Rev. Horticole, 1861, p
3. Le latex est le suc généralement coloré contenu dans une catégorie spéciale des vaisseaux des plantes. Le latex du Pavot, qui fournit l'Opium, est blanc; celui de la Chélidoine où Grande Éclaire est jaune, etc.
cipe toxique. Exposé à l'air, ce suc s'épaissit et prend une teinte noirâtre en se desséchant. À Bornéo et à Java les naturels lPextraient facilement en pratiquant une simple incision dans l'écorce, et le conservent dans de petites tiges de bambou pour le soustraire à l’action de Pair qui l’altère assez rapidement et lui fait perdre la plus grande partie de ses qualités vénéneuses.
Ilest peu de plantes sur lesquelles l'imagination se soit plus exercée que sur l’Upas-Antiar; aussi racontet-on sur cet arbre les faits les plus merveilleux et les plus extraordinaires. Disons même à ce sujet que le botaniste Thumberg semhle s'être fait l'interprète de ces légendes lorsqu'il écrivit ces lignes, évidemment empreintes d'exagération. « L'Upas se reconnait à une grande distance ; il est toujours vert. La terre est autour de lui stérile et comme brûlée, les émanations de l’arbre produisent des spasmes et de l’'engourdissement. Si l’on passe au-dessous, la tête nue, on perd ses cheveux, une goutte de suc qui tombe sur la peau produit une vive inflammation. Les oiseaux volent difficilement au dessus, et si quelqu'un se pose sur ses branches, il tombe mort. Le sol est absolument stérile, alentour, à la distance d’un jet de pierre. Les personnes blessées avec un dard empoisonné éprouvent à l'instant une chaleur ardente suivie de convulsions, et meurent en moins d'un quart d'heure. Après la mort, la peau se couvre de taches, le visage est livide et enflé, et le blanc des yeux devient jaune. »
Passant ensuite à l'extraction de la résine par les indigènes, le botaniste d’Upsal s'exprime avec plus de vraisemblance :
« Le suc est d’un brun foncé, il se liquéfie par la chaleur comme les autres résines; on le recueille avec beaucoup de précaution. On s’enveloppe la tête,
les mains et tout le corps, pour se mettre à l'abri des émanations de l'arbre, et surtout des gouttes de suc qui en tombent, On évite même d'en approcher de trop près; pour cela, on a des bambous, terminés par une pointe d'acier, creusés en gouttières; on enfonce une vingtaine de ces bambous dans le tronc de l'arbre ; le suc coule le long de la rainure de l'acier dans le creux des bambous jusqu'au premier nœud. On l'y laisse trois ou quatre jours, pour que le suc puisse les remplir, et se figer : on va les arracher ensuite. On sépare la partie du bambou qui contient le poison, et on l'enveloppe avec grand soin. »
Autrefois, avant l'introduction des armes à feu et les progrès de la civilisation hollandaise, à Java et autres iles voisines, l’'Upas-Antiar était exclusivement employé par les naturels de ces parages à empoisonner le fer de leurs armes de chasse et de combat; c'était au moyen de ce poison que s’exécutaient les sentences Juridiques.
