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ÉNIGMES ET SYMBOLES

Les alchimistes cachaient sous un langage énigmatique et sous des caractères symboliques, leurs recherches à la poursuite du Grand Œuvre et les substances qu’ils manipulaient dans leur laboratoire.

L’auteur de la préface de la Bibliothèque des philosophes chimiques s’exprime ainsi à propos des énigmes et des symboles dont sont remplis les livres alchimiques :

« Nous ne pouvons voir la lumière que parmi ces obscurités et ces énigmes. Ce n'est que parmi ces épines que nous cueillerons cette rose mystérieuse : nous ne sçaurions entrer dans les riches jardins des Hespérides pour y voir ce bel arbre d’or et en cueillir les fruits si précieux, qu’après avoir deffait le dragon qui veille toujours et qui endeffend l’entrée ; et nous ne pouvons enfin aller à la conquête de cette toison d’or, que par les agitations et par les écueils de cette mer inconnue, qu’en passant entre ces rochers qui se choquent et se combattent, et qu’après avoir surmonté ies monstres épouvantables qui la gardent. »

Les Sept Chapitres attribués à Hermès 1 décrivent

1. Yoy. le t. Ier de la Bibliothèque des Philosophes chimiques.

ainsi les diverses phases de l’opération alchimique :

« Mais lorsque nous unirons le Roi couronné à notre Fille rouge, cette Fille, par le moyen d’un régime de feu si bien tempéré, qu’il ne puisse rien gâter, concevra un Fils, qui sera uni à elle etqui sera pourtant au-dessus. Elle nourrit ce Fils, et le rend fixe et permanent avec ce petit feu. Et ainsi le Fils vit de notre feu.

» Et quand on laisse le feu sur la feuille de soufre, il faut que le terme des cœurs entre sur lui, qu’il en soit lavé, et qu’ainsi son ordure sorte hors de lui. Il se change alors, et quand il est tiré du feu, sa teinture devient rouge comme les chairs vives.

» Notre Fils, qui est né roi, reçoit sa teinture du feu ; après quoi, et la mort, et la mer, et les ténèbres le quittent, parce qu’il devient vivant; il se dessèche et se fait poudre ; et il a une lueur vive et éclatante.

» Le Dragon, qui garde les trous, suit les rayons du Soleil. Notre Fils, qui est mort, reprendra la vie. Il sortira du feu étant roi, et se réjouira de son union et de son mariage. Ce qui étoit occulte et caché deviendra manifeste, et le lait de la Vierge sera blanchi.

» Ce Fils, ayant reçu la vie, combat contre le feu; il a une teinture, la plus excellente de toutes les teintures. Car alors il a le pouvoir de faire du bien, en communiquant cette teinture à ses frères. Et il contient en soi la philosophie, puisqu’il en est le fruit et l’ouvrage.

» Venez, fils des sages; réjouissons-nous tous en-

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semble; faisons éclater notre joie, par des cris d’allégresse, car la mort est consumée. Notre Fils règne, et il est revêtu et paré de sa pourpre. »

Philalèthe pseudonyme de l’Anglais Thomas Vaugan, explique, aussi, sous un voile allégorique, la formation de la Pierre philosophale :

« De là se fera, dit-il, le Ghaméléon ou notre Cahos, dans lequel sont cachés tous les secrets en puissance et en vertu, et non pas actuellement. C’est là l’enfant hermaphrodite, qui, dès son berceau, a été infecté par la morsure du chien enragé de Gorascène ce qui fait que l’hydrophobie (c’est-à-dire la crainte continuelle qu’il a de l’eau) le rend fol et insensé ; jusque-là que, quoique l’eau lui soit plus proche qu’aucune autre chose naturelle, il en a pourtant horreur et la fuit : quels destins !

