DE LACÉPÈDE
1. Groupe de poissons dont font partie le Requin, la Raie, etc. 2. Les Requins sont capables de dévorer tont au monde. De l'e:tomas de l’un d'eux on tira un demi-jambon, plusieurs os de mouton, l'arrière-
Le Requin d’eau douce.
Ce requin est le Brochet, et le naturaliste Lacépède, qui d’ailleurs est souvent enclin à sacrifier à la rhétorique et aux grandes phrases, n’a pas hésité à lui appliquer une épithète bien dure : il Pa appelé le « Requin des eaux douces », et pour justifier ce terme, il nous raconte des histoires peu édifiantes sur le compte de l’Æ£sox lucius, — car tel est le nom scientifique du Brochet. Ce poisson sans scrupule « est insatiable dans ses appétits » et n’hésite point à dévorer ses propres petits, sous le prétexte trop souvent renouvelé, de leur conserver un père. Ceci n’est malheureusement pas spécial au Brochet : chacun sait que la poule par exemple se nourrit parfois de ses propres œufs, et dans le règne animal de nombreuses espèces dévorent leur progéniture quand elles n’ont rien de mieux à se mettre sous la dent. Le Brochet s'attaque à tous les poissons possible, et à beaucoup d’autres animaux : aux grenouilles, faibles et sans protection, aux oiseaux aquatiques qu'il happe par les pattes tandis qu'ils nagent paisiblement à la surface de l’eau, et aux rats, aux chats, et aux chiens que leur mauvaise chance a fait passer dans ses parages. Dans certains cas — lorsqu'il a très faim sans doute — son courage ne connait plus de bornes — ni sa bêtise non plus. Il s’en prendra aux animaux les plus gros, sans se demander si sa démarche sera réellement profitable. Le naturaliste allemand Gesner raconte qu'un jour un homme
train d’un cochon. beaucoup de viande de cheval, la tète d’un bouledogue, un morceau de grosse toile. Ils se jettent sur tout ce qui peut tomber des navires, et il suffit de lancer à l’eau un peu de viande ou même de pastèque (rouge) pour en voir, dans certaines mers, accourir des troupeaux entiers. (H. de V.)
menait boire un mulet, quand un Brochet mordit l’animal à la lèvre inférieure. Venu pour boire, et non pour être dévoré par son abreuvoir, le mulet recula, et, en proie à un sentiment très vif de peur, s'enfuit à toutes jambes. Le Brochet ne lâcha point prise : et ce fut sa perte, car le maïtre du mulet profita de l’aubaine, s'empara du poisson, et s’en régala.
Dans les étangs et les rivières, le Brochet est un fléau redoutable. Il dévore tous les poissons qui lui tombent sous le museau. Huit Brochets ont, en trois semaines, dévoré 800 goujons, raconte un naturaliste anglais cité par H. E. Sauvage, et un seul Brochet dans un étang de Carpes suffit à le dépeupler en peu de temps. Après tout Lacépède a peut-être raison...
HENRY DE VARIGNY
L'âge des Poissons.
Il a été dit beaucoup de choses sur le grand âge que pourraient atteindre les poissons. Pour nombre de personnes, 1l est certain qu'il existe à Fontainebleau des carpes remontant à l’époque de François 1°"; mais il faut avouer que la minorité est sceptique à cet égard, et pour de bonnes raisons. M. Baird, l’éminent zoologiste américain, pense que l’on peut admettre l’âge de deux cents ans pour certaines carpes. « Il n’y a rien, dit-il, qui empèche les poissons de vivre presque indéfiniment, comme ils n’ont pas de période de maturité et croissent chaque année de leur vie. » Il y a à Washington des poissons dorés qui sont dans la même famille depuis cinquante ans, et ils ne paraissent guère plus gros qu’à l’époque où on les acquit; ils ont la même vivacité qu'autrefois. À Saint-Pétersbourg, il y aurait dans les aquariums des pois-
sons ayant authentiquement l’âge de cent quarante ans; les uns sont beaucoup (5 fois) plus gros qu'à l’époque où on les introduisit, les autres n'ont pas gagné deux centimètres de longueur. En Chine, semble-t-il, il y aurait des poissons sacrés plus âgés encore. Mais il a été tant énoncé d’affirmations exagérées sur l’âge des poissons qu'il ne faut admettre que les affirmations appuyées de preuves indiseutables !.