe plus profondément dans la routine aveugle et grossière. La crédulité du peuple donne libre cours à toutes les idées les plus superstitieuses et les plus grotesques, à tout ce qui se rapproche du merveilleux capable de frapper les imaginations.
Toutes les rêveries de la théosophie, l'astrologie, la chiromancie, la sorcellerie, la magie, les signes cabalistiques, les enchantements, les grimoires, les conjurations, les sortilèges, les visions, les philtres, les
brevets, les arcans, les talismans, les anneaux magiques, les nombres, les amulettes, les terreurs morales, les maléfices, voilà ce qui guérit les foules.
Nous pouvons cit^r quelques exemples de ces étranges superstitions, que d'ailleurs on retrouverait encore aujourd'hui dans les mœurs de cerlaines campagnes :
1° Contre la fièvre :
Ne manger ni chair ni œufs à Pâques et aux fêtes solennelles.
Porter en amulette un os de mort.
Enfermer dans un sachet une grenouille verte et l'attacher au cou du malade.
S'entortiller le bras ou le cou avec les ourlets d'un linceul.
Boire trois fois de l'eau puisée à trois puits différents et mêlée dans un pot neuf.
Passer entre la croix et la bannière de la paroisse pendant une procession.
2° Contre le rhumatisme :
Faire frapper trois coups d'un marteau de moulin par le meunier ou lameunière, en disant : in nominepatris
3° Contre l'épilepsie :
Attacher un clou de crucifix au bras de l'épileptique.
Lui faire porter un anneau d'argent ou une médaille, avec les noms des trois rois : Gaspar, Melchiorj Balthazar.
4° Contre les verrues :
Les frotter avec de la bourre ou avec du genêt.
DE l'histoire des REMÈDES 45
Envelopper des pois chiclies ou des cailloux dans un linge et les jeter derrière soi dans un chemin.
5° Contre le mal de dents :
Les toucher avec une dent de mort.
Planter un clou dans une muraille.
Demander trois aumônes en l'iionneur de St-Laurent.
6° Contre l'hémorrhagie :
Saigner du nez sur des fétus de paille en croix. Mettre dans le dos une clef forée.
7° Contre les douleurs de la parturition :
Lier avec la ceinture de l'accouchée, la cloche de l'église en la faisant sonner trois fois.
8° Contre la pleurésie :
Courir çà et là dans une église.
9° Contre le mal de gorge :
Attacher une branche de prunier dans la cheminée. AppHquer un soc de charrue au creux de l'estomac.
10° Contre la gale :
Se rouler tout nu dans un champ d'avoine.
11° Contre la toux :
Cracher dans la gueule d'une grenouille vivante.
12° Contre les engelures :
Plonger ses mains dans le fumier, le premier jour de mai.
13° Contre les maux d'oreille : Les toucher avec une main de squelette.
14° Contre le mal de tète :
Se lier les tempes avec une corde de pendu.
15° Contre la jaunisse :
Regarder un loriot, aussitôt la maladie disparaîtra et l'oiseau effrayé d'un tel regard s'envolera incontinent dans la crainte d'être également saisi de la jaunisse !
16° Contre les luxations :
Appliquer sur le membre luxé de l'herbe fraîchement uiouillée par un chien 1
17° Contre les écrouelles :
Suspendre au cou des racines d'oseille.
18° Contre la sciatique :
Prononcer trois fois les mots suivants : sista, pista, ris ta, xista.
19° Contre l'excès de maigreur :
Nourrir une poule avec de vieilles grenouilles bien grasses, coupées en morceaux et bouillies avec du froment et manger la poule ; mais faire bien attention de ne manger que le membre correspondant à celui que l'on veut engraisser, autrement tout le corps prendrait des dimensions effrayantes.
20° Contre la morsure de la tarentule :
Placer dans un lieu public le malade sur un lit suspendu ; chaque passant fait mouvoir le lit et au centième coup le malade est guéri.
(1 à 14) Curiosités de l'histoire des croyances populaires au moyen âge.
(lo à 18) Œuvres pharmaceutiques, Jean de fleno«. 1626. (19 et 20) Les commentaires de maître Bernard, provincial de l'école de Salerne, D' Georges Bécavin,\es médecins Salernitains.
Bref, il existait une foule de remèdes analogues que certainement le pouvoir de l'imagination pouvait rendre efficaces en certaines circonstances.
L'Ecole de Salerne. — La thérapeutique du X" au XIII« siècle.
