Œuvres, Ms., p
ALCHIMIE
nature métallique, quelle qu’elle soit, n’a de semence en elle, parce qu’il n’y a métail, si pur qu’il soit, qui n’aye des impuretés, et nulle impureté ne peut apporter de semence, parce que la semence est une quintessence très noble qui ne peut sortir que d’un corps très parlait. »
Quelques alchimistes, cherchant l’âme du monde, prétendaient la trouver dans l’air. Pour en obtenir des parcelles, on analysa l’eau de pluie, la neige, la rosée, qui avaient été en rapport avec l’air. On pensa que les pierres tombées du ciel en devaient contenir quelque chose; on supposa même que quelques animaux, comme les crapauds, les lézards et les serpents, se nourrissaient de l’âme du monde, quand ils vivaient plusieurs jours sans manger : on les mit à la diète, puis on les distilla pour en extraire cette substance tant désirée.
Selon Y Œuvre physique 1 de Duboys, « il faut prendre l’eau de pluye durant l’équinoxe ou durant le mois de mars ou avril, la mettre à l’ombre, bien bouchée, jusques à ce que son feu central la purifie, ce qui se reconnoit lorsqu’elle est devenue jaunâtre et ajetté force ordures au dessus; il la faut distiller par l’alambic, et s’il y a une pinte d’eau, il faut en distiller seulement trois demy sep tiers, de peur que les sels confus, qu’elle auroit peu contracter, ne montent. Faut donc jetter le demy septier tout-à-fait qui reste; après, redistiller les trois
I. Ms. de la Biblioth. de l’Arsenal, S. et A., n° 170, p. fi.
demy septiers, et ainsy elle est propre à l’œuvre. » D’après X Interruption du Sommeil cabalistique 1 : « L’argent-vif des philosophes et le feu central qui dévore le métail, c’est l’eau vive et la cassette de la Vérité; c'est pourquoy Démocrite disoit qu’elle estoit cachée dans un puits, et les Latins, ayant bien connu l’eau comme source de touttes choses, l’ont appellée aqua , quasi a qua fiunt omnia. Ce ne sera donc pas sans raison si nous affirmons que l’eau est la première matière des métaux. »
Artephius exalte aussi l’argent- vif des philosophes, sous le nom sacramentel d'azoth 2 :
« Cette eau seconde est aussi appellée l’Ame des corps dissouts, desquels corps nous avons desjà lié ensemble les âmes, afin qu’elles servent aux sages philosophes. 0 combien est précieuse et magnifique cette eau ! Car sans elle l’Œuvre ne se pourrait parfaire ; aussi est-elle nommée le vaisseau de la Nature, le ventre, la matrice, le réceptacle de la teinture ; la terre et la nourrisse ; elle est cette fontaine en laquelle se lavent le Roy et la Reine, et la Mère qu’il faut mettre et sceller sur le ventre de son Enfant, qui est le Soleil, qui est sorty et venu d’icelle, et lequel elle a engendré. Voilà pourquoy ils s’ayment mutuellement comme la mère et le fils, et se conjoingnent si aisément ensemble, parce qu’ils sont venus d’une mesme et semblable racine de mesme substance et nature. »