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Le Ver à Soie

3. Les écailles dont il s'agit ici sont extrèmement petites et ne se voient bien qu'au microscope : on en trouve en grande quantité sur les ailes des papillons ou lépidoptères, et ce sont elles qui donnent à ces insectes leur coloris parfois si brillant.

comme d’ailleurs tous les autres Bombyx producteurs de soie qu’on commence à acclimater en Europe. L'an 2638 avant J.-C., les Chinois apprenaient de la femme de leur empereur Yao l’art d'élever ce ver, et celui d'en approprier les fils à la confection des vêtements. Ce ne fut que longtemps après que ces arts passèrent dans la petite Boukharie, d’où ils pénétrèrent ensuite dans l’Inde, en Perse, et ce ne fut que longtemps après l'ère chrétienne qu'ils furent introduits en Europe.

En Asie, on élève le Ver à soie sur des arbres en plein air; mais en Europe, et surtout en France, on le renferme dans des chambres dites magnaneries, dont on entretient la température entre 15 et 18. Les œufs, très improprement nommés graines, éclosent à cette température. On place les larves qui en sortent sur des claies garnies de feuilles de mürier, que l’on renouvelle plusieurs fois par jour. Elles changent quatre fois de peau dans l’espace d’un mois et, après la dernière mue, elles se retirent dans de petites niches de bruyère disposées à cet effet, et s'y filent une coque ou cocon où elles s’enferment et dont la matière est lasoie.

Elle prennent dès lors le nom de Chrysalide et demeurent dans une parfaite immobilité pendant dix-huit ou vingt jours. Elles se transforment enfin en papillon ou insecte parfaits. Mais on ne laisse parvenir à ce dernier état que celles qui doivent servir à la reproduction de l’espèce. On fait mourir les autres en trempant les cocons dans l’eau bouillante, ou en les exposant à la chaleur d’un four ou d’une étuve; ensuite on les dévide.

Le dévidage s'opère en plongeant les cocons dans de l’eau chauffée à 70° par un courant de vapeur. L'ouvrière saisit un brin de chaque cocon et l’attache

à la circonférence d’un rouet. Elle réunit ainsi simultanément sur le même dévidoir de 13 à 15 brins, et même plus, suivant le degré de finesse qu'elle veut avoir, et, comme ils éprouvent une espèce de torsion en se plaçant les uns contre les autres, ils contractent une adhérence parfaite, et ne peuvent plus être séparés; 1l en résulte un fil unique de soie brute. Cent grammes d'œufs produisent, dans de bonnes conditions, 150 et même, lorsque tout favorise l'éducation, 200 kilogrammes de cocons, en consommant environ 5750 à 5000 kilogrammes de feuilles. Un kilogramme de cocons, comprenant, en moyenne, 586 cocons, il en résulte que 100 grammes d'œufs donnent de 87,900 à 417,200 cocons. Cent kilogrammes de cocons fournissent généralement 8 kilogrammes de soie filée.

La matière de la soie est liquide dans le corps ‘du ver, mais elle se durcit à l’air à mesure qu’elle sort, par une double filière des organes excréteurs placés près de la bouche de la chenille. Les filaments jumeaux que file l'insecte s’agglutinent par le contact et n’en forment plus qu'un. La soie d'un cocon pèse 1 décigr. et demi en moyenne, son fil a une longueur de 230 à 250 mètres, ce qui donne une idée de son extrême ténuité; dans certaines espèces de soie, il n’a pas plus de 18 millièmes de millimètre de diamètre, et possède néanmoins une grande force.

J. GIRARDIN !

Le Miel et ses dangers.

Nous avons vu plus haut comment les abeilles emmagasinent le miel pour l'hiver. IL est bon de voir maintenant

comment ce miel est produit. Notons en passant que dans

1. Lecons de Chimie élémentaire, t. IV, p. 102. G. Masson, Paris.

les pays chauds où il ny à pas d'hiver rigoureux, les abeilles se dispensent souvent de faire une provision pour cette saison, elle leur serait en effet inutile.