Le voyageur Foerch raconte aussi l'exécution de treize femmes, à laquelle il dit avoir assisté pendant son séjour à Soura-Charta : « On les conduisit à onze heures du matin vis-à-vis du palais. Le juge fit passer au-dessus de leur tête la sentence qui les condamnait; on leur présenta ensuite lAlcoran pour leur faire Jurer que cette sentence était juste, ce qu'elles firent en mettant une main sur le livre et l’autre sur la poitrine, en levant les yeux au ciel. Ensuite, le bourreau procéda à l'exécution de la manière suivante : on avait dressé treize poteaux, on y attacha les coupables. Elles restèrent dans cette situation, mêlant leurs prières à celles des assistants, jusqu'à ce que le juge, ayant donné le signal, le bourreau les piqua au sein avec une lancette trempée dans la résine de l'Upas. À l'instant, elles éprouvèrent un tremblement suivi
de convulsions et, six minutes après, aucune d'elles n'existait. Je vis sur leur peau des taches livides: leur visage était enflé, leur teint bleuâtre, leurs yeux jaunes. J’eus l’occasion de voir une autre exécution à Samarang ; on fit mourir sept Malais de la même manière, et J'observai les mêmes effets. » Contrairement à ce qui a été dit, bien des fois, au sujet de l’innocuité de la résine de l’Upas, si elle est introduite dans l’organisme par les voies digestives, on peut aflirmer que cette substance n'est pas inoffensive, qu'elle produit même des accidents graves, mais cependant moins redoutables que lorsqu'elle pénètre directement dans système circulatoire par le fait d'une blessure quelconque. Toutefois, il est hors de doute que la chair des animaux tués peut être mangée impunément, et qu'elle ne contracte aucune propriété délétère ‘.
Une plante qui attrape les poissons.
La plante dont il s’agit vit sous l’eau et s'appelle l'Utriculaire. Son nom lui vient de ce qu’elle porte une foule de petits organes creux, en forme de vessie ou d’outre, où beaucoup de petits animaux s’introduisent étourdiment. Ce qui leur advient, vous l’allez apprendre.
Je m'amusais beaucoup à voir emprisonner un ours d'eau (Z'ardigrade) ?. Il parcourait très lentement le
1. Revue des Sciences Naturelles appliquées, 1891, juillet, p. 156. Le règne végétal fournit une grande quantité de poisons que les sauvages ont appris à utiliser. Tels sont le Curare, fabriqué par les tribus de l'Amérique du Sud avec le suc du Strychnos toxifera, et qui tue en paralysant les forces de l'animal ou de l’homme blessé avec une flèche trempée dans ce suc; l'Ouabaïo, fabriqué par les Comalis d'Obock et des environs avec le suc de plantes encore mal connues, la Sfrophantine, provenant des Strophantus (Apocynées) d'Afrique, etc.
2. Petit animal épais, microscopique, de la classe des vers, ayant des sortes de pattes munies de poils raides, 11 ne faut pas le confondre avec
tour de la vessie de l'Utriculaire, comme s’il allait en reconnaissance — tenant ainsi de son gros homonyme, — et finalement il s’aventurait aux abords de la place, en ouvrait aisément la porte intérieure et faisait son entrée. La vessie était transparente et tout à fait vide, de facon que je pouvais voir très distinctement les mouvements du petit animal, et il me parut inspecter son nouveau domicile et s'émerveiller de la splendeur de cette chambre élégante ; mais il devint bien vite calme et, le matin suivant, il était tout à fait privé de mouvement, ayant ses petites pattes et griffes étendues comme s'il était raide; la « méchante » plante Pavait tué promptement.
De petits crustacés, tels que des Daphnies, Cyclops et Cypris !, étaient aussi très souvent capturés. Ces petits animaux sont juste assez gros pour être visibles à l'œil nu, mais, sous le microscope, ils sont très jolis et très intéressants.
Le gai petit Cypris surtout est emboité dans une coquille bivalve, qu'il ouvre suivant son bon plaisir, et d’où il lance ses pattes et deux paires d'antennes avec des filaments en forme de plume. Quoique très prudent, ce petit animal parvenait souvent à se faire prendre. Lorsqu'il arrivait près de l'entrée d’une vessie, il semblait réfléchir un moment et puis ensuite se sauvait; d’autres fois, il arrivait tout à fait à l’entrée, et même s’aventurait un peu plus, puis tout d’un coup se reculait comme s’il était effrayé. Un autre, moins prudent mais plus étourdi, forçait la porte et entrait à l’intérieur; mais à peine entré, il manifestait de l'épouvante, rentrait ses pattes et ses antennes, et fermait sa coquille. Après sa mort, la coquille s’ouun groupe de mammifères du mème nom dont le Paresseux est un repré-
sentant.