ON É I ROC R ITI E
Pierre Mora 1 donne une recette « pour voir des songes vrais et qui tiennent lieu de révélation sur les affaires dont on est en peine de savoir quel en sera l’événement : »
« Mettez dans une espèce de bandeau lepentacule du samedy ou quelques autres faites sous les auspices de Saturne, ajoutez-y de la vervaine, et vous appliquerez ce bandeau sur votre front et le lierez modérément avec ces attaches, ensuite vous metterez une petite branche de laurier sous le chevet du lit où vous devez dormir, et, en vous couchant, vous direz l’oraison suivante aux intentions que vous aurez au sujet des révélations.
Oraison.
« Deus deorum, Dominus temporis, magister intelligenliarum , semen profunditatis, autor altis simarum , et volo ut nullum nisi abinfluentia tua cupias , » etc.
« Pour les garçons qui voudront connaître en songe la femme qu’ils épouseront 2 :
» Il faut qu’ils ayent du corail pulvérisé et de la fine poudre d’aiman, qu’ils délayeront ensemble avec le sang d’un pigeon blanc, et ils en feront une paste qu’ils enfermeront dans une large figue après l’avoir enveloppéë dans du taffetas bleu, le penderont au col et en se couchant mettront sous leur chevet
1. Zekerboni, par Pierre Mora, ms. de la Bibl. de l’Arsenal, n° 73, p. 131.
2 Même ouvrage, p. 131,
le pentacule du samedy, en disant une oraison spéciale. »
Un anonyme donne les recettes suivantes « pour rêver que l’on voit des femmes toutes nues, et particulièrement telle ou telle femme que l’on connaît et dont on a vu des portraits l. »
« Première recette. Prenez demie-once de priape de cerf ou plutôt de nature de biche calcinée, trois onces de crâne de loup aussi calciné, une once de terre sigillée et deux dragmes de bol d’Arménie, de la noix muscade et delà racine de grande consoude, trois dragmes de tragacanthe, avec une demiedragme de sel de nitre. Mêlez le tout et pulvérisezle bien dans un mortier. Manière de s’en servir. Il faut ou s’en saupoudrer le sommet de la tête ou le distribuer en saquets d’une demie-once. »
« Deuxième recette. Prenez la poudre delà recette précédente et joignez-y un égal poids de graisse d’ours femelle et cinq onces d’huile de baleine. Faites bouillir le tout pendant un demi-quart d’heure et versez-le dans un vase de verre que vous laisserez exposé au soleil pendant quarante jours d’été. Manière de sen servir. Frottez-vous de cet onguent la plante des pieds, le creux de l’estomac, le nombril et la nuque du col. »
Le même auteur nous révèle un beau secret,
1. L’Art de se rendre heureux par les songes, c'est-à-dire en se procurant telle espèce de songes que l’on voudra. Francfort et Leipsic, 1746, in-12, p. 157.
ONÉIROCRITIE
« pour rêver qu’on couche avec une femme et qu’on en obtient les dernières faveurs 1 : »
« Prenez deux onces de racine de scammonée et de camomille romaine calcinées, trois onces d’arrettes de morues et d’écailles de tortues aussi calcinées. Mêlez le tout dans cinq onces de graisse de castor mâle, et ajoutez-y deux onces d’huile de fleurs de scammonée bleue, cueillies le matin dans les premiers jours du printemps. Faites bouillir cette composition avec une once de miel et six dragmes de rosée recueillie sur la fleur de pavot. Vous pouvez à cet onguent ajouterune sixième partie d’opium, et après l’avoir versé dans une bouteille de verre qu’il faudra ensuite sceller hermétiquement, vous le laisserez exposé au soleil pendant deux grands mois d’été, au bout duquel temps vous serrerez la bouteille dans un caveau frais et vous la laisserez tout l’hiver enfoncée dans du sable ; vous l’en retirez au printemps et vous casserez la bouteille pour en retirer l’onguent que vous garderez dans un pot de grais pour votre usage. Il n’est pas mal d’en faire plusieurs bouteilles à la fois; c’est le précieux onguent auquel j'ai dû mon repos, ma tranquillité, mon innocence, et tout le système ou l’art nouveau de félicité, dont j’ai le bonheur de pouvoir faire présent au genre humain. »
Cardan 2 parle d’un état de veille qui approche du sommeil et donne des visions analogues aux rêves :