Le Miel, pas plus que le propolis }, n’est un produit de sécrétion des abeilles. Celles-ci puisent avec leur trompe le nectar dans la corolle des fleurs, l’avalent, l'élaborent dans leur jabot, puis, revenues à la ruche, le dégorgent dans les alvéoles des rayons de cire supérieurs; elles amassent ainsi des provisions dont, pendant la mauvaise saison, elles se nourriront ainsi que les larves. |

Le miel est une substance sucrée, entièrement soluble dans l’eau et constituée par le mélange en proportions variables de glycose, de saccharose, de mellose et de mannite ?, le tout dissous ou délayé dans l’eau; il renferme encore un ou plusieurs acides libres, de la cire, et des principes aromatiques complexes, variant avec chaque pays et empruntés aux plantes butintes par les abeilles. L'arome et le goût du miel dépendent, en effet, exclusivement de la nature des plantes qui l'ont fourni. Les Labiées * lui communiquent leur parfum, de même que les plantes amères lui donnent leur amertume; l'influence bien connue des saisons sur la qualité du miel s'explique par ce fait. Le miel du mont Hymette doit son antique célébrité aux Labiées qui croissent sur cette montagne; celui de la Provence est aromatisé par la Lavande, celui de Narbonne par le Romarin, celui de Reggio, de Valence et de Cuba par l’'Oranger. En revanche, le miel de Bretagne et de l'Allemagne du

1. Le Propolis est une matière résineuse que les abeilles mélangent à la cire avec laquelle elles fabriquent les alvéoles où s’amasse le miel.

2. Ces noms indiquent différentes variétés de sucres produits par les végétaux.

3. Famille de plantes à laquelle appartiennent la Lavande, le Thym, le Romarin et autres espèces aromatiques.

Nord doit sa teinte foncée et son goût médiocre au Sarrasin et à la Bruyère. L’If est accusé par Virgile, le Buis par Pline, l’Absinthe par Dioscoride, de donner du miel de mauvaise qualité. Olivier de Serres adresse le même reproche à l'Orme, au Genêt, à l’'Euphorbe et à l’Arbousier. Le miel peut d’ailleurs être doué de propriétés toxiques, s’il a été recueilli sur des fleurs vénéneuses. Xénophon et Diodore de Sicile rapportent que, pendant la retraite des Dix Mille, des soldats s’arrêtèrent à Trébizonde, en Colchide, et furent pris d'une sorte d'ivresse furieuse, après avoir mangé du miel. Tournefort a été témoin de faits semblables dans cette même contrée : il les attribue à l'Azalea Pontica et au hododendron Ponticum ; Labillardière incrimine plutôt la Ciguë du Levant.

En Europe, l'intoxication par le miel n’est pas rare. Haller parle de deux bergers des Alpes qui moururent pour avoir mangé du miel puisé sur les fleurs d'Aconit. Des faits du même ordre sont signalés en Amérique et ailleurs. L'ingestion du miel recueilli par des insectes autres que les abeilles n’est pas non plus sans danger. Seringe dit que deux vachers suisses furent gravement malades, et l’un d'eux mourut, après avoir fait usage de miel de Bombus terrestris ?, récolté sur Aconitum napellus et A. lycoctonum. Au Brésil, Aug. de Saint-Hilaire fut en proie pendant plusieurs heures à un violent délire, après avoir avalé deux cuillerées à café d’un miel recueilli par une guêpe (du genre Polistes) sur une Sapindacée (Paullinia anthalis.)

R. BLANCHARD ?

!. Les abeilles proprement dites ne sont pas les seuls insectes qui produisent du miel : certaines guêpes et quelques Bourdons en fabriquent également.

?. Traité de Zoologie Médicale, t. IX, p. 608. J.-B. Baillière, 1890.

Les Araignées aéronautes.

L'homme n'est pas seul, entre les êtres qui peuplent le globe, à se montrer mécontent des moyens de locomotion que la nature lui à départis : il est d’autres esprits chagrins qui, comme lui, rêvent d’avoir des ailes, et de se mouvoir loin de terre, au milieu des airs. De ce nombre sont les araignées, animaux sagaces et curieux. Bien avant l’homme, elles ont su se construire des ballons, et s’en servir pour voyager. Assurément leurs appareils sont rudimentaires, mais, tels qu'ils sont, l’intérêt en est grand, et en somme l'utilité en est incontestable.

Mais, demandera-t-on, quel besoin les araignées peuvent-elles avoir de quitter le sol? Elles ne font point de recherches scientifiques sur la couche atmosphérique qui nous baigne : cherchent-elles des émotions nouvelles, des jouissances artistiques? A cela Je ne répondrai point, n’en sachant rien. Il est cependant un but qui est atteint par cette habitude, si ce n'est celui qui est poursuivi. En se fabriquant ainsi leurs ballons, les araignées dont il s'agit favorisent leur propre dispersion à la surface du sol : au lieu de demeurer agglomérées ensemble, et par là, de risquer d’encourir la famine, elles ont avantage à occuper un territoire plus grand parce qu'il leur est plus aisé d'y trouver à se nourrir, et l'espèce qui possède cette aptitude à se répandre au loin présente évidemment plus de chances de survivre dans la lutte pour l'existence. Voilà, sinon le but, du moins l'utilité principale du phénomène dont il s’agit. Et maintenant venons-en à ce dernier.