A partir du X*' siècle, la renommée qui publiait la gloire des institutions arabes et celle de l'Ecole de Salerne (1), à laquelle depuis longtemps était réunie celle du Mônt-Cassin (2), excita l'Emulation dans toute
(1) Salerne est une ville d'Italie située dans l'ancien royaume de Naples ; son école de médecine, fondée en 802 par Charlemagne, la rendit célèbre. C'était là que se rendaient de préférence les croisés pour y faire soigner leurs blessures L'école de Salerne est encore connue de nos jours grâce à la publication d'un code de santé intitulé l'Ecole de Salerne, et qui n'est qu'un mélange de quelques bons préceptes noyés dans une foule de fausses maximes Cet ouvrage fut écrit cîi vers latins, vers l'an 1100, par Jean de Milan et dédié à Robert, Duc de Normandie, fils de Guî'iiawme ie Congw^ran/. M. Ch. Meaux St-Marc en a donné une traduction en vers français (1861), en voici un passage :
Si tu veux de tes ans prolonger la durée^ Soupe peu ; du vin pur ménage la versée ; Marche après ton repas, ne dors point dans le jour ; De l'urine et des vents crains en toi le séjour ; Chasse loin les soucis ; évite la colère : C'est ce qu'écrit Salerne au bon roi d'Angleterre.
Pour guérir les verrues :
D'urine âcre de chien humecte la verrue. Bientôt s'effacera l'excroissance charnue ; Résistante, elle veut d'un rat le sang tout chaud ; Elle aime aussi le vin, la fiente de chevreau : Frotte-la donc longtemps de cet heureux mélange.
(2) Le Mont-Cassin est également situé dans l'ancien royaume de Naples. 11 devint célèbre par suite de la fondation, en cet endroit, d'une abbaye de l'ordre des Bénédictins, vers 529.
Les moines de cette abbaye s'occupaient beaucoup de médecine.
l'Europe et de nouveau y fit naître le goût des sciences. On étudia les ouvrages Arabes, ceux des Grecs et des Romains qui furent choisis pour guides dans l'enseignement. On commença par faire usage des faits recueillis par les auteurs anciens, pour se diriger dans le traitement des maladies.
Au XI** siècle, de nombreuses écoles monastiques furent fondées, et les études reçurent les meilleures directions.
On multiplia les copies des auteurs pour réparer les pertes de précieux manuscrits enlevés ou brûlés dans les pillages et les dévastations des Sarrasins, des Normands, des Hongrois et des Bulgares.
Le XIP siècle présente également des traductions,^ mais il offre de plus un grand nombre d'ouvrages nouveaux sur la thérapeutique qui tous prônaient la poly pharmacie.
La restauration des écoles et l'ardeur avec laquelle' on les suivit, préparèrent le succès du XIII® siècle.
L'état prospère de la France, sous les règnes de Philippe- Auguste et de ^Sam^-Zoaîs favorisa puissamment du reste les progrès de la science en général. Elle sortit alors des monastères. Toutes les grandes villes eurent des écoles publiques oii l'on venait en foule écouter l'enseignement des maîtres. Longtemps cet enseignement ne fut qu'oral ; les manuscrits étaient trop rares pour qu'il en pût être autrement. Bientôt, maîtres et disciples formèrent des associations. On appela ces écoles des Universités, parce qu'on s'y livrait à l'étude de toutes les sciences connues. Celle de Paris fondée sous la protection de Philippe-Auguste, comprit la Faculté de Médecine créée en 1206.
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Dès ce moment l'enseignement médical progressa d'une façon remarquable. Hippocrate et Galien commencèrent à devenir des auteurs classiques.
Le XIIP siècle vit jDOur la première fois en France apparaître une foule d'illustres savants. C'est ainsi que la médecine cite avec honneur le nom de Bacon, qui écrivit des traités médicaux, et donna notamment des recettes pour retarder les accidents de la vieillesse. A cet effet, on s'étonne d'entendre le père de la science expérimentale et l'adversaire de la méthode spéculative, préconiser principalement la vertu de l'os que l'on trouve dans le cœur du cerf, parce que provenant d'un animal doué d'une longue vie, il devait naturellement, à son avis, jouir de la propriété de prolonger l'existence. Elle cite encore : Arnaud de Villeneuve, à qui nous devons la découverte de l'esprit de vin et de l'essence de térébenthine ; Gilles de Corbeil ; Jean de St-Amand, etc.
