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Peuplades sauvages d'Amérique

familles aventureuses pénétrèrent jusque dans les contrées occidentales et méridionales de ce qui devait devenir l’Europe. Mais il est évidemment impossible d'admettre que la Lombardie et le Cantal aient seuls recu à cette époque quelques-uns des colons qui peuplèrent les premiers les solitudes du vieux monde. On ne saurait surtout supposer que les contrées placées entre ces termes extrêmes et le point de départ n'aient pas reçu leur part d'habitants. |

Bon nombre de ces émigrants primitifs durent se répandre en Asie, et en atteindre les régions centrale et méridionale. Là, ils perdirent de vue les espèces animales qui avaient d’abord servi à leur nourriture, mais ils en rencontrèrent d’autres et, parmi celles-ci, il s’en trouva que leurs instincts prédisposaient à subir l'empire de l’homme. Peut-être dès cette époque quelques tribus plus intelligentes que les autres surent-elles en profiter.

Un jour, vinrent les froids glaciaires, dont la cause s'est jusqu'ici refusée, selon moi, à toute explication. M. de Lapparent pense que leur apparition fut subite. Il se fonde sur ce fait que la chair musculaire s’est conservée intacte dans les cadavres de mammouth, découverts de nos jours dans les glaces de la Sibérie, si bien que cette chair a pu servir de nourriture aux chiens des tribus voisines. « Ces cadavres, dit-il, étaient enfouis quelquefois debout, dans les alluvions des steppes; et pour que la chair en ait été conservée sans avoir subi sa transformation en adipocire ‘ que produisent les tourbières, 11 faut que, peu de temps après la chute de l’animal dans le marais où il avait péri, la gelée ait pour toujours pris possession du sol. » — Je ne vois pas quelle objection on pourrait

1. Gras de cadavres : substance graisseuse dans laquelle se transforme parfois la chair des corps morts.

faire à cette argumentation. Aussi, ne puis-je accepter aucune des explications données par divers savants, qui toutes supposent des actions plus ou moins lentes se rattachant d'ordinaire à l'hypothèse d’un climat maritime analogue à celui que présente de nos jours la Nouvelle-Zélande.

Il est facile de comprendre les terribles effets de cette invasion du froid. Les végétaux périssaient, les animaux fuyaient; les hommes ne purent qu'émigrer en masse, à la fois pour fuir le fléau et pour ne pas perdre de vue leur gibier habituel. Affolés par cette étrange catastrophe, ils allèrent droit devant eux en tous sens. Une partie franchit alors le détroit de Behring sur la glace, pénétra en Amérique, poussa à l’ouest jusqu’au bassin de la Delaware, au sud jusqu’en Patagonie. D'autres, par des routes dont on peut déjà soupçonner quelques-unes, traversèrent l'Asie, atteignirent l'Afrique; et, tandis que certaines tribus en occupaient le nord le long de la Méditerranée et remontaient le Nil, d’autres, par des voies encore inconnues, arrivaient jusqu'aux environs du Cap. Un flot suivit les grands mammifères sibériens; et voilà comment ces émigrants arrivèrent chez nous avec les mammouths et les rhinocéros, comment notre Europe oceidentale, qui n’avait eu jusque-là que des habitants bien rares, se trouva presque subitement peuplée, au moins par places, à peu près autant que le permet la vie des peuples chasseurs.

Voilà comment, dès l’époque quaternaire, l'espèce humaine se trouva disséminée sur la surface entière du globe, et atteignit les points extrêmes des deux

continents.

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