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Le Dernosterion, souvent cité, p

2. L’Incrédulité et mescréance du sortilège plainement convaincue, p. 322, 346.

que sa femme, advertie du maléfice, Testant venu trouver, fureta si exactement par la maison de la sorcière, qu’elle trouva dessoubs son lict, pour instrument de ce sort, un crapaut enfermé dedans un pot, ayant les yeux confus et bouchez, lequel elle prit : et, luy ayant desillé les yeux, elle le fit brasier; et, si à propos qu’aussitost l’amour et l’affection de sa femme estant rappelés par la nature dans sa mémoire et souvenir, il s’en retourna chez lui et passa heureusement le reste de ses jours.

» Un comte de Westravie, aux confins du diocèse argentinois, ayant esté lié par une sienne concubine avec un chauderon enchanté, par le moyen d’une magicienne ou sorcière, laquelle l’avoit jetté dans la cour du chasteau du comte, il fut charmé de façon qu’il demeura trois ans lié, sans qu’il peut avoir nulle accointance avec sa femme. Enfin, elle Testant un jour allé voir, par fortune luy ayant demandé comme par risée s’il avoit des enfants, il luy fit accroire qu’il en avoit trois fort beaux, et sa femme preste à accoucher. De quoy elle fut si étonnée, qu’elle ne se peut tenir de dire : « Maudite soit la » sorcière qui m’apprint si malheureusement à jetter » le chauderon dans le puits, afin que vous ne puis- » siez connoistre votre femme ! » Et luy ayant conté le tout plus au long, il part aussitost et fit tirer du puits ce chauderon charmé, et l’ayant brisé et faict brasier la sorcière, il consomma son mariage et eut de très-beaux enfants.

» Et, au diocèse de Lausanne, une sorcière, ayant

NOUËMENT DE L’AIGUILLETTE 385

caché un serpent d’airain soubs le seuil d’une porte, rendit toute une famille impuissante, si bien que non pas même les animaux ny les juments ne pouvoient concevoir ny rendre à perfection leurs petits. Et la maistresse de la maison fit sept abortifs avec de grandes douleurs, jusqu’à ce que le sortilège fut descouvert.

» Or, s’il n’y eut eu delà liaison magique, ajoute l’auteur, et que c’eust esté la seule imagination qui eut opéré cet effet, elle ne pouvoit estre semblable ny préjudicier à tous ceux de la famille ; car l’imagination n’est pas chose héréditaire. »

Le Père Lebrun 1 examine gravement s’il y a lieu de croire qu’il y ait réellement des noueurs d’aiguillette :

« On ne peut douter, dit-il, que l’imagination ne puisse empêcher l’usage du mariage. On a cru trèsanciennement qu’il y avoit des noueurs d’aiguillette. Hérodote et Tacite en parlent, et il y a longtemps que des personnes ont recouru à des secrets, soit naturels, soit superstitieux, pour s’opposer au mauvais effet des prétendus noueurs d’aiguilletle; c’est pourquoi l’Eglise en a fait mention depuis très-longtemps dans les rituels et a déclaré excommuniés tous ces noueurs.

« L’abbé Guibert, de Nogent, dit que son père et sa mèreavoient été arrêtés par un semblable maléfice pendant sept ans, et qu’après cet intervalle une

1. Histoire critique des Pratiques superstitieuses, t. Ier, p. 246.

vieille femme rompit le maléfice qui leur laissa libre l’usage du mariage. Cet auteur ajoute que, s’il y a plusieurs secrets de magie fort cachés, celui des noueurs du mariage étoit connu et mis en pratique par les ignorans et le bas peuple. »

« On m’a faict voir, dit P. de l’Ancre \ une sorcière, laquelle faict merveille à deslier, car elle a des ié une jeune mariée qui couroit journellement les champs de plain jour comme un lycanthrope, et avoit des convulsions et des cris et eslans si furieux et dénaturez, qu’on eust dict qu’elle estoit possédée. . . Elle commanda à une femme, liée pour la génération seulement et non pour la copulation, d’écrire quelque chose qu’elle lui diroitet mettre une espée soubz la coitte de son lit, lorsqu’elle et son mary seroient couchez ensemble, ce qu’elle n’a jamais voulu faire, se doubtant bien que cet escrit n’estoit que la promesse que le diable vouloit exiger d’elle... Elle vivoit dans le village où elle habitoit, sans estre aucunement inquiétée par la justice, parce qu’elle prétendoit employer seulement son art à délier les maléfices... Mais elle a dict à plusieurs personnes dignes de foy, qui me l’ont asseuré, que, voulant deslier, entre autres bagatelles que le diable a toujours coutume de mesler en la guérison de toute sorte de gens maléficiez, elle couchoit une nuict avec le mary maléficié dans son lit nuptial, et lui apprenoit des

