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Espèce de Mollusque marin

LES ANIMAUX INFÉRIEURS (On

ture dans un vaste aquarium, et j'eus la satisfaction de voir, pour la première fois, Le crustacé et l'Adamsie s'acclimater tous deux dans l'aquarium.

Tout alla bien pendant un temps, mais à la fin, le Bernard, gagnant en dimensions, dut changer de coquille, en abandonnant son amie. Toutefois, une heure plus tard, l'observateur revenant voir comment allaient les animaux, remarqua avec surprise que l’Adamsie se trouvait maintenant sur la nouvelle coquille à l’intérieur de laquelle le Pagure paraissait fort satisfait. Comment y était-elle venue? Le problème fut bientôt résolu...

En soulevant avec précaution la coquille à l'aide de la pince à aquarium jusqu’au niveau de l’eau, je fis lâcher prise à l'Adamsie qui retomba au fond. Je replacai ensuite la coquille avec son habitant auprès de l’anémone. A peine le crustacé eut-il touché l’Adamsie qu'il la saisit d’abord avec une de ses pinces, puis avec les deux, et je compris immédiatement le but qu'il se proposait. Avec beaucoup d'adresse il se mit en devoir de reporter l’anémone sur la coquille. Il la trouva gisant, renversée : son premier soin fut de la retourner entièrement. En la saisissant avec ses deux pinces à tour de rôle, et en la pinçant assez fortement dans les chairs, il la souleva de façon à appliquer son pied contre la portion convenable de la coquille, c’est-à-dire contre La lèvre interne. Il demeura alors absolument immobile pendant une dizaine de minutes en la pressant avec force. Ensuite il retira avec précaution l’une de ses pinces, puis l’autre, et tandis qu'il se mettait en mouvement j'eus la satisfaction de voir que l’Adamsie adhérait à sa véritable place, et plus fort qu’auparavant.

Gosse.

La vie des vers de terre.

Ce sont des animaux qui habitent la terre humide, craignant en général un séjour prolongé dans l’eau aussi bien que les terres sèches et sableuses. Ils apprécient au contraire les terres labourées, ce qui explique leur abondance dans les jardins cultivés.

Ainsi que chacun l’a pu constater, les vers vivent dans des galeries souterraines à l’orifice desquelles ils accumulent leurs déjections sous forme de petits tas de terre contournés. C'est principalement de nuit qu'on les voit en sortir pour errer de-ci de-là, ou bien ils laissent leur queue dans le trou, et n'exposent au dehors que la partie antérieure et moyenne de leur corps. Ils circulent peu de jour, à moins qu'on ne les chasse de leurs galeries au moyen d’un liquide quelconque susceptible de les impressionner désagréablement (eau acidulée, eau de savon); on peut encore les faire sortir, en enfoncant un bâton dans la terre et en agitant celui-ci pendant quelques minutes, de manière à thranler le sol; on voit alors sortir tous les vers, les plus gros en tête.

Les vers ne s’astreignent pas à habiter toujours la même galerie; ils changent souvent, soit qu'ils s’approprient une galerie abandonnée, soit qu'ils s’en creusent une nouvelle.

Au point de vue de l'alimentation ils sont peu difficiles, bien qu'ils aient des préférences marquées pour certains aliments. Ils avalent beaucoup de terre dont ils extrayent les matières digestibles, et mangent des feuilles, vertes ou demi-gâtées; ils consomment même leurs pareils quand ils en trouvent les cadavres. Ils apprécient beaucoup la viande et la graisse crues. Mais, chose singulière, leur nourriture

est soumise à l’action de leur sue digestif avant d'arriver dans l'organisme. Ils traînent dans leurs galeries les feuilles dont ils veulent se nourrir, et les humectent d'un liquide sécrété par leur bouche. Ce liquide agit comme le suc pancréatique ! de Phomme et des animaux supérieurs : il en résulte que les feuilles ensuite avalées sont dans les meilleures conditions pour céder leurs principes nutritifs. À proprement parler, une moitié de la digestion s'exerce en dehors de l'animal : l'absorption seule se fait dans le tube digestif.

Un instinct très puissant pousse les vers à porter des feuilles dans leurs galeries pour s'en nourrir, mais ils utilisent encore celles-ci d’une autre façon. Les portions les plus dures sont, de même que beaucoup d'objets de toute sorte, accumulés par eux à l’orifice des galeries pour fermer et dissimuler cellesci. On trouve souvent à l’intérieur des galeries d'importantes quantités de feuilles, mises en réserve pour les besoins de l’animal, et servant encore à tapisser la paroi de sa demeure.