Malgré tout, la thérapeutique ne faisait que peu de progrès. Les sciences accessoires, surtout l'anatomie et la physiologie, qui auraient pu tant aider à son développement, demeuraient dans l'impuissance ; et les traductions imparfaites des Arabes que l'on étudiait sans le contrôle rigoureux de la raison et de l'expérience, ne pouvaient apporter que de fâcheux retards à son avancement.
Il nous sera permis d'avoir une idée exacte de l'état de cette science en passant ici en revue les curieuses recettes du XIIP siècle, dont nous avons parlé dans notre introduction (1).
(1) Le manuscrit, d'où ces recettes ont été tirées, provient du chapitre métropolitain de Cambrai, il est inscrit à la Bibliothèque Communale de cette ville, sous le n" 351. Ci-joint un spécimen.
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DE l'histoire des REMÈDES
Recettes employées au XIIP siècle dans le Cambrésis.
1. — A tous cens ki ont mengison et ki ont blechié le car et gratison en le teste, prendés le semenche d'ortie ; si le triblés en vin. Le cief en faites bien froter avœc le sablon, et puis prendés jus de cresson aoœc craisse d'aue u de chapon, et en faites ongement et si en ongniés souvent le cief.
Pour tous ceux qui ont des démangeaisons et qui ont blessé leur peau (chair) en se grattant la tôte, prenez de la semence d'ortie que vous pilez dans du vin. Faites frotter la tête avec le dépôt, puis prenez du jus de cresson avec de la graisse d'oie ou de chapon, et formezen un onguent avec lequel vous ferez de fréquentes onctions sur la tête.
[Nous avons retrouvé les mêmes indications dans Dioscobide).
2. — A cele gent ki sont tigneus, raés tout hors, et si prendés fiel de tor, et aisil ensanhle destenprét ; et si l'en ongniés, il garira.
Pour tous ceux qui sont atteints de la teigne, il faut couper les cheveux ras ; prenez du fiel de bœuf bien détrempé dans du vinaigre, et frottez-en la tête ; ils guériront.
3. — A ceus ki sont placeus, -prendés mouskes, et si les metés en .i. nuef pot et les ardés , et si metés avœc jus de cierfueil, et nois petites de bas arses en poure, et miel et oile tout ensamble, si l'en ongniés et li paus i reveura certainement.
Pour ceux qui sont chauves, prenez des mouches que vous mettez dans un pot neuf pour les brûler ;
mélangez avec du jus de cerfeuil, et des noisettes de bois réduites en poudre, ainsi que du miel et de l'huile, le tout ensemble ; si vous les en frottez, les cheveux repousseront certainement.
(DiOSCORIDE, GaLIEN).
4. — A faire crespe cavalure, prendrés fuelles de fau, cuisiés les bien et longuement ; le cief en lavés mult souvent. Après ferés cet ongement : jus d'amer fuel en oile frit, si vous en ongniés.
Pour avoir une épaisse chevelure, prenez des feuilles de hêtre ; cuisez-les bien et longtemps, et lavez-en très souvent la tête. Après, vous ferez cet onguent : jus de mille feuilles frit dans l'huile, et vous vous en ferez des frictions.
(Galien, Lusitanus).
5. — A ieus ki larmient, prendés rue et le fiel d'une cièvre et miel, et soit bien irieblé et batue à une penne. Quant vous irés coucher, le metés en vos iex, si garrés.
Contre le larmoiement des yeux, prenez de la rue, et le fiel d'une chèvre, ainsi que du miel ; que ce soit bien mélangé et battu avec une plume. Quand vous irez vous coucher, vous mettrez le mélange dans vos yeux, -et ils guériront.
(DiosconiDE, RuFus d'Ephèse, âétids).
6. — Pour la chachie, ostre : prendés fenoul et arrement et kievrefuel et miel et vin. Triublés tout çou en .i. bachin, puis le coulés parmi .i. drap ; es iex le metés.
Le celidoine me prendrés, à lait de femme le mellés ; ce garist les iex cachieus.
Pour la chassie, voici un autre remède : prenez du fenouil, de l'armarinte, du chèvrefeuille, du miel et du
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vin. Pilez le tout dans un bassin, puis passez à travers un drap, et appliquez sur les yeux.
Prenez également la chélidoine que vous mêlez avec du lait de femme ; ce remède guérit les yeux chassieux.
(DioscoRiDE, Galien^ Pline, Lusitanus, Avicenne).
7. — A tenres eus et a calour, le plantain o aisil triblés. Le jus après fors pressés, et si metés l'aubun d'uef. Le lin metés dedens che jus. Quand il ira couder, vous en plasterés vos iex de çou, et che vaut.