» Il y a, toutefois, deux colombes, dans la forêt de Diane, qui adoucissent sa rage furieuse, si l’on sçait les y appliquer par l’art de la nymphe Vénus ; alors, de peur qu’il ne retombe dans l’hydrophobie (et afin qu’il n’aye plus d’aversion de l’eau), plonge-le et le submerge dans les eaux, en sorte qu’il y périsse. Ce chien qui se noircit de plus en plus, et toujours enragé, ne pouvant souffrir ces eaux, presque noyé et suffoqué, montera et s’élèvera sur la surface des eaux. Chasse-le en faisant pleuvoir sur lui, et en le

1. Son traité célèbre de la Transmutation des métaux est réimprimé dans le Supplément de la Bihl. des Philosophes chimiques. (Paris, 1754, in-12.)

battant fais-le fuir bien loin; ainsi les ténèbres disparaîtront. »

D’anciens vers français, imités des Sept Chapitres, qui étaient attribués à Hermès *, représentent, sous une forme allégorique, la série des opérations a exécuter pour obtenir la Pierre philosophale :

Car une semence en ce lieu Est commencement et milieu Et tin de cet Œuvre admirable;

C’est aussi, comme on a escrit,

Un sel, une eau et un esprit,

Lesquels estant unis ensemble,

Ne font qu’un baume, ce me semble,

Et puis à ce baume parfait Mercure est baillé en elfet.

Une huile en sort, que Mercure tait disparaître.

Puis Mars, en queste raison,

Fait mettre Mercure en prison Par les chevau-légers du camp,

Et le donne en garde à Vulcan;

Alors les couleurs paroissant,

Vont l’une après l’autre naissant.

Voici venir la couleur blanche :

Puis la Lune, d’un habit gris,

Argenté des eaux qu’elle a pris,

Avec larmes et tout en deuil,

Pleure son mary le Soleil.

i. On trouve ces vers à la suite des Œuvres de Valois et de Grosparmy, Ms. cité, p. 224.

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On continue à chauffer le métal dans la cornue :

Jusqu’à temps que Vénus la belle Arrive, portant entour d’elle Manteau rouge doublé de vert,

Dont tout sou beau corps est couvert.

Après, du ciel ou air issant,

Sort un Animal très puissant Avec plusieurs petits encore, Lesquels soudain Vulcan dévore.

Puis vient un Vieillard transparent,

De cet animal s’emparant.

Duquel finit icy la chose Que tout au long icy j’expose...

Le Grand Olympe , poème alchimique du seizième siècle, donne une description analogue ', empruntant ses figures à la mythologie. D’abord il tire son allégorie des quatre âges du monde : à l’âge d’or succède l’âge d’argent :

Après vient Saturne le noir,

Que Jupiter, de son manoir Issant, déboule de l’empire Auquel mesme la Lune aspire;

Aussv fait bien dame Vénus,

Qui est l’airain, je n’en dis plus,

Sinon que Mars, montant sur elle,

Sera du fer l’aage mortelle,

Après lequel apparoistra Le Soleil quand il renaistra.

i. Ce poème étrange a été recueilli comme annexe avec les (JE uvres de Grosparmy et de Valois, Ms. cité plusieurs fois.

Ensuite il parle de Python :

Pourtant venons, s’il est possible,

A. Python, grand serpent horrible,

Lequel, entre maints animaux,

Tant présens, passez, que nouveaux,

D’icelle déluge et de ses boues Qui sont restées par nos roues,

Est engendré, moyennant sol,

Ferment de cet élément mol :

Ce grand serpent qui la montagne Couvre quasi et accompagne,

Tant il est grand et plein d’horreur,

Qu’à tous hommes il fait terreur;

Sinon Apollon, dont atteinte Ne fut son âme de la crainte.

Enfin il passe à Protée :

Tantost la forme d’un serpent Ce fils du dieu Neptune prend,

Puis la forme d’un beau jeune homme,

Qu’ enfant philosophique on nomme;

Puis encore, bien me souvient,

Qu’en la forme de pierre il vient,

Qui puis est en blanche eau fondante Comme feu, ainsi qu’il étoit Quand R. Lulle le portoit Dans une boete moult luisante D’or fin émaillé et plaisante,

Et que moy dans yvoire fin Ay longtemps gardée en cofin.

