Les Livres de Cardan, p. 228, v
en leur bouche la feuille dicte béthel, pour telle affaire, quoiqu’ils ne soient fort enclins à paillardise, pour cause (peut-être), que la nature du lieu à ce répugne, qui les énerve et débilite par trop grande chaleur. Béthel est ce que les boutiques appellent feuilles d’Inde , en latin, folium indicum , en grec malcibathrum. Cette feuille, verte, semble grandement profiter à Vénus. Elle noircit les dents, si elle est mâchée. La plante de cette feuille rampe comme lierre, la feuille est semblable au laurier, distincte et séparée de cinq lignes... J’ay plus diligemment expliqué cette plante, pource que la feuille, cueillie en abondance, moult récrée l’homme et tant fort réjouit, qu’il oste le soucy de la mort instante et proche, le sens estant sain et entier, et ce luy est la principale vertu : car, si tu ostes le sens, tu osteras la tristesse et crainte, comme à ceux qui ont mangé de la morelle, dicte solanurfi halicabon , ou du fruit de strimonie ; mais le sens demeurant entier, c’est chose admirable et rare d’oster tout soucy et toute crainte. »
Etteilla 1 rapporte qu’il fut appelé un jour pour guérir un jeune homme malade d’amour :
« Nos conversations, dit-il, furent infiniment diffuses : en commençant, mon malade disoit qu’il ne croyoit pas que je fusse aussi bon devin pour voir qu’il seroit marié, comme effectivement je l’étois
1. Fraç/mcnt sur les hautes sciences, par Etteilla. Amsterdam, 178"), in-12, p. 02.
SECRETS D’AMOUR
pour deviner ce qu’il étoit persuadé de savoir seul; il me fallut lui protester de nouveau que je possédois assez parfaitement la science des génies, celle des talismans et même un peu de bonne magie; enfin, je lui témoignai, sur la foi de la cartomancie, qu’il épouseroit celle qu’il aimoit, dès qu’il pourrait sortir...-
» Arrivé chez moi, je m’endormis profondément ; le lendemain, en me réveillant, je fis ma prière pour moi, et ensuite pour que les loups ne se mangent point, et de là je fus rendre ma visite. Mon malade, las d’avoir bavardé, avoit dormi toute la nuit, et la fièvre avoit disparu : je lui lus quelques passages de la Médecine de Esprits, tel celui-ci : qu’un homme qui est vaincu ne peut guère vaincre les autres... et, pour finir, que, dans six semaines, jour pour jour, il seroit marié ou que je perdrais toutes mes visites et les 300 livres de rente qu’il me promettrait. Mon malade, on devoit s’y attendre, se maria, mais,, un jour avant les six semaines, et ce fut sans doute ce terrible jour de moins, qui fut la cause de ce que l’on doit encore s’attendre, qu’il ne me donna pas un sou, quoiqu’au fait il n’en revenoit pas sans moi (j’en ai les certificats de toutes les Facultés), et sûrement sa prétendue, étant consolée, en aurait épousé un autre. »