‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 33 sur 144 · SECTION IT · texte numérisé non relu

SECTION IT

Un insecte assassin.

…. À vrai dire, si l’insecte dont il s’agit n’était qu'assassin, je ne vous en parlerais pas d’une facon spéciale. L’assassinat, il faut bien le reconnaitre, est le procédé grâce auquel vivent une quantité d’animaux, et si, parmi les insectes, il en est beaucoup, comme les chenilles et les papillons, entre autres, qui vivent de feuilles et du suc des fleurs, il en est tout autant qui ne peuvent exister qu’à la condition de tuer des animaux plus faibles dont ils se nourrissent, comme nous nous nourrissons de bœuf, de volaille, et de poissons que nous tuons chaque jour. Certains animaux mangent des feuilles et des plantes; d’autres animaux qui sont carnivores se nourrissent des premiers, et les derniers servent souvent d’aliment à l'homme. Vous le voyez, on se mange beaucoup, réciproquement, sur notre terre: et la vie des uns est faite de la mort des autres.

Si donc je veux parler du Cerceris tuberculé, car tel est le nom de l’assassin dont il s’agit, ce n’est pas simplement parce qu'il lue certains animaux pour s’en nourrir : c’est là un fait vulgaire, commun, qui ne peut nous étonner; mais ce qui est surprenant, c'est la manière dont il s’y prend, c'est son procédé qui est véritablement extraordinaire. Ce procédé a

été découvert par un homme qui est un naturaliste éminent, par M. J.-H. Fabre, d'Avignon.

Mais voyons comment procède maître Cercéris.

qui, soit dit en passant, est un insecte hyménoptère, à ailes transparentes, assez abondant dans le sud de la France. Ce personnage vit dans des terriers qu'il creuse dans le sol vers la fin de septembre. Ce n’est pas tant pour lui-même qu'il les creuse : c’est surtout pour y déposer ses œufs qui, à la belle saison prochaine, deviendront des larves, puis des adultes. Mais ces œufs, il ne les verra pas éclore : il mourra bientôt, et cet assassin se préoccupe de ce que deviendront ses enfants. Comment, petits et faibles, arriveront-ils à se nourrir, comment pourront-ils aller chercher leur proie au dehors où, sans défense, ils seront bien vite gibier au lieu de chasseur? Cette question a sans doule préoccupé notre animal, il l'a résolue au moyen d'un instinct admirable. Ses petits se nourrissent d'animaux, et encore leur faut-il des animaux frais, vivants, et non des cadavres. Il faut donc leur procurer un petit troupeau qu'ils pourront croquer à loisir; il faut leur préparer une bonne provision de viande fraiche dont ils se nourriront en attendant d'avoir acquis une force suffisante pour pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, et pour aller en chasse avec chances de succès. Mais comment préparer ce gibier? Peut-on lPenfermer vivant dans les petites chambres souterraines où sont déposées les larves? Maïs il pourrait peut-être s'échapper; peutêtre encore pourrait-il nuire aux œufs et les dévorer pour son compte; et enfin, il pourrait mourir et ne servir de rien à ces larves qui comme l'Ogre du Petit Poucet n'aiment que la viande fraîche. Évidemment il faut s’y prendre d’une autre façon, et c'est cette facon de faire qui est merveilleuse! Le Cercéris sait

par sa propre expérience quelle est la nourriture qui convient à ses enfants : ce sont aussi des insectes, du genre nommé Bupreste. Il faut croire que les Buprestes constituent pour les larves de Cercéris un régal particulier. Eh bien, notre Cercéris va chercher des Buprestes, et d’autres insectes dont il apprécie la chair, et s'attaque courageusement à eux. Chose curieuse, ces insectes succombent rapidement : ils se débattent d'abord avec vigueur, puis tout à coup, sans qu'on sache pourquoi, on voit le malheureux gibier cesser de s’agiter; il se laisse faire et le Cercéris l’enlace dans ses pattes, et l'emporte avec lui malgré son poids parfois double de celui du chasseur. Le gibier ne bouge plus... il est mort?

