‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 96 sur 144 · À. DE QUATREFAGES · texte numérisé non relu

À. DE QUATREFAGES

1. Introduction à l'Encyclopédie d'Hygiène, 1890, t. I, p. 85. Vve Babé et Ci.

Les cités lacustres de l’Homme fossile.

Au début l’homme s’abrita dans les cavernes. Avec le temps cependant, il apprit à construire des demeures très simples, des huttes souvent informes. Dans les régions des lacs, il apprit même à se faire des demeures sur pilotis : des demeures édifiées sur des pieux plongeant dans l'eau à proximité du rivage, et ces demeures étaient souvent agglomérées en villages ou cités. On passait de la maison au rivage au moyen d’une planche ou d’un bateau rudimentaire.

Dans les parties basses de plusieurs lacs de Suisse, en des points où la profondeur atteint 1",50, ou 42,50 au plus, on a observé d'anciens pilotis de bois, renversés quelquefois sur le fond de vase, et quelquefois le dépassant légèrement. [ls ont évidemment servi de supports à des villages, presque tous d'une date inconnue, mais dont les plus anciens appartenaient certainement à l’âge de la pierre ‘, car des centaines d’instruments semblables à ceux des monticules de coquilles et de tourbières du Danemark ont été retirés de la vase dans laquelle les pilotis étaient enfoncés.

La première description historique relative à des habitations de cette nature est la relation que nous a donnée Hérodote d’une tribu de la Thrace qui habitait, en l’an 520 avant J.-C., le lac Prasias : c’est un petit lac des montagnes de la Péonie, pays qui maintenant fait partie de la Roumélie moderne.

Leurs habitations étaient construites sur des plates-

1. Avant de savoir se servir des métaux, du fer, du bronze en particulier, l'homme sauvage a appris à tailler et à polir la pierre pour s'en faire des pointes de flèches, des haches, des couteaux et des scies. On distingue sénéralement les étapes successives de la civilisation de l’homme préhistorique par les matériaux dont il avait appris à tirer parti.

formes élevées au-dessus du lac, et reposant sur des pilotis. Elles étaient reliées au rivage par une étroite chaussée de construction analogue. Ces plates-formes doivent avoir couvert une étendue considérable, car les Péoniens y vivaient avec leurs familles et leurs chevaux. Leur nourriture se composait en grande partie du poisson que le lac produisait en abondance.

Un pareil poste, isolé comme dans une île, devait, à cette époque grossière et peu tranquille, offrir une sûre retraite, toute communication avec la terre étant interceptée excepté par bateaux ou par des ponts de bois construits de façon à pouvoir s’enlever facilement.

Les habitations lacustrés de la Suisse paraissent avoir pour la première fois attiré l’attention pendant l'hiver très sec de 1853-1854 où les rivières et les lacs atteignirent le niveau le plus bas qu’on leur eût

jamais connu, et où les habitants de Meiler, sur le

lac de Zurich, entreprirent d'élever la surface d’un certain espace et de la transformer en terrain émergé, en y jetant la vase qu'ils draguaient dans les eaux basses environnantes. Pendant les travaux de draguage on découvrit une grande quantité de pilotis de bois profondément enfoncés dans le lit du lac, et, entre eux, beaucoup de marteaux, de haches et d’autres instruments. Tous ces objets appartenaient à l’âge de pierre, sauf deux exceptions, un bracelet en fil de laiton et une petite hachette de bronze.

Les fragments de poterie grossière faconnée à la main étaient abondants, ainsi que les morceaux de bois carbonisés ayant probablement fait partie de la plate-forme sur laquelle reposaient les cabanes de bois. Ces morceaux de bois de charpente carbonisés se trouvèrent en telle quantité en ce point et en d’autres explorés ensuite, qu'on est conduit à con-

clure que la majeure partie de ces établissements ont dû périr par le feu. Hérodote nous rapporte que les Péoniens cités plus haut conservèrent leur indépendance pendant l'invasion des Perses, et défièrent les attaques de Darius, grâce à la position particulière de leurs habitations.

Ce qui les sauva, remarque M. Wylie, c'est probablement la position de leurs demeures au milieu du lac, tandis que les anciens habitants de la Suisse étaient forcés par l'accroissement rapide de la profondeur de l’eau sur les bords de leurs lacs, de construire leurs habitations à une faible distance du rivage; ils se trouvaient ainsi à petite portée d'arc de la terre, et par conséquent à portée aussi des projectiles enflammés contre lesquels des toits de chaume et des murs de boïs étaient une faible protection.

C'est probablement à ces circonstances et aux incendies accidentels que nous devons la conservation fréquente, dans la vase environnant les emplacements de ces anciennes demeures, des outils et des objets travaillés les plus précieux, et tels qu’il n’en a jamais dû être jeté dans les monticules de coquilles du Danemark, qu'on a fort bien comparés à de modernes trous à fumier.

LYELLES

Comment l’Homme se perfectionnera-t-il ?

L'Histoire montre surabondamment que, entre l’homme sauvage primitif et l'homme civilisé, il y a un pas énorme, un progrès considérable en intelligence, en industrie et en moralité. Ce progrès continuera-t-1l1? Il n’y a point de raison de croire l'homme arrivé a son apogée; tout indique

Page 1