I. Ms. de laBibl, de l’Arsenal, S. et A,, n°84, f
Le Père Crespet 1 indique avec horreur les moyens dont use le diable pour empescher l’effet du mariage :
« Premièrement, on tient qu’il oste la puissance d’engendrer, par certaines racines d’herbes et jus qui refroidissent et rendent les parties sans chaleur ;
» Secondement, en séparant et distrayant les corps de l’un et de l’autre, de peur qu’ils ne s’accouplent;
» 3° En divertissant et alliénant leur volonté de se joindre ;
» 4° En alliénant seulement la volonté de l’une des parties, non de l’autre, pour la transporter ailleurs ;
« 5° En réprimant et assoupissant la nature;
» 6° En empeschant l’élancement des esprits esquels la vertu de se rémuer consiste et en retenant les membres ;
» 7° En estoupant les conduits de la semence, de peur qu’elle ne distile, ny découle au vaisseau propre à engendrer;
» 8° En assaillant et se saisissant des corps de l’un et de l’autre, et polluant de diverses perturbations les mouvements de leurs esprits ;
» 9° En rendant inutiles les membres dédiez à la génération ;
» 10° En persuadant à l’un, que l’autre est difforme
1. Deux livres de la hayne de Sathan et malins esprits contre l’homme, etc., par P. P. Crespet, prieur des Célestins de Paris,'Paris, Guill. de la Noue, 1590, in-12, p. 274 v°.
NOUEMENT DE L’AIGUILLETTE et mal accomply, et qu’avec cela il luy est couvertement ennemy et fort contraire. »
D’après P. de l’Ancre \ les nouements d’aiguillette sont de diverses sortes :
« 1° En rendant les maris odieux l’un à l’autre. Parfois le démon inspire des désirs à l’homme et à la femme, et, quand ils en viennent aux embrassements, leur inspire un dégoût invincible.
» 2° Quand le diable donne un telempeschement, que le corps des espoux ne peut se joindre, et les divise et sépare, etc.
» 3° Si les esprits vitaux sont empescbez de s’écouler, etc.
» 4° Si la nature est inerte, etc.
» 5° Lorsque les sorciers usent de quelques agents naturels qui ostent le moyen et la force au mary, etc.
» 6° Quand le diable ferme l'emboucheure de la nature ou faict qu'il s’y trouve une trop grande arctitude, ou qu’il retire et resserre à l’homme ses parties génitales, on qu’il les lui oste tout à fait, etc.
» 7° Lorsque le démon enchâsse l’homme avec la femme d’une telle façon, qu’ils se trouvent liez, prins et collez, comme avec du glu, et si puissamment, qu’a peine les pourroit-on disjoindre ou deslier... Ce qui a a esté autrefois ordinaire, comme on dit, dans la ville de Karente, où ceste manière de liaison estoit si forte, que souvent on mettoit les personnes
1. l’Incrédulilé et mescréance du sortilège plainement convaincue, p. 319.
liées en la façon des chiens accouplez, sur une perche, le mâle d'un costé, la feraele de l’autre, en forme de balance propre pour peser leur crime ou forfait : les exposant à la risée du peuple comme un spectacle monstrueux, avec une huée et acclamation si grande qu’il sembloit que Dieu se fût servi de la main du diable, comme de celle d’un bourreau, pour exécuter cette sorte de supplice envers des gens qui l’avoient bien mérité. Que si on exigeoit semblables peines de tous adultères ou concubinaires, la peine et l’infamie seroit aux plus notables cent fois plus griefve que la mort. »
Le bon Père Grespet ’, prieur des Célestins, énumère très-sérieusement force remèdes contre le charme, mais il n’en conseille aucun et pour cause : « Pour empescher le nouement de l'aigublette, il faut parfumer la chambre d 'hyppericon serapinum , porter la pierre magne , le cœur d’une tourterelle, manger un oiseau nommé pic, boire de la tyriaque meslée avec ledit hyppericon, porter du corail, racine de péone, armoise, le cœur d’une caille, à sçavoir : si c’est l’homme, qu’il porte le cœur du masle ; si c’est la femme, qu’elle porte le cœur de la femelle, mais je croy que toutes ces receptes sont frivoles et superstitieuses. Il est vray que le charme est comme une poison, laquelle désire un antidote, de peur qu’elle ne fasse mourir, etc., etc.
« Les autres, ajoute-t-il, pour chasser le charme,