Mort? Pas du tout. Ne vous ai-je pas dit que les jeunes Cercéris ne mangent que de la viande fraîche et se refusent à se nourrir de cadavres? Non, le Bupreste n'est pas mort. Le Bupreste est emporté dans le terrier du Cercéris, qui place sa victime auprès des œufs, puis ressort pour chercher d’autres proies, dix, vingt, trente, jusqu'à ce qu'il y en ait assez à son avis, pour nourrir sa petite famille pendant les premiers temps de sa vie. Get assassin est bien prévoyant... Je viens de vous dire que les Buprestes ne sont pas morts. Pourtant ils ne remuent ni pied ni aile : ils sont absolument immobiles. C’est vrai, etil est certain que ces Buprestes ne sauraient faire le moindre effort pour fuir, ou pour nuire aux œufs ou aux larves. Mais il faut remarquer qu'ils doivent certainement être vivants : leurs membres restent souples, les couleurs ne changent pas; le corps ne se pourrit pas. C'est à croire qu'ils ont été endormis par le Cercéris, comme on endort les personnes qui vont subir une opération, au moyen du chloroforme ou de l’éther, afin d'empêcher la douleur et l'agitation

qu'elle provoquerait. Mais le Cercéris n’a ni chloroforme ni éther. Alors qu’a-t-il bien pu faire au Bupreste pour le paralyser de la sorte, sans le tuer? C'est ici qu'est la singularité de l'opération. Le Cercéris procède comme le ferait le physiologiste le plus habile. et qui connaitrait le mieux les fonctions du système nerveux. Vous savez tous que c'est par les nerfs et la moelle épinière que le cerveau commande à nos membres de se remuer, de marcher, de voler. Or, on sait que si l’on coupe ou pique tel nerf, on en abolit la fonction : il ne remplit plus son rôle, et les muscles auxquels il se rend sont paralysés. On sait aussi qu'il y a différents points dans la moelle où il suffit de faire une petite coupure, pour paralyser une grande partie, ou la totalité du corps. Ce corps cesse de remuer, mais il n'est pas mort pour cela : il est engourdi, et peut vivre assez longtemps dans cet état, sans manzer; vous comprenez bien que ce corps qui ne travaille plus n'a presque plus besoin de nourriture : ce qu'il y a de graisse dans l’insecte suffit à le nourrir et à entretenir la vie. Eh bien, le Cercéris a fait ce que font les physiologistes dans leurs expériences : il à piqué et coupé une certaine partie du système nerveux; il a paralysé pour toujours sa proie qui reste vivante bien que ne remuant plus, et chez qui la respiration et la circulation continuent à s'effectuer. Comment at-il réalisé cette paralysie? A-t-il des scalpels pour couper les nerfs? Non certes, mais il a son aiguillon, un aiguillon comme celui que portent les guêpes et les abeilles au bout de leur corps, un aiguillon piquant et tranchant qui perce les tissus et va couper les nerfs avec une grande facilité.

L’assassin connaît l’anatomie de ses victimes. Il sait parfaitement bien en quel point il faut piquer pour

atteindre les nerfs, et c’est cette piqûre qu'il a faite au Bupreste qu'il tenait tout à l'heure, et dès que la piqûre a été faite Le Bupreste est demeuré immobile, paralysé. Il sait même qu'il faut piquer trois endroits différents, mais voisins, pour produire une paralysie complète, et il sait que les Buprestes sont plus commodes à paralyser que beaucoup d’autres insectes. La preuve que la paralysie est bien due à l’aiguillon est fournie par ce fait qu'on peut, en piquant avec une aiguille l'endroit voulu, déterminer le même phénomène.

N'est-ce pas merveilleux, et quel étrange instinct!

Le Cercéris assassin, vous le voyez, est un assassin des plus intelligents. Il sait à quel endroit ces insectes sont le plus vulnérables, il sait comment s’y prendre pour les paralyser sans les tuer, et pour assurer à ses petits une bonne provision de viande fraiche. Plus lard, en effet, les petits dévoreront aisément et sans danger ces malheureux buprestes sans défense, accumulés par la prévoyance maternelle.

HENRY DE VARIGNY

Le venin des araignées.

Le nombre des Araignées véritablement venimeuses est restreint; mais enfin, 1l y en a. Le venin est produit par une glande spéciale voisine de la bouche.

Quelque subit, quelque violent que soit l'effet du venin que l’Aranéide verse dans la piqûre qu'elle fait à l’insecte saisi, ce venin, dans les espèces les plus grosses du nord de la France, ne produit aucun effet sur l'homme, Je me suis fait piquer par les espèces d'araignées les plus grandes des environs de Paris sans qu'il en résultàât ni douleur, ni enflure, ni rou-

geur. Ces légères piqûres ne m'ont fait éprouver d'autre sensation que celle qu'aurait produile une aiguille fine dont j'aurais enfoncé la pointe dans mon doigt. Ainsi, le venin des araignées n'a pas, sur l'homme, des effets aussi fâcheux que celui de la guêpe, de l'abeille, du cousin, de la punaise, de la puce, et autres insectes encore beaucoup plus petits.

Page 1