‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 49 sur 144 · Nature, 1891. G. Masson · texte numérisé non relu

Nature, 1891. G. Masson

habile acrobate, sur ce pont presque imperceptible. Il s'élevait ainsi sans support apparent pour un œil peu attentif, et semblait ramer dans l’espace; mais le fil qu'il doublait par une addition nouvelle en le parcourant, devenait enfin plus visible et pouvait servir avec plus d’efficacité encore à de nouveaux voyages. | C'est de la même manière que sont posés d'un arbre à l’autre, quelquefois à travers un petit cours d’eau, les premiers cordages d’une toile. Puis, allant et venant sur ces traverses, l’araignée fixe à des points voisins d’autres cordages qu'elle écarte avec ses pattes de derrière et qui sont de plus en plus divergents de celui qui lui sert de pont. Enfin, elle croise ces rayons par une spirale lâche, mais provisoire, et destinée seulement à lui servir de support lorsqu'elle veut poser ensuite la spirale définitive. C’est encore avec leur soie que les aranéides garrottent une proie dangereuse, soit par sa vigueur musculaire et les pointes dont ses membres sont armés, soit par des armes plus redoutables encore, un aiguillon venimeux, ou bien seulement trop, incommode à cause du violent trémoussement qu’elles imprime à son corps par l'agitation de ses ailes. L’araignée s'approche avec précaution du prisonnier empêtré sur la toile, se tient à une distance con venable pour ne courir aucun risque, commence" même quelquefois son opération par surprise, se laissant tomber, suspendue à un fil, chaque fois qu’elle a subitement jeté sur lui un nouveau lacets et ne reste à portée de sa proie que quand les entraves sont assez solides pour lui défendre tout mouvement dangereux. C’est à l’aide des pattes que les Epéires jettent ainsi, autour du corps de l'animal capturés des fils et même de larges rubans ou écheveaux de

soie. Aussi l'ont-elles bientôt emmailloté de toutes parts; cette conclusion est hâtée encore par une autre manœuvre; l’araignée roule entre ses pattes ce corps déjà bien garrotté, le couvrant, à chaque tour, d'une nouvelle nappe échappée de ses filières épanoules.

Quand leur victime est rendue ainsi inoffensive, on les voit, pour plus de sécurité, s’en approcher davantage, la mordre de leurs mandibules à venin; puis, quand elle a cessé tout mouvement, la détacher de leur toile et l'emporter toujours dans son linceul jusqu'au centre, où elles la sucent à l’aise. Quelquesunes laissent ensuite le cadavre suspendu comme un trophée, mais la plupart le rejettent. Seulement, si au moment de leur dernière prise elle étaient déjà occupées à un autre repas, cette provision inattendue est momentanément suspendue à un fil, et l’on n’y touche qu'après avoir suffisamment tiré parti du premier butin. C’est ordinairement l’affaire de quelques heures pour que l’un et l’autre aient été exploités etrejetés, à moins qu'ils n’aient un très grand volume, de manière à fournir à la succion pendant une journée entière.

Après ces repas copieux, l’araignée reste long- -emps immobile; elle en fait de même après un repas médiocre, et ce n’est que la nuit, ou du moins le soir, qu'elle répare les brèches faites par elle-même ou var d’autres animaux à sa toile, ou bien qu’elle s’en abrique une tout entière dans un autre endroit quand e dommage est trop considérable.

A. DUGEs.

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