‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 34 sur 144 · WALCKENAER · texte numérisé non relu

WALCKENAER

L'utilisation des criquets.

Les Criquets, qui ressemblent aux Grillons et aux Sauterelles, sont des insectes qué l'on rencontre surtout dans les régions chaudes où, certaines années, en raison de leur abondance, ils produisent des dégâts énormes. Les invasions de Criquets sont malheureusement fréquentes en

Algérie.

Les habitants des contrées ravagées par ces insectes trouvent du moins en ceux-ci une nourriture abondante, sinon délicate. L'usage de manger les Criquets est fort ancien, et déjà Moïse le recommandait aux Hébreux. Les Grecs, en temps de disette, les Parthes, les Éthiopiens, se nourrissaient également de ces insectes, comme Aristophane, Strabon, Pline et Diodore de Sicile en font foi. Cette coutume s’est maintenue jusqu'à notre époque : vers le milieu du siècle dernier, Hasselquist voyait fabriquer à la Mecque une sorte de pain de criquets. Jackson assure que les Marocains préfèrent les Criquets au pigeon. D'après Lucas, les Arabes et les Kabyles coupent la tête, Les ailes et les grandes pattes de ces insectes, puis salent le corps et le mangent au bout de quelque temps : on les vend par charretées aux marchés de Fez et du Maroc. La même coutume

s’observe à Bagdad où Olivier a vu vendre des plats tout préparés d’Acridium peregrinum (Criquet pèlerin). Les Malgaches, d'après le P. Camboué, recherchent également les criquets, et aux États-Unis, après s'être assuré que les Caloplenus spretus, l'espèce la plus répandue, ne contenait aucun principe toxique, on a songé sérieusement à le faire entrer dans l’alimentation de l’homme et à en préparer des conserves: on à proposé encore de Putiliser dans l'industrie, pour l'extraction de lacide formique ! et d’une huile particulière. Ces deux tentatives ne semblent pas avoir abouti.

Si des peuples plus ou moins civilisés sont encore acridophages ?, il sera moins surprenant de constater de semblables coutumes chez des peuplades inférieures. Sparrmann et Anderson rapportent que les Hottentots se nourrissent de criquets; ils utilisent même les œufs pour préparer une sorte de potage. Sur le passage des nuées, les Boschimans allument de grands feux : ils ramassent les insectes qui s’y sont brulé les ailes, les dessèchent et les conservent. Les Batékés, qui habitent les rives de l'Ogooué, font la chasse à ces animaux et les prennent au piège, au dire de Guiral. Enfin, les Indiens qui vivent sur les bords du Rio Uruguay mangent aussi ceux de leur contrée et les font cuire comme des crevettes, d’après le comte d'Ursel.

R. BLANCHARD *

1. Acide à odeur piquante qui est assez abondant dans le corps des fourmis — d'où son nom — et qu'on sent très facilement en tracassant quelque peu une f'urmilière et en tenant ensuite la tèle au-dessus de celle-ci.

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