On trouve une allégorie d’un tout autre genre dans

la Vision advenue en songeant à Ben Adam , au temps

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du règne du roy d’ A dama, laquelle a été mise en lumière par Floretus à Bethabor 1 :

« Et j’entendis de rechef une voix du ciel, parlant à moy et disant : « Va, et prens ce livret ouvert, de la main de cet ange qui se tient sur la mer et sur la terre? » et j’allay vers l’ange et luy dis : « Baille-moy ce livret? » Et je pris ce livret de la main de l’ange, le luy donnay pour l’engloutir. Et, comme il l’eust mangé, il eust des tranchées au ventre si fort, qu’il en vint tout noir comme du charbon, et comme il estoit dans cette noirceur le soleil luisit clair comme au plus chaud midy, et de là changea sa forme noire comme un marbre blanc, jusqu’à ce qu’enfin le soleil estant au plus haut, il devint tout rouge comme le feu, et alors le tout s’évanouit... Et du lyeu où l’ange parloit... s’éleva une main tenant un verre, dans lequel il sembloit y avoir une poudre de couleur de rose rouge... Et j’entendis un grand écho disant : « Suivés la Nature, suivés la Nature! »

Voici la description des sept figures symboliques d’ Abraham le Juif, qui furent trouvées dans son ouvrage, dit-on, par Nicolas Flamel 2, et qui étaient exposées dans la maison de ce célèbre maître écrivain à Paris, à la fin du quatorzième siècle.

« Première figure. Au quatrième feuillet est dépeint le premier agent : sçavoir est un jeune homme

1. Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, Sc. et A., n° 168, in-8°, p. 14.

2. Figures d' Abraham le Jmf, manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal. in-4°, avec sept miniatures très curieuses, Sc. et A., n° 154.

en l’air dans une nuée, ayant une salade en teste et une cuirasse à la romaine, des aisles aux talons, et tenant de la main droite un caducée frappant sa salade. A la main gauche est un vieillard, aussy dans une nuée, représentant ^ (Saturne), habillé de bleu jusqu’aux genoux, ceint, nues jambes, tenant une faux pour couper les jambes à ^ (Mercure), ayant des aisles à ses épaules et une horloge de sable sur sa teste.

» Deuxième figure. Est figurée une montagne remplie de sept cavernes et sept serpents terrestres volatils. Les uns hors de leurs cavernes, noirs, par le dos et flavastres par le ventre, leurs ailes noires, excepté celuy qui dévore un autre serpent qui n’a point d’aisles et luy a des aisles d’or. Sept autres griphons, sortans de leurs nids ou cavernes de ladite montagne, revestus de leur plumage et aisles blanches, le reste du corps et griffes jaunes, se désirans combattre l’un l’autre; au bout de la montagne est un griffon qui veut manger un autre griffon ; et à main droite, au pied de deux roches est un serpent qui veut manger l’autre ; et au haut de la montagne est un rameau ayant le pied bleu et les branches et feuilles d’or, portans fleurs blanches et rouges agitées du vent d’aquilon.

» Troisième figure. Est dépeint et représenté un jardin clos de hayes, où y a plusieurs quarreaux. Au milieu y a un vieil creux de chesne, au pied duquel à costé y a un rosier à feuilles d’or et les roses blanches et rouges, qui entoure le dit chesne jusqu’au haut,

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proche de ses branches. Et au pied dudit creux de chesne bouillonne une fontaine clere comme argent, qui se va perdant en terre ; et plusieurs qui la cherchent estoient quatre aveugles qui la hoüent et quatre autres qui la cherchent sans fouiller, estant ladite fontaine devant eux, et ne peuvent la trouver, excepté un qui la pese en sa main.