1. L’Incrédulité et mescréance du sortilège plainement convaincue, p. 324.

SECRETS D’AMOUR

tours et retours qui reviennent et semblent se rapporter au Fescennins des anciens. Ce qui est grandement fâcheux à celuy qui doibt entrer en licence avec une vieille hideuse et espouvantable, et là se laisser conduire, et tous les membres de son corps, à des embrassements diaboliques... Pour celle-ci, elle n’est ny trop vieille ny trop affreuse. Tout ce que je trouve de plus estrange, c’est qu’elle employé sa fille, qui est jeune et mariée, à mesme mestier et exercice : ayant si bien estourdy les pensées de son mary, et lié le parler et la langue de tous ceux de son village, soubs prétexte de ce qu’on ne voit le mal qu'elle faict, ains seulement le bien de ses cures et guérisons, que ny l’une ny l’autre ne sont recherchées de la justice, ains elles sont appelées en plusieurs bonnes maisons, où à mon advis elles font et deffont, lient et deslient, ou procurent quelque autre mal, parfois pire et plus préjudiciable que celuy-là. »

SECRETS D’AMOUR

Le Révérend Père en diable Picatrix 4, comme l’appelle Rabelais, enseigne ce moyen astrologique et magique :

« Pour mettre de l’amour entre deux personnes, faites deux images : que l’ascendant soit à la première face de l’Écrevisse, que Vénus soit en icelle, que la Lune soit dans la première face du Taureau

i. Œuvres, ms, de la Bibf de l’Arsenal, n° 83, p. 123.

et dans la douzième maison; et joignez ces images, de façon qu’elles s’embrassent, puis vous les ensevelirez toutes deux en terre, dans le lieu où sera l’une des personnes, et elles s’aimeront constamment. »

Le cabaliste Pierre Mora 1 indique cet autre moyen :

« Pour se faire aimer, on prendra, par exemple, un cœur de colombe, un foye de passereau, la matrice d’une hirondelle, un rognon de lièvre ; on les réduira en poudre impalpable, et la personne qui composera le philtre ajoutera partie égale de son sang séché et pulvérisé de même : et si on fait avaler deux ou trois fois la dose d’une dragme de cette poudre à la personne qu’on veut induire en amour, on verra un merveilleux succès. »

Le Livre des secrets de magie '1 présente un grand nombre de recettes aussi singulières, que nous avouons n’avoir jamais expérimentées pour notre compte :

« Pour l'amour : Ayez un crapau en vie, un vendredy avant le soleil levant, à l'heure de Vénus, et vous l’attacherez par les deux pâtes de derrière dans votre cheminée, et quand il sera bien sec, vous le metterez en poudre dans un mortier, et vous l’envelopperez dans une feuille de papier, et vous le metterez sous un autel par derrière pendant trois jours, et vous l’irez retirer le troisième jour à la même

1. Zekerboni, ms. de la Bibl. de l’Arsenal, déjà cité, p. 168.

2. Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, n° 84, souvent cité, p. 246, 254 et 24.

SECRETS D’AMOUR

heure. Notez qu’il faut que l’on dise la messe sur cet autel, et quand vous l’aurez retiré, autant de filles ou femmes que vous voudrez, vous en metterez sur quelque fleur, et elle vous suivra partout. »

Ou bien, « vous vous arracherez trois poils des parties secrètes et trois de dessous l’aisselle gauche, et vous les ferez brûler sur une pelle à feu bien chaude, et quand ils seront brûlez, vous les réduirez en poudre et vous les metterez dans un morceau de pain que vous metterez dans la soupe ou dans du café, et sitost que la fille ou la femme à qui vous en aurez donné en aura pris, soyez persuadé que jamais elle ne vous quittera. »

Un autre livre du même genre ‘donne une curieuse recette, que nous recommandons aux intéressés :

« Pour garantir le cocuage : Prenez le bout du membre génital d’un loup, le poil de ses yeux, celuy qui est à la queue en forme de barbe, réduisez cela en poudre par calcination et le faites avaler à la femme, sans qu'elle le sache : elle sera fidelle. La moelle de l’épine du dos d’un loup a le même effet. » « Je ne fay doute, dit Cardan 1 2, de mettre entre les merveilles des plantes ce que Theophrastus, au quatrième livre, récite des arbrisseaux : une herbe avoit été apportée des Indiens, laquelle si quelqu’un la mange, li pourroit satisfaire à l’acte vénérien septante fois le jour... Les Indiens portent de présent

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