Contre la faiblesse, et la chaleur des yeux, pilez du plantain dans du vinaigre. Pressez bien le jus, et ajoutez-y un blanc d'œuf. Mettez-y -tremper un linge. Au moment d'aller vous coucher, vous en couvrirez vos yeux ; c'est très-bon.
(Tbémison, Dioscoride).
8. — ^ cheu,s ki ont tourble veue, prendés fenoul etprendés rue et le fiel de la pietris, et si metés miel. Et si le dégoûtés à une penne en vos iex au couchier.
Pour ceux qui ont la vue trouble, prenez du fenouil, de la rue, le fiel de la piètre, et mélangez à du miel. Laissez-en goutter dans vos yeux avec une plume, au moment d'aller vous coucher.
(Dioscoride, Rdfcs d'Ephèse, Aétids).
9. — Encore pour tel cose, prendés le jus de la vervainne et le mellés à lait de feme et si le dégoûtés en vos iex.
Encore pour le même mal, prenez du jus de verveine, et mêlez-le à du lait de femme ; vous en laisserez goutter dans vos yeux.
10. — Se vous i aoés le mengue, si prendés rue et calidone et le jus metés en vos iex.
Si vous éprouvez de la gêne (démangeaison), prenez de la rue et de la chélidoine et vous en mettez le jus dans les yeux.
(DlOSCOnlDE, LUSITANUS).
11. — Contre les seûrons de sorchius, .i. œf dur cuit face peler tout caut et à .i. coutiel coper par quartiers et si ait .i. drap linge biel et blanc et le doit mètre sur ses iex et puis le quartier del œf si caut /{'il porra, et si le tiegne sous les iex. Adont isteront li seûron et pis si escoués le drap es carbonsj si orés les seûrons coistre.
Contre les cirons des sourcils, prenez un œuf cuit dur, écaillez le pendant qu'il est chaud et coupez-le par quartiers avec un couteau. Prenez un morceau de linge bien blanc, que vous mettrez sur les yeux, et au-dessus, le quartier d'œuf aussi chaud qu'on pourra le supporter. Alors les cirons sortiront ; puis, si vous secouez le linge sur des charbonS;, vous entendrez les cirons craquer.
12. — Vermine i a d'autres maniérées : es sorcius sunt et es paupières. Le cief lor enfle et mengue. Prendés saulge et airement, et bon aisil ; s'en faites .j . enplastre et meiés sus le mal, si garira.
Il y a d'autres espèces de vermine : ce sont celles qui se tiennent sur les sourcils et sur les paupières. Dans ce cas, la tête est enflée, et l'on éprouve des démangeaisons. Prenez de la sauge, de l'armarinte et du bon vinaigre, et formez-en un emplâtre que vous posez sur le mal ; il guérira.
13. — Encore vesci autre mechine contre cachie et autre dolour : l'aluisne un petit bâtés et le metés sour le paupière j et se le tenés longement k'il escaufe. Dormés vous après, si serés waris ains l'endemain.
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Voici encore une autre médecine contre la chassie et autres affections des yeux : écrasez légèrement de l'absinthe, et appliquez-la sur les yeux ; vous la tiendrez jusqu'à ce qu'elle devienne chaude. Endormez-vous après, et vous serez guéri avant le lendemain.
14. Vesci un autre contre çou encore : prendés fréses quant elles sont, et miel caut bien escumét ; si les mellés emsanble et coulés le toutes, et si en metés en vos iex, si les arés et biaux et nés.
Voici encore une autre formule contre le même mal : prenez des fraises lorsqu'elles sont mûres, ainsi que du miel chaud bien écumé ; faites un mélange que vous passez ensuite. Si vous le mettez sur vos yeux, ils deviendront beaux et clairs.
15. Contre le mail del œl, fâche batre gingembre et cire, purer avœc sanc d'anguille u de fiel ; si soit bien mellet tout ivel u avœc le fiel de la pietris ; si garira .
Contre les paupières qui collent, faites un mélange de gingembre et de cire, passez avec du sang ou du fiel d'anguille ; que ce soit bien mêlé tout ensemble, ou avec le fiel de la piètre ; cela guérira.
16. — A pointures des es, prendés failles de move et si les triblés ; sour la pointure, la serrés, et serés garis tantost.
Contre les piqiires d'abeilles, prenez des feuilles de mauve que vous écrasez ; appliquez-les bien à l'endroit de la piqiire, et vous serez promptement guéri.
(Dioscoride) .