JONATHAN FRANKLIN
Le Poisson cracheur.
Ce poisson, qui habite la Malaisie, est le Zoxotes Jaculator : il porte encore dans la langue commune le nom d’Archer, plus distingué sans doute que celui de Poisson cracheur, et tout aussi exacte. Un écrivain du siècle dernier déjà (Bloch), auteur d'une #istoire
1. C'est grâce à l’épine très pointue et tranchante qui se trouve dans sa nageoire dorsale, et qu’elle redresse et abaisse à volonté, que l'Epinoche blesse et déchire la queue, les nageoires et la peau des autres poissons 4
des Poissons, raconte de la facon que voici, la manière de faire de notre Toxotes. « Voici comment ce poisson attrape les mouches qu’il aperçoit sur les plantes marines qui émergent hors de l’eau. Il s'approche jusqu’à la distance de 4 ou 6 pieds, et de là il seringue de l’eau sur l'insecte avec tant de force qu'il ne manque jamais de le précipiter dans l'eau pour en faire sa proie... M. Hommel à fait luimême cette expérience. Il fit mettre quelques-uns de ces poissons dans un large vaisseau rempli d’eau de mer. Après qu'ils furent accoutumés à cette prison. il perça une mouche avec une épingle et l’attacha sur les côtés du vaisseau; alors il eut le plaisir de voir que ces poissons s’empressaient à l’envi de s’emparer de la mouche et qu'ils lancaient sans cesse et avec la plus grande vitesse, de petites gouttes d’eau sans jamais manquer le but. » En somme le Toxotes se sert de sa bouche comme d'une sarbacane, et s’en . sert pour lancer des boulettes. d’eau qui frappent les insectes, et les font tomber de telle sorte que le malin poisson les capture aisément. Pour lancer sa boulette, il se remplit la bouche d’eau, et s'approche le plus qu'il peut de sa victime présomptive : il est préférable qu’il sorte sa bouche même de l’eau, au point de vue de la précision du tir, et de l'effort à déployer; puis, fermant ses ouvertures branchiales pour empêcher l’eau de sortir par les ouïes, il resserre ses màächoires, laissant le museau entr’ouvert : . l'eau comprimée s'échappe en un filet mince et long. Il paraît qu'à Java et ailleurs même, on s'amuse Souvent à garder des Zoxotes en captivité pour leur voir exécuter leur tour d'adresse, comme certaines personnes, chez nous, gardent des rainettes vertes pour le plaisir de leur voir attraper des mouches. On comprend qu’une mouche ou un insecte plus gros,
même, atteint par le filet d’eau, perde son équilibre, etse trouve dans l'impossibilité de voler, étant mouillé; il tombe à la renverse, il est entrainé, et vient choir misérablement dans l’eau où le poisson le happe, en se félicitant sans doute, dans sa petite cervelle, de son ingéniosité et de son adresse.
HENRY DE VARIGNY
Le Requin.
Le Requin est un des plus redoutables poissons de mer; il habite les mers chaudes; on le trouve en abondance sur les côtes d'Afrique, dans le Pacifique, etc.
Ce sont les plus grands animaux que le Requin recherche avec ardeur, et par suite de la perfection de son odorat ainsi que de la préférence qu’elle lui donne pour les substances dont l’odeur est la plus exaltée, il est surtout très empressé de courir partout où l’attirent les corps morts de poissons ou de quadrupèdes, et les cadavres humains.
Il s'attache, par exemple, aux vaisseaux négriers qui, malgré les lumières de la philosophie, la voix du véritable intérêt, et le cri plaintif de l'humanité outragée, partent encore des côtes de la malheureuse Afrique. Digne compagnon de tant de cruels conducteurs de ces funestes embarcations, il les escorte avec constance, il les suit avec acharnement, jusque dans les ports des colonies américaines, et, se montrant sans cesse autour du bâtiment, s’agitant à la surface de l’eau, et pour ainsi dire, sa gueule toujours ouverte, il y attend pour les engloutir les cadavres des noirs qui succombent sous le poids de l'esclavage, ou aux fatigues d’une dure traversée. On a vu de ces cadavres de. noirs pendre au bout d'une vergue élevée de 6 mètres;
ou 20 pieds, au-dessus de l’eau de la mer, et un Requin s’élancer à plusieurs reprises vers cette dépouille et y atteindre enfin, et la dépecer sans crainte, membre par membre.
Quelle énergie dans les muscles de la queue et de la partie postérieure du corps ne doit-on pas supposer pour qu'un animal aussi gros et aussi pesant puisse s'élever comme une flèche à une aussi grande hauteur! Comment être surpris, maintenant, des autres traits de l'histoire de la voracité du Requin! Et tous les navigateurs ne savent-ils pas quel danger court un passager qui tombe dans la mer auprès des endroits les plus infeslés par ces animaux ?
S'il s'efforce de se sauver à la nage, bientôt il se sent saisi par un de ces squales qui l’entraine jusqu'au fond des ondes. Si l’on parvient à jeter jusqu’à lui une corde secourable et à l’élever au-dessus des flots, le requin s’élance et se retourne avec tant de promptitude que malgré la position de l'ouverture de sa bouché au-dessous de son museau, il arrête le malheureux qui se croyait près de lui échapper, le déchire eu lambeaux, et le dévore aux yeux de ses compagnons effrayés. On à vu quelquefois cependant des marins surpris par le Requin au milieu de l’eau, profiter, pour s'échapper, des effets de cette situation de la bouche de ce squale dans la partie inférieure de sa tête, et de la nécessité de se retourner à laquelle cet animal est condamné par cette conformation lorsqu’il veut saisir les objets qui ne sont pas placés audessous de lui.