Page 39 de ses Paragraphes, trad. par G. de Sarcilly
ment pour quelle cause ils me haïssent, me calomnient et me persécutent. Combien que tout cela ne soit rien en la médecine, estant un accident assez ordinaire, et pourtant le blâme ne doit offenser l’homme de Dieu. Car les médecins sont pires l’un envers l’autre que les macquereaux, et par certaine envie que ils ont inséparable de leur profession, ils se blasonnent et invectivent l’un l’autre, ne s’accordant jamais en leurs consultations et advis particuliers. Ce qui doit (ce me semble) assez faire voir la fraude et fausseté de leur doctrine. Ils s’envient et hayssent l’un l’autre, et chacun tasche de supplanter son compagnon, par détraction ou autrement, et font gloire par leur artifice, si par ce moyen ils peuvent nuire l’un à l’autre. Ainsi sont-ils gouvernez par le diable, duquel ils ont leur établissement, et par l’ayle et suggestion duquel ils subsistent et se maintiennent. De cecy n’en doubtes aucunement car les divers meurtres, et homicides, etbourrellements, et tant de pertes qu’ils font journellement parmi les hommes, par leurs saignées, purgations, cautérisations, bruslements, incisions, et autres impertinents remèdes par lesquels les cimetières sont remplis et les hospitaux aussi, tesmoignent assez de leurs fruits et de quelle part ils viennent. Car certainement ces cruautez ne procèdent point de la main de Dieu, qui seroit injuste, s’il n’avoit establi sur la terre une médecine certaine pour les hommes.»
ALCHIMIE