‹ Curiosités des sciences occultesChapitre 27 sur 198 · Œuvres, Ms., p · texte numérisé non relu

Œuvres, Ms., p

Un alchimiste du dix-huitième siècle, qui n’a fait que répéter les théories de ses devanciers en leur prêtant une forme moins symbolique et plus vulgaire, nous offre cette recette pour préparer l’esprit mercuriel :

« Prenez donc, au nom de Dieu, d’une mine d’argent-vif rouge et semblable au cinabre, et delà meilleure mine d’or que vous pourrez trouver ; broyezles bien ensemble en poids égal, avant que de les exposer au feu, et versez dessus de l’huile mercuriale, foite de l’argent-vif sublimé et purifié sans addition ; mettez le tout au feu à digérer pendant un mois, et aurez un extraict qui sera plus spirituel que corporel ; faites-le distiller doucement au bain-marie, vous verrez sortir le phlegme, et l’huile demeurera au fond bien poisante, qui tire à soy en un moment tous les métaux : versez dessus cette huile trois fois autant d’esprit-de-vin, jusqu’à ce que l’esprit-de-vin devienne en couleur de sang et d’une grande douceur; ostez par inclination cet esprit-de-vin coloré, et puis en versez d’autre sur cette matière, le faisant circuler, comme vous avez desjà fait : ce que vous recommencerez tant de fois que votre esprit-de-vin ne puisse plus tirer de rougeur, ny de douceur; après, prenez tout l’esprit-de-vin qui sera coloré comme un rubis, versez -le dessus du tartre blanc bien calciné, et distillez le tout à feu de cendre assez fort, et l’esprit-de-vin demeurera avec le tartre, mais l’esprit de mercure passera. »

On a consigné dans des vers mnémotechniques le

ALCHIMIE

nom du Sujet des Sages, c’est-à-dire le véritable principe de la Pierre 1 :

11 est une partie dans l’homme,

Dont le nom six lettres consomme,

Auxquelles un P adjoustant,

Puis S en M permutant Tu trouveras sans nul ambage Le vray nom du Suget des Sages.

Les mots de cette espèce d’énigme hermétique sont Lumbus et Plumbum.

On chercha longtemps le sujet des sages dans le mercure ordinaire. D’autres prétendirent trouver l’argent de la Pierre dans l’arsenic ; d’autres, dans l’étain ou l’antimoine. Roger Bacon proscrivit les métaux, les uns comme trop fixes, les autres comme trop pauvres. Arnaud de Villeneuve préconisa le sel. On essaya presque tous les sels, le sel marin, le salpêtre, etc. On s’adressa aussi aux substances végétales, la chélidoine, la primevère, la rhubarbe, etc. Plus tard, on chercha la Pierre philosophale dans la matière animale. Presque tous les produits du corps humain furent essayés : les os, la chair, le sang, la salive, les poils, le lait, les menstrues, les urines, les excréments, etc.

On trouve l’examen chimique des urines dans le

1. Livre des véritables opérations de la Pierre philosophale et d’autres secrets curieux , par François Falette, Ms. de l’Arsenal, n° 179, in-4°, p. 25.

Recueil de M. Duclos sur la transmutation des métaux 1 :

« Il me paroit que ce que l’on entend par le sel fixe de l’urine des enfans est un sel de la nature du sel commun qui se trouve dans toutes les carrières et qui est bien plus fixe en celuy qui se trouve dans l’urine des personnes plus avancées en âge ; dans l’urine desquelles le sel qui s’y trouve de la nature du sel commun, est bien moins fixe. »

Homberg expérimenta même la substance qui sert à engendrer l’homme. D’autres alchimistes, songeant que les métaux se forment dans la terre, s’imaginèrent pouvoir les produire au moyen de la terre vierge, et fouillèrent profondément le sol pour la trouver.

« Or donc, la Pierre proprement dite n’est une autre chose, dit Valois 2, que quintessence très pure de chaque chose, laquelle est dégagée et extraite de la terre impure qui la tenoit comme gesnée en son intérieur. L’or a icelle quintessence plus parfaitement en lui que les autres corps, tant à cause de sa longue et parfaite digestion dans les entrailles de la terre, que de la pureté et subtilité d’icelle terre. »

« Il y a autant de danger quelquefois, dit le même auteur 3, à travailler sur le règne minéral que sur le règne végétal et animal. La raison est que nulle

1. Ms. de la Biblioth. de l’Arsenal, S. et A., n° 171, f° 1, vn.

2. Les cinq Livres de Nie. Valois, Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, S. et A., n° 166 bis, p. 141. Ce Ms. offre beaucoup de différences avec le n° 237.

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