Traité de Zootechnie générale, p. 717. J.-B. Baillière
Le Rhinocéros lui tenait compagnie : 11 y avait même plusieurs espèces de ce dernier, et j'imagine que ces animaux gambadaient volontiers sur les bords de Ia Seine. L'Hippopotame, lui, ne venait guère autour de Paris : le climat était trop frais pour lui; et cette disgracieuse bête préférait l'Italie où elle a été abondante. Par contre nous possédions l'Ours, et une vingtaine d'espèces de Tigre ou de Lion, sans compter le. Lion actuel. Il y avait des Hyènes, des Buffles (Urus), des Cerfs, des Élans, des Rennes, et une foule d’autres animaux. Îl est permis de penser qu'à époque où le Rhinocéros et le Mammouth se baignaient dans la Seine, tandis que le lion rôdait dans la plaine de Saint-Denis en quête de quelque gibier, et que l’Ours grimpait aux arbres des forêts qui couronnaient Passy, Montmartre et la colline Sainte-Geneviève, au grand effroi des Rennes et des Buffles, la vie de nos aïeux n'allait pas sans quelques difficultés sérieuses, et le trajet de Montmartre à Montrouge, ou même de l’'Odéon à Clichy offrait des dangers dont nous avons sans doute perdu la mémoire. Peut-être convenait-il de les rappeler en passant?
HENRY DE VARIGNY ‘
1. A propos du Mammouth, Cuvier nous a laissé un récit fort intéressant, que j'abrège. En 1799, dit-il, un pêcheur tongouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de l'embouchure de la Léna, au milieu des glaçons, un bloc informe dont il ne put reconnaître la nature. L'année d’après, il s'aperçut que cette masse était un peu plus dégagée; mais il ne devinait pas encore ce que cela pouvait être. Vers la fin de l'été suivant, il s’apereut que c'était un énorme animal : c'était un mammouth; le flane tout entier de l'animal et une des défenses étaient distinctement sortis des glaçons.
La cinquième année les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer sur un bane de sable. Au mois de mars 1804, le pècheur enleva les défenses, dont il se défit pour une valeur de cinquante roubles. On exécuta à cette occasion un dessin grossier de l'animal. Deux ans après, M. Adams, adjoint de l'Académie de Pétersbourg, se rendit sur les lieux; il y trouva l'animal déjà fort mutilé. Les lakoutes du voisinage en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs
Un tigre malfaisant.
Je ne conseillerais à personne de rechercher spécialement la société d’un tigre quelconque, si doux et si apprivoisé puisse-t-il paraître; mais il est un de ces animaux qu'il sera bon de toujours éviter. Cest un certain animal qui habite un district de l'Inde — celui de Nizagapatam — et qui en 1889 a consommé à lui seul cinquante-deux hommes. Un par semaine! En 1890 il a paru avoir meilleur appétit encore, et du 1e au 20 janvier il en a mangé six, ce qui fait deux par semaine... Il est sans scrupules et sans peur. Il attaque une bande d'hommes sans la moindre hésitation, et un de ses derniers exploits a consisté à briser la porte d’une cabane où une mère et sa fille se chauffaient paisiblement; il est entré, et Jugeant sans doute la mère trop peu savoureuse, il a enlevé la fille. Inutile de dire que nul n’a jamais revu la malheureuse créature.
HENRY DE VARIGNY
Une momie de chien.
Chacun sait que les Egyptiens embaumaient leurs cadavres; ils ne les ensevelissaient qu'après les avoir dépouillés des organes internes, et les avoir entourés de bandelettes
chiens, des bètes féroces en avaient aussi mangé; cependant le squelette se trouvait encore entier, à l'exception d'un pied de devant. La tête était couverte d'une peau sèche; une des oreilles, bien conservée, était garnie d'une touffe de crin. On retira plus de trente livres pesant de poils et de erins que les ours blanes avaient enfoncés dans le sol humide en dévora nt les chairs, Cet animal, mort depuis des milliers d'années probablement, avait été conservé par le froid de la Sibérie, et c'est grâce à cette circonstance que ce fossile — car c'en est un véritablement — a pu parvenir à nous dans cet état.
nombreuses imprégnées de substances propres à écarter la putréfaction. Ils faisaient de même pour leurs animaux sacrés, et aussi pour leurs favoris domestiques ainsi qu’on l’a récemment découvert.
Les journaux ont annoncé, en 1890, la découverte, en Egypte, de quelques milliers de momies de chats, et l'expédition des dites momies en Angleterre, où les matous sacrés ou tendrement aimés, brutalement arrachés au linceul de goudron et de bandelettes qui les abritait, se sont trouvés tout à coup pilés, broyés et dispersés dans les champs, pour aller faire de l'herbe ou du blé, et, en fin de compte, revenir à l'existence sous forme d’un Anglais. Parmi les momies de chats, il s’en est trouvé quelques-unes de différentes, qui renfermaient des chiens, et l’une de cellesci fut expédiée en Allemagne, où elle fut défaite et examinée. Le chien était un petit chien d’appartement, des dimensions d’un chat. Le corps était emmailloté avec grand soin, d’une étoffe blanche et fine, intermédiaire au lin et à la soie, recouverte de bandelettes croisées. La tête était recouverte d’un masque représentant un chien, avec des oreilles dressées, en une sorte de carton modelé sur place, probablement, et peint. En déshabillant la momie, on trouva, après les bandelettes extérieures, une enveloppe en étoffe, puis une sorte de châle enroulé autour du cou et des épaules. Là-dessous, un lien de roseau fort long, qui recouvrait tout le corps en l’encerclant sans laisser du tout de vides, et qui comprimait le cadavre en lui donnant une forme cylindrique. Cette enveloppe enlevée, on trouva une enveloppe, la dernière, une sorte de toile grossière, appliquée contre le corps et maintenue par des bandelettes agglutinées d’asphalte. Cette asphalte imprègne aussi l'enveloppe, et de la sorte a collé celle-ci aux poils et à Ia peau, si bien
qu'on ne peut les séparer. Une série de figures montrant la même momie à différents degrés de dépouillement fait bien voir comment étaient disposées les différentes enveloppes. Pour l’animal même, la peau fait partie de l’asphalte; muscles et tendons ont disparu; les viscères se sont transformés en une masse pulvérulente, mais le squelette est parfait. C’est le squelette d'un chien de dix-huit mois environ, qui avait eu une fracture mal guérie d’une des pattes de devant, et qui était de la race des levrettes. Les Égyptiens avaient des chiens d'appartement tout comme des chats, et les familles riches faisaient embaumer les animaux favoris tout comme les membres de la famille. Peutêtre auraient-elles préféré la crémation, si elles avaient pu deviner que les amis de la maison devaient un jour être transformés en vulgaire fumier.
HENRY DE VARIGNY !
Erreurs et vérités sur le Gorille.
Je regrette d’être obligé de détruire d'agréables illusions ; mais le Gorille ne s’'embusque pas sur les arbres de la route pour saisir .avec ses griffes le voyageur sans défiance, il ne l’étouffe pas entre ses pieds comme dans un étau; il n’attaque pas l’éléphant et ne l’assomme pas à coups de bâton. Il n'enlève pas les femmes de leur village; il ne se bâtit pas une cabane de branchages dans les forêts, et ne se couche pas sous un toit, comme on l’a rapporté avec tant d'assurance ; il ne marche pas non plus par troupes, et, dans ce que l’on a raconté de ses attaques en masse, il n'y a pas l’ombre de la vérité.