Quant à la manière dont ils creusent leurs galeries, voici comment ces animaux s'y prennent. Ils choisissent une petite crevasse ou dépression dans le sol, dans laquelle ils enfoncent autant que possible leur extrémité antérieure, puis ils renflent celle-ci de facon à écarter les parcelles de terre; ils avancent ainsi peu à peu, se servant de leur tête comme d'un coin. D’autres fois, ils y joignent l'opération suivante : ils avalent la terre qui se trouve devant leur bouche et la rejettent par l'extrémité opposée : de là, les déjections terreuses ou sableuses qu’on voit si souvent

1. Suc produit par le pancréas, une glande annexée à l'intestin, et qu sert à digérer, c’est-à-dire à rendre absorbables et assimilables par l'organisme, d'autres aliments.

à l’orifice des galeries et qui contribuent à les faire reconnaitre. La rapidité avec laquelle un ver peut s’enfouir sous terre, varie de quelques minutes à plusieurs heures. Malgré l'opinion émise par certains auteurs, que le plus souvent le ver n’avale de terre que pour creuser sa galerie, Darwin pense que ce but n’est pas le seul que se propose celui-ci. Il pense que le ver se nourrit beaucoup au moyen des matières alimentaires renfermées dans la terre, et il s'appuie, pour l’aflirmer, sur ce que les vers peuvent y trouver de quoi se nourrir abondamment, et sur ce que, même la galerie une fois creusée et devenue suffisante pour les besoins de l'habitant, ce dernier continue à absorber de la terre, comme le prouve la quantité de ses déjections, accumulées à l'orifice de la galerie. En outre, les déjections terreuses sont d'autant plus nombreuses que les feuilles sont plus rares dans les galeries. Dans les caves, par exemple, où les feuilles ne pénètrent pas, on observe beaucoup de ces déjections : elles peuvent devenir très considérables. Darwin en figure une qui a dix centimètres de hauteur sur quatre centimètres de diamètre. Les déjections se trouvent accumulées autour d’une cheminée centrale par où le ver expulse à mesure les résidus de la digestion. Si donc il est certain que les vers avalent de la terre pour s’en débarrasser et pour ouvrir leur galerie, il est également avéré que cette terre sert encore à apaiser leur faim.

La profondeur des galeries est plus grande en hiver et dans les climats froids : le ver cherche à fuir la selée; dans ces cas, elles peuvent avoir plus de deux métres de profondeur. Leur direction est oblique, quelquefois perpendiculaire à la surface du sol. Rarement, elles sont ramifiées : leur paroi est lisse, tapissée par une terre fine, rejetée par les vers; ce

sont de petits tunnels revêtus d’une sorte de ciment lisse et doux. Souvent ces galeries se terminent par une petite chambre où un ou plusieurs vers passent l'hiver enroulés en pelote : on y trouve généralement de petites pierres, des graines, etc., apportées par les vers, ayant peut-être pour but d'empêcher le contact direct du corps avec les parois de la chambre, et de permettre, par conséquent, le libre exercice de la respiration qui s'effectue par toute la peau.

HENRY DE VARIGNY

Le labourage par.les vers de terre.

Nous savons que les vers ramènent à la surface du sol de la terre avalée par eux pour se nourrir ou pour creuser leurs galeries. Ces déjections, pour peu qu'elles soient nombreuses, recouvrent donc le sol d'une couche de terre fine, ramenée des profondeurs sous-jacentes. Bien que ce résultat paraisse insignifiant, il n’en a pas moins son importance dans les contrées où les vers sont abondants, et où leur action s'exerce depuis longtemps. Il y a deux méthodes pour évaluer la quantité de terre ainsi ramenée; on peut l’estimer par la rapidité avec laquelle les objets laissés à la surface sont enfouis, ou par le pesage de la quantité de terre ramenée à la surface en un temps donné.

Darwin donne de nombreux exemples de l’une et l’autre de ces méthodes et des résultats obtenus.

En 1827 une couche épaisse de chaux vive avait été répandue sur un champ. Peu d'années après, on ne voyait plus trace de Ia chaux; elle était cachée par

du gazon et une couche de terre végétale. Cette der-

nière avait une épaisseur de deux pouces et demi en

1837; elle différait entièrement de la couche sousjacente à la chaux par sa finesse et sa couleur claire. D'autres champs montrèrent une progression plus rapide dans le recouvrement du sol, d’autres une progression moindre; mais tous les champs, offrant, comme le premier, des points de repère certains, montrèrent que le sol est peu à peu recouvert par les déjections des vers qui forment une couche de terre végétale fine et très propre à la culture. Ainsi un champ qui était en 1841 recouvert d’une quantité de cailloux siliceux !, rendant la végétation extrêmement chétive, se trouva en 1871 recouvert d’une épaisseur de terre végétale rapportée par les vers telle qu’un cheval pouvait galoper dans tout le champ sans qu’on entendit une seule fois le bruit de ses fers sur les pierres. D'ailleurs tout fermier a remarqué que les objets abandonnés à la surface des champs se trouvent peu à peu enfouis sous terre, quel que soit leur poids spécifique, soit-1il faible, soit-il lourd.

