‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 118 sur 144 · La Lutte pour l’'Existence. 1882, Reinwald · texte numérisé non relu

La Lutte pour l’'Existence. 1882, Reinwald

tige de Maïs porte 2,000 graines, un pied de Soleil 4,000, un Pavot 32,000, un pied de Tabac 40,000, un Platane 100,000, un Orme 300,000.

De même, chez les animaux inférieurs, la fécondité n'a pas de limites. En 42 jours, une seule Paramécie ‘ fournit une descendance de 1,384,416 individus nouveaux. Cet animalcule unique, mesurant 2/10 de millimètre, s’est accru de 277 mètres. Une portée ordinaire de Papillon est de 400 œufs ; la femelle du Termite pond 60 œufs par minute, une mouche peut produire 746,496 mouches semblables à elle. La postérité d’un Puceron femelle s'élève à 44 464 010 millions à la huitième génération.

Chez les vertébrés inférieurs, la fécondité est aussi très considérable. Une Morue porte 9,000 œufs, un Hareng, 12,000, une Carpe de quarante centimètres de longueur, 202,224, une Perche, 380,000, une femelle d'Esturgeon, 7,653,200.

| G. DELAUNAY *

Un menu de dîner pendant le siège de Paris.

Durant le siège de Paris, en 1870, beaucoup d'animaux, qu'on n'a point coutume de manger, furent utilisés au point de vue alimentaire, et beaucoup de personnes constatèrent qu’en réalité on a tort de ne pas se servir habituellement de certains d'entre eux. Les lignes qui suivent ont trait à un repas, fait le 17 novembre 1870, où figurèrent nombre de mets nouveaux : elles sont tirées d'un rapport que M. Geoffroy Saint-Hilaire fit à ce sujet aux membres de la Société d'Acclimatation.

1. Espèce de Protozaires (Infusoires) fréquente dans les mares, dans les infusions de végétaux, etc.

2. Etudes de Biologie Comparée, 2° partie, p. 112. 1879, Lecrosnier et Babé.

Nous étions dix : MM. de Quatrefages et Richard (du Cantal), nos vice-présidents, M. Desmarets, l'illustre avocat, aujourd’hui maire du ITT° arrondissement de Paris; M. Decroix, l’imperturbable propagateur de l’usage alimentaire de la viande de cheval; M. Graux (de Mauchamp), le fils du créateur de la race ovine à laine soyeuse ; MM. Dégient, Giraudeau, P. de Grandmont, notre amphitryon et moi. Le menu était Le suivant :

Potage.

10 Consommé de cheval au millet.

Relevés.

2° Brochettes de foie de chiens à la maître d'hôtel. 3° Emincé de râble de chat, sauce mayonnaise.

Entrées.

40 Épaules et filets de chien braisés, sauce tomate. 50 Civet de chat aux champignons.

6° Côtelettes de chien aux petits pois.

Te Salmis de rats sauce Robert,

Rôt.

8° Gigots de chiens flanqués de ratons sauce poivrade. Légumes.

9 Bégonias au jus.

Entremets.

10° Plum-pudding au rhum et à la moelle de cheval.

1° Le potage était parfait, le millet peut-être un peu dur, mais d’une agréable saveur.

2° Les brochettes de foie de chien, plat pour lequel, nous l’avons avoué après, la plupart d’entre nous n'étaient pas sans répugnance, ont été trouvées

exquises. La saveur du foie nous a rappelé celle des rognons de mouton ; les morceaux étaient tendres et tout à fait agréables.

3° L'émincé de râble de chat a été très goûté. Cette viande blanche est d’un aspect agréable; les morceaux étaient tendres, et leur goût pouvait rappeler un peu celui du veau froid.

4° Les épaules et filets de chien étaient tendres; leur saveur a été comparée, par plusieurs convives, à celle de la viande d’isard ou de chamois.

5° Le civet de chat était de tous points excellent, quoiqu'un peu dur; mais je crois que si nous n'avions pas eu d’autres devoirs à faire remplir à notre estomac, nous serions tous revenus à ce mets parfait.

6° Les côtelettes de chien avaient été un peu trop marinées; le goût de vinaigre était trop sensible. La chair n’était pas mauvaise, mais un peu filandreuse.

1° Le salmis de rats nous a semblé très bon. La plupart d’entre nous ont trouvé que cette viande avait le goût de la chair d'oiseau.

8° Les gigots de chien étaient bons, surtout les parties saignantes; les parties trop cuites avaient perdu de leur saveur et étaient filandreuses. Bonne viande en somme, mieux que mangeable.

Quant aux ratons grillés qui flanquaient les gigots, ils ont paru fades, leur chair a été trouvée molle et filandreuse.

9° Les bégonias au jus ont la plus grande analogie avec l’oseille. Ce nouveau légume est peut-être plus acide encore que l’oseille. S'il était abondant, il serait à recommander, en ce moment plus que jamais, pour lutter contre les effets de la nourriture à la viande salée.

10° Le plum-pudding à la moelle de cheval était exquis.

L'expérience faite hier demande à être poursuivie, et vous devez vous y associer tous, Car si nous avons été satisfaits de la plupart des mets que nous avons dégustés, on ne saurait asseoir Son Opinion sur un seul essaï.

Ainsi, pour le chat, quel âge avait celui que nous avons mangé, à quelle race appartenait-11? M. Decroix pense qu'il était âgé, je suis de cet avis; nous savons de plus que c'était un demi-angora à yeux ordinaires. L’angora blanc à yeux bleus, celui à yeux rouges (aibinos), le chat espagnol, le chat rouge, le chat gris seront-ils, à égalité d'âge, de même qualité? Je ne le crois pas. Les blancs seront toujours trop délicats. Je ne soulève pas ici la question de régime le chat d'appartement, nourri de pâtées, sera sans aucun doute plus fin que le chat qui se nourrit de proie.

Pour le chien, je ferai les mêmes observations. Celui que nous avons dégusté était un lévrier; nous allons en manger d’autres, la question en vaut la peine. Faites comme nous, et apportez ici le résultat de vos expériences.

Quant aux rats, messieurs, je suis revenu du diner d'hier satisfait, mais mes préventions contre ce terrible rongeur subsistaient; elles ont été détruites ce matin. J'ai dégusté à mon déjeuner des rats en gibelotte, et je ne conçois pas que j'aie pu rester si longtemps sans user d'un aliment aussi exquis. Nous avions trouvé hier aux rats en salmis le goût d’oiseau; aujourd'hui, en gibelotte, j'ai cru manger d’'excellent lapin. Les muscles des membres antérieurs sont plus fins que ceux des membres postérieurs; mais ces derniers sont volumineux et charnus, bien plus qu’on ne saurait se le figurer. Le poids d’un rat dépouillé, vidé, tête coupée, est de 130 grammes

L'HOMME ET L'ANIMAL EN GÉNÉRAL Sd

environ, et celui du foie, qui est beau et gros, atteint 16 grammes.

Ces chiffres vous montrent qu'il faut peu de rats pour faire un véritable plat. Nous faisons faire actuellement des terrines de rats et des pâtés de foies de rat, ce sera une véritable ressource pour les jours à venir du siège, car il suffit d’avoir mangé une fois ce nouveau gibier pour en vouloir goûter encore. Qu'on se le dise.

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