» Quatrième figure. Est dépeint un champ, auquel y a un roy couronné, habillé de rouge à la juifve, tenant une espée nué : deux soldats qui tuent des enfants de deux mères qui sont assises à terre pleurans leurs enfants; et deux autres soldats qui jettent ledit sang dans une grande cuve pleine dudit sang, où le soleil et la lune, descendans du ciel ou des nues, se viennent baigner : et sont six soldats armez d’armure blanche, et le roy fait le septième, et sept innocents morts, et deux mères, l’une vestue de bleu qui pleure s’essuiant la face d’un mouchoir, et l’autre qui pleure aussi, vestue de rouge.

» Cinquième figure. Est dépeint un caducée, deux serpents s’engloutissant l’un l’autre, la verge d’or, les serpents bleus sur le dos et flavatores au ventre.

» Sixième figure. Est dépeinte une figure d’un serpent crucifié, mort et cloué à une croix de deux clouds, la teste à la branche droite et la gueule à gauche.

» Septième figure. Est dépeint un désert, auquel y a quatre fontaines au milieu, dont deux fontaines supérieures : sourdent de chacune deux fleuves, d’où sortent plusieurs petits serpenteaux qui se promènent

par ]e désert, peints de bleu sur le dos et flaves sur le ventre. Et les deux autres inférieures qui sont audessous : sort de chacune un fleuve, d’où sortent encores serpenteaux qui rampent parmy les déserts. »

D’après le Recueil de M. Duclos sur la transmutation des métaux *, les figures du juif Abraham, aussi bien que celles dont l’invention appartenait à Nicolas Flamel, symboliseraient les quatre opérations nécessaires à la création de la Pierre :

« La première représente la mortification du mercure vulgaire meslé avec du sel commun et du vitriol, par le dieu Mercure, à qui Saturne coupe les jambes de sa faux ;

» La deuxième représente la sublimation de ce mercure mortifié, par une fleur agitée du vent sur le sommet d’une montagne et gardée par deux dragons ailés ;

» La troisième représente la revivification de ce mercure sublimé, par une fontaine qui sort du pied d’un rosier planté dans un beau jardin;

» La quatrième est de la préparation de l’argent ou de l’or ouverts par le mercure vulgaire non préparé, ce que représente le bain du soleil et de la lune dans le sang des enfants ;

« La cinquième, pour signifier la solution et volatilisation régulière du fixe, par un serpent qui dévore l’autre sur une baguette. Les deux serpents, dont l’un dévore l’autre, sont les deux parties du métail ré-

1. Ms. de la Bibliothèque de l’Arsenal, S. et A., n° 111, in-4°.

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soult, l’une terrestre, l’autre aqueuse, qu’il faut fixer l’une par l’autre ;

» La sixième, pour désigner la coagulation et fixation du volatil, par un serpent entortillé sur une croix;

» La septième et dernière est pour le dernier cercle, qui est la multiplication représentée par des fontaines dans un désert et par des serpents dans les ruisseaux de ces fontaines. »

Un recueil de pièces sur l’alchimie 1 contient ce récit du Voyage symbolique d’un adepte :

« Avec la protection du Très-Haut tctra-pentagrammaton, dont la souveraine bonté m’a conservé toujours ce précieux milieu quocl tenuere beati , dans mon pèlerinage laborieux entre le ciel... et le globe pierreux, j’ai respiré... et trouvé ma nourriture entre les deux poleres arctique et antarctique, dans le plus haut du ciel et la sphère de Saturne, à l’aspect très bonefique de Vénus. Par la favorable introduction de Mercure, je me suis vu conduit dans le cabinet du Soleil..., où j’ai reconnu que la vraye et maistresse Pierre angulaire et cubique est la base et le vray centre de la lumière, sortant de soy-mesme des ténèbres de ce caillou blanc, de cette onction qui enseigne toutes choses, de cette sagesse céleste qui assiste continuellement le throne du Très-Haut, dont découle cette huyle de joie, ce baume de vie trian-

1. Ms. de la Bibliothèque de l'Arsenal, S. et A., n° 181 bis, in-folio, t. II, p. 75.

gulaire, ie vray escarboucle de nos anciens pères et prédécesseurs..., » etc.

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