SONGES CURIEUX
Paul Jove 1 raconte que :
1. En la Vie de Sforce, cité par Goulart dans son Tlirésor d’histoires admirables.
ONÉIROCRITIE
« Le grand Sforce, renommé chef de guerre en Italie, un jour devant que partir d’Orthone, pour aller contre les ennemis qui assiégeoyent Aquile, songea, un peu devant jour, qu’il estoit tombé au fond d’une rivière où il se trouvoit en extrême danger, et qu’il voyoit un grand homme comme on peint saint Christophe, auquel il crioit à l’aide, sans effet toutesfois. Il se res veille, et montant à cheval au passage de la Pesquaire, rivière jadis nommée Alterne, voulant rescourre le page qui portoit son casque et estoit tombé dans l’eau, en lui tendant la main, son cheval erfondra dans la vase et le renversa tout armé dedans la rivière, où il fut noyé sans pouvoir être rescous. »
On lit dans une Histoire de Charles IX , que cite Simon Goulart, sans en nommer l’auteur :
« Louys de Bourbon, prince de Condé, estant couché, la veille de la bataille de Dreux, et devisant avec quelques gentilshommes restez en sa chambre, dit au ministre qui avoit fait la prière : « Je scay qu’il » ne faut point s’arrester aux songes ; mais si faut-il » que je vous die ce que j’ay songé la nuict passée. » Il me sembloit que j’avois donné trois batailles » l’une après l’autre, obtenant finalement la victoire, » et voyant nos trois ennemis morts, mais que j’es- » tois blessé à mort, tellement toutesfois que les ayant » tous trois fait mettre morts les uns sur les autres, » et moy par dessus, j’avois ainsy rendu l’esprit à « Dieu. » Sur la réponse qui luy fut faicte, que les pensées qui occupoient lors son esprit pouvoyent
avoir causé ce songe; qu’au reste, vivant ou mourant, il ne pouvoit faillir de demeurer victorieux, il dit ces mots : « Ainsi soit-il ! « Tant y a que l’effect semble avoir vérifié cette vision ; car ses trois ennemis furent entassez l’un sur l’autre, à sçavoir le mareschal de Sainct-André le lendemain, le duc de Guise devant Orléans, le connestable à la bataille Saint-Denis, et luy sur eux tué de sang-froid à la bataille de Bassac. »
D’après le docte médecin Louis Guyon 1 :
« Le roy Henri III, trois jours avant qu’estre tué à Saint-Cloud, par Jacques Clément, Jacopin, le premier jour d’aoust 1589, avoit veu en songeant tous les ornements royaux, comme camisoles, sandales, tuniques, dalmatiques, manteau de satin azuré, la grande et petite couronne, le sceptre et la main de justice, l’espée et les espérons dorez, tout ensanglantez et foulez aux pieds par des moines et du petit peuple, et qu’il s’en estait aprement courroucé contre le secrétaire de l’abbaye de Saint-Denis. Combien qu’on luy eut donné avis sur ce songe de se tenir sur ses gardes, si est que comme chose forcée du ciel, ce sembloit, ne put éviter qu’il ne fust tué, quelque bonne garde qu’on fît autour de lui. »
Un onéiropole nous fait connaître ce songe bizarre 2 :
« 1. Louis XIV étant à Marly et s’étant endormi