Combien peut-il y avoir de vers dans un espace donné de terrain? Hensen évalue le nombre des vers vivant dans un hectare de jardin à 133,000. Darwin pense que le nombre de ceux que l’on rencontre dans un hectare de champ est environ la moitié de ce chiffre. |

Il y à donc une grande quantité de vers inaperçus ; mais on peut la rendre évidente en obligeant ceux-ci à quitter leurs galeries.

Quelques barriques de mauvais vinaigre furent, un certain jour, au dire de Darwin, renversées dans un champ; le lendemain, on trouva, à la surface, des tas

1. La Silice est un corps chimique qui forme beaucoup de pierres : elle constitue la pierre à fusil, le grès, le quartz, ou cristal de roche, l'agate, le sable enfin qui, fondu au feu rouge, produit le verre. Le verre est done principalement composé de silice.

prodigieux de vers chassés par le liquide et tués par lui.

Le nombre des vers est considérable; il y a done quelque chance pour que leur action soit importante.

On estime en elfet que les vers raménent plusieurs milliers de kilogrammes de terre par an et par hectare, à la surface du sol,

Si l’on suppose leurs déjections étendues uniformément sur le sol — c’est à quoi travaillent le vent et la pluie, — Darwin estime l'épaisseur de la couche de terre ainsi rapportée en dix ans à trois ou quatre centimètres, d'après ses propres calculs et expériences. Ces chiffres se rapprochent très sensiblement de ceux que fournit l'examen des points de repère dans les champs déjà cités.

Les archéologues doivent beaucoup aux vers. En effet, si l'on se rappelle fes faits mis en lumière plus haut, savoir l’enfouissement graduel des objets abandonnés à la surface du sol, on comprendra aisément que les monnaies, les armes abandonnées sur le champ de bataille, les outils, etc., sont peu à peu recouverts d’une couche de terre qui les protège tant qu'on ne laboure pas, mais les abandonnera à quiconque viendra fouiller. On a ainsi découvert sur un ancien champ de bataille (combat de Shrewsbury, en 1403) un nombre considérable de pointes de flèches enterrées par les vers et déterrées par la charrue.

Ailleurs on a trouvé mieux encore : les vers avaient enterré des pavages de villas romaines, avec de nombreuses poteries, monnaies, et armes latines antérieures à l'ère chrétienne : l'épaisseur de terre accumulée sur le dallage atteignait jusqu’à 57 centimètres. Les vers étaient très abondants; cinq jours après le déblayement du pavage, on vit dans les in-

Lerstices du béton et du pavage quarante orifices de galeries.

r e nd CURIOSITÉS DE L'H'° NATURELLE. J

Le simple fait que les vers se trouvent encore à l’œuvre, et qu'en peu de jours leurs déjeclions peuvent s’accumuler entre les pavés des carrelages en assez grande abondance pour obliger à un entretien constant et minulieux montre assez combien importante a dû être leur intervention dans cet enfouissement graduel des vieux monuments.

Mais, objectera-t-on, si les vers prennent de la terre au-dessous d'un carrelage pour la reporter au dessus, celui-ci devrait s’abaisser peu à peu. Assurément, c’est bien ce qui se passe; c'est bien aussi une preuve de plus à l'appui de la théorie, surtout dans certains cas où les vers sortent à la surface une terre crayeuse ou sablonneuse, entièrement différente de celle sur laquelle repose le monument. Dans ces cas, en effet, on ne peut invoquer un transport des poussières par le vent; il faut que les vers aient élé chercher cette craie ou ce sable et lui aient fait traverser la couche sus-jacente pour l’amener à la surface sous forme de déjeelions.

Darwin évalue, d’après ses propres observations et expériences, le poids de terre rapportée à la surface par acre carré (1/2 hectare environ) et par an, grâce aux vers, à 40,500 kilogrammes environ. En peu d’années, par conséquent, la terre qui forme le sol végétal utile aux plantes, a passé plusieurs fois par leur corps; et a été remucte en tous sens, mêlée de toutes les manières, venant de la profondeur à la surface, d'où elle est peu à peu repoussée de nouveau vers la profondeur, par celle que les vers lui superposent sans cesse

Les vers de terre sont donc de véritables laboureurs, les auxiliaires naturels et peu coûteux de la

charrue.

HENRY DE VARIGNY

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