Les aérostats dont il s’agit sont bien connus de chacun : ce sont ces fils de la Vierge qui, vers lau-

tomne, emplissent l'air; dans les villes mêmes on en peut voir des quantités qui flottent, tantôt tombant avec lenteur, tantôt montant dans les bouffées d'air échauffé, et, avec le vent, courant à des hauteurs souvent très considérables. Ges fils sont fabriqués par certaines espèces d'araignées, comme le savent sans doute mes lecteurs : nous dirons tout à l’heure comment. Quelques chiffres seront utiles pour indiquer à quel point ces aérostats sont efficaces, dans quelle mesure ils peuvent favoriser la dispersion et le transport des araignées. Darwin dit, dans son Voyage d'un Naturaliste, qu'à 96 kilomètres de terre, à l’embouchure de la Plata, le navire se trouva entouré d’une quantité de ces fiis de la Vierge, et ces fils venaient de terre naturellement. Le vent était très léger en ce moment, et1l est évident qu'avec une brise plus forte, les mêmes araignées auraient pu être transportées à une distance double. Cent ou deux cents kilomètres, c’est beaucoup pour une petite araignée, et quand elle peut franchir cette distance en quelques heures elle doit se dire qu’en somme elle réussit assez bien dans l’aéronautique. Il est vrai que parfois elle va à la mer, mais elle y a une supériorité sur l’homme; elle marche sur les flots, à son aise, grâce à la structure de ses pattes, ce à quoi l’homme n’est pas apte. De nombreux observateurs, sur divers points du globe, en Europe et en Amérique par exemple, ont étudié le phénomène dont il s’agit, et ont vu l’air se remplir de cette sorte de pluie d'araignées et de fils de la Vierge. M. Blackwall, il y a près de soixante ans déjà, a fait sur ce sujet d'intéressantes observations. Se promenant un jour d'automne aux environs de Manchester, dans le milieu de la journée, il remarqua que les champs et les haies étaient remplis d'araignées et de fils brillants et nombreux : il ne pouvait marcher dans

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l'herbe sans que ses chaussures fussent en peu de temps recouvertes d'abondantes toiles entre-croisées. C'est durant la matinée de ce jour que toiles et araignées avaient fait leur apparition; la veille, elles ne s’y trouvaient point, non plus qu’au matin. S'arrêtant à considérer ce phénomène, Blackwall s’aperçut que les fils ne restaient point à terre : du sol s'élevaient des quantités de longs filaments blancs formant par leurs enchevêtrements des sortes de lambeaux légers ayant jusqu’à 4 m. 50 de long, et plus encore, et larges à leur base de plusieurs centimètres; ils diminuaient de largeur à mesure qu'ils s’allongeaient dans l'air. À mesure que le sol et l'air s’échauffaient sous l’action du soleil, ces lambeaux de toile de toute dimension — ceux dont il vient d'être parlé étaient les plus grands, de beaucoup — se détachaient du sol, et s’élevaient avec l'air chaud, perpendiculairement, de facon à monter à plusieurs centaines de pieds de hauteur.

Plus tard, dans l’après-midi, à mesure que l’échauffement de l’air diminuait, les toiles commencaient à redescendre vers terre. Après avoir regardé les toiles, Blackwall diriger son attention sur les araïignées. Celles-ci couraient à terre par milliers, par multitudes innombrables, et il ne fut point difficile de voir à quoi elles étaient occupées. Elles grimpaient sur tous les objets en saillie, tels que les brins d'herbe, les tiges des buissons, les portes, les murs, les palissades, et une fois arrivées aux points les plus élevés, elles se raidissaient sur leurs pattes étendues toutes droites, elles baissaient la tête en relevant l'abdomen qu'elles dirigeaient, dans une attitude bizarre, vers le ciel, et ainsi posées, elles sécrétaient par leurs filières du fil en abondance. A peine formé, ce fil était dressé verticalement par l’action de la

colonne d’air chaud ascendante. Quand ceci n'avait pas lieu, l’araignée, avec ses pattes de derrière, coupait le fil qui restait allongé à terre, reposant sur l'herbe, et y formant des sortes de toiles irrégulières, les fils qui adhéraient aux objets voisins étant inutiles et même nuisibles au but que se proposait l'animal. Quand celui-ci se trouvait avoir sécrété une quantité et un nombre suffisants de fils, et que ceux-ci demeuraient droits, sans s'accrocher aux brins d'herbe, — et c'est pour éviter ceci qu'il grimpe aux objets élevés, — il lchait pied, et partail pour son voyage aérien, entrainé par les fils qui étaient emportés par l’air ‘thaud ascendant. C’est donc dans un but bien déterminé, celui d’être trans-

portée au loin par l'air, que l’araignée dont il s’agit sécrète ses fils, et elle fait tout ce qui est en son pou-

voir pour assurer la réussite de opération. Il suffit de quelques secondes pour que le fil atteigne la longueur d'un mêtre, et avec une telle rapidité de production, on conçoit qu'il faille peu de temps pour la sécrétion d’un fil assez long pour entrainer l’insecte. Blackwall à suivi toutes les phases du phénomène, depuis l’ascension sur les objets en saillie jusqu'au départ de l’insecte, jusqu’au « lâchez-tout » qui donne le signal du départ, et nul doute ne peut être élevé sur l'exactitude de ses observations qui ont d’ailleurs été confirmées par différents auteurs. — D'après

M. Murray, qui, à son tour, en 1829 (les observations

de Blackwall sont de 1826), a étudié ce fait, Pélectricité jouerait un rôle considérable dans le phénomène.

La colonne ascendante d’air chaud ne serait pas

nécessaire à la réussite de l'opération; l'absence, la orésence et le sens du vent ou de la brise seraient ndifférents, car l’araignée aurait même le pouvoir le faire flotter son fil contre le vent : celui-ci possé-

derait une force inhérente particulière qui pourrait le diriger en sens inverse du vent, et ce serait de l'électricité. Toutefois ce dernier point est bien douteux, et de nouvelles recherches seraient nécessaires. Plus récemment, M. Lincecum, le naturaliste américain, mort maintenant, et qui a fait de si curieuses observations sur certaines fourmis du Texas, a recueilli quelques observations au sujet des Araignées aéronautes. Dans leur ensemble, elles confirment celles de Blackwall et de Murray. I a vu arriver à terre nombre de faisceaux de fils, et dans chacun d'eux il a trouvé une araignée avec une demi-douzaine de petits. C'est généralement à la fin de l'après-midi, quand l'air en contact avec le sol sy échauffe moins que durant la journée, que l’on voit arriver les filaments : aussitôt qu'ils ont touché terre, ou heurté un buisson ou une branche, tout le petit équipage se hâte d’en sortir : chaque araignée l’abandonne en filant un fil pour ne point tomber brusquement et dès qu’elle a touché terre, elle coupe le fil. Lincecum dit avoir vu de ces filaments à une hauteur de 1 à 200 mille pieds, soit 300 et 600 mètres, et il estime qu'avec un bon vent, ils peuvent franchir de 225 à 975 kilomètres de distance en un seul voyage. Pour lui, ce voyage n’a d’autre but que de favoriser la dispersion de l'espèce, et de permettre aux araignées de coloniser des régions où il leur sera plus aisé dem trouver à se nourrir que si elles restaient toutes en semble. Lui aussi, il a vu des araignées préparer leurs départ, et a assisté à la scène qu'a décrite Blackwall : | il a vu filer les fils par la mère qui portait sur 501 thorax ses petits nouveau-nés, et a été témoin de. l'enlèvement. Il décrit l’appareil de navigation» aérienne comme une sorte de toile allongée < ir ré gulière; un enchevêtrement de fils lâchement tisséss

dons.

ensemble. Il est un point que Darwin a noté et qui n’a pas été signalé par les autres observateurs; c’est la soif ardente que semblent avoir les voyageuses à leur arrivée à terre; Strack a cependant vu ce fait, et il a remarqué qu'elles boivent avidement les gouttes d'eau qu'elles rencontrent. Le voyage les a altérées, sans doute, l’air étant sec et chaud.

HENRY DE VARIGNY !

La Toile de l’Araignée.

Toutes les araignées sont carnivores, et se nourrissent de proies vivantes que certaines d'entre elles attrapent au moyen de leur toile qui n’est autre chose qu'un piège, un tilet où viennent s’embarrasser les insectes au vol étourdi. Ils se débattent; mais plus ils s’agitent, et plus ils s’enlacent dans les fils visqueux de la toile; l’araignée achève la capture comme nous l’allons voir.

Sur l’extrémité des branches se tenaient fixement quelques petites araignées tantôt immobiles, tantôt manœuvrant avec activité de leurs pattes postérieures. Une vue exercée, une attention extrême, me devinrent ici plus que jamais nécessaires; mais ce fut sans incertitude et sans équivoque que je les vis ainsi üirer de leurs filières et faire flotter librement dans l'air un écheveau de fils si légers, que le moindre couant, celui de la porte à la fenêtre, les enlevait dans une direction constante. L'animal cependant trait à lui “de temps en temps ce faisceau délicat, le pelotonnant entre ses pattes antérieures et s’assurant ainsi du one où il s'était fixé au loin sur quelque corps solide. Quand la résistance et la tension lui paraissaient suflisantes, il n’hésitait pas à s